‹ Histoire de l'Opéra-Comique. La seconde Salle Favart--1840-[1887] (volume 3)Chapitre 13 sur 49 · PREMIER CHAHQBUENT DB DIRECTION · texte numérisé non relu

PREMIER CHAHQBUENT DB DIRECTION

en cette saison. > Si obscure que semble la formule, il est clair qu'elle n'avait rien de commun avec la morale en action. Mais la censure ne s'en alarma pas et réserva toutes ses pudeurs, c'est-à-diie toutes ses sévérités, pour Caglioslro, opéra-comique en trois actes, paroles de Scribe et de Saint-Georges, musique d'Adolphe Adam, représenté le 10 février. An lever du rideau, la scène représentait un salon de Versailles, vers 1780, dans lequel les dames faisaient de la tapisserie, en compagniedes seigneursqui dévidaient des écheveaux de soie et... d'un abbé qui brodait. A la seconde représentation l'abbé dut disiinraUre, moins heureux que beaucoup de ses collègues tolérés jusqu'alors au théâtre. La suppression du peisonnage ne changea pas du reste le sort de la pièce, que tout le mérite de Ghollet et de M"* Anna Thilloii ne put imposer bien longtemps au public. Caglioslro ne compte guère parmi les bons ouvrages d'Adam ; il eut le succès qu'il méritait, trente-quatre représentations la première année et une seule l'année suivante.

L'issue de cette bataille n'empêcha pas le compositeur d'être nommé quelques mois plus tard, le 33 juin, membre de l'Institut en remplacement de Berton. Il obtint, au premier tour de scrutin, 17 voix contre 9 données à Gatton et 4 à un autre concurrent bien jeune pour se présenter, mais à qui ses succès déjà nombreux assuiaient en effet quelques chances, Ambroise Thomas, âgé alors de trente-trois ans. Trente-quatre ans plus tard, un autre jeune se présentait à l'Institut et était élu ; il n'avait que trentesix ans : c'était Jules Massenet.

Dans ses Derniers Souvenirs, Adolphe Adam a rapporté un trait qui prouve en quelle estime le tenait

celui qu'il devait remplacer. Il s'était présenté h l'élection de 1842 pour succéder à Chérubin!, et Berton comptait à ce point sur sa réussite qu'il s'était invité à diner le lendemain chez son protégé, afin de célébrer la victoire. Onslow fut nommé. « Mon père, raconte l'auteur du C/ia(e(, était venu m'annoncer ma défaite, et j'avais piig mon parti très gaiement; mais j'eus le cœur navré quand je vis entrer le pauvre Berton, donnant le bras à mon père, qu'il avait rencontré dans l'escalier... Les deux vieillards se jetèrent à mon cou et me tinrent étroitement embrassé : « Mon pauvre enfant, me dit Berton, je voulais vous » avoir pour confrère ; je ne pourrai plus vous avoir o que comme successeur!» Un anaprès, sa prédiction était accomplie et, si quelque chose pouvait empoisonner la joied'avoir mon père pour témoin de l'honneur qui m'était conféré, c'était le chagrin de ne l'avoir obtenu qu'aux dépens de la vie de l'homme excellent et célèbre dont je viens d'essayer d'esquisser quelques traits. » Il est singulier toutefois que, dan» ce récit, Adam ait ainsi avancé de deux ans la mort de son vieil ami, car il ajoute en toutes lettres : ■ Berton mourut au mois d'avril 1842, » Or, il mourut le 22 avril 1844. Ce qui prouve qu'on peut être comme Adam un homme d'esprit, voire même un homme de cœur, et ignorer l'art de vérifier les dates 1

Signalons, le 28 février, la première représentation d'une pièce en un acte, paroles de Scribe et Dupin, mut-ique de Thys, Oreste et Pylade. Le titre seul était antique, car la donnée en avait été fournie par un vaudeville de Scribe, les Inséparables, joué au Gymnase eii 1825. L'adaptation nouvelle ne fil pas plus d'honneur aux librettistes qu'au musicien, prix de

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Rome en 1833, et dont on connaissait déjà un acte à rOpéra-Comique, Aîda (1835), et un acte àla Renaisflance, le Roi Margot (1839). Un acte, toujours un acte! Par la suite, il écrivit d'autres ouvrages encore, mais soit fatalité, soit volonté, il s'en tint modestement à cette humble mesure. On lui avait reproché d' «étaler sa science» : c'est un mal passager qui frappe les débutants, et dont le temps les guérit avec le succès ; on lui reprocha aussi de manquer d' « invention mélodique », autrement dit d'originalité dans les idées : c'est un n<al incurable quimë ne aux échecs d'abord, à l'indifCérence [du public, et floalement à l'oubli.

Tel n'était pas le cas d'Auber, dont l'année 1844 vit encore, comme l'année 1843. un grand et durable succès. La Sirène, opéra-comique eu trois actes, paroles de Scribe, fut représentée le 26 mars, et le 35 janvier 1846 elle atteignait le chiUre, toujours rare alors, de cent représentations. Quarante-huit fois on l'avait jouée sans lever de rideau, ce qui constituait une dérogation aui usages et témoignait d'un grand pouvoir d'attraction sur le public. L'œuvre est assez connue pour ne point mériter de longs développements, car la dernière reprise date du 2ti janvier 1887. Tout au plus voulons-nous faire remarquer combien alors, dans les opéras-comiques, le poème dépassait en importance la partition. On s'étonne aiijourd'hui de cette facilité de production qui permettait à des compositeurs comme Auber, Adam, Halévy et Ambroise Thomas (c'étaient les quatre grands fournisseurs de l'époque], de servir au théâtre la rente annuelle d'un ouvrage; mais il faut reconnaître aussi que la part réservée à la musique demeurait assez restreinte. La moindre opérette de nos

jours contient plus de vingt morceaux; la Sirène en contient treize, dont trnia seulement au premier acte. Le librettiste, maître de la situation, étalait sa prose avec complaisance, et semblait faire à son collaborateur l'aumône d'une petite place. Il fallait aussi se contenter de la poésie telle qu'on vous la donnait, et chacuD sait que sur ce point Scribe est resté sans rival ; on a pu l'imiter, mais non pas l'égaler. Par lui, grands et petits étaient traités pareillement, et Àuber devait accepter les vers de la Sirène, où tant de perles se rencontrent, depuis l'exclamation naïve de l'imprésario Bolbaya :

Espérance nouvelle I Ce mjslère ambigu, En nous emparaot d'elle.

Peut nous êlre connu !

jusqu'à l'appel du môme Bclbaya à

La nymphe trop craintiïe.

Qui, fitôt qu'oD arrive.

Disparaît fugitive, A travers les buissons

moyen piquant sans aucun doute d'échapper aux re cherches indiscrètes, La musique d' Auber effaçait ces taches, ou du moins les dissimulait.

Aujourd'hui les poêles et les compositeurs font mieux; ce sont eux qui le disent; mieux vaut les croire sur parole que de s'attirer leur pitié en les contredisant.

A la Sirène succéda toute une série de pièces la plupart ignorées aujourd'hui et victimes, sauf une seule, de l'indifférence du public : le Bai du Sous- Préfet, les Quatre Fils Ai/mon, les deux GentilskommeSf la Sainte-Cécile, le Mousquetaire,

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114 PREUER CHilNGEMENT DE DIBECTION

Le premier de ces ouvrages, répété d'abord sous ce titre : le Jabot, fut représenté le 8 mai 1844. Les librettistes, Paul Duport et Saint -Hilaire, avaient imaginé une intrigue dont la trame légère convenait plutôt à un vaudeville qu'à cet opéra-comique en un acte : l'action se passait en France et t de nos jours B, comme on dit dans l'argot théâtral, fait assez rare dans le répertoire de la salle Pavart pour constituer une sorte d'originalité ; on y voyait un vieux rentier se rendant en province pour chercher femme, contrefaisant le sourd aân de mieux découvrir le caractère des demoiselles qui lui sont présentées, cependant revenant bredouille après une suite d'aventures propres à le guérir de ses fantaisies matrimoniales. Ce fut le début et, il faut ajouter, l'œuvre unique d'un compositeur nommé Boilly, fils d'un peintre célèbre. Elève de Boieldieu et de Fétis, prix de Rome en 1823, le malheureux jeane homme avait donc attendu vingt et un ans l'honneur de soumettre au public une partition convenablement écrite, mais assez pauvre d'inspiration, un honnête travail d'écolier. L'issue de cette épreuve le fit rentrer dans l'ombre et méditer désormais sur le néant des récQmpenses officielles.

Le Bal du Sous-Préfet céda la place aux Quatre fils Aymon, de Balfe, qui firent triste figure aux feux de la rampe; ces nobles chevaliers n'avaient rien de musical, surtout si on se les représente comme Théophile Gautier « en rang d'oignons, revêtus d'un costume qui tient le milieu entre le troubadour et le sapeur-pompier, montés sur quatre chevaux qui lèvent simultanément la jambe gauche de devant et la jam,be droite de derrière avec une régularité de perspective tout à fait agréable à l'œil. » Mais, pour

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