ÉPOQUE DE ROSSINI ET DE MEYERE::ER I
f^/ierita dWngiii et du Croc/j/o, joue au théâtre Favart au temps de la direction de Rossini, avait considérablement modifié sa manière, et il s'était créé un style à lui. C'était un mélange du romantisme de Weber, élargi et dramatisé, avec quelque chose de la puissance instrumentale de Beethoven et de la phrase mélodique (plus courte et moins complète) du maître de Pesaro, son premier modèle.
Trois accidents signalèrent, on se le rappelle, la première représentation de Robert. La chute d'un portant menaça d'écraser mademoiselle Dorus-Alice ; un rideau de nuages faillit tuer mademoiselle Taglioni, couchée sur le tombeau de l'abbesse de Sainte- Rosalie ; au cinquième acte, Bertram-Levasseur ne s'engloutit pas seul dans la trappe; il entraîna dans le dessous Nourrit-Robert, aussi étonné que le public de ce dénoûment improvisé. En i832, une jeune élève du Conservatoire, mademoiselle Falcon, remplaça mademoiselle Dorus dans le rôle d'Alice et y fit une profonde sensation.
Les Huguenots datent du 29 février i836. L'opéra romantique se révèle ici dans toute son
ampleur. Le pittoresque n'a jamais été porté aussi loin par Weber lui-même. C'est un monde de caractères et d'habiles contrastes. L'acte de Chenonceaux, celui du Pré-aux-Clercs, le conci liabule de la Saint-Barthélémy, le duo d'amour qui termine le quatrième acte forment des oppositions merveilleuses. Mademoiselle Falcon, l'élève du Conservatoire, passa ce jour-là au rang de grande chanteuse dramatique, et, depuis sa retraite, il n'y a pas eu de Valentine plus inspirée. Adolphe Nourrit, à qui l'on doit le conseil donné au maître d'ajouter le duo du quatrième acte, qui suit la Bénédiction des poignards, s'éleva, dans le rôle de Raoul, à une hauteur prodigieuse comme tragédien et comme chanteur. Dans ce personnage, Duprez lui-même ne l'a pas fait oublier. On n'a pas rencontré non plus un Marcel plus convaincu que Levasseur.
Treize ans s'écoulèrent entre les Huguenots et le Prophète j représenté Iq 16 avril 1849. Le Prophète n'atteignit jamais le succès de Robert et des Huguenots. C'est un opéra magnifiquement traité, empreint d'une couleur incomparable, mais il repose sur l'abnégation au lieu de
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se fonder sur la passion ; de là sa moindre popularité. Le rôle de Fidès, le seul côte humain du sujet, fut ajouté par Meyerbeer. Le maître le construisit des débris de celui de Bcrtha, qui était d'abord le principal personnage. On ne saurait décider si la pièce gagna ou perdit à ce remplacement de l'amour par l'amour maternel. La création musicale n'en est pas du reste moins belle et moins puissante. Jean de Leyde servit de début à Roger, et madame Viardot donna à son rôle de Fidès la physionomie magistrale que l'on sait. L'Africaine^ dont les principaux rôles furent créés (28 avril i865) par mesdames Sasse et Battu, par le ténor italien Naudin, qu'engagea tout exprès M. Fétis après la mort du maître Berlinois, par Belval et par Faure, notre grand virtuose, est assurément le moins complet de tous les opéras français de Meyerbeer. Si ce n'eût été un ouvrage posthume, les répétitions auraient amené de nombreux changements de la part du poète et de la part du compositeur. L'Africaine sera plus appréciée par les musiciens pour ses qualités spéciales, que par le public de l'avenir pour son mouvement et son effet dramatique.