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MELLE TAGLIONI

ÉPOQUE CONTEMPORAINE ig3

pas, se tirent d'affaire par les splendeurs de la mise en scène. On les bourre de ballets, de décors et de lumière électrique, on les habille splendidement, on leur donne pour protagoniste un acteur-étoile, et si le poème, emprunté au besoin à un chef-d'œuvre classique, offre de l'intérêt par lui-même, le public permet volontiers qu'on lui joue de la musique pendant ce temps-là. Cela le distrait comme au concert Besselièvre.

Il fut plus sévère pourtant dans la soirée néfaste du i3 mars 1861, lorsqu'il immola sans pitié le Tannhœuser de M. Wagner, qui depuis 1845 triomphait sur toutes les scènes de l'Allemagne. Aussi pourquoi choisir un treizième jour du mois ? Et pourquoi s'annoncer partout, au milieu du tonnerre et des éclairs de la réclame, comme un prophète musical dont Gluck, Mozart et Beethoven n'étaient que les pâles précurseurs ? Arrêtons-nous, et, comme disent les romanciers, n'anticipons pas sur les événements. L'histoire de la nuit du i3 janvier reviendra chronologiquement à sa place.

Le plus anciens des compositeurs vivants dont nous avons à "mentionner les œuvres est M. Am-

broise Thomas, né à Metz en 181 1, dans cette année de la comète si fertile en produits excellents. Le maître acclamé à TOpéra-Comique depuis 1837, l'auteur charmant de la Double Echelle, du Caïd^ du Songe d'une nuit d'été et de Mignon, s'essaya sur notre grande scène lyrique, en 1 841 , par un Comte Carmagnola qui rencontra un assez froid accueil, suffisamment justifié du reste par la nullité du libretto dont Scribe avait gratifié le jeune musicien. L'année suivante, la paternelle administration de Léon Pillet et Duponchel fit passer en plein été le Guérillero, opéra en deux actes du même auteur, dont le livret, écrit par Théodore Anne, n'était pas non plus un modèle d'intérêt. Vingt-six ans s'écoulent entre le Guérillero et Hamlet. Dans cet intervalle, M. Thomas obtenait à TOpéra- Comique ses deux grands triomphes du Caïd et du Songe d'une nuit d'été, et il les accompagnait d'autres ouvrages d'un mérite plus modeste, comme Raymond^ la Tonelli, la Cour de Célimène et Psyché.

En 1866, le succès de Mignon, composition romantique, où la couleur pittoresque du sujet

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se trouve si poétiquement reproduite par la musique, vint rouvrir à M. Ambroise Tliomas et à son Hamlet les portes de notre premier théâtre depuis si longtemps fermées devant lui. Le magnifique drame de Shakspeare, très habilement arrangé par Michel Carré et M. Jules Barbier, fut représenté par Faure et mademoiselle Nilsson. La masse des spectateurs qui n'avait certainement jamais vu jouer la pièce anglaise ni même la traduction du chef-d'œuvre par Alexandre Dumas et M. Paul Meurice, fut transportée par la beauté des situations. Faure, avec raison, ne donna pas au rôle la farouche grandeur que lui prêtaient Edmund Kean et Macready, et après eux Rouvière au Théâtre-HiS' torique. Il édulcora la sauvagerie du prince of Denmark comme il convenait de le faire, puisqu'il acceptait la lourde tâche de traduire en doubles croches le monologue : « Etre ou n'être pas, voilà la question. » C'est pour le coup que, voyant ce tour de force de la musique, Saint- Evremond se serait étonné d'entendre raisonner le suicide en chantant! Quand je me sers du mot chanter^ je me trompe, c'est réciter qu'il

IÇÔ HISTOIRE DE l'opÉRA

faut dire, car YHamlet de l'Opéra récite par système selon les us de l'ancienne tragédie lyrique. Le sujet ne comportait pas le chant. Le compositeur devait s'en tenir à la mélopée en l'ornant de son mieux par des accompagnements d'orchestre ingénieux et savamment combinés, et c'est ce qu'il a fait par force et par raison. L'intérêt de l'action se serait trouvé refroidi par les mélodies les plus belles; ajoutons qu'au besoin cette terrible épopée psychologique du prince danois aurait pu se passer de musique, même de la musique d'un maître. Lorsque dernièrement le bruit de la retraite de Faure, notre éminent virtuose, courut dans Paris, chacun se demandait qui pourrait reprendre le rôle d'Hamlet après lui, et tous répondaient : personne. Faure, en effet, réunit en lui tout le charme et tout le succès du personnage. Ophélie peut être remplacée, Hamlet ne le sera jamais. Faust peut se nommer le chef-d'œuvre de M. Gounod, ou du moins son meilleur ouvrage. Il procède du grand Gœthe comme Hamlet procède du grand Shakspeare. Cette collaboration indirecte n'a pas nui à nos deux opéras français

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