‹ Histoire de l'Opéra-Comique. La seconde Salle Favart--1840-[1887] (volume 3)Chapitre 12 sur 49 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

PREUIER CHANGBHENT' DE DIRBGTION

La Sirène.

Reprises du Déserteur, du Délire, d'Une folie et de

Monsieur Deschalumeaux.

L'ouvrage de Scribe et d'Auber n'avait guère reocoDtré qu'uQ détracteur en la personne de Castil- Blaze. Mais le motif eu était assez peu honorable, s'il est vrai que la France musicale, ofi parut sa prose, se vengeait ainsi de M. Troupenas, éditeur des œuvres d'Auber, lequel avait cessé de payer 200 francs par mois audit journal pour les annonces de ses publications. Ces sortes de marchés n'étaient pas rares, et, dans les comptes de l'Opéra pour cette époque, on trouve à l'article dépenses une subvention accordée à certain journal sous forme de quatre-vingts abonnements ; l'abonnement coûtait 53 francs ; c'était donc une rente annuelle de 4,160 francs servie par l'admioisiratiou à seule fin d'entendre chanter ses louanges ; le journal ne coûtait guère plus à son directeur. Bien plus, le gouvernement iui-môme conseillait parfois de tels procédés, et les archives de ce théâtre ont gardé la lettre bien curieuse d'un ministre écrivant

au directeur qui s'était plaint de l'hostilité de cer> taine feuille. Son Excellence reconoaissait qu'il fallait faire cesser une campagne qui menaçait de déconsidérer un établissement subventionné par l'Etat, et une somme de 1,500 francs était mise à sa disposition pour être distribuée suivant les besoins.

Il faut espérer que les temps sont changés. Si les journalistes ont plus de désintéressement, ils ont aussi plus d'amour- propre, et le plus humble d'entre eux s'épargnerait l'étrange aveu que le même Castil- Blaze faisait à ses lecteurs le £2 janvier 1843 : « Je m'honore du titre d'imbécile, et je travaille, môme à la sourdine, à conquérir le titre d'idiot. • — « Supprimez à la sourdine.' » répondît uo confrère, et les adversaires n'allèrent point sur le pré pour si peu!

La presque unanimité des jugements de la presse se retrouva pour la pièce qui suivit la Part du Diable, le 26 janvier, mais en sens inverse : on avait applaudi l'œuvre nouvelle, ou blâma la reprise de Monsieur Deschalumeaux, opéra-comique en trois actes, paroles de Creuzé de Lesser, musique de Gaveaux, joué au théâtre Feydeau le 17 février 1806, « Vieille pièce et musique vieille, dirent les plus indulgents. » Solié, Chenard, Paul, Lesage, Juliet, Baptiste, Fromageat, M"' Pingenet et M" 8cio avaient imposé au public, lors de la création, cette espèce de vaudeville, peu chargé de musique, mais bourré de situations ultrabouffonnes qui en font le type des pièces à voyages plus ou moins accidentés. Leurs successeurs, Mocker, Ricquier, Mpreau-Saiuti, Grignon, Emon, Daudé, Palianti, Mi" Prévost et M"* Félii Mélotte jouèrent cette farce avec une absence de conviction qui ne pouvait que la rendre fort maussade. A part Mocker,

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écrivait un critique, tous ont l'air de porter le diable en terre. • De pareils interprètes assombriraient le soleil, et Monsieur Desckalumeaux n'a pas même assez d'huile dans sa lampe pour entretenir une veilleuse, n

Puissent tant de plaisanteries

Passer à voire tribunal ;

On doit excuser les folies,

Quand on les fait en Carnaval t

disait le héros de la pièce dans son couplet au public. La presse, trop sévère, de 1843 répondit que celte œuvre, soi-disant de carnaval, était de celles auxquelles a on ne peut rire sans une alarmante disposition à la gaieté. » Elle obtint cependant 31 représentations; mais lorsqu'elle disparut, ce fut définitivement : Monsieur Deschalumeaux, un instant rappelé à la vie, refit comme dernier voyage celui du cimelière, et, cette fois bien enterré, il ne revint plus.

Le 3 février, il en fut de môme, ou à peu prés, des Deux Bergères, opéra-comique en un acte, paroles de Planard, musique de M, Ernest Boulanger. Vingtet-une représentations mesurèrent l'existence de cette petite pièce, qui aurait pu s'appeler la Suite d'un bal masqué, comme la comédie de M"" de Bawr, à laquelle elle ressemblait d'ailleurs. L'histoire de ce jeune militaire, intrigué par deux bergères dont l'une ei^t sa fiancée, l'autre une espiègle amie, fournissait la matière d'un agréable quiproquo ; Planard l'avait traitée avec esprit, M. Boulanger avec grâce et mesure ; quant au rôle de la marquise, il avait trouvé une interprète dont le dévouement se devine : c'était la mère du compositeur !

Signalons, à la date du 27 mars, une reprise du

Postillon de Lonjumeau, ouvrage trop connu pour arrêter longtemps l'attention du lecteur. Constatons seulement que le rôle de Chapelou fut et resta, comme on dit vulgairement, le cheval de bataille de Chollet. Ce chanteur l'avait créé à l'Opéra-Comique en 1836, et le jouait encore au Théâtre-Lyrique en 1853, toujours avec succès, et pvéa de vingt ans après 1 Rappelons enfin que le Postillon de Lonjumeau a franchi le Rhin depuis longtemps, et que là-bas, comme ici, ce joyeux personnage a connu la popularité. Pendant la guerre de 1870, les Allemands occupèrent Lonjumeau ; la célèbre enseigne, qui portait le litre de la pièce d'Adam, fut décrochée avec soin, par ordre, et placée par les vainqueurs, comme butin, parmi les dépouilles opimes qu'ils rapportèrent en leur pays.

Un larcin d'une autre espèce attendait l'ouvrage en trois actes que nous rencontrons à l'Opéra-Comique le 20 avril ; ie Puits d'amour. Scribe et de Leuven en avaient écrit les paroles, et il ne fallait rien moins que leur surprenante habileté pour oser présenter au public un puits, machiné comme une armoire de féerie, où les amoureux désespérés peuvent piquer une tête sans se faire de mal, car ils tombent sur des coussins et se trouvent transportés dans un palais souterrain que le roi d'Angleterre destine à ses orgies. Ces fantaisies relèvent aujourd'hui de l'opérette ; mais le compositeur, Balfe, témoignait de visées plus hautes. C'était un Anglais qui n'avait rien de la froideur gourmée des gens de son pays ; il aurait passé plutôt pour un Méridional, bruyant, redondant, parlant beaucoup, toujours en train de composer, de chanter, d'accompagner, et sa musique lui ressemblait, tenant le milieu, disait un contem-

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porain, entre celle de Donizetti et celle d'Adam, Le Puits d'amour, répété sous le nom de Géraldine, était soa premier essai thé&tra! en France ; on ne connaissait guère de lui jusque-là que des romances; aussi considérait-on volonliers son genre de talent B comme celui d'un compositeur de salons plutôt que d'un homme appelé aux succès dramatiques. » Ce fâcheux pronostic ne l'empêcha pas d'écrire pour Paris deus opéras-comiques que nous retrouverons par la suite, et un opéra, l'Étoile de Séoille (17 décembre 18i5), plus, de nombreux ouvrages pour l'Angleterre, dont le plus connu et le meilleur est à coup SÛT The Bohemian Girl {\a fille de Bohême), joué à Londres, non pas en 1844, comme l'indique le dictionnaire de Clément, mais en 1843,puisàHambourg, ■ sous le Litre de la Gitana, à Vienne sous celui de die Zigeunerin, à Paris enfin, sous celui de la Bohémienne et seulement en 1869 au Théâtre-Lyrique. Balfe, dont la fille, morte en janvier 1871, avait chanté . jadis, puis épousé, après divorce, le duc de Frias, Balfe, qu'on connut tour à tour chanteur, directeur, accompagnateur et compositeur, finit par conquérir en Europe une sorte de célébrité 1 En revanche, à Paris, la déveine le poursuivit, et il ne put jouir en paix du seul succès vraiment populaire 'd'une de ses mélodies. C'était justement un air du Puits d'amour:

Le temps emporte sur ses ailes Les chagrins prompts à s'enrulerl

Un plagiaire s'en empara et le répandit plus tard sous le nom de la Rose des champs ; ce refrain eut ainsi l'honneur de figurer dans bon nombre de vaudevilles, et son véritable auteur eut la malchance de n'en tirer ni gloire ni profit. Le pauvre homme, sans

doute, u'avait pas assez pris de précautions pour faire garantir ses droits : on ne s'avise jamais de tout I

Ainsi parlait Sedaine, ainsi chantait Moûsigny, dans l'opéra-comique de ce nom qu'ils avaient donne à la foire Saint-Laurent, le 14 septembre 1761, L'élonnement fut général de voir reparaître, le 28 avril 1843, celte vieille comédie avec musique nouvelle de M. Lefèvre, décrétait l'affiche, en réalité de Génin. Ancien élève de l'Ecole normale, proXe-sseur â la Faculté des Lettres de Slrasbourg, ce savant passait pour un homme de grande valeur, mais pour un médiocre musicien, et il avait fallu la haute intervention d'un ministre, alors tout-puissant. Villemain, pour lui ouvrir les portes de la salle Pavart. Mal lui en prit d'abord, car il ne fut épargné ni de la presse ni du public. Son petit acte, c'était un recueil de ponts-neufs, rapprochés et instrumentés tant bien que mai, c'est-à-dire plutôt mal que bien. En quatre représentations son sort se trouva définitivement réglé, et le compositeur-amateur fut renvoyé pour toujours à ses chères études ; mais il eut soin de se venger' avaut de partir. La Revue et Gazette musicale s'était permis d'élever des doutes au sujet de l'érudition littéraire de Génin ; elle l'avait ridiculisé tant et si bien que, traduit devant le tribunal pour cause de diffamation, le directeur Maurice Schlesinger se vit, après appel devant la cour, condamner à 500 francs d'amende et 1,000 francs de dommages etiuléiêts. On ne s'avise jamais de tout avait ainsi rapporté tout de même des droits d'auteur; seulement c'était un journal, et non le théâtre, qui les avait payés.

Angélique et Médor, voilà un titre qui sembait annoucer des héros de l'Arioste; maïs le librettiste. Sauvage, avait ajouté : opéra bouffon en un acte, ce

■ i rt' ^

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qui rassurait le spectateur; il s'agissait en etfetd'une comédie à poudre, comme on dit au théâtre, et la scène se passait entre comédiens, dans le cabinet du régisseur de l'Opéra. M. Ambroise Thomas avait écrit la musique de cette petite pièce, jouée le 10 mai, bien oubliée depuis, et tenant peu de place en somme dans l'œuvre de son auteur. Elle obtint 2J représentations, ce qui équivalait à un succès d'estime.

Une reprise vint interrompre la série des nouveau-, tés : c'étail un hommage que l'on voulait rendre à un compositeur dont la personne et le talent étaient également dignes de respecr, un maître k qui le succès plus que la fortune avait souri, Berton, alors vieux et dans une position voisine de la gêne. Son chefd'œuvre, Montana et Stéphanie (15 avril 1799) , lui avait été acheté par un marchand de papier, nommé Deslauriers, et payé de la façon suivante : en argent comptant. 300 francs ; en un billet de Berton à Deslauriers échu depuis longtemps, 155 francs; et en partitions de musique à prendre au choix dans le fonds appartenant audit Deslauriers, » pour la somme et jusqu'à concurrence de 545 francs avec la déduction du quart du prix marqué net. — Total 1,000 friincs.B Ainsi se traitaient les affaires musicales à la fin du siècle dernier, et l'on conçoit qu'elles n'enrichissaient qu'une des deux parties au contrat ; mais Berton était de ceux contre qui la malchance s'acharne. Oe qui s'était reproduit pour un ouvrage se reproduisit pour les autres, avec une variante, il est vrai, mais toujours aussi défavorable ans intérêts matériels du compositeur. C'est Adolphe Adam qui, dans ses Derniers Souvenirs d'un Musicien, a raconté cette navrante histoire.

€ Vers 1820, Berton, voyant son répertoire presque

délaissé et se trouvaDt pressé par un besoin d'argent, en abandonna le produit à perpétuité aux sociétaires de rOpéra-Comique, moyennant une rente viagère de 3,000 francs. On vit alors ce répertoire se rajeunir et ne plus cesser de figurer sur l'affiche. Mais Ja Société ât faillite en 18^8; la rente fut anéantie et le répertoire du pauvre musicien avait été tellement usé par les sociétaires qu'il n'était plus exploitable. >

Les années passèrent, laissant ainsi dans l'ombre cet artiste que ses contemporains qualifiaient d'illustre, et qui se débattait contre la misère. Sans cesse on parlait de reprendre un de ses grands ouvrages, A Une ou Montana et Stéphanie. 1o\itea cesbelles promesses aboutirent péniblement, le 56 mai, à une reprise du Délire ou les Suites d'une erreur, opéracomique en un acte. C'était moins une pièce, au sens ordinaire du mot, qu'une sorte de monologue entrecoupé par des conversations. Le librettiste, Reveroni Saint-Cyr, avait eu jadis grand'peine à la faire recevoir ; six fois de suite il dut subir un refus; il fallut pour l'emporter que Gavaudan, en vue duquel le rôle avait été écrit, se fâchât, déclarant qu'il quitterait le théâtre pi l'on ne jouait le Délire. — « Efa bien, joue-le donc et sois sifflé », lui répondirent ses camarades. Il le joua enfin le 6 décembre 1799, et obtint un succès colossal, un succès tout à fait en harmonie avec le titre-de la pièce. Il n'en fut pas de même lors de la reprise de 1843, bien que la répétition générale eût valu à Berton une touchante manifestation de sympathie. Malgré le talent de Duvernoy, un artiste intelligent et consciencieux, qui rentrait à L'Opéra- Comique après une assez longue absence, le Délire fut joué non pas cinq ou six fois, comme le dit

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Adolphe Adam, mais tout simplement quatre. L'échec était complet el dut cootribuer encore à hâter la fin du pauvre Bertoo, gui mourut l'année suivante; il n'avait pas eu la consolation suprême d'un dernier succès.

A part cette triste reprise, l'histoire du théâtre, depuis mai jusqu'à septenibre, se borne à ce qu'on peut appeler le mouvement du personnel, c'est-à-dire les entrées et sorties des artistes. Au commencement de l'année, rOpéra-Comique avait fait trois bonnes recrues : M"' Masson (élève de Duprez), qui débuta le 22 janvier dans Camille de Zampa, comédienne médiocre, mais chanteuse à la voix étendue ; M. Renault, qui débuta le i" février dans Gaveston de la Dame Blanche, basse chantante venue de province et favorablement accueillie ; enfin et surtout. M'" Lavoye, qui débuta le 7 avril, dans Henriette de l'Ambassadrice. Elève de M"' Damoreau et de Morin au Conservatoire, où elle avait obtenu le premier prix d'opéra-comique en 1842, M"" Lavoye manquait un peu de force et d'éclat, mais elle rachetait ce défaut par le goût et la pureté de sou style ; presque tout de suite les rôles les plus difficiles lui furent confiés; à la fin de l'année elle jouait Carlo Broschi de la Part du Diable et Angèle du Domino noir; désormais [elle comptait parmi les premiers et les plus zélés serviteurs de la maison.

Puis noua rencontrons une série de nouveaux artistes, dont la plupart ont laissé peu de trace et parfois même n'ont joué qu'un soir, celui de leur début :

13 mai, M, Deslandes {Florestan de Richard Cœur de Lion), qui reparaissait sur le théâtre auquel W avait appartenu.

26 mai, M. Duvernoy (Murville, du Délire), qui, .lui aussi, revenait à l'Opéra-Comique après l'avoir guittô pour être directeur de théâtre à Gaud et en Italie.

10 juin, M. Dunan (Max du Cfta/ei). débutant qui faisait ses premiers pas sur la scène et obtint, comme basse chantante, un succès honorable.

12 juin. M"" Malivert (Jenny de la Dame Blanche), jolie femme venue de province, où elle ne tarda pas à retourner.

22 juillet, M. Carlo {Georges de la Dame Blanche), qui, en sortant du Conservatoire, où il avait obtenu en 1840 le 2' prix d'opéra-comique, avait débuté à l'Opéra, et quitté ensuite Paris pour la province sans succès nulle part.

7 août, M"" Petipa (Isabelle du Pré aux Clercs), sœur du célèbre danseur de l'Opéra, agréable cantatrice, mais comédienne inexpérimentée, qui n'avait jusque-là chanté que dans les concerts.

18 août, M"° Recio (Charlotte de l'Ambassadrice), transfuge de l'Opéra, où elle n'avait pas réussi, échouée à rOpéra-Comique, où elle ne réussit pas

26 août, M'i* Sarah (Isabelle du Pi-é aux Clercs), qu'il ne faut pas confondre avec la sœur de Rachel, Sarah Félix, qui avait obtenu le second prix d'opéra ■au Conservatoire en 1842. Cette autre Sarah, qui avait paru dans les rôles secondaires à l'Opéra, se trouva mieux à sa place à i'Opéra-Comique, où elle se montra du moins satisfaisante.

Jusqu'à la an de l'année nous ne trouvons plus que

trois débutants ; M. Corradi, qui parait le 6 novembre

dans Prontio du Nouveau Seigneur, chanteur venu

: de l'étranger et pour qui cette soirée demeura saas

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lendemain; puis deux lauréats du Conservatoire : le 25 septembre. M"' Zévaco ^Jeony de la Dame Blanche), élève de M"" Damoreau et de Morin, qui avait obtenu un accessit de chant et un accessit d'opéra-comique au concours de 1843 ; le 6 décembre, M. Giraud {Horace du Domino noir), qui avait obtenu le second prix d'opéra-comique au concours de 1842.

A côté de ces nouveaux qui venaient, on peut citer une ancienne qui revenait ; M"" Casimir, gui reprit le rôle d'Isabelle du Pré aux Clercs le 1 1 octobre, et se fixa pour quelque temps sur cette scène, d'où le caprice et la fantaisie l'avaient trop souvent éloignée. Ce retour et celui de M"* Henri Potier dans Babet du Nouveau Seigneur, le 6 novembre, faisaient une sorte de compensation au départ de trois artistes qui comptaient de beaux états de services, M"" Descot, Couderc et M"* Rosai-Caccia, Les deux premiers acceptaient des engagements en province; Couderc d'ailleurs devait bientôt rentrer au bercail; quanta M"' Rossi Caccia, elle parut pour la dernière fois dans Carlo Broschi de la Part du Diable, le 31 août, et partit pour le Portugal. Plus tard, beaucoup plu» tard, dans une petite ville de Normandie, nu de no» amis rencontra une madame Rossi-Caccia qui tenait une auberge I C'était bien ta cantatrice jadis brillante et fêtée, qui avaîc gagné tant d'argent, recueilli tant d'applaudissements et attaché son nom à quelquesuns des grands rôles du répertoire de l'Opéra-Comique. Quelles tristes aventures supposait une telle fln? Etait-ce renoncement volontaire ou retraite forcée ? Nous n'avons pu le savoir.

Déjàl'aonée 1843 touchait à saûn, et troisouvrages nouveaux allaient être représentés presque à un mois d'intervalle : Lambert Simnel, le 14 septembre ; Mina

ou le Ménage à trois, le 10 octobre, et l'Esclave du Camoëna, le 1" décembre.

Lambert Simnel, longtemps retardé pour cause d'indispositions d'artistes comme aussi de retouches au poème, car le troisième acte notamment fut refait jusqu'à trois fois, avait pour librettistes Scribe et Mélesville, qui se souvenaieot peut-être d'un Lambert Simnel ou le Mannequin politique, écrit par Picard et Mazères, et joué avec succès au Théâtre-Français le 36 mars 1827. Quant à la partition composée par feu Monpou, elle avait été achevée par Adolphe Adam. La mort d'un auteur porte le plus souvent un coup fatal à la pièce qu'il laisse en portefeuille. Si l'ouvrage est termiaé, il n'en manque pas moins aux répétitions le coup d'œil du maître et ce travail de la dernière heure qui tant de fois a donné aux œuvres leur véritable physionomie; s'il est complété par une main étrangère, il en résulte un faire différent qui nuit à l'effet de l'ensemble et déroute le spectateur. Dans le premier cas, Œdipe à Colone et l'Africaine, dans le second /es Contes d'Hoffmann, sont presque les seuls ouvrages lyriques posthumes dignes d'être citéS comme exceptions à cette règle. Au contraire, Z-ambert Simnel eut le sort habituel, dix-huit représentations seulement. 11 faut avouer d'ailleurs que le livret semblait peu convenir à la musique. Ce boulangerpâtissier qui devient général, prend les armes, et, servipar la victoire, se fait proclamer roi, jusqu'au jour où de lui-même il abdique entre les mains du vrai prétendant, fait punir les factieux qui l'avaient poussé au pouvoir et retourne à ses galettes afin d'épouser l'humble Catherine, sa fiancée, ce Lambert Simnel en un mot, dont on retrouve les aventures dans l'histoire d'Angleterre, est un triste héros d'o-

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:péra-comique, et Monpou, doublé même d'Adam, n'avait pas réussi à égayer la situation. Aussi les comptes rendus furent-ils généralement sévères; la presse, qui n'avait guère épargné Monpou lorsqu'il vivait, ne le ménagea pas davantage après sa mort. 11 Ce n'était pas un homme de science, affirmait l'un; il avait quelque fraîcheur dans l'imagination, un certain goût, de l'esprit dans ses compositions, mais ces dernières étaient plus selon la convenance dessalons que selon l'exigence de la scène. » C'est, écrivait l'autre, «une partition dont il n'y a à dire, ni bien ni mal, et faite pour maintenir notre jeune école dans l'honnôte médiocrité d'où elle semble prendre à tâche de ne pas sortir. Tout cela est convenable et assez bien confectionné pour une postérité de six mois. »

Seul, le bon Théophile Gautier se plut à plaider les circonstances atténuantes, en parlant à côté de la .question, comme il lui arrivait souvent de le faire sur le terrain de la musique, où il avouait lui-même ne pas marcher avec solidité. Il se souvint du défunt et le fit revivre en quelques traita de plume : « Pendant longtemps, M. Monpou, de môme que tous les poètes dont il traduisait les vers (Hugo, Musset, etc.). fut regardé par les bourgeois électeurs et éligibles comme un écervelé, comme un furieux qu'on avait ort de laisser chanter sans muselière. Quand il s'asseyait au piano, l'œil en feu, la moustache hérissée, il se formait autour de lui un cercle de respectueuse terreur; aux premiers vers de l'Andalouse, les mères envoyaient coucher leurs filles et plongeaient dans leurs bouquets, d'un air de modeste embarras, leur nez nuancé des roses de la pudeur. > Ailleurs il joutait : «Nous ne sommes pas de ceux qui attendent

qu'un homme soit mort pour lui donner du géaie : les admirations posthumes nous touchent peu... » Nobles et justes paroles, toujours bonnes à rappeler à tant de critiques pour lesquels, hélas! l'artiste ne compte que le jour où il n'est plus.

Du moins la presse et le public se rencontrèrentils pour louer comme il convenait Mina ou le Ménage à. trois, opéra-comique en trois actes, paroles de Planard, musique d'Ambroise Thomas. «Voici, écrivait un journaliste, sévère habituellement, voici une pièce dans le véritable genre du théâtre où elle a été donnée, un opéra-comique pur sang, qui, indépendamment de son Laruette, de son Lesage, de son comique obligé enfla, offre aussi des personnages qui excitent la gaieté, le rire, mais le rire des honnêtes gens, comme dit Molière dans ses Préfaces, pour dire le rire des gens de goût. » Tous ses confrères s'exprimaient à peu près sur le même ton, sauf peut-être Chartes Maurice, qui ne semblait pas compter, parmi les amis du compositeur ; en revanche, il trouvait da piquantet de l'originalité à ce livret, qui, sans la prudence de l'auteur, aurait facilement revêtu des couleurs sombres puisqu'on y voyait la trahison d'un séducteur marié, ourdissant une intrigue afin d'avoir une jeune fllle, Mina, qu'un homme honnête finit par arracher au danger. 11 est certain que les spectateurs prirent goût à la pièce, très agréablement interprétée d'ailleurs; les chiffres le prouvent : elle resta trois années au répertoire, et tut jouée 28 fois en 1843, 21 en 1844 et 7 en 1845.

La représentation de Mina avait eu lieu le 10 octobre; 23 jours après, on reprenait ^e Déserteur, et tout d'abord la critique ne manqua pas de discuter si l'on avait eu raison ou tort de réorcbeslrer le vieil et

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toujours charmant op6ra-coinique deMonsiguyet s'il était iien ou mal de faire chanter par un ténor, Roger, le rôle d'Alexis, écrit primitivement pour une basse. En tout cas, le roi Louis-Philippe pouvait se compter parmi les coupables, car il aimait fort ce tableau musical, et c'est sur son ordre formel qu'Adolphe Adam avait dû en opérer le rentoilage. 11 est même piquant de rappeler que l'ouvrage avait été dédié à son père par Monsigny, maître d'hôtel du duc d'Orléans ! Aussi la primeur de cette reprise fut-elle offerte à la Cour, dans le château de Salnt-Cloud, le 28 octobre ; pour cette fois, on était revenu aux usages du siècle précédent, alors que très souvent la première représentation d'un ouvrage se donnait à Versailles, devant le roi, avant de se donner à Paris, devant le public. Arrangé ou non, le Déserteur est demeuré, du reste, une œuvre accomplie eu son genre, et l'on ne saurait relire sans étonnement celte épigramme, parue quelques jours après son apparition :

D'avoir haatê la comédie [In péaitent, eu bon chrâtieo.

S'accusait et promettait bien De D'y retourner de sa vie.

— Voyons, lui dit le confesseur.

C'est le plaisir qui fait l'offense :

Que donuait-on? — Le Déserteur.

— Vous le lirei par pêuitence.

Les Mémoires secrets contiennent une appréciation presque aussi flatteuse : « Le drame eu question, ouvrage à prétentions et à très grandes prétentions, n'a même pas eu les suffrages de ces spectateurs indulgents ou d'un goût peu difBcile, qui trouvent tout bon

oa du moins se laissent aisément prâveoir par le nom de l'auteur, n

Le public de 1843 se montra plus enthousiaste que celui de 1769 ; il applaudit à celle reprise comme il avait applaudi à celle de Richard Cœur de Lion, et ne ménagea point les complimeats aux interprètes, Roger et M°" Anna Tbillon en tête ; des témoins nous ont raconté même que le duo de Montauciel et du grand cousin, au second acte, fu! chanté alors par Mocker et Sainte-Foy comme il ne le aéra sans doute jamais, et comme il ne l'avait même peut-être jamais été. Depuis, le Déserteur s'est maintenu au répertoire, et il y figurait encore deux années avant l'incendie de la salle Favart, plus d'un siècle après que ses juges de la première heure l'avaient coodamné!

Moins heureuse fut, le 20 novembre, la reprise d'un autre ouvrage plus jeune que le Déserteur mais signé aussi d'un nom illustre. Le talent de Chollet, d'Audrao, d'Henri, de Ricquier, de Sainte-Poy et de M"* Révilly ne put faire agréer longtemps une Folie, opéra-comique eu deux actes, paroles de Bouilly, musique de Méhul, représenté pour la première fois le 5 avril 1802. Mais le récent ouvrage de M. Arthur Pougiu sur Méhul et ses œuvres nous dispense de longs détails sur cette matière. L'auteur est de ceux qui, lorsqu'ils s'attaquent à un sujet, ne laissent rien à glaner après eux, et c'est presque unebonne fortune de pouvoir signaler une petite omission dans un livre d'ailleurs si complet. M. Arthur Pougin parait croire que la reprise d'une Folie en 184o fut la dernière ; il oublie celle de 1874, qui eut lieu à la Gaité avec Montaubry (Florival), Habay (Carlin), Grivot (Jacquinet), Courcelles (Cerberti), J. Paul (Francisque) et

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M" Perret (Annantine), Offenbach étant alois directeur.

L'aunée 1843 se termine avec un opéra-comique en un acte de Saint-Georges pour les paroles etdeFlotow pour la musique, l'Esclave du Camoëns, qui, la veille encore de la première représentation donnée le 1" décembre, se répétait sous le titre de Griselda. C'était le début à lOpéra-Comique de l'auteur de Martha; car par une singulière erreur, Fétis indique, comme jouée à l'Opéra-Comique en 1840, une pièce, le Forestier, qui ne vit le jour à Vienne que sept ans plus tard.

Etrange coïncidence, le poète des Lueiades figurait presque en même temps dans trois théâtres et dans trois pièces différentes : à l'Opéia, on jouait Dom Sébastien de Donizetti, où Camoëns était personnifié par Barroilhet ; à l'Opéra-Comique, l'ouvrage de Plotow où Oamoëns avait GrarJ pour interprète; à rodéon, un Camoëns de Perrot et Dumesnil; il avait suffi d'un hasard pour mettre le Portugal à la mode. C'était dans une tragédie de Paul Poucher que de 8aint>Georges avait puisé les éléments de son opéracomique. On y voit Camoëns proscrit et mourant de faim, réduitàvivre desaumôuesqu'uaejeune esclave, ramenéede l'Inde par lui.recueille en chantant le soir dans les rues de Lisbonne. Le roi de Portugal s'éprend de la belle Indienne, la suit jusque dans la posada où s'était réfugié Camoëns, provoque le grand poète, puis, dans un élan de générosité, lui rend à la fois sa maltresse et sa liberté. Dans son compte-rendu. Th. Gautier ajoutait que l'idée de ce livret aurait pu aisément fournir trois actes. C'est là sans doute ce qui décida plus tard de Saint-Georges à en tirer quatre. La version nouvelle de i'EscIaie du Camoëns

prit nom Aima l'incantatrice, et, sous la direction Escudier, parut au Théâtre-Italien le 9 avril 1878, avec M""' Albani et Sanz, MM. Nouvelll, Verger et Ramini pour interprètes. Eu uq acte la pièce avait réussi; en quatre, elle lombapourne plus se relever. Les premières semaines de l'année 1844 se passé* rent sans incidents dignes de remarque, car on ne peut compter comme tel le tumulte produit certain soir par un changement de spectacle : on donna les Deux voleurs au lieu de Mina, pour cause d'indisposition de M'"Darcier, et des protestations sérieuses se ûrent entendre dans le public. En somme, les mécontents avaient tort, puisque l'affiche annonçait la substitution d'une pièce à l'autre. Mais àl'Opéra, quelque temps auparavant, un fait analogue s'était produit, et les choses allèrent plus loin, c'est-à-dire, devant le tribunal. Un spectateur se plaignait, en efTet, que Marié eût remplacé Duprez dans un ouvrage du répertoire, et il fit à l'administration un procès... que naturellement il perdit. Pareil sort était réservé au dilettante qui prolestait contre les coupures faites dans un opéra et réclamait l'intégrité du texte. De tels scrupulesl'honoraieut sans doute, mais les jugeslui doD- Dèrent tort et signèrent du même coup pour les directeurs le droit au tripatouillage sans contrôle, sans autre règle que leur fantaisie.

Mentionnons encore en ce mois de janvier la réussite des bals costumés, réorganisés l'année précédente, aiin d'avoir le plaisir de citer la réclame suivante, qui fit le tour de la presse et devait émaner de l'administration : » Les bals masqués de l'Opéra- Comique obtiennent beaucoup de succès et fournissent un lendemain toujours agréable et commode, «ouvent obligé, à certaines aventures très communes

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