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AUTRES COMPOSITEURS DOPERAS ET DE BALLETS

Rossini et Meyerbeer dominent toute cette période, qu'ils traversent comme des géants. A côté d'eux, quelques compositeurs d'un rare mérite viennent aussi captiver l'attention et conquérir une haute célébrité. C'est d'abord Auber, le premier des maîtres français de notre temps. Auber est un musicien original, mais il ne donne pas à Tart de son temps une impulsion nouvelle. Il subit dans une certaine mesure l'mfluence rossinienne, qui, à son insu, se mêle à son propre génie. Halévy, au contraire, se relierait mieux à l'auteur de Robert qu'à celui de Guillaume Tell. Le souvenir d'Hérold n'est pas non plus étranger à sa manière et à son style général.

La Muette de Portici, représentée pour la première fois le 28 février 1828, vint prouver que le charmant auteur de tant d'opéras comiques re-

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nommés pouvait atteindre parfois à de plus hautes conceptions. Gustave III ou le bal masqué^ joué le 27 février i833, le Lac des Fées^ que l'Académie royale mit au jour le i*^'" avril 1839, furent loin d'égaler le chef-d'œuvre précédent. Les deux ouvrages étaient pourtant servis par de brillants interprètes : dans le premier, Nourrit, Levasseur, mademoiselle Falcon ; dans le second, Duprez, madame Stolz et mademoiselle Nau.

L'Enfant prodigue réussit davantage, en décembre i85o. Mieux distribuée qu'elle ne le fut à l'origine et allégée d'un acte, je crois que la pièce trouverait aujourd'hui un regain de succès. La partition, enrichie de la coupure que je signale, coupure pratiquée par Auber lui-même, doit se trouver dans les archives de l'Opéra avec quelques autres modifications. Les petits ouvrages d'Auber : le Dieu et la Bayadère (i83o), le Philtre (i83i), le Serment^ Zerline ou la Corbeille d^oranges^ que chanta madame Alboni au mois de mai i85i, contiennent de ravissants morceaux. Le Philtre serait une excellente reprise.

Halévy est tout entier dans la Juive, l'un des

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chefs-d'œuvre de l'école française. Nourrit et Duprez illustrèrent tour-à-tour le personnage d'Éléazar ; mademoiselle Falcon reste la plus belle comme la plus passionnée des Rachel. Guido et Ginevra n'émut pas la foule en i838, mais en 1840, la Reine de Chypre vint, sous les traits de madame Stolz, relever la gloire du maître. Charles F/ obtint un beau succès en 1842. Cet opéra était brillamment traduit par Baroilhet et par madame Stolz qui s'y montrèrent incomparables comme jeu et comme déclamation lyrique; puis parurent le Juif errant et la Magicienne

(i852et i858).

Halévy a été diversement jugé : à l'exception de la Juive^ louée unanimement, et de VEclair (qui appartient au répertoire de l'Opéra-Comique), tous ses autres ouvrages ont rencontré de sévères critiques. On l'a représenté flottant sans cesse entre l'imitation de Meyerbeer et l'imitation d'Hérold, restant immobile au milieu de ces deux manières, sans pouvoir se créer un style spécial. On l'a accusé d'abuser du récitatif, de prolonger indéfiniment ses morceaux et de ne trouver la plupart du temps que des mélodies

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tronquées. Il y a du vrai dans ces reproches. Il est évident que la clarté manque parfois à ses dessins mélodiques et que ses masses, quoique savamment traitées, sont souvent diffuses et monotones; mais, après Meyerbeer, nul mieux qu'Halévy n'a compris le côté romantique du drame lyrique, le pittoresque, la couleur, le dessin des personnages et des caractères. Eléazar et Rachel, Charles VI et Odette, Gérard et Catarina, de la Reine de Chypre^ sont certainement des compositions caractéristiques. Au milieu de mélodies qui manquent parfois d'haleine, on trouve dans l'œuvre d'Halévy des élans chaleureux et inspirés, des chants qui se développent avec le sentiment et l'ampleur nécessaires. Niedermeyer, compositeur délicat et distingué, auteur de Stradella (iSSy) et de Marie Stuart {1844), appartenait aussi à cette école. Son succès n'a pas égalé son mérite. Stradella était réellement un bel ouvrage qui fut brillamment exécuté par Nourrit et mademoiselle Falcon.

Le plus chaleureux représentant de l'école rossinienne^ l'auteur de tant d'œuvres acclamées en Italie, Gaétano Donizetti, entra dans le ré-

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pertoire français par un ouvrage purement italien que la censure napolitaine venait d'interdire à San-Carlo. Poliuto devint les Martyrs et il se produisit à notre Académie royale le lo avril 1840, chante par Duprez, Dérivis, Massol, Serda, madame Dorus-Gras. Le troisième acte est plein de vigueur et de passion. Tamberlick a fait du rôle de Poliuto l'un de ses grands succès sur les scènes italiennes.

Huit mois après les Martyrs, l'Opéra représentait une seconde pièce du maître bergjmasque, cette fois composée tout exprès pour les auditeurs français. La Favorite fut jouée le 2 décembre 1840. Comme autrefois Robert-le- Diable^ elle était destinée à un théâtre de genre, le théâtre de la Renaissance. Elle devait s'intituler : V Ange de Nisida. Le ténor La Borde et madame Anna Tillon en devaient chanter les principaux rôles.

La pièce avait trois actes ; on étira le premier pour en foire deux. Les autres actes restèrent tels quels. Un personnage de demi-caractère disparut ; un duo retranché alla s'incarner dans Maria Padilla, opéra italien représenté à Milan

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en 1841. Dans le duo du quatrième acte, madame Stolz lit ajouter aux répétitions la romance : « Fer n and, écoute la prière » ; la romance du ténor a Ange si pur» fut empruntée au manuscrit du Duc d'Albe (opéra non joué). Le quatrième acte tout entier fut écrit en vingt-quatre heures par Donizetti qui avait seulement dans sa mémoire la mélodie du célèbre duo. On a dit qu'il l'avait destinée à un Comte de Comingesc{\i'i\n'écrivit jamais ; j'jgnorais ce projet, pour ma part, et ne m'en suis jamais autrement informé. Gluck en avait fait bien d'autres, comme on l'a vu plus hautj en transportant dans ses opéras français des morceaux déjà exécutés dans ses opéras d'Italie. Et puis, qu'importe ? je ne crois pas la musique tellement liée aux paroles qu'on ne puisse sans sacrilège séparer cette âme et ce corps. Souvent le musicien ne rend pas dans sa plénitude le vrai sens des paroles ; c'est au librettiste alors à traduire, s'il le peut, le vrai sens de la musique. Le maigre succès de Dom Sébastien de Portugal (i3 novembre 1843) impressionna vivement Donizetti, qui commença, peu de temps après ce demi-échec, à ressentir les premières atteintes de

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la cruelle maladie dont il mourut. Scribe, contrairement à ses habitudes, avait donné là, au pauvre maître, un bien mauvais livret. De ces situations impossibles, Donizetti avait pourtant fait sortir de merveilleux accents. Pour ce malencontreux convoi de première classe du troisième acte, il avait écrit une marche funèbre magnifique. La cavatine de Gamoens, dite par Baroilhet au premier acte, la romance du roi sur le champ de bataille, si bien rendue par Duprez, la mélodie : « O Lisbonne, ô ma patrie », le duo : « C'est un soldat qui revient de la guerre », sont des morceaux aussi beaux que les plus beaux de Fauteur de Lucie de Lammermoor. Lorsque l'ouvrage fut représenté à Vienne, le compositeur remplaça la scène d'enterrement de dom Sébastien par la scène du couronnement de son successeur. Le 6 février 1845, les Viennois faisaient un accueil très chaleureux à la partition ainsi amendée. « Croyez-moi, écrivait Donizetti après le succès de Vienne, les Parisiens reviendront à Dom Sebastien. J'ai composé cet opéra avec grand soin, et c'est pour moi un travail capital. »

En travaillant pour Paris, Donizetti modifia

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sa manière italienne dans ce qu'elle avait de défectueux, c'est-à-dire qu'il s'enquit davantage de la couleur et de l'unité, sans rien perdre pourtant de ses qualités vivaces et passionnées. Lucia, en i835, avait donné un modèle de sa tendance à l'unité. Duprez, qui avait créé, à Naples, le rôle d'Edgard, le reprit à Paris, le 20 février 1846, lorsque l'Académie royale représenta la pièce traduite, et y fut salué par d'unanimes acclamations. L'Opéra joua aussi, en i853, une Betly de Donizetti, traduite de l'italien, qui passa presque inaperçue. M. H. Lucas l'avait traduite cinq ans après la mort du maître.

A son retour de Vienne, oti il était allé monter son Dom Sébastien^ le pauvre Donizetti ne paraissait plus le même homme. Lui, si bon, si aimable, si affectueux, il était devenu sombre et défiant. L'un des premiers , je m'aperçus du trouble qui se produisait dans son cerveau et j'en parlai à notre ami commun, le docteur Ricord, qui conseilla au maître un séjour momentané à la campagne et Téloignement de tout travail, Gaëtano n'en voulut faire qu'à sa tête. Quelques mois plus tard, on l'enfermait dans une maison

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de santé, à Ivry, d'où il ne sortit que pour aller mourir dans sa ville natale. Je n'oublierai jamais la visite que je rendis à notre pauvre ami, à la maison de santé. Gustave Vaëz m'accompagnait et tâchait d'attirer l'attention du malade en lui parlant d'un ouvrage nouveau dont il avait, Tannée précédente, accepté de nous le sujet. Donizetti noms regardait avec ses grands yeux fixes et immobiles. Il ne nous répondait pas et ne nous reconnaissait même plus. On apporta un potage que nous lui fîmes manger en lui présentant la cuillère que sa main paralysée ne pouvait tenir. Il approchait ses lèvres de cette cuillère et il lampait le liquide comme aurait fait un animal. En quittant ce triste lieu^ nous pleurions.

Le grand statuaire italien, Vincenzo Vêla sculpta le monument funèbre de Gaëtano Donizetti, dans réglise de Santa- Maria -Maggiore. On y voit l'Harmonie, aux pieds de laquelle sont groupés sept petits anges représentant les sept notes de la gamme.

On a reproché à Donizetti d'avoir été un improvisateur. Le temps ne fait rien à l'affaire, dit la comédie. Il existe des natures réfléchies et des

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natures cxpansives. L'auicur de Lucie appartenait à ces dernières. La passion coulait chez lui à pleins bords. Ses plus puissantes inspirations jaillirent toujours de source. Il aurait gâté sa pensée en cherchant à l'orner et à Témonder.

La composition chorégraphique fut très brillante, pendant cette période, à notre Académie de musique.

La Somnambule et la Fille mal gardée, d'Hérold (1827- 1828), obtinrent un succès de vogue. Le premier de ces ouvrages mettait en relief la vivacité spirituelle et entraînante de madame Montessu, la distinction de mademoiselle Legallois et, à la reprise de i835, le gracieux talent de Pauline Leroux. La Belle au bois dormant ^ du même compositeur (1829), servit aux débuts de mademoiselle Taglioni, qui n'abordait pas encore les grands rôles et qui jouait, dans cette féerie en quatre actes, le personnage accessoire d'une naïade. Schneitzhœfîer, musicien distingué, faisait courir tout Paris à l'Opéra, en 1826, avec son ballet de Mars et Vénus ou les Filets de Vulcain^ joué par Albert et mademoiselle Legallois. En i832, il donnait la Sylphide^ où made-

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moîseUeTagli-^' ''^qoitsareiioiiiiiiée. Adolphe Noorril aYail . i k lÎTret de ce balkc Casimir Gide écriTit U pardtîoo du charmant Diable bcfitoix où Faonj Elsskr se révâa. Il fit aasâ pour elle la Volière^ en i83S. et U Ta-' rtMtuU, en 1839.

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