ÉPOQUE DE SACCHINI. ETC. I
qu'il avait connu en Allemagne. La reine fit engager Sacchini pour écrire trois opéras à l'Académie royale de musique, et le maître napolitain abandonna l'Angleterre pour venir se fixer à Paris.
. Les deux premiers ouvrages nouveaux de Sacchini furent son Rinaldo italien, arrangé pour la circonstance, et // gran Cid, qui avait vu le jour à Rome, en 1764, et qu'il accommoda pour le donner aux Parisiens sous le titre de Chimène, Sauf quelques morceaux, l'air de Renaud: « Déjà la trompette guerrière îî, deux chœurs, une marche et divers ensembles, le Renaud de Sachini fut loin d'avoir le retentissement du Renaud de l'^rmide de Gluck. Chimène ou le Cid^ représenté en février 1784, contenait de bonnes parties que les musiciens apprécièrent. On reconnaît dans le nouveau maître un accent dramatique d'une sin cérité réelle et des idées mélodiques plus fraîches et plus développées que celles de ses contemporains. Dardanus, représenté au mois de novembre de cette même année, 1784, ne planta pas encore la foi, et le succès en fut contesté. Les airs de ballet furent pourtant goûtés.
I04 HISTOIRE DE LOPERA
Le i" février 1787, parut Œdipe à Colorie^ le chef-d'œuvre deSacchini. Ce fut un triomphe posthume, car le pauvre maître, désespéré de voir l'Académie royale lui préférer Lemoyne et faire passer la Phèdre de ce compositeur médiocre avant sa pièce, au mépris de tous les droits, était mort six mois avant son succès, laissant inachevée une dernière partition.
ISŒdipe de Sacchini n'a pas quitté le répertoire de rOpéra jusqu'à la fin de la Restauration
Œdipe est réellement une œuvre de premier ordre, c'est la simplicité et l'accent dramatique de Gluck unis à la mélodie développée de l'école moderne. Les rôles d'Œdipe et d'Antigone ont une ampleur et une noblesse qu'on ne saurait trop admirer. Rien de plus beau que l'air de Thésée : « Du malheur auguste victime, » et , celui d'Œdipe : « Elle m'a prodigué sa tendresse et ses soins. y> La génération actuelle ne connaît pas cet ouvrage. Il est fâcheux que l'Opéra ne soit pas tenu à conserver quelques-uns des chefsd'œuvre qui ont fait sa gloire en d'autres temps. Le système des entreprises empêche la formation de ce musée musical, qui serait pourtant aussi
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instructif et aussi utile que celui de la Comédie- Française, où Corneille, Racine et Molière ont gardé, grâce à Dieu, une si large place.
Le Vénitien Antonio Salicri arriva de Vienne à Paris, en 1784, pour diriger les répétitions d'un nouvel opéra de Gluck intitulé les Danaïdes. Gluck avait reçu le poème de cet ouvrage des mains du directeur de l'Académie royale, mais il l'avait fait mettre en musique par son élève Salieri. Cette petite supercherie, tenue secrète, ouvrait à Salieri les portes de l'Opéra. Ce fut seulement le matin de la première représentation qu'une lettre du grand maître allemand révéla urbi et orbi qu'il n'était pour rien dans la composition des Danaïdes.
Le succès de la pièce, représentée le 26 avril 1784, n'en fut pas moins considérable. On ne voulut jamais croire que Gluck n'eût pas au moins aidé son élève dans son travail. Le style des Danaïdes est, en effets très semblable à celui de l'auteur d^Iphigénie^ quoiqu'il n'ait pas son inspiration ni ses grands effets dramatiques. On joua longtemps les Danaïdes^ qui furent reprises à diverses époques avec le même succès. En 1 786,
I06 HISTOIRE DE l'oPÉRA
Salieri donna les Horaces^ qui ne réussirent pas, puis Tarare^ opéra tragi-comique, dont Beaumarchais avait écrit les paroles.
Beaumarchais s'était créé tant d'ennemis que l'on s'attendait à un tumulte, lorsque, le 8 juin 1788, l'Académie royale annonça la première représentation de Tarare. Cet opéra, d'un nouveau genre, où le bouffon se trouve mêlé au tragique, obtint, contre toutes les prévisions, un succès de vogue. Le public redemanda les auteurs.
Beaumarchais se déroba, Salieri parut seul. Ce sujet bizarre, tiré d'un conte persan du Cabinet des fées., montre des incidents sans nombre qui, servis par une brillante mise en scène, piquent vivement la curiosité.
« L'auteur, dit La Harpe dans une de ses let- , très, a eu l'esprit de deviner qu'à l'époque de satiété où nous sommes, à défaut du talent nécessaire pour faire un ouvrage bon dans son genre, il fallait mettre tous les genres ensemble et mêler tous les tons, la tragédie, la parodie, la satire et la philosophie. Ces sortes de salmis plaisent toujours à la multitude pendant quelque