‹ Histoire de l'Opéra-Comique: La seconde Salle Favart--1840-[1887] (volume 2)Chapitre 17 sur 22 · MM · texte numérisé non relu

MM

Battaille.

Battailla.

Lutz.

Obin.

Stdphan,

Audran,

Montjauza.

Montjauze.

Montjauze.

Le Joyeux,

Mocker.

Meillet.

Meillet.

Barré.

Saturnin,

Jourdan.

Fromant.

Verdellet.

Nicot.

Rose de Mai,

Darcier.

Meillet.

Fidôs-Devriôs.

Chapuy.

(George tte,

Lavoye.

Roziës.

Darara.

Chevalier.

Thérèse,

Réviily.

Zévaco.

Réviily (Prêtée par

Vidal.

rOpéra-Comique).

Un dernier souvenir mérite d'être rappelé ici ; il prouve à quel degré d'indifférence .ou dé misère sont tombés les conservateurs de nos grandes bibliothèques. Le 6 février 1883 le manuscrit original du Val d'Andorre a passé sur la table des commissairespriseurs à l'hôtel Drouot ; l'État n'avait aucun représentant à cette vente, et c'est un amateur parisien, M. de Cisternes, qui s'est vu adjuger ce précieux autographe, pour la somme de 150 francs I Gravée, cette même partition d'orchestre était marquée au prix de 400 francs !

On aurait donné beaucoup moins de l'ouvrage qui suivit le Val d^Andorrey s*il avait jamais été mis aux enchères. Ce. petit acte, intitulé les Devx Bambins et joué le 6 décembre 1848, avait pour auteurs d'une part de Leuven et Brunswick, de Tautre Lùigi Bordèse ; c'était une sorte de pochade dans le goût des farces italiennes du théâtre de la Foire au xvm® siècle, un lever de rideau sans importance, qui disparut de l'affiche au bout de quatre représentations.

En revanche, Tannée 1849 fut inaugurée par un succès dont l'éclat ne devait pas être simplement éphémère. Le Caïd compte en effet parmi ces quelque dix ou douze œuvres qui- forment pour ainsi dire le patrimoine du théâtre, et voient presque chaque année grossir le nombre de leurs représentations. De 1849 à 1866, il n'a quitté l'affiche qu'en 1859 ; après une éclipse de huit ans, il a reparu en 1875, 1876, 1879 et 1880; bref, on l'a joué trois cent une fois dans la seconde salle Favart. Le Caïd, écrit d'abord le Kaîd^ portait primitivement un titre aussi bizarre que peu harmonieux : les Boudjous; c'est ainsi que les auteurs, peu experts en connaissances orientales, désignent une monnaie arabe ou bédouine dont l'appoint était nécessaire au développement de leur intrigue. A ce seul mot, on devine qu'il s'agit d'une bouffonnerie, €t, pour mieux marquer l'intention de pasticher le •sujet italien, l'affiche portait cette désignation : « Opéra bouffe en deux actes et en vers libres, libretto de M. Sauvage. » Libretto remplaçait ici poème, terme ordinairement employé. Il est bon de constater que la première représentation du Caïd coïncida avec une brillante représentation de Vltaliana in Algérie interprétée par Morelli,. Ronconi et l'Alboni. Cette rencontre imprévue du modèle et de la copie fut

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presque un attrait de plus pour l'ouvrage du maître français, représenté le 3 janvier et joué soixante et une fois dès la première année. On put constater ^insi que la satire n'avait rien de mordant, et que la parodie était écrite par un compositeur qui a su demeurer toujours et partout respectueux de son art. « Sa muse, écrivait-on a ce sujet, est une demoiselle bien élevée qui a voulu essayer de se faire cocotte et d'aller en partie fine ; elle s'y est montrée avec une décence piquante, une folie scientifique, un dévergondage de bon goût. » Et cette définition caractérise assez justement la première manière d'Ambroîse Thomas, dont le Caïd marque le point suprême ; avec le Songe d'une Nuit d'été, en effet, une évolution devait commencer à se produire, et les résultats en fiont connus de tous : ils s'appellent Mignon et Hamlet.

Cependant, la faveur pour les ouvrages de l'ancien répertoire n'avait pas disparu avec lé roi Louis-Philippe. On put le constater dès le début de l'année 1849, avec deux reprises: Maison à uendre, le 17 janvier,, et la Fête du village voisin^ le 28 janvier. Il avait même été question un instant de Ma tante Aurore; mais le projet fut abandonné, et ce n'est que quelques années plus tard, en 1851, au Théâtre-Lyrique, que les admirateurs de Boieldieu purent applaudir cet opéra-comique où Alphonse Karr a puisé, par la suite, le sujet de son amusante « Histoire invraisemblable. »

De ces deux vieilles pièces, lapremière, d'Alexandre Buval pour les paroles et de Dalayrac pour la musique, était née le 23 octobre 1800 dans la première salle Favart ; elle n'avait pas encore paru dans la seconde, où Ponchard fils, Bussine et M^* Mey er la présentèrent avantageusement au public. Elle y resta jusqu'en 1853,

.192 LA DIRECTION DE M. PERni^

OÙ elle atteignit sa quarante-troisième et dernière représentation. Depuis lors, on ne Ta plus revue qu'au Théâtre-Lyrique, sous la direction Ofifenbach.

La deuxième pièce, de Sewrîn pour les paroles et de Boieldieu pour la musique, eut une destinée assez analogue. Jouée, pour la première fois, le 5 mars 1816, elle se maintint depuis 1849 quatre années consécutives au répertoire, reparut en 1857, fournissant alors 47 représentations, émigra ensuite aux Fantaisies-Parisiennes, mais, plus heureuse, revint au bercail en 1877, où elle retrouva encore 18 soirées, avec MM. Duwast, Boyer (début), Bernard, Thierry, l^me. vergin, Eigenschenk (début), Decroix, Lévy, dans les rôles tenus en 1849 par Bussine, Emon, Ricquier, M^^^'Meyer, Lemercier, Decroix, Thibault. Remarque curieuse ! si la musique de cet ouvrage a toujours été jugée favorablement, le livret, en revanche, a passé pour insipide et médiocre ; or, ce dernier n'est pas sans quelque analogie avec celui de Martha, qui n'a jamais encouru les mêmes reproches.

Une troisième reprise occupe ce premier trimestre : la Marquise, un petit acte d'Adolphe Adam, est remise à la scène le 9 mars, mais n'y demeure que douze soirs, disparaissant alors, et pour toujours, selon toute vraisemblance. Aujourd'hui, qui se soruvient que le principal rôle de cette pièce avait été créé, le 28 février 1835, par une actrice à laquelle étaient, réservés bien des succès sur d'autres scènes? En effet, la charmante jeune fille qui débutait alors et se croyait appelée à devenir une chanteuse, tandis qu'elle représentait aux yeux du sévère Jules Janin « un buisson de roses d'où s'échappe un filet de vinaigre n, c'était M"® Anaïs Fargueil î.

A ces trois reprises presque simultanées succéda,

le 31 mars, une nouveauté de quelque importance, les .Monténégrins, trois actes d'Alboize et Gérard de Nerval, mis en musique par un compositeur belge, M. Limnander. L'Opéra-Comique avait recueilli, en même temps que les Beux Bambins cités plus haut, cette épave dans le naufrage du Théàti'e-Lyrique, dit Opéra-National : c'est ainsi que l'ouvrage, répété sur une scène, parut quelqlies mois plus tard sur une autre. Adolphe Adam avait semé ce qu'Emile Perrin recueillait ; car, en dépit d'une certaine inexpérience, fort excusable chez un déhutant comme M. Limnander, les Monténégrins obtinrent un succès honorable. Parmi tant de poèmes dépourvus d'intérêt, absurdes ou simplement oiseux, dont les compositeurs n'hésitaient pas alors à se contenter, celui-ci du moins se distingue par une originalité de couleur, et même . une certaine hardiesse qui nous séduiraient aujourd'hui. L'action, en effpt, est des plus modernes; la politique y tient autant de place que l'amour, et c'est contre les soldats de Napoléon l"' que ces fiers montagnards luttent pour l'indépendance de leur patrie. La musique répondait aux exigences de ce programme

.mouvementé et révélait un compositeur de réel mérite, qui par la suite, deux fois encore, aborda r Opéra-Comique, en 1851 avec le Château de la Barbe- Bleue, et en 1859 avec Yvonne, puis garda le silence et se laissa gagner par l'oubli. M. Limnander vit encore, et les théâtres de Paris, de la province et de l'étranger ne le connaissent plus. « On pourrait, disait-Il naguère d'une voix douce et résignée, on pourrait me jouer en Belgique ; malheureusement je suis... Belge. » Que d'amertume et d'ironie dans cettesimple réHexioa !

- Adolphe Adam n'aurait pu se plaindre ainsi de

iRff

t94 L4 DIRECTIOK DE M. PERRIN

rindifférence des directeurs, car il ne restait jamais longtemps sans se rappeler à leur souvenir. Le 9 mars, avoqs-nous vu, on avait repris la Marquise; le 18 mai on représentait pour la première fois le Ta* réador, et le 10 juin on représentait Régine ou les Deux Nuits, Il semblait qu'on voulût indemniser le compositeur de Fespèce 'd'ostracisme dont l'avait frappé naguère la direction' Basset. Devant lui les portes se rouvraient toutes grandes désormais.

On avait quelque peu hésité sur le choix de l'orthographe du titre de la pièce nouvelle dont Th. Sauvage avait tracé le libretto. Tout d'abord le mot français avait reçu une désinence espagnole et s'écrivait Tauréador. Puis, ce nom s'était cliangé en celiii A* Ah! vous dirai'Je, marnant à cause du trio du premier acte, bâti sur ce thème populaire qu'agrémentait une série de variations oubliées, sans doute, par Mozart et retrouvées par Adam. Enfin Pon s'était décidé pour le Toréador, auquel étaient joints ces mots, ou V accord par/izi^, justifiés par le dénouement d'une pièce où ron» voyait le mari, l'amant et la femme s'entendre à merveille pour faire ménage à trois. Ce sous-titre, de moralité fort douteuse en l'espèce, disparut dès la seconde représentation ; depuis lors également , l'ouvrage fut divisé en deux actes ; e'est sous cette forme qu'il s'est maintenu au répertoire presque sans interruption jusqu'en 1869, et qu'on l'a revu en 1881 avec MM. Taskin, Bertin et M"* Merguillier tenant les rôles créés si brillamment par Battaille, Mocker et M"** Ugalde.

Plusieurs particularités curieures se rattachent au souvenir de cette première représentation. D'abord, elle fut donnée au bénéfice d'un des interprètes, Mocker, qui venait d'être nommé régisseur, en rem*

placement de Henri^ forcé de quitter le théâtre et ses fonctions à cause du mauvais état- de sa santé. Puis, un nouveau titulaire occupait, pour la première fois, le fauteuil du, chef d'orchestre : Tilmant, venu des Bouffes, succédait à Labarre, artiste d'humeur voyageuse que la fortune allait bientôt favoriser; filleul de la reine Horlense, il obtint, à Tavènement de Napoléon III, la place dé maître de la chapelle impériale, et Ton conçoit que la protection dont il était honoré ne dut pas nuire à la représentation de ses outrages. Enfin, la composition du spectacle était assez curieuse : Rachel jouait le Moineau de Lesbie; Henri Monnier paraissait dans la Famille improvisée, et pour la première fois, croyons-nous, les Rendez^ vous bourgeois subissaient la singulière épreuve du travestissement : M"® Lemercier prenait le rôle de César, M^^* Levasseur celui de Charles, M"* Révilly celui de Dugravier, Sainte-Poy celui de Julie et Ponchard celui de Louise. Un grand succès de gaieté accueillait cette tentative qui devait se renouveler assez souvent par la suite.

Régine eut un sort moins heureux que le Toréador. Représenté d'origine le 17 janvier 1839, après le Brasseur dePreston et. avant la Reine d'un Jour, cet opéracomique en deux actes de Scribe et d'Adam, joué par Roger, Henri, M"»«" Boulanger et Rossi, avait laissé de bons souvenirs. Repris le 10 juin 1849 avec Ponehard et Lemaire, M"" Révilly et Thibault, comme interprètes, il ne retrouva plus la faveur du public et disparut de Taffiche après 6 représentations.

La Nuit de la Saint-Sylvestre alla jusqu'à 12 représentations, ce qui équivalait à une chute non moins définitive. Pour écrire cet ouvrage, Mélesville et Michel Masson, les librettistes, s'étaient inspirés

d'une nouvelle de Zschocke, romancier suisse; ils en avaient tiré d'abord un vaudeville, le Garde de Nuit, joué aux Variétés avec Vernet dans le principal rôle, puis un, opéra-comique en trois actes qu'ils avaient confié à François Bazin. La partition, exécutée le 7 juillet,, fut jugée médiocre, et la presse commença dès, lors à adresser au jeune compositeur le terrible reproche que par la suite elle lui a de moins en moins épargné : l'absence d'originalité I Partie du Vaudedeville, cette pièce devait y retourner sous forme de timbre. Avec son rythme sautillant et guilleret, certain chœur : « Amis , de son Altesse célébrons les bienfaits», a accompagné et accompagne peut-être encore au Palais-Royal ou sur d'autres scènes analogues la sortie des principaux acteurs ; qui sait même si le chef d'orchestre connaît à quelle source ce refrain a été puisé V Le plus curieux est que cette partition, éditée chez Bonoldi, son auteur lui-même ne la possédait point. Si soigneux de ses affaires, si économe, si ordonné qu'après sa mort on retrouva une collection de bulletins des voitures qu'il avait prises durant sa vie, Bazin pourtant n'avait pas conservé la Nuit de la Saint-Syloestre; aussi sa joie fut-elle grande quand, peu de temps avant sa fin, il nous fut donné de combler cette lacune de sa bibliothèque.

A la date du 1" octobre se place un succès, celui d'un ouvrage en trois actes dont M. Ludovic Halévy,, neveu du compositeur, a donné récemment le irianuscrit original à la bibliothèque du Conservatoire : la Fée aux Roses, qui s'appelait d'abord la Reine des Fleurs. Scribe et de Saint-Georges avaient uni leur expérience et leur habileté pour écrire une sorte- de féerie comme Zémire et Azor, Gulnare, le Calife de Bagdad, Gulistan, la Fée Urgelle, et ce livret, empreint

de merveilleux, réussit à charmerle public. M"*Ugalde était une fée à la voix délicieuse, hardie en ses vocalises, expressive et fine en son jeu; Battaille était un magicien hors ligne, ayant tout pour lui, l'organe, le physique et la tenue; M"" Lemercier et Meyer, Sainte-Foy et Audran (remplacé aux troisième, quatrième et cinquième représentations par Boulo, pour cause d'enrouement persistant),. formaient un ensemble assez rare. Enfin, la musique d'Halévy contenait plus d'une jolie page-; aussi la réussite fut-elle complète, et Tempressement du public tel qu'on pu croire un instant que la Fée 'aux Roses atteindrait, comme les Mousquetaires de la Reine, sa centième en dix mois. Cependant le mouvement se ralentit peu à peu, et au bout de quatre années, lorsqu'elle disparut de L'affiche en 1853, l'œuvre d'Halévy avait été jouée 110 fois. C'était presque le chiffre atteint dans le même temps par le Val d'Andorre, dont la valeur musicale est pourtant bien supérieure ; mais peut-on préjuger de l'avenir d'une pièce par la première impression qu'elle produit ? Les plus .experts en la matière commettent sur ce point de graves erreurs, et, voyant cette Fée aux Roses si brillante, si fêtée à l'origine, nul n'aurait supposé qu'elle quitterait la salle Favart sans y revenir jamais (car il fut €n vain question de la reprendre en 1861 pour la rentrée de Battaille} et qu'elle prendrait sa retraite en province, où elle mène aujourd'hui encore une existence honorable et paisible,

A côté du vif succès de la Fée aux Rioses, il faut se rappeler le succès honorable qu'obtint le 9 novembre le Moulin des Tilleuls. Comme on le voit, la mode était au titres fleuris ; on se souvenait des roses et des tilleuls au lendemain de la guerre civile, en cette

j98 la direction de m. perrin

année 1849 qu'avait encore secouée le bruit des émeutes, dans cette ville où venait de fondre un fléau terrible, le choléra. Mais c'est presque une loi que le temps a consacrée : aux époques de troubles et de révolutions correspondent les œuvres aimables et douces, marquées au coin de la boufifonnerie ou simplement touchantes ; 1793 a vu jouer les Plaisirs de Vhospitalité^ VErreur (Vun bon Père^ la Piété filiale; de même 1848-49^ devaient produire des pasquinades comme Gilles ravisseur^ le Caïd et le Toréador^ des sentimentalités comme ^cVai d'Andorre, ou des bergeries comme le Moulin des Tilleuls. Ce petit acte, qui obtint en trois années 47 représentations, avait pour auteur, d'une part, Maillan et Cormon, de Tautre Maillart. Ces derniers débutaient à la salle Favart, tous deux ayant fait jouer Gastibelza à l'Opéra national, tous deux destinés à tenir une place importante à l'Opéra-Comique. Eugène Cormon, qui, jusque-là, avait dirigé un moment l'Ambigu et, comme auteur, avait écrit seul ou en collaboration des drames et des vaudevilles à succès, abordait un genre nouveau où il est passé maître, puisqu'il a signé, entre autres livrets, deux pièces célèbres, lesDragons de Villars et le Premier Jour de Bonheur. Maillart, lui aussi, devait asseoir sa réputation avec ces mêmes Dragons de Villars, et peut-être même se serait-il élevé plus haut sans l'incroyable mollesse qui l'éloignait du travail et le faisait hésiter à traduire ses pensées sur le papier à musique. L'un de ses collaborateurs nous a raconté qu'il lui était arrivé de rinviterpar surprise à la campagne, et de le mettre sous clef, pour ainsi dire, de se refuser à le laisser partir avant qu'il n'eût achevé telle ou telle besogne désignée. Maillart, alors confus et résigné, se laissait

enfermer et, comme il était doué d'une grande facilité d'écriture et d'improvisation, il avait vite fait de noircir les pages pour reconquérir sa liberté.

Le tableau de Pannée 1849 serait incomplet, si nous n'y joignions pas la liste des entrées et des sorties qui constituent le mouvement du personnel. Deux artistes se retiraient : Henri, dont nous avons parlé, et M"* Lavoye qui, malgré ses succès à Paris, préférait aller chercher fortune en province et à l'étranger Trois autres rentraient : en mai, dans les Diamants de la Couronne^ M"* Delille partie depuis 1845; en juin, dans le Domino Noir, M"* Aline Duval qui, à la même époque, s'était embarquée pour le Brésil ; en octobre, dans les Monténégrins^ M"» Grimm, qui avait séjourné pendant un an à rOpéra. Parmi les nouveaux venus, plusieurs possédaient un réel talent, et ne sont pas restés ignorés : M. Bauche, qui débuta honorablement le 31 mars dans Sergy des Monténégrins ; M"* Wolf, de son vrai nom M"*' Vosse, qui débuta le 3 avril dans Rose de Mai du Val d'Andorre; M*» Marie Cabel, qui débuta le 12 mai dans Georgette du même Val d'Andorre; elle avait chanté déjà," en 1848, au Château des Fleurs, et créé mêmç, sur cette petite scène, un opérette intitulée le Club des femmes; après une seconde apparition dans Athénaïs desMousquetaires, elle quitta le théâtre où elle devait tenir plus tard une si brillante place.

Nommons encore par ordre de dates : M"« Caroline Prévost, une fille de Chollet (12 mai), Catarina des Diamants de la Couronne; W^ Bourdet (27 mai), Henriette du Maçon, jeune et jolie personne qui s'était fait entendre pour la première fois à l'Opéra- National en 1847, à sa sortie du Conservatoire de Paris ; M. Carvalho, un des bons élèves de ce même

Conservatoire (2 juin), Scapin de Gilles ravisseur, commençant ainsi par jouer sur les planches de celte salle Pavart, qui vingt-huit ans plus tard devait disparaître sous sa direction; M"« Emma .Chevalier (19 juin), Zerline de Fra Diavolo, actrice déjà expérimentée, qui revenait de Belgique et de Hollande, après avoir fait, elle aussi, ses études au Conservatoire de Paris; M. Joannis (i«' juillet), Bij'u du Pos^ HllondeLonjumeau, qui quittait la Comédie-Françaiçe pour rOpéra-Comique ; enfin M^** Lefèbvre, élève de Banderali, lauréate du Concours de 1849, où elle obtint le premier prix de chant et le premier prix d'opèrà-comique ; son début, le 12 octobre, dans Carlo de la Part du Diable, la mit tout de suite au premier plan ; bientôt elle chanta la Sirène, puis succéda à M'^'Ugalde dans la Fée aux Roses. Spirituelle et charmante artiste, aussi agréable cantatrice que fine comédienne, celle qui devait un jour épouser le célèbre baryton Faure a marqué au cachet de son talent bien des rôles anciens et bien des créations, car elle est restée longtemps au théâtre, soit à la salle Favart, soit au Théâtre-Lyrique où elle chantait encore à la fin du second Empire.

Cette longue mais nécessaire énumération prouve avec quel soin, d'autres diraient quelle chance, Emile Perrin recrutait spn personnel ; il s'appliquait non seulement à rendre brillantes les œuvres nouvelles qu'il montait, mais intéressantes encore les anciennes qu'il reprenait. C'est ainsi que, le 28 novembre, on remit en scène VÉclair avec des interprètes de choix, M"®' Grimm et Meyerj M. Boulo, qui succédait à Roger et à Chollet, et M. Jourdan, qui venait d'épt)user sa camarade de théâtre, M"* Levasseur. Cette excellente distribution donna un regain

d'éclat à Touvragé, et la critique put dire, sans exagération, qu'une pareille reprise valait un succès nouveau. Mais Tannée 1850 réservait au public d'autres surprises en œuvres et en artistes ; c'est Tannée des PorcheronSy du Songe d'une nuit <VÉté^ de Giralda, de la Chanteuse voilée; c'est aussi Tannée qui a vu les débuts d'une incomparable chanteuse, Thonneur de notre école française, M?*' Miolan-Oàrvalho, alors M"® Félix Miolan.

On connaît la chanson de Vadé :

Voir Paris sans voir la Courtille Où le peuple joyeux fourmille, San s. visiter /es Porc^erons, • Ce rendez-vous des bbns lurons, C'est voir Rome sans voir le Pape.

Le pape est toujours à Rome, et les curieux ne manquent pas d'aller fléchir les genoux devant- lui. Les Porcherons ont disparu, le cabaret aussi bien que Topéra-comique de ce nom, et c'est en 1866 qu'on a pu entendre pour la dernière' fois la pièce amusante de Th. Sauvage et la jolie partition d'Albert Orisar.

Ce fut un grand succès lors de la première représentation, le 12 janvier 1850, succès dont l'interprétation eut d'ailleurs sa part, car il y avait là une réunion d'artistes remarquables : Mocker, comédien intelligent et chanteur agréable, qu'on applaudit fort en dépit d'un rhume qui paralysait ses moyens le premier soir, car il avait payé tribut à la température sibérienne dont Paris se trouvait alors gratifié ; Hermann-Léon, excellent dans un rôle de Lovelace indien où Ton risquait de n'échapper au ridicule que pour tomber dans Todieux ; Bussine, plein de verve

SOUS les traits du sergent Giraumoût et disant à ravir la chanson du 3® acte; Sainte-Foy, toujours personnel, amusant et fin, ayant, comme l'écrivait Fiorentino, a de ces petits cris gutturaux , de ces intonations nasales, de ces faussets étranges qu'on ne peut décrii e ni noter ; il vous obtient des succès de fou rire avec un bout de manchette ou un point de tapisserie » ; l^me pélix et M"® Decroix, une jolie vicomtesse et une gentille soubrette; enfin M"^ Darcier, l'étoile de cette troupe^ charmante, disait-on, comme un portrait de Boucher ou de Van Lqo, et atteignant la perfection^ à Tins tant même où elle allait quitter ce théâtre, témoin de ses succès depuis 1841.. M°»® de Bryane fut eu effet sa dernière, création à l^Opéra-Comique, qu'elle quitta quelques mois après, échangeant les triomphes bruyants de la scène pour les. plaisirs discrets du ménage.

La musique, malgré ses qualités de grâce et d'entrain^ provoqua dans la presse quelques critiques, tout simplement peut-être parce que son auteur était belge et que l'arrivéede Grisar, succédant à M. Limnander, mettait en cause Famour-propre national, menacé par cette invasion d'artistes étrangers. C'est ainsi qu'on blâma au dernier acte certain trio « dans lequel les machines, les trappes et en quelque sorte, le magnétisme jouent un rôle plus important que l'harmonie », et le morceau déplaisant fit place, pour la seconde représentation, à des couplets chantés par Hermann-Léon et fort applaudis.

Le Songe d*une nuit â!èté, opéra-comique en trois actes, paroles de Rosier et de Leuven, musique d'Ambroise Thomas, représenté trois mois après, le 20 avril, s'imposa tout d'abord par l'heureuse inspiration des mélodies, jointe à un souci de la facture,

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