EPOQUE DE SACCHINI, ETC. IO
temps, et le singulier prend pour un moment la place du beau. »
L'air de Tarare : « Astasie est une déesse, » obtint un grand succès; les chœurs furent très goûtés. Le dénouement, qu'on avait sifflé à l'avant-dernière répétition générale, où le public avait été admis, moyennant le payement d'un petit écu, fut applaudi à outrance. Mademoiselle Maillard faisait Astasie, Chéron Lainez, Chardini et Rousseau interprétaient les rôles d'Atar, de Tarare, d'Arthenée et du bouffon Calpigi.
Jusqu'à la fin du siècle, l'Opéra se traîna dans les productions incolores. On tenta de naturaliser Vogel, puis Paisîello, puis Zingarelli, dont \Antigone échoua en 1790; on traduisit les Noces de Figaro de Mozart. On essaya d'acclimater à la tragédie lyrique Gherubini, dont le Démophon ne fut pas apprécié. Grétry, le grand maître de l'opéra comique, ne vit réussir à l'Opéra ni son Amphitryon (1788), ni son Aspasie (1789), ni son Denys le Tyran (1794); Anacréon che:{ Polycrate eut un meilleur sort en 1797. Méhul échoua avec sa Cora en 1791. Le
régime républicain dota l'art musical de productions de circonstance qui ne lui survécurent pas, comme Ce que peut la Liberté par Lemoyne, Horatius Codés par Méhul , la Réunion du 10 Août par Porta, V Offrande à la liberté^Léo nidas par Persuis. La commune de Paris ne payait pas ses chanteurs et elle les tenait dans le devoir en les menaçant du tribunal révolutionnaire.
Hébert avait dressé une liste de vingt-deux victimes dans le personnel de l'Opéra. Il différait, disait-il, l'exécution, parce qu'il avait besoin de ces gens-là pour l'amuser. Lainez et la citoyenne Maillard étaient surtout en péril. Lainez ne se tira d'affaire qu'en chantant la Marseillaisey costumé en sans-culotte.
Le 2 2 germinal an H, un décret du Comité de salut public transporta l'Opéra rue de la Loi, au théâtre bâti l'année précédente par mademoiselle Montansier. C'est la première fois que les spectateurs du parterre, autrefois debout, trouvèrent des banquettes pour s'asseoir. Cette salle porta successivement les noms de Théâtre des Arts, Théâtre de la République et des Arts,