‹ Histoire de l'Observatoire de Paris de sa fondation à 1793Chapitre 27 sur 61 · POUR LE S. CASSINI · texte numérisé non relu

POUR LE S. CASSINI

a Aujourd'hui, douze novembre mil-sept-cent-soixante-onze, le Roy étant à Fontainebleau, Sa Majesté jugeant convenable au bien de son service et au Progrès des Sciences de nommer à son Observatoire de Pans un directeur général capable d'y maintenir Tordre qui doit régner dans un établissement aussi important, lequel sera toujours choisi dans le nombre des sujets qui composent son Académie Royale des Sciences, et \oulant commettre à cette place un sujet aussi recommandable par ses ^-ertus que par ses connaissances, elle a cru pouvoir ne trouver personne plus capable de remplir ses vues que le S. Cézar-François de Cassini de Thury, de l'Académie des Sciences, arrière-petit-fîls (^) du célèbre Jean-Dominique Cassini, gentilhomme italien, lequel fut appelé en mil-six-cent-soixanteneuf par le Roy Louis quatorze, de glorieuse mémoire, pour cultiver en France l'Astronomie qu'il avait professée dans sa patrie avec la plus grande célébrité et qui a sacrifié pour s'y établir les avantages qu'il pouvait espérer de sa naissance et de sa fortune dans son pays. La réputation justement méritée dont jouit le dit S. de Cassini, son application, successivement à ses pères et aïeux, pour perfectionner la grande carte de France, ouvrage unique digne d'admiration, et pour lequel ils n'ont épargné ni travail, ni dépense ; l'éducation qu'il a donnée à son fils qui, dans un âge encore tendre, jouit de la plus haute réputation et s'est déjà rendu digne de succéder à son père; leurs soins depuis mil-six-cent-soixante-neuf sans interruption, de père en fils, pour perfectionner l'Astronomie, les découvertes importantes qu'ils y ont faites, les peines qu'ils se sont données depuis l'établissement de l'Observatoire dont le soin leur a toujours été confié, tout semble concourir à fixer le choix de Sa Majesté sur une famille illustre par ses connaissances et où les sciences paraissent héréditaires; tous ces motifs réunis lui font saisir avec empressement l'occasion de leur donner une marque particulière de la bienveillance dont Sa Majesté les honore, et qui puisse faire connaître d'une manière éclatante la satisfaction que Sa Majesté ressent de leurs services et particulièrement de ceux du dit S. de Cassini; à cet effet Sa Majesté Va nommé Directeur général de son Observatoire à Paris, sous les ordres du Ministre et Secrétaire d'État ayant \e départeroeat de la dite ville de Paris, et veut qu'en cette qualité ii jouisse des

(') Cassioi de Thury était petit-fils et non arrière-petit-fils de J.-Demîiiiqtte.

honneurs qui appartiennent à cette place et de trois mille livres d'appointements que Sa Majesté y attache, et ce tant qu'il lui plaira pour par le dit S. de Cassini en être payé sur simples quittances à compter du premier octobre dernier parles Gardes de son trésor royal, présents et à venir, suivant les états ou ordonnances qui en seront expédiées en vertu du présent Brevet, que pour assurance de sa volonté.

Sa Majesté a signé de sa main, par moi Conseiller Secrétaire d'État et de ses Commandements et finances.

» Signé: Louis. Signé : Philippeaux. »

La Gazette de France du lundi 25 novembre (p. 788) et le Mercure de France de décembre 1771 (page 209) rapportent cette nomination dans des termes identiques :

a Le Roi vient de créer en faveur du Sieur Cassini de Thury, la place et le titre de Directeur de l'Observatoire royal, avec trois mille livres d'appointemens attachés à cette place, dont Sa Majesté a donné en même temps la survivance au sieur Cassini son fîls, de la même Académie. »

On remarquera le terme employé par les deux gazettes : le Roi vient de créer; le titre de Directeurn'existait donc pas auparavant, comme je l'ai déjà dit. Il faut noter aussi que cet entrefilet est bien plus explicite que le brevet lui-même sur la question de la survivance accordée à M. Cassini le fils. Je n'ai cependant trouvé aucune autre pièce établissant cette survivance, mais nous avons vu qu'elle avait été promise dès 1 766 parla lettre de M. de Marigny.

Cette nomination de Cassini à la direction de l'Observatoire, si elle était toute à son honneur, le plaçait, il faut l'avouer, dans une situation assez singulière vis-à-vis de l'Académie. Jusque-là, l'Observatoire avait été une des dépendances de ce Corps savant; les astronomes de l'Académie pouvaient y venir observer quand et comme ils le voulaient. Le brevet du 28 novembre leur enlevait-il ce privilège? Les astronomes académiciens conserveraient-ils leurs logements à l'Observatoire ? En un mot, qu'était-ce que ce Directeur général, quelles étaient ses fonctions, ses privilèges et ses devoirs? Le brevet était muet sur tous ces points; il laissait donc la porte ouverte à tous les conflits d'attributions. Si pendant quelques années ils n'eurent pas l'occasion de se produire, la paix résulta de celte circonstance que Cassini de Thury fut tenu éloigné

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de l'Observatoire par la maladie et n'eut pas le loisir de faire acte de directeur. Mais du jour où son fils, directeur en survivance, voulut, comme c'était son devoir, appeler l'attention de l'Académie sur la nécessité de réparer les cabinets d'observation et de faire construire de nouveaux instruments, il se heurta, en dépit de sa diplomatie, au mauvais vouloir de plusieurs de ses confrères. Tous les moyens dilatoires furent mis en œuvre pour contrecarrer les projets du Directeur; il fallut que la bienveillance du Directeur des bâtiments vînt au secours de Cassini IV.

Le comte d'Angiviller, dont nous avons déjà souvent rencontré le nom intimement et heureusement mêlé à l'histoire de notre grand établissement astronomique, étant venu à succéder au marquis de Marignj au commencement du règne de Louis XVI dans la charge de Directeur des bâtiments, Cassini obtint de lui, dès 1776, la promesse que les premiers fonds dont il pourrait disposer seraient consacrés à l'Observatoire, et cette heureuse circonstance s'étant présentée en 1776, les inspecteurs des bâtiments royaux Cuvillier et Montucla, Tarchitecte Soufflot et l'entrepreneur Loriot vinrent, le 24 février, constater l'état de délabrement des cabinets d'observation.

Sur leur rapport, M. d'Angiviller arrêta que ces cabinets seraient désormais entretenus au compte du Roi et, qui plus est, il se chargea de la partie de la première dépense que l'Académie n'avait encore pu acquitter. Le rétablissement de ces cabinets, comme le lieu le plus utile aux observations, fut commencé vers le milieu de i776(au mois de septembre d'après Devic, Histoire de la vie de Cassini IV y p. 72) et terminé à la fin de l'année suivante (voir PL Xlll, fig, I et 2, le plan et l'élévation de ces cabinets après leur restauration).

« Les instruniens ayant été enlevés le 21 août 1776, en présence de Jeaurat, par Lennel successeur de Canivet, on commença à démolir les deux anciens Cabinets qui étaient prêts à tomber. Le premier M attenant immédiatement à la Tour orientale de l'Observatoire et qui renfermait les quarts de cercle muraux, fut reconstruit tel qu'il était. Mais je fis absolument supprimer les toits tournants des deux autres. J'ai parlé précédemment {^voir Chap. XII, p. 179) de la difficulté de manœuvrer ces toits et des obstacles qu'ils avaient apportés souvent à un grand nombre d'opérations. Je substituai donc au toit tournant du second cabinet Q, où était le grand quart de cercle mobile de 6 pieds, une large trappe de tôle forte, posée

horizontalement du Nord au Sud dans toute la longueur du cabinet, avec une croisée à chaque exti'émité, et par Télévationque je donnai au plafond je me procurai l'avantage de pouvoir retourner et renverser dans tous les sens le plus grand de tous nos instrumens, sans le changer de place et avec autant de facilité que les plus petits quarts de cercle. Deux crics placés dans une chambre voisine, roulant et déraulant sur un cylindre des cordes tendues sur des tiges arn»ées de poulies <et dressées sur le toit, font lever et baisser la trappe en deux parties, découvrant à volonté la moitié ou la totalité du méridien. Je fis également substituer trois larges trappes de tôle inclinées vers le midi, au petit toit tournant de la Tourelle avancée G destinée aux observations des hauteurs correspondantes. » (Cassini IV, Histoire céleste de VObserçatoit^ de ParïSj 4"** partie, t. 1, p. 6; Arch. de rObs. D. 5. 24.)

Le Registre des obsen^ations de Cassini IV {Archives de V Observatoire, D. 5. i), que pai déjà cité, donne le croquis des nouveaux cabinets. La comparaison de ce croquis avec celui des anciens cabinets fait ressortir les modifications suivantes : La porte du premier donnant sur le jardin a été reportée de Tautre côté de la petite tourelle, éloignée ainsi du quart de cercle mural qu'elle pouvait gêner. La deuxième salle a été élargie de près de 3 pieds, en ramenant le mur méridional dans le plan de celui des deux autres salles. On n'a fait d'autre changement au troisième cabinet que de percer une fenêtre vers l'orient.

Ces travaux furent terminés au mois de juin de l'année suivante 1777. Les observations dans les cabinets restaurés commencèrent dès le 7 juin.

Les observations astronomiques furent nécessairement suspendues pondant ces travaux; les instruments avaient été démontés et déplacés; il importait de mettre à profit cette interruption forcée pour les réparer. Or ils appartenaient à l'Académie, c'était donc à elle qu'incombait la charge de cette restauration, et le but du mémoire lu par Cassini IV, le 8 janvier 1777, au nom de son père et au sien, était de la décider à accepter cette charge. J'en transcris ici les principaux passages :

« Rien ne serait plus à propos que de profiter de cette espèce d'interrègne résultant des travaux faits aux Cabinets, pour s'occuper du rétablissement et des réparations qu'il pourrait être nécessaire de faire aux anciens instrumens, pour se procurer ceux que l'on n'a point et qui

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seraient utiles. C'est dans cette idée que nous allons donner un état des instruroens actuellement à l'Observatoire, et de ceux qni y manquent; nous proposerons ensuite difierentes vues tendantes au bien et à la perfection de cet établissement. »

Cassini donne Ici VEtat des instruments de l^ Observatoire, que j'ai déjà eu l'occasion de citer au Chapitre XII. Il le fait suivre d'un Etat des instruments qui manquent à l'Observatoire et d'une estimation approchée du coût des réparations à faire à ceux que possède rÉtahlissement. Ses prétentions sont bien modestes; il demande une lunette achromatique de 3 pieds de Dollond, et une lunette simple de même dimension, pourvue d'un micromètre rhomboïdal, toutes deux montées sur pied parallactique. Le prix des deux instruments ne serait que de 700 livres. 11 estime à 3^5o livres le prix des réparations.

« Cette somme de 44^û livres ne doit point paroitre exorbitante, vu le temps considérable que l'on a été sans faire la moindre réparation aux instrnraens, vu les dommages que plusieurs d'entre eux ont éprouvé dans les voyages, et vu les nouvelles acquisitious qu'il est nécessaire de faire. Il est constant que depuis plus de trente ans, il n'a pas été donné la plus modique somme à l'Observatoire, ni pour acquérir, ni pour entretenir. Combien cependant de nouvelles inventions, combien de nouveaux instrumens, ont dans cet intervalle de temps enrichi et perfectionné l'astronomie pratique. Les lunettes achromatiques se sont répandues partout, il n'y a que l'Observatoire royal qui n'en possède point; heureusement, la protection d'un grand prince (te prince de Conti) y a suppléé jusqu'à ce jour, et nous a procuré l'avantage de nous servir d'une des meilleures lunettes qu'ait fait le plus habile artiste d'Angleterre (i). Mais cette ressource vient de nous être enlevée par la mort de cet illustre prince, qui doit être regardée comme une époque falale aux arts et aux sciences (').

» Mais il ne suffît pas d'avoir des înstrumens, il faut les entretenir

et c'est jusqu'à présent ce qui a été trop négligé. Le plus sûr et le meilleur moyen de remplir nos vues à cet égard, serait d'attacher à l'Observatoire ce que j'appellerais un garde des cabinets. Les fonctions de cet homme seraient d'entretenir l'ordre et la propreté dans les cabinets, de netoyer les instrumens, de les monter, démonter, raccommoder quand il en serait nécessaire, enfîn d'être de secours pour les observations où un astronome, quelque actif qu'il soit, a presque toujours besoin d'un second. La difficulté, je la sens, est de trouver où prendre une somme suffisante

(*) Voir plus loin dans ce Chapitre une note sur cette lunette.

(^) Sur les relations du prince de Conti et de Cassini IV, voir Devic, p. 54.

pour les appoîntemens de ce garde des cabinets. En attendant qu'il y soit

pourvu je crois qu.'il est indispensable de faire un marché à fort fait

avec un Artiste, tel que le sieur Lennel ou autre, par lequel il soit obligé de se rendre au moins une fois tous les quinze jours à TObscrvatoire pour

visiter et nettoyer les instrumens 11 ne serait guère moins essentiel

de joindre une somme également fixe et annuelle pour l'augmentation des

instrumens et des livres Du moment où les cabinets étant achevés,

les instrumens seront remis en place après avoir été réparés, il sera dressé un état circonstancié de tous les instrumens appartenant tant au Roy qu'à l'Académie, déposés à l'Observatoire: on y comprendra aussi ceux qui peuvent se trouver dans les mains de diflerens particuliers qui en donneront leurs récépissés sur le même registre où il sera fait également notte de tous les changemens, augmentations ou diminutions relatives aux dits instrumens. »

L'Académie ne se rendit pas cependant sans hésitation à la demande si juste et si modérée du Directeur de rObservaloirc. Les procès-verbaux de ses séances et des notes de Cassini IV, qui les résument très fidèlement [Cassiivi IV, Histoire céleste cl Registre des Observations, Préambule (Arch. de VObs.y D. 5. 89 etD. 5. 1)], font connaître les difficultés qu'il eut à surmonter :

« Le 8 janvier 1777 je priai l'Académie de présenter au ministre et d'appuyer de toute sa protection la demande au gouvernement de lous les secours nécessaires. J'avois distingué ces secours en deux espèces, les premiers, urgents, regardoient la seule réparation des anciens instrumens pour les mctlre au moins en état de continuer le cours des observations ordinaires en attendant la construction des nouveaux; et, eu égard alors à la situation des affaires présentes, je me bornoi à la demande de ces premiers secours, qui ne demandoient qu'une somme modique.

» Mon mémoire fut fort goûté de la plus grande partie de l'Académie ; mais un de M**' les Astronomes prétendit qu'il serait ridicule de ne demander qu'une modique petite somme de 4 ^00 livres pour des réparations qui ne procureroient que de médiocres instrumens, que le gouvernement croiroit avoir beaucoup donné, et qu'il falloit demander tout de suite une somme de 25 ou 3o mille livres pour faire construire de nouveaux instrumens. Je ne demandois certes pas mieux que l'on fît une pareille demande, mais je ne l'avois pas faite parceque je ne scnlois que trop (et toute l'Académie le sentoit aussi bien que moi) que dans l'état actuel des fînances c'étoit une indiscrétion d'aller demander une forte somme de 25 000 livres, tandis qu'il étoil douteux qu'on put en obtenir une de 4 (>oo livres. On nomma toute la classe d'Astronomie pour décider sur l'objet de la demande qu'on devoit faire au roi pour l'Observatoire.

» La Classe s'assembla après la séance du 1 5 janvier. Tous M'* les Astronomes, excepté celui qui avoit élevé la difficulté, étoient de l'avis de s'en

LE RÉGIME DE l'OBSE R VATO 1 RE . 'l3y

tenir à mon mémoire dont l'objet de la demande étoit plus raisonnable et plus susceptible d'être obtenu. Mais au moment où les voix allaient être pour moi, je reprësentoi à ces Messieurs, que pour ne pas donner lieu à certains esprits mal intentionnés de dire que je m'étois opposé au bien de l'Astronomie et de l'Observatoire, en demandant de petits secours tandis que j'aurois pu en obtenir de grands, je me désistois de la demande de la somme de 4^00 livres pour les réparations. Qu'ils n'avoient qu'à tenter de faire celle de 3oooo livres (dont le sort n'étoit pas équivoque), et qu'en attendant qu'ils l'eussent obtenue je pourvoirois aux. réparations pressées pour pouvoir ne pas interrompre tout à fait le cours des observations. En conséquence, il fut arrêté par la Classe d'Astronomie que l'on feroit la demande d'une somme de 25 à 3oooo livres pour la construction de nouveaux instrumeus pour l'Observatoire.

Cette délibération de la classe d'Astronomie fut portée à l'Académie le 18 janvier; l'Académie délibéra à son tour; mais elle était à cette époque en instance pour se faire restituer une pension annuelle de 12000 livres qui lui avait été retirée en 1707, par une subtilité administrative assez singulière. (Voir pour l'histoire de cette pension de 12000 livres, J. Bertrand : L^ Académie et les Académiciens, p. 102 et suivantes.) Le moment était mal choisi pour faire la demande de nouveaux subsides un peu considérables; elle arrêta donc qu'elle remettrait à faire en corps cette demande au gouvernement pour l'Observatoire après qu'elle aurait obtenu la restitution de son ancienne pension de 12000 livres.

Le i**^ juillet, M. Amelot, ministre de Paris, que l'Académie avait élu membre honoraire en 1776 (*), dans l'espoir de se gagner un protecteur, lui annonce que le Roi a bien voulu rétablir cette somme de 12000 livres, qui doit être uniquement employée à des travaux scientifiques. Après les vacances, dans la séance du samedi 19 décembre, Cassinl renouvelle sa proposition, et prie l'Académie de tenir sa promesse. L'Académie délibère et, sans doute sur l'avis du même membre, décide :

a Qu'il ne seroit pas prudent de solliciter, pour la reconstruction des instrumens, une somme considérable par extraordinaire, si peu de temps après l'obtention des 12000 livres et qu'il fallait surseoir à cette demande. Que cependant M^ Gassini seroit remboursé sur les dernières 12000 livres

(') Il était déjà de l'Académie française.

238 OHAPITRE XV.

de ce qu'il avoit avancé po«r faire réparer les insirum«iis actuels et les mettre en état de continuer les observations. »

Nous voyons apparaître ici les premiers sjmplômes de la rivalité qui éclatera bientôt entre F Académie et la famille des Cassini, et qui se traduira plus tard par des attaques passionnées dont j'ai eu déjà plusieurs fois occasion de parler. L'Académie semble se désintéresser de son Observatoire, maintenant que Cassini en est nommé directeur; et c'est lui qui est obligé d'avancer les fonds nécessaires à l'entretien des instruments.

Il semble que Cassini avait prévu cet échec de ses sollicitations auprès de l'Académie. Dès l'année 1776, il avait présenté au comte d'Angiviller un grand mémoire, dont le paragraphe quatrième est intitulé :

Fonds qu'il serait nécessaire d'attacher à l* Obesrvatoire et des moyens de se procurer ces fonds, sans quUl en coûtât beaucoup à Sa Majesté.

Somme annuelle pour l'entretien du Bâtiment une fois

qu'il aura été réparé ^.oo*'"

Appointemens du garde des Cabinets 800*"

Fond annuel pour l'achat de nouveaux instrumens et de livres d'astronomie 1 400^

Revenu annuel 2 400*

« Or voici comment cette somme de deux mille quatre cens livres peut être affectée à l'Observatoire.

i> 1^ Depuis que Sa Majesté a jugé à propos de nommer à son Observatoire un directeur pour s'occuper plus particulièrement de tout ce qui a rapport aux usages de cet établissement, la place de concierge est devenue totalement inutile et sans fonction ; devant être nécessairement subordonnée et en sous-ordre du Directeur principal, elle n'est plus dans le cas d'être remplie comme elle l'avait été jusqu'à présent, par des personnes d'un certain état, et même par des membres de l'Académie. II serait donc plus convenable de réunir cette place à celle du Directeur et d'en convertir les appointemens en fonds pour V Obsen^atoire applicables tant aux réparations du. bâtiment qu'aux autres objets (^), par ce

(*) Ce ne pourroit être encor pour ce moment que l'on feroit cette réunion des deux places et convertiroit les appointemens de celle de concierge en fonds

LE RÉGIME DE L &B9ERV ATOI RE . 23<)

moyen l'Observatoire se trouyeroit soigneusement entretenu tous les ans et la caisse des bâtimens seroit soulagée des frais de cet entretien.

» 2* Les bâtimens qui ont été élevés autour de Fenceinte de l'Observatoire et séparés de l'édifice pourroient être d'un objet considérable de revenu pour TObservatoire, et rien ne seroit plus naturel. Un de ces bâtimens est le logement du concierge et en son absence il est loué 400^.

» Les autres bâtimens ont été construits aux frais du nommé Michau, charpentier, à qui depuis plus de 3o ans on a accordé un emplacement dans rObservatoire pour y avoir un chantier, et qui petit à petit a aggrandi son terrain et a obtenu la permission de bâtir autour des murs de l'Observatoire sur le terrain de Sa Majesté, abus dont on n'a point d'abord senti les inconvéniens et contre lequel on ne sçaurait trop s'élever.

» Je ne proposerai point de dépouiller un malheureux qui a employé de ses deniers et de son temps pour construire lesdites maisons. Je me ferai même un devoir de faire valoir les services et le zèle du S*^ Michau pour rObservatoire, c'est lui qui a fourni la charpente des Cabinets dont au bout de 3o ans il n'est pas encore payé; dans toutes les occasions il a fait sans le moindre des avances et des réparations que l'on a paru désirer. Mon projet seroit donc : i^de payer à cet honnête artisan les travaux qui lui ont été commandés et qui lui sont si justement dus depuis 3o ans; 2° de lui rembourser les frais de construction des susdites maisons, afin que dorénavant le revenu des loyers qui est d'environ Coo*" soit appliqué au profit de l'Observatoire.

Voici donc déjà un fond de 1800"''' trouvé :

Sçavoir

Appointemens de la place de concierge 800''''

Loyer de la maison du concierge 4oo*

Loyer des maisons du S** Michau 600^

» Il me seroit aisé de trouver un moyen de procurer les 600* qui nous manquent encore, et même une somme plus considérable et voici mon projet à cet égard.

pour rObservatoire ; cette place est remplie par un savant illustre, un personnage respectable, M' Maraldi, à qui les sciences ont de véritables obligations et qu'il seroit injuste de dépouiller d'une rente qui fait partie de la modique fortune dont il jouit sur la fin d'une longue et glorieuse carrière. Aussi bien loin de solliciter la suppression de cette place, je serois le premier à réclamer les assurances tant verbales que par écrit qui ont été données à M* Maraldi, de la conserver jusqu'à la fin de ses jours. Ce n'est donc qu'après lui que l'on- feroit cette suppression. On pourroit encore la faire dès à présent, mais en lui conservant les appointemens.

» 3** Si l'on prolonge le mur du jardin du concierge (^) attenant à la porte d'entrée, on renfermera entre ce mur et celui de la rue un terrain assez considérable, dont on pourra tirer un grand parti, en y bâtissant des maisons sur la rue, qui par l'agrément de leur situation ne manqueroient pas d'être bien louées; mais, comme dans ce moment ci, le Roy n'est point en état de faire de nouveaux bâtimens, attendu qu'il est 4)lus essentiel de réparer les anciens, on pourroit simplement louer tout ce terrain où se trouve renfermé le logement du S"* Michau et dont luimême s'offriroit peut-être le premier à être locataire pour y transporter son chantier, qui de cette façon seroit beaucoup plus convenablement placé qu'il ne Test actuellement. Or, le loyer de ce terrain rapporteroit facilement les 600^ dont nous avons besoin. »

Enfin Cassini, toujours à la recherche des moyens de subvenir à Fenlretien de rObservaloire, eut en 1782 l'idée d'appliquer au profit de cet établissement le privilège général des Almanachs, à l'exception toutefois de l'Almanach royal.

« Personne, sans doute, dit-il, ne peut plus légitimement revendiquer la propriété des Almanachs que les astronomes et l'astronomie dont les calculs font la base essentielle de ces sortes d'ouvrages; c'est ce même privilège que Sa Majesté le roi de Prusse a affecté à son Académie de Berlin. »

Le comte d'Angivillcr, à qui cette demande fut remise le 26 janvier, la présenta au Garde des Sceaux, mais celui-ci ne crut pas pouvoir y consentir.

L'idée d'attacher à l'Observatoire un ouvrier chargé de l'entretien journalier des instruments était excellente, et Cassini essaya de la réaliser. 11 avait demandé d'abord que le constructeur Lennel fût chargé de cet emploi et, dans ce but, il avait sollicité pour lui un logement au Louvre, celui qu'y occupait Malouin (^) étant devenu vacant par la mort du titulaire. Mais cette négociation ne put réussir, [Lettre du comte d^Angiviller, du i4 janvier

En 1-^83, il conclut avec un constructeur de moindre impor-

(*) Ce jardin du Concierge était, nous l'avons vu au Chapitre IV, en bordure du chemin de Bourg-la-Reine, prolongement de la rue du Faubourg-Saint-Jacques. Il était, à Fépoque dont nous parlons, occupé par le botaniste Descemet.

(^) Malouin, membre de TAcadémie des Sciences et professeur au Jardin des Plantes, avait un logement au Louvre, en qualité de Médecin ordinaire de la Reine.

LE RÉGIME DE l'oBSER V ATOIRE . 2^1

tance, nommé Doyen, un traité par lequel celui-ci, en échange du logement qu'on lui donnait à l'Observatoire, s'engageait à consacrer la plus grande partie de son temps à l'entretien des instruments et à la fabrication des petites pièces que pourrait lui demander le Directeur.

Doyen fît l'entretien des instruments jusqu'à l'époque où Cassini établit dans la tour de l'Ouest un grand atelier de construction des appareils astronomiques. Dès lors, ce fut le chef de cet atelier, Mégnié, qui eut la charge de cet entretien; néanmoins Gassini continua à occuper Doyen, comme le prouvent de nombreuses quittances de cet ouvrier, conservées dans nos Archives.

Un horloger, du nom de Boucher, était aussi logé à l'Observatoire et avait l'entretien de toutes les pendules. Cet ouvrier s'y trouvait encore après le départ de Gassini; le Directeur temporaire de rObservatoire, Perny, eut même beaucoup de peine à l'en déloger.

J'ai cité dès maintenant ces derniers faits, bien qu'ils se rapportent à des époques postérieures à celle où nous sommes arrivés, parce qu'ils montrent bien la ténacité que Gassini apportait dans la poursuite de ses projets. Aucun obstacle ne l'arrête, ni le mauvais vouloir de l'Académie, ni la difficulté d'obtenir des fonds d'un gouvernement obéré. Malgré l'échec de ses demandes, « il ne peut cependant souffrir de laisser les cabinets dénués d'instruments et d'interrompre la suite de cent ans d'observations faites à l'Observatoire. 11 prend donc le parti de faire raccommoder les instruments selon ses facultés, c'est-à-dire à ses frais, pour les mettre en état au moins de faire les principales observations. Ge fut le sieur Lennel, successeur de Ganivet, qu'il chargea de ces réparations, le regardant comme le plus capable des ouvriers que l'on avait alors en instruments de mathématiques. Son zèle et son désintéressement d'ailleurs méritaient cette préférence et Gassini n'eut qu'à se louer de son choix. » (Journal cfobser cations de ^777? l^réambule.)

Le Journal de Gassini nous permet de reconstituer l'état de l'Observatoire en i^-j^ et 17^8 et d'assigner la place et le rôle C. W. ,6

des instruments qui s'y trouvaient, ainsi que les noms des observateurs qui en faisaient usage.

Dans le premier cabinet attenant à la tour Orientale, les deux quarts de cercle muraux de Langlois, qui avaient eu besoin d'une grosse réparation, ne furent remis en place qu'au mois d'août 1778. La pendule de Julien Le Roy fut fixée au mur, entre le petit mural et la cheminée.

Dans le second cabinet, on réinstalla, dès le 17 avril 1777, le grand quart de cercle mobile de 6 pieds, qui, pendant les travaux, avait été remisé dans la tour Orientale. Cet instrument et le quart de cercle mobile de 3 pieds construit par Langlois en 1756, furent les seuls dont on put faire usage pendant cette année 1777; les autres étalent dans les mains des ouvriers. Au grand quart de cercle était associée la pendule de Berthoud.

Dans l'embrasure de la fenêtre Sud, Cassini fit sceller, le 16 mars 1778, un petit quart de cercle d'un pied, en cuivre, que l'on employait comme mural pour régler les pendules par l'observation des fixes.

Enfin, deux thermomètres à mercure, de Torré, furent placés le i3 juillet, dans la fenêtre Nord, l'un à l'intérieur, l'autre en dehors de la salle. Jusqu'à cette époque, il n'y avait eu ni thermomètre ni baromètre dans les cabinets d'observation : Cassini se servait de ceux de Jeaurat.

Dans la tourelle. Le Gentil installa d'abord son quart de cercle de 3 pieds, qu'il avait rapporté des Indes, et s'en servit pour observer les hauteurs. Plus lard, on remplaça cet instrument par un ()etlt quart de cercle d'un pied et demi, et enfin par le petit instrument des passages que Canlvet avait construit pour l'abbé Chappe. Revenu de Californie en fort mauvais état, il avait été complètement restauré par Lennel; Cassini déclare qu'il était d'un très bon usage. Je ne sais pas quelle pendule lui était associée. Dans la tour de l'Est du bâtiment central, étaient placés le quart de cercle de 3 pieds de Langlois (17^6) et une petite machine parallactlque de facture assez grossière, munie d'une lunette dont l'objectif avait été emprunté à un quart de cercle re\enu de Californie complètement hors d'usage. C'est là qu'était la deuxième pendule de J. Le Roy. Il faut ajouter à ces instruments :

La lunette du prince de Contl. Cette lunette achromatique, de

3 pieds cl demi de foyer et 4^ lignes d'ouverture, par Dollond, avait été achetée par le prince de Conti à l'inventaire du duc de Chaulnes ( 1769). En 17^7, le 24 avril, le prince de Conti, fils du précédent, la prêta de nouveau à Cassini et enfin la lui vendit au commencement de 1778. « Mais, dit Cassini, nous nous sommes aperçus que les oculaires avaient été changés, que de plus on avait desserti les verres de l'objectif et qu'on les avait mal replacés, de sorte que la lunette ne fait plus, à beaucoup près, un aussi bon effet qu'auparavant. »

Une autre de 3 pieds, très médiocre, donnée à l'Observatoire par M*" Trudaine de Montigny.

Une troisième, à deux verres, de i5 lignes d'ouverture seulement.

Des lunettes simples de 10, 7 et 5 pieds.

Une petite pendule portative de Berthoud.

Ces instruments servaient à l'observation des phénomènes, tantôt dans la tour Orientale, tantôt au deuxième étage de la tour de l'Ouest.

Les observateurs étaient, à cette époque, bien peu nombreux. Trois académiciens seulement habitaient l'Observatoire ; Cassini IV avec sa mère, sa jeune femme et sa fille qui venait de naître, occupait les appartements du premier étage ; son père, directeur en titre de l'établissement, était retenu par la maladie dans sa terre de Thury et ne venait à l'Observatoire que de loin en loin. Le Gentil, depuis son retour de l'Inde, à la fin de 1771, occupait l'appartement du rez-de-chaussée ; il observait assez régulièrement dans les cabinets. Au second logeait Jeaurat, qui utilisait aux observations le vieux quart de cercle mural de La Hlre. C'était lui qui faisait les observations météorologiques. Depuis de longues années, Cassini IV était donc à peu près seul à poursuivre à l'Observatoire le cours des observations régulières.

£nfîn, peu après la restauration des cabinets, il trouva deux zélés auxiliaires dans les frères Tondu. L'aîné, qui portait le titre d'abbé ('), vint s'établir, le 27 juin 1777, dans la chambre qui

(') Picrre-Henri-Marie Tondu, dit Lebrun, né à Noyon en 1754. Les biographes, donl plusieurs ne parlent pas de son séjour à l'Obscrvaloire, nous apprennent

faisait suite au deuxième cabinet. On voit apparaître pour la première fois le nom de son frère, Achille Tondu ou Tondu le jeune, dans \e Journal des observations, le 9 avril 1778. Où fut-il logé? Quels étaient les appointements de ces deux aides, sur quels fonds étaient-ils payés? Ce sont des questions auxquelles je n'ai pu trouver de réponse.

Mais les deux frères ne restèrent pas longtemps à l'Observatoire. L'aîné disparaît du Journal (inobservations dès le commencement de 1 779 ; le plus jeune continue à observer jusqu'au mois de juillet l'ji'À (*). Le premier a été remplacé par Johann-Wilhelm Wallot, qui avait été astronome du comte de Mercy d'Argenteau et avait accompagné Cassini, en 1768, dans son voyage en Amérique pour l'épreuve des montres marines de P. Le Roy. Wallot occupait un logement à l'Observatoire, je ne sais lequel ; il y resta jusqu'en 1786.

En 1 78 1 , on voit Méchain observer avec Wallot et Tondu.

En 1782 apparaît un nouvel observateur, Dom Nouet, qui ne resta cette fois à l'Observatoire que peu de temps, ayant été envoyé, en 1784, à Saint-Domingue, pour y dresser la Carte des débouquements de la côte française. Nous le verrons revenir, en 1786, comme élève et comme chapelain de l'Observatoire.

Enfin, Cassini cite comme l'ayant assisté parfois un prêtre de Saint-Jacques du-Haut-Pas, l'abbé Briquet.

En même temps qu'il s'occupait de la restauration des observations astronomiques, Cassini voulut aussi continuer, mais avec plus de précision, les observations magnétiques que Cassini I,

qu'il quitta l'habit ecclésiastique pour s'enrôler dans un régiment d'infanterie, déserta, se fit imprimeur, puis journaliste. Nous le retrouvons en 1782 à la Guadeloupe, où il tombe malade; il envoie de là à Cassini des observations des satellites de Jupiter {Mém. de i'Acad., 1782, p. 666). En 1790, il entra, par la protection de Dumouriez, dans les bureaux du Ministère des Relations extérieures et en devint Ministre après le 10 août 1792 ; l'année suivante, proscrit avec les Girondins, il périt comme eux sur l'échafaud. ( Voir au Tome XVII du Dictionnaire universel, historique, critique et bibliographique, 9* édition, Paris, chez Prudhomme fils, 1812, une Notice très étendue sur ce personnage.)

(*) Il accompagna à Gonstantinople l'ambassadeur M. de Ghoiseul-Gouffier, et y mourut en 1787, à l'âge de a8 ans (Lalanoe, Bibliographie, p. 737).

LE RÉGIME DE l'oBSERV ATOIRE . 1^5

Picard, de la Hire et les Maraldi avaient successivement faites (*). Dans ce but, il adopta le procédé d'observation et d'orienlation de la boussole qu'employait Le Monnier dans les observations qu'il faisait depuis 177^*, dans les jardins du Temple, sous les jeux du prince de Conti (^). La mort du prince, en 1776, ayant interrompu les observations de Le Monnier, Cassini obtint de lui qu'il lui cédât sa boussole et le pilier qui la supportait. « Le i5 avril 1777 (')? je fais transporter du Temple à l'Observatoire un fusl de colonne de 3 pieds de hauteur (sur 2 pieds de diamètre), qui

était dans le jardin du feu Prince de Conti » Le 29, il fit poser

très solidement la colonne sur la terrasse, en un point d'où l'on découvrait parfaitement le clocher du Mont-Valérien au couchant, celui de Bicêlre vers le Sud-Sud-Est, les moulins de Montmartre vers le Nord, et vers l'Est, le Nord-Est et le Sud-Est nombre de points différents. Le centre de la colonne était à 5o pieds du coin de la face occidentale du mur de terrasse (c'est sur ce mur que M*" Maraldi avait tracé la ligne méridienne qui lui servait à orienter sa boussole), à 5o pieds de l'angle de l'escalier qui descendait de la terrasse aux jardins et à io5 pieds de la ligne méridienne passant par le milieu du bâtiment de l'Observatoire (Journal (Tobs. de 1777).

Comme du centre de la colonne on n'apercevait pas la pyramide de Montmartre, qui était masquée par ce bâtiment, Cassini choisit comme point de repère le troisième moulin sur la Butte à l'ouest de la pyramide, dont il détermina très exactement l'azimut.

Ce ne fut que vers la fin de 1779 que Cassini eut entièrement la boussole à sa disposition, et les observations régulières ne commencèrent que vers le mois de mal 1780 (Hist. CéL de l'Obs. et Journal (inobservations).

Mais les défauts du pivot de l'instrument de Le Monnier ne permettaient pas de l'employer comme boussole des variations.

(^) J'iii parlé, au Chapitre VII, de ces ancienDcs observations. Koir aussi le Mémoire de M. G. Rayet : Recherches sur les observations magnétiques faites à l'Observatoire de Paris de 1667 à 1872, dans les Annales de l'Obs., t. XIII des Mémoires^ p. A. i.

(') Voir dans le Mémoire de M. Rayct la figure de la boussole de Le Monnier, donl la botte existe encore à l'Observatoire.

(') Le Mémoire de M. Rayet porte par erreur 1779.

En 1780, le 9 août, le S*" Martin apporta à l'Observatoire une boussole construite suivant les principes de M. Coulomb, c'est-à-dire dont l'aiguille était suspendue par un fîl de soie. On l'établit sur un autre pilier placé à 160 pieds environ au sud des cabinets; l'objectif de la lunette méridienne servait de mire.

Cassini fit également, en 1777, quelques déterminations de l'inclinaison avec une boussole construite sous ses yeux par Lennel, pour MToulquier, Intendant de la Guadeloupe (//w^ Cél,, 1777)- M. Ray et n'en parle pas dans son Mémoire.

Les cabinets, restaurés en 1777, restèrent dans cet état jusqu'en 1780, où Cassini, « trouvant dans M*" le Comte d'AngiviJler les dispositions les plus favorables à saisir et seconder toutes les vues utiles aux progrès des arts et des sciences, n'hésita pas à lui proposer une nouvelle augmentation de ces cabinets et à lui présenter le plan de nouvelles constructions, lui en expliquant l'usage et lui €n faisant concevoir l'utilité ». Il avait vu le beau quart de cercle de 5 pieds de Jonathan Sisson, que Le Monnier avait installé contre un mur tournant dans son observatoire des Capucins de la rue Saint-Honoré, les quarts de cercle de 8 pieds par Bird, de Bergeret et de Le Monnier (*), et frappé des avantages qu'ils présentaient sur les anciens instruments de Langlois, il n'avait remonté qu'à regret le mural de cet artiste, avec le ferme dessein

(') Bergerel, trésorier général de l'ordre de Sainl-Louis, receveur générai des finances de Montauban, avait commandé en 177a un quart de cercle de 8 pieds anglais. Il le reçut en 1775, mais ne pouvant l'utiliser, il le prêta en 1778 à Lalande et à Lepaute d'Agelet, qui l'installèrent à l'Observatoire de l'École militaire. A la mort de Bergeret (1785), Lalande en fit l'acquisition (Lalande, Jiistoire abrégée de V Astronomie, p. 669). Ce quart de cercle revint à l'Observatoire le 2 septembre i835, avec les autres instruments de l'École militaire. Sur la demande du maire de Toulouse (18 juillet i838), le Bureau des Longitudes le prêta A Frédéric Petit, nommé tout récemment Directeur de l'observatoire de cette ville. En 1881, il est revenu au Musée de l'Observatoire de Paris.

Le grand quart de cercle de Le Monnier date de 1752. Le 29 frimaire an VI, le Bureau des Longitudes en décida l'achat pour le prix de 10 000 francs. Le 4 ^^^ réal de la même année^ les deux muraux de Le Monnier furent transportés des Capucins à l'Observatoire, où on les fixa au mur de Cassini dont nous allons parler, celui de 5 pieds tourné au Nord contre la face occidentale, celui de 8 pieds tourné au Midi contre la face orientale. Ce dernier a servi aux observations de 1800 à 1823. Il figure aujourd'hui dans le musée de l'Observatoire.

LE RÉGIME DE l'oBSERVATOI RE . 247

de le remplacer, dès qu'il le pourrait, par un instrument anglais. Il s'adressa donc d'une part à l'Académie pour obtenir le quart de cercle, de l'autre au Directeur des bâliments rojaux pour le pourvoir d'un abri.

Le 28 juin 1779, il obtenait de l'Académie une délibération par laquelle celle-ci s'engageait à fournir un instrument construit suivant les plans et dans les dimensions qu'il avait lui-même indiqués (*).

M. d'Angiviller, de son côté, acquiesça à la demande de Cassini et chargea Brébion, inspecteur et architecte des bâtiments royaux, d'exécuter les plans et modèles en relief que lui présentait le Directeur de l'Observatoire (^).

Le nouveau cabinet (P/. A 111 y Jlg. 3 et 4) fut bâti au sud des anciens, à la place de la petite tourelle de l'abbé Chappe. Il occupait l'emplacement de la salle de travail actuelle des observateurs aux instruments méridiens.

« La petite tourelle que l'on avait fait construire en avant des cabinets, pour se procurer l'avantage de prendre des hauteurs correspondantes, sans déranger l'instrument, avait l'inconvénient de n'être pas assez avancée et d'être masquée par l'Observatoire dans toute la partie de l'ouest-sudouest au nord; j'imaginai d'établir à la place de celte tourelle un Murméridien R fixe et isolé au milieu d'un cabinet N de i5 pieds de longueur sur i3 pieds de largeur, et, dans un prolongement de 6 pieds en avant de ce cabinet, je trouvai la place de deux toits tournants l'un à gauche E de 4 pieds de diamètre pour l'observation des hauteurs correspondantes, l'autre à droite O de 6 pieds -J propre à recevoir une lunette parallactique ou un équatorial. Et dans le milieu devait être réservée une place pour une lunette méridienne P. Notre nouveau cabinet devait donc ainsi réunir sous la main dans un espace de 21 pieds sur i3 dans œuvre quatre instru-

mens capitaux Par la disposition du Mur-méridien et du cabinet, je

me donnais la facilite de suspendre au mur seul quatre instrumens dilTérens. Car en rehaussant le toit du Grand Cabinet, je laissais la possibilité de surmonter le Mur-méridien d'un autre mur mobile et tournant sur un boulet de canon, selon la méthode de M"* Le Monnier (').

(') Nous verrons plus tard par suite de quelles circonstances cet engagement ne fut pas tenu.

(^) Lettre de Brébion à Cassini du 16 juillet 1779, lui notifiant que son frère et Sevestre sont les archiLectes, les S" Pecoul et Taboureux les entrepreneurs chargés des travaux. [Arch. de l'Obs.)

(^) Voir dans les Lettres astronomiques de Bernoulli (lettre onzième, p. i43) la description de ce mur tournant. Cassini rapporte ailleurs que Le Monnier lui

» Le Mur-méridien a été fondé jusqu'à i8 pieds de profondeur, et il a dans sa base toute Ja grandeur du Cabinet qui le renferme, c. a. d., i3 pieds sur i5f et de retraite en retraite il vient se réduire en sortant de terre à 3 pieds d'épaisseur sur 7 de longueur. Passé quatre pieds au-dessus du rez de chaussée, il n'a plus dans toute son élévation que six pieds de longueur sur deux d'épaisseur; la pierre de taille dont il est construit est delà meilleure qualité et du plus bel échantillon. » (G.4SSIM IV, Histoire céleste de VObs, de Paris, IV* Partie, t. I, p. vu. Manuscrit des Arch, de rObs., D.5.24.)

Les indications données en divers endroits par Cassini sur les dimensions de ce cabinet et du mur sont des plus variables. Ici, le cabinet a i5 pieds sur i3, le mur 6 pieds sur 2, la hauteur n'est pas indiquée. Dans la légende d'un croquis représentant, dit-il, le cabinet tel qu'il a été exécuté, le cabinet est carré et a 12 pieds de côté; le mur a 7 pieds de long. Dans les Mémoires pour servir à l* Histoire des Sciences, la PL VIII donne au cabinet 1 5 pieds sur 9 à peu près, la légende assigne au mur une hauteur de 22 pieds. Enfin, dans le Mémoire de Cassini et Borda sur la longueur du Pendule, ce mur, auquel ils suspendirent leur appareil en 1792, a 12 pieds de haut sur 8 de largeur et 2 d'épaisseur. La planche qui accompagne ce Mémoire est d'accord avec cette indication delà hauteur, le pendule avait aussi 12 pieds de long.

Si donc la mention d'une hauteur de 22 pieds n'est pas une faute d'impression, il faut admettre, comme je l'ai dit ailleurs (*), que Borda ne mesure que la hauteur du mur au-dessus du plancher de la salle, tandis que Cassini donne la hauteur totale audessus du massif sur lequel reposait ce mur.

Ce cabinet a subsisté sans modifit:ation importante jusqu'en 1841, où il fut prolongé vers le sud et amené à ses dimensions actuelles. Nous pouvons donc en prendre les dimensions primi-

avait promis de lui céder un marbre tournant sur un boulet. Il voulait de plus fixer dans le plan du centre du boulet un cercle horizontal divisé, ce qui aurait constitué un instrument universel. Ce cercle est probablement celui que Cassini fit fondre d'un seul jet par Héban, comme nous le verrons plus loin, et qu'il désigne comme devant servir au support du grand quart de cercle. Mais tous ces projets durent élre abandonnés.

(*) Colleclion de Mémoires publics par la Société de Physique, t. IV^, Mém, sur le Pendule, p. 18.

LE REGIME DE l'oBSERV ATO I RE . ^49

lives exactes sur le plan de rarchitecleBiet qui construisit la salle méridienne en iSSa :

P po Longueur intérieure totale 20 lo

Largeur intérieure 12 4

Epaisseur des murs. o i3 9*

Longueur du Cabinet du Quart de Cercle i3 9

» » annexe 6 6

Longueur du mur portant le Quart de Cercle 6 10

Epaisseur 2 o

On voit que ces dimensions concordent suffisamment avec celles qu'a données Casslni quand il avait encore le cabinet devant les yeux.

(t Les deux toits tournants placés en avant sont d'une forte tôle appliquée sur un léger châssis de fer et recouverte en dedans et en dehors de plusieurs couches de peinture. Ils ne posent point sur les plateformes, mais sont suspendus à des tiges extérieures, de sorte qu'il n'y a rien dans la concavité de ces toits qui puisse gêner la maneuvre des instrumens (*). L'un est conique, c'est celui qui recouvre l'instrument des hauteurs correspondantes,

l'autre est hémisphérique Ces toits ont l'inconvénient de

s'échauffer considérablement en été, de sorte qu'il est indispensable de les surmonter d'une espèce de chapeau ou toit de paille. »

Cassini n'indique pas comment était recouvert le cabinet du mur méridien, probablement par des trappes semblables à celles qui recouvraient le grand quart de cercle mobile.

Un devis de celte construction (''^) en fait monter la dépense à 2^54 livres; ce devis est joint à deux autres qui paraissent indiquer qu'une partie des matériaux en fut empruntée à la démoli-

(') C'était un avantage évident sur Tancien loit tournant de Fabbé Chappe^ dont la concavité était occupée par la vis de soulèvement et le croisillon qui portait son écrou. Mais le mode de rotation de ces nouveaux toits serait assez peu intelligible si l'on ne se reportait au troisième Mémoire de Cassini intitulé : Projet et description d* un nouvel Observatoire, qui se trouve dans les Mémoires pour servir, etc. La PI. VIJI montre un toit conique suspendu à une potence par « des cordes filées de laiton qui, en se tordant et se détordant, se prèteot au mouvement circulaire du toit ».

(■) Arch, de VObs., D.5.39, premier fascicule.

25o CHAPITRE XV.

lion de Féciirle que Gassini I avait fait bâtir dans le jardin comme je l'ai dit au Chapitre VI, p. 71.

La construction fut terminée en 1781.

On plaça d'abord dans la fente ménagée au sud du nouveau cabinet, la petite lunette méridienne de Canivet. Mais elle fut remplacée bientôt par une autre, de plus grandes dimensions. Dans la tourelle à toit conique, le i/\ avril 1782, on plaça sur un pilier le support de cette nouvelle lunette : il était formé d'une seule pierre, évidée en forme d'U. Le 29 mai, on fixa contre le pilier la pendule de Berthoud qui avait été jusqu'alors associée au quart de cercle mobile dans le second cabinet. Enfin le 6 juin, la lunette des passages se trouva garnie de tout son équipage et prête à servir dorénavant aux usages auxquels elle était destinée (Histoire céleste manuscrite). Cette lunette, à objectif achromatique de 42 lignes d'ouverture et de 3 pieds ~ de foyer, avait été construite par Charité sur le modèle d'un instrument de Ramsden. Nous la retrouverons dans V Inventaire des instruments de l^ Observatoire dressé en 1 798 {Mémoires pour servir . . ,, p. 2i4, n° 4)- KIlc paraît avoir servi aux observations jusqu'en 1799, où elle fut remplacée par une lunette de Lenoir.

Après la construction du nouveau cabinet, les deux anciens muraux de Langlois restèrent sans usage. En 1780, Cassini les fit transporter dans le grand atelier qu'il venait d'installer dans la tour de l'Ouest. Il les signale encore comme instruments dans y Etat des instruments du i'"'' avril 1 791 remis par lui olux Archives de r Assemblée nationale. Mais dans V Inventaire du mois de septembre 1798, ces instruments ne figurent que comme vieilles carcasses de quart de cercle, sous les n°^ 4'J et 49 parmi les débris d'appareils.

Les hauteurs méridiennes des astres étaient déterminées à l'aide du quart de cercle mobile. Pour fixer l'orientation de ce cercle et déterminer l'erreur de collimation, on pointait autrefois l'instrument, dans ses deux positions, sur le château de l'Hay. En 1782, une remise fut bâtie dans la plaine du Petit-Gentilly, qui masquait presque entièrement cette mire. Cassini prit le parti de « faire établir à demeure au bord de cette remise, sur le coteau, et à environ 1000 toises de l'Observatoire, un poteau portant 4 points

LE RÉGIME DE t'OBSER V ATO IRE . 25l

de mire, lous distans entre eux de 5 pieds i pouce, quantité égale à la différence de l'élévation de la lunette, dans la position droite et dans la position renversée ». [Mémoires de t'yicadémîe, 1782, p. 296 et 297). Ce poteau fut établi le 16 juillet 1782 [Histoire céleste). T)sLnsldL Description des Instruments de l'Observatoire royal, Cassini donne une figure de cette mire telle qu'elle était vue dans la lunette. Mais la remise et le terrain appartenaient à l'Hôtel-Dieu; Cassini de Thury avait négligé de demander l'autorisation de planter son poteau de mire ; l'ouvrier chargé du travail fut arrêté par le gardien et condamné à une amende. Il fallut l'intervention du Lieutenant de police et de M. de Coignj pour arrêter l'affaire. Au mois d'août 1789, des brigands enlevèrent le poteau et détruisirent la remise; le poteau fut rétabli en mai 1790 par Michaut, le charpentier de l'Observatoire (Comptes de Cassini), Ce poteau existait encore après 1800; il fut remjïlacé parla mire de Montsouris qui occupe le même emplacement.

L'observation des éclipses des satellites de Jupiter et des autres phénomènes se faisait avec les lunettes assez médiocres dont j'ai donné précédemment la liste. Fort heureusement, cette collection s'était enrichie, en 1781, d'une lunette qui existe encore à l'Observatoire et qui, pour les services divers qu'elle a rendus, mérite une mention particulière : c'est la lunette de M. de Pange, qui fut acquise par l'Académie, le 24 mars de cette année, à l'inventaire de cet amateur d'astronomie (fJist. céleste de Cassini IV et Mém, de IWcad. pour 1782, p. 3o5). Elle figure à l'inventaire de 1793 sous le n° i des lunettes et télescopes [Mémoires pour servir... y p. 209). C'est une lunette de DoUond, à objectif achromatique à trois verres de \'i lignes d'ouverture et 3 pieds \ de fojer; elle avait trois oculaires, un terrestre et deux célestes, était montée sur un pied d'acajou à colonnes de cuivre avec tous ses mouvements; à cette lunette s'adapte un héliomètre de Bouguer formé d'un objectif simple ('), plus un micromètre filaire de Hautpois. La lunette de M. de Pange est depuis longtemps em-

(') Cet héiioniètre, dont une des moitiés seulement est mobile par une cré-r maillère, se superpose à l'objectif. Cette construction singulière se retrouve dans un petit télescope de la même époque, par Dollond, que possède aussi TObservatoire. Le premier essai de cet héliomètre, le seul qui fût à l'Observatoire, eut lieu le II mai 1781 {Hist. céleste).

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