‹ Histoire de l'OpéraChapitre 23 sur 35 · ÉPOQUE DE ROSSINI ET Ï)E MEYERBEER I4I · texte numérisé non relu

ÉPOQUE DE ROSSINI ET Ï)E MEYERBEER I4I

pension. Une autre raison du silence tant reproché à Rossini, c'est le concert élogieux des journaux, au bénéfice de Robert-le-Diable, concert dans lequel se trouvait toujours quelque note dissonnante contre la victime de l'économie royale. La mutilation de Guillaume Tell et les découpures en fragments que l'on en fit pour servir de lever de rideau à des ballets, constituaient la troisième injure. Si vous voulez connaître par le menu les phases de ces déboires , lisez l'excellent livre de M . Alexis Azevedo, intitulé : Rossini^ sa vie et ses œuvres. Vous resterez convaincu que la conduite de Rossini fut en cela très logique et qu'à sa place vous en eussiez tait autant , non pas seulement par rancune, rnais par devoir et par dignité. Le docteur Véron, l'élu de la liste civile, prit à son compte les charges de l'Opéra et s'en fit un excellent revenu , quoiqu'on eût tari l'une des sources de ses recettes en abolissant l'article du décret de 1 8 1 1 qui attribuait à l'Académie royale la redevance des théâtres secondaires.

On libella au nouveau directeur un eahier des charges qui l'obhgeait à jouer tous les ans, pen-

dant les six années de son privilège, un grand opéra en trois ou cinq actes, un grand ballet de même dimension, deux petits opéras en un ou deux actes et deux petits ballets; en somme, un ouvrage nouveau tous les deux mois. Nous sommes loin de cette rigueur aujourd'hui. On octroya à Véron 800,000 francs de subvention pour la première année, 760,000 pour la seconde et la troisième, 710,000 pour les trois dernières. Il devenait responsable en cas d'incendie. On le plaça sous la surveillance d'une commission, présidée par le duc de Choiseul, ayant mission de punir chaque infraction au cahier des charges d'une amende de 1,000 à 5, 000 francs.

Le docteur Véron, l'aimable homme que tout Paris a connu, avait alors trente-deux ans. Il quittait la Revue de Paris pour sa nouvelle entreprise. On l'avait vu tour à tour interne des hôpitaux, docteur^médecin, orateur à la Société royaliste des Bonnes Lettres^ associé du pharmacien Frère, pour l'exploitation de la pâte pectorale de Regnauld, journaliste à la Quotidienne^ puis au Messager des Chambres, et, enfin, fondateur de la Revue de Paris, A cette époque, il

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occupait, rue Caumartin, un appartement modeste compose de trois pièces. On ne le rencontrait jamais chez lui. Il habitait sa voiture. Cette voiture très élégante était un coupé attelé de deux chevaux anglais, pomponnés de rubans écarlates sur les œillères. 11 avait acheté le tout d'occasion à mademoiselle Mars. Une fois directeur de l'Opéra, Véron se meubla un intérieur de riche financier, où il eut bonne table, bonne cave et bonne compagnie. Ce luxe lui servait de réclame, non moins que le vaste col de chemise duquel sortait, comme une pivoine épanouie, sa figure rougeaude et bon enfant. Il avait calculé que son nouvel état de maison lui rapportait plus qu'il ne lui coûtait.

C'est dans ces circonstances que le docteur rencontra sur son chemin Meyerbeer et son Robert -le- Diable. Robert - le - Diable était , d'abord, un opéra-comique. C'est à ne pas le croire, si le fait n'était dûment constaté. Le théâtre Ventadour ne possédant pas de chanteurs capables d'exécuter la partition, Scribe et Delavigne rimèrent leur prose primitive et Véron devint possesseur du chef-d'œuvre. Il ne compre-

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nait pas encore la bonne fortune qui lui tombait des nues. Mais il n'avait rien à monter qu'une traduction de VEiiryanthe^ de Weber, que venait de confectionner Castil-Blaze, et il ne pouvait espérer mieux, à coup sûr, qu'un ouvrage nouveau de l'auteur du Crociato in Egitto^ dont le succès italien avait fait le tour de l'Europe. La distribution de la pièce se trouvait tout indiquée : Adolphe Nourrit, Robert; Levasseur, Bertram ; madame Cinti Damoreau, Isabelle; mademoiselle Dorus, Alice ; et pour la danse, mademoiselle Taglioni, l'abbesse des nonnes de Sainte- Rosalie. C'est avec ce personnel que Robert fut représenté le 21 novembre i83i. Mesdemoiselles Noblet, Julia et Montessu participaient au divertissement chorégraphique.

Le succès de Robert fut dès le premier jour ce qu'il est aujourd'hui. Il ne se décida pourtant qu'après le tableau des nonnes. Jusque-là, le public admirait en silence; mais, quoiqu'il retrouvât çà et là des imitations rossiniennes auxquelles son oreille était habituée, il entendait des effets inconnus qui le surprenaient et le faisaient hésiter. VdiUiQUX à' Emma di Resbur go ^ àtMar-

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