‹ Histoire de l'OpéraChapitre 14 sur 35 · KPOQUE DE SACCHINI, ETC. IO · texte numérisé non relu

KPOQUE DE SACCHINI, ETC. IO

Académie impériale et Académie royale de musique.

La période du Consulat fut signalée par une tentative d'assassinat sur la personne du général Bonaparte. Le crime devait s'exécuter dans la salle de l'Opéra le i8 vendémiaire an IX ; il tu révélé par un complice. Le premier consul n'en assista pas moins à la représentation des Horaces, et la police s'empara des conspirateurs avant que le signal fût donné. Le public, qui ne s'aperçut de rien, l'échappa belle, car on devait lancer dans la salle des pièces d'artifice pour provoquer une panique. C'est aussi en se rendant à l'Opéra, où l'on donnait la Création de Haydn, que le chef de l'État échappa à la machine infernale de la rue Saint-Nicaise, le 24 décembre de la même année.

Ce fut seulement sous l'Empire que se révélèrent Lesueur etSpontini. Après huit ans d'attente, Lesueur parut pour la première fois à l'Académie impériale, avec son opéra les Bardes^ que fit jouer Napoléon P% grand admirateur de la Caverne, ouvrage représenté avec tant de succès à rOpéra-Comique, en 1793. En 1794 et en 1796,

Lesueur avait donné, au même théâtre, Paul et Virginie et Télémaque^ que le public avait également acclamés. Les Bardes furent joués le 1 8 juillet 1 804, avec un grand luxe de décorations et de costumes. Le rôle d'Ossian était traduit par Lainez, celui d'Hydala par Lays. Mademoiselle Armand faisait Rosmala. Le style large et simple du compositeur de la Caverne se trouvait là dans sa vraie place. Le public accueillit l'œuvre avec une admiration sincère qui fut tempérée toutefois par le peu d'agrément que lui procurait cette musique toujours tendue outre mesure ; ceux des spectateurs que l'ennui gagnait dirent que cet opéra était une composition pour l'église. Napoléon, enthousiaste de toutes les choses solennelles, déclara sa satisfaction en faisant venir Lesueur dans sa loge et en l'obligeant de s'asseoir auprès de lui, quoiqu'il fût en redingote et tout crotté, pour recevoir ses compliments. Le public applaudit en criant : Vive Lesueur ! Vive Napoléon !

La seconde partition de Lesueur, la Mort d'Adam, ne rencontra pas le même enthousiasme. Le premier poème n'était pas gai ; le second dis-

K PO QUE DK SACCHINI, KTC. III

tillait un mortel ennui. Guillard avait voulu prendre sa part de sublimité. L'Empereur ne se prononça pas. On alla pourtant voir la Mort d'Adam^ pour les décors de Degotty, surtout pour son Paradis Jînal qui était un vrai chefd'œuvre. Un plaisant rima cette diatribe où il faisait parler le compositeur :

Ma pièce, je Vavoue, est d'un ennui mortel ;

Mais au séjour de l'Eternel^

Si beau qu'on n'a rien vu de tel, Je transporte à la fin A dam avec A bel.

Et je réussis grâce au ciel !

Disons à la louange de Lesueur, que Beethoven malade, après avoir lu la Mort d'^Adam, disait à ses amis que cette lecture semblait le guérir de tous ses maux. Le rôle d'Adam fut créé par Louis Dérivis, celui de Seth par Lays et celui de Gain par Lainez. Mademoiselle Maillard représentait le personnage d'Eve et Nourrit père l'ombre d'Abel. Lesueur travailla à un autre opéra, le Triomphe de Trajariy allusion aux victoires de Napoléon, après son retour d'Allemagne, Esménard avait écrit le poème, et Persuis,

le chef du chant de l'Académie impériale, était l'auteur de la musique dont Lesueur ne fit qu'un seul morceau, la marche triomphale. La mise en scène sauva l'ouvrage d'une chuie. Il était pourtant interprété par Lainez, Lays, Louis Dérivis et Nourrit père. Madame Branchu,qui depuis son début dans Didon^ en 1801, sous le nom de mademoiselle Chevalier, était devenue la grande artiste de l'Opéra, concourait aussi à l'excellente exécution de la pièce qui atteignit sa centième représentation. Lesueur borna là sa carrière dramatique et il retourna à ses compositions d'église et à ses livres théoriques. Deux mois après le Triomphe de Trajan, le 1 1 décembre 1807, la Vestale ào, Spontini remportait' une éclatante victoire.

Gaspard Spontini habitait Paris depuis 1804. A cette époque^ il comptait trente ans et il avait composé déjà quantité d'opéras italiens plus ou moins réussis. L'Opéra-Comique joua trois ouvrages de sa façon : Milton, Julie et la Petite Maison. Milton seul résista. Joay lui confia le poème de la Vestale refusé par Méhul et par Cherubini. Use mit à l'œuvre avec opiniâtreté, et

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