U IIS
combiner leurs trois actes, de Leuven et Brunswick ne gardèrent des héros légendaires que le nom, et
ils ioTentèreot une fable dont le point de départ n'est point sans analogie avec une ancienne pièce, le Trisar supposé, d'Hoffman et MéhuI, et une comédie, plus récente et célèbre, le Testament de César Girodot. It s'agit d'interpréter les volontés dernières d'un père qui a. laissé pour toute fortune de bons conseils, etoa devine que les choses ne s'arrangeraient point aisément ai quatre jeunes filles riches ne se rencontraient alors pour faire cesser leur désappointement et oCTrir aux quatre jeunes gens une agréable compensation. Appelée d'abord le Baron de Beaumanoir, la pièce fut représentée le ISjuillet et bien jouée par M""Darcier, Chollet, Mocker, Sainte-Foy, plus un débutant remarquable, Hermann-Léon. qui, sous les traits du vieilintendant Yvon, fit applaudir un jeu intelligent joint à une voix agréable, juste et bien posée. Par une coïncidence bizarre, le rôle d'un des quatre fils AymoD était confié à un acteur qui s'appelait Emon. Cette homonymie ne pouvait passer inaperçue, et, comme l'artiste n'avait en somme qu'un médiocre lalent, il arriva qu'un spectateur fit rire toutle parterre en disant, assez haut pour être entendu : • Est-ce que ce monsieur a trois frères, montant tous ensemble le même cheval? Dans ce cas je me sauve, car j'en ai trop d'avoir vu cetui-lâ et je crains les autres. >• L'opinion de ce spectateur était partagée du reste par quelques auteurs dramatiques; car on raconte que deux d'entre eux, ayant été sollicités de donner à Emon un rôle dans leur pièce, répondirent : « Nous refusons tout net
Emon qu'on nous conseille et non pas qu'on nous loue. »
116 PREUma CHANGBUBNT DS DIRECTION
En son temps, le mot fit fortune. Quant aux Quatre Fils Aymon, ils ne rlussirent guère plus que le Puits d'Amour, la précédente œuvre du même compositeur.
Les Deux Gentilshommes eurent au contraire une heureuse destinée. C'est un petit ouvrage en un acte, dont de Planard avait écrit le livret et dont la mince trame pouvait convenir à ce qu'on appelait alors de la musique « rétrospective s, autrement dit : un pastiche. Le compositeur, Justin Cadaux, n'était pas connu à Paris; mais il l'était à Toulouse en Toulousain, où l'on avait joué de lui deux opéras, ^s:e2 et la Chasse saxonne. Dans cette même ville, et précisément en 1844, l'homonyme de l'un de nous, M. P. Soubies, plus tard représentant du peuple, donnait non sans succès un opéra de sa composition, la Bohémienne. Cette simple considération suffit à écarter de notre pensée toute allusion ironique et peu respectueuse; mais nous pouvons bien constater que de tout temps il a fait bon venir du Midi pour réussir dans la capitale : Justin Cadaus put le constater à son profit. Les Deux Gentilshommes, agréablement représentés le 17 août par Grignon, Sainte-Poy et M°" Casimir dans les principaux rôles, se maintinrent au répertoire l'année suivante, et nous les retrouvons même sur l'affiche en 1863. Ce succès honorable devait plus lard lui rouvrir les portes de l' Opéra-Comique ; 1852 et 1853 virent naître, en effet, les deux Jaket et Colette.
Moins chanceux que Cadaux, MoDtfort ne réussit guère avec ia Sainte-Cécile, opéra-comique en trois actes, paroles d'Ancelot et Decomberousse, représenté le 19 septembre. Tous les journaux et le théâtre lui-même avaient annoncé SaiTi(e-Céci(e, et ce fut la
censure elle-môme qui exigea l'addition de l'article, pour bien moutrer que la patronne des musiciens ue figurait point en personne dans l'œuvre nouvelle. Cette Sainte -Cécile est un tableau; la pièce, appelée d'abord et plus justement : Carie Vanloo, n'offrait rien de religieux en dépit de son titre et formait une comédie d'intrigue dont la musique seule aurait pu justifter l'intérêt. Il n'en fut rien ; une certaine habi leté de facture ne saurait compenser la pauvreté des idées.
Bon musicien, mais peu original, MontFort manquait surtout de vigueur et de hardiesse; il rêvait et tl&uait volontiers, comme ces gens qui attendent moins d'eux-mêmes que du hasard et des autres. Un jour, Théodore Mozin, prix de Rome et professeur au Conservatoire, le rencontre sur le boulevard, allant de-ci de-là, regardant les boutiques en homme désœuvré qui tue le temps. « Ehbien, cher ami, que fais-tu? » lui demande-t-il. — « Moi, répond Montfort, je cherche... l'inspiration. » Noble et vague occupation I Il y a des compositeurs qui la trouvent sans la chercher; d'autres qui semblent dédaigner autant de la trouver que de la chercher; il est arrivé assez souvent à Montfort de la chercher sans la trouver.
La Sainte-Cécile n'avait pas réussi ; le Mousquetaire, joué un mois après, le 14 octobre, tomba plus lourdement encore: il n'obtint que trois représentations. Cette comédie en un acte avait pour auteurs deux frères, Armand et Achille Dartois, qui ne s'étaient pas mis en frais de style et ne craignaient point d'offenser la grammaire, si l'on en juge par ce fragment de dialogue, cet a parfe confié à la verve de 9ainte- Foy : « Comme il a l'air brave! Abordons-le de même '. » D'abord intitulée le Mousquetaire et leConi,j,,,.,,.Cooi^Ii:
118 FBEMIER CHANGBMENT DB DIRECTION
«eiiler, la pièce moQtrait, en effet, ces deuï personnages aux prises avec une intrigue amoureuse où le Talnquenr final n'était point celui qu'eût souhaité le poète antique ; car ici /a robe le cédait à l'épée! n Sur ce canevas poudré, doré, moucheté, pailleté et un peu collet monté, dît un critique, M. Bousquet a brodé une musique légère, élégante et vive, hien en harmonie avec le poème. » C'était le début au théâtre d'un jeune compositeur qui avait eu le prix de Rome en 1838, un an avant M. Gouuod, et qui s'était trouvé par conséquent avec ce dernier à la villa Médicis, où l'on semblait croire à l'avenir de sa carrière musicale. Non seulement Félis a parlé de lui eu termes qui prouvent son estime; mais Fanny Mendelssohn, la sœur du grand compositeur, bonne musicienne elle-même, femme intelligente et d'esprit cultivé, le juge^ très favorablement, comme le prouve sa correspondance j-écemment publiée. Pendant son séjour à Rome elle eut occasion de connaître Bousquet et Oounod, les deux jeunes pensionnaires de l'école française, et, chose curieuse, elle parait faire plus de cas du premier que du second ! L'avenir a cruellement démenti ses prévisions. L'auteur de Faust a sa place marquée duos l'histoire de l'art dramatique au dix-neuvième siècle. Georges Bousquet, après un acte donné le 26 mai 18'14au Conservatoire, dans un exercice d'élèves, et intitulé l'Hôtesse de Lyon, après ie Mousqueiaire, si piteusement accueilli, fit de la critique musicale à VlUustration et ne reparut plus qu'au Théâtre Lyrique, en 1853, avec un ouvrage en deux actes, Tabann. Il n'avait pas tenu les promesses de ses débuts : comme l'a dit justement le fabuliste :
N'est pas qui veut un personoage 1
„: .....COOl^IC
Le succès qu'il n'avait point trouvé du côté des ceuvtes nouvelles, M. Crosnier, directeur de l'Opéra- Comique, le chercha du côté des œuvres anciennes, en faisant un certain nombre de reprises ; c'est ainsi que reparurent tour à tour, le 10 mai, Fra Diavolo, le 10 août, Gulistan, le 6 novembre, le Maçon, le 4 décembre, Waliace, le fi décembre, Adolphe et Clara, le 26 décembre, le Guîtarrero.
Fra Diavolo est connu de loua, et si noua en parlons c'est pour avoir l'occasion de rappeler la piquante remarque faite à son sujet par Théophile Gautier, ignorant peut-être des choses de la musique, mais très fin connaisseur des choses du théâtre. Il observait combien Scribe était toujours à l'affût dea éléments de succès pour les pièces, et il considérait comme une trouvaille d'avoir fait assister le public à la toilette du soir, au déshabillé de l'héroïne. Cette petite scène intime a trouvé depuis sa place dans Victorine ou la nuit porte conseil, aussi bien que dans laOrâce de Dieu; mais l'une despremières éditions eu avait été donnée par l'auteur de Fra Diavolo, et le mérite doit lui en revenir. C'est un effet immanquable, ajoutait Gautier, « pourvu que l'actrice ait les épaules blanches et les bras ronds- » M"* Prévost, créatrice du rôle de Zerline, répondait à ce signalement; cette fois encore, M'" Darcier pouvait satisfaire les plus difficiles; aussi la reprise lut-elle bien accueillie.
Gulistan n'offrait pas le même genre d'attrails ; il réussit pourtant, et la vieille pièce de Dalayrac fit une asseï bonne figure en dépit ou peut-être à cause des retouches d'Adolphe Adam, restaurateur attitré des anciens tableaux à rentoiler. Gulistan fut traité comme Richard et ie Déserteur; il s'enrichit notam-
130 PRBUIEB CHANGEMBKT DS DIRECTION
ment de deux airs, l'un tiré de Gulnare, opéra de Dalayrac, l'autre composé spécialemeot par l'arrau^eur, d'après Azémia. Il fallait subvenir aux roulades de la chanteuse principale. M"' Casimir, aux dépens de laquelle quelques spectateurs irrévérencieux s'égayèrent le premier soir. A certain moment, Gulistan dit qu'il entrevoit dans l'obscurité a une taille élégante ». Or, M°" Casimir ne pouvait donner ce genre d'illusion ; elle a'épanouissait insolemment, et ne possédait guère ce fameux u juste àpoint » dont parlait un jour Sarah Bernhardt. Cet incident comique n'eut point d'ailleurs d'influence sur la destinée de cette œuvre, qui depuis n'a jamais reparu. Les curieux seuls s'en souvinrent, il y a quelques années, lorsque fut donnée ia Jolie Persane de M. Lecocq. On observa que dans les deux pièces il s'agissait d'un mariage fictif, permettant à deux amants de s'épouser après avoir satisiait aux prescriptions de la loi. Une situation analogue se retrouve au surplus dans Rébecca de Scribe et dans Don César de Dazan, tant il est vrai qu'au théâtre, comme ailleurs, créer n'est le plus souvent que se souvenir.
La reprise du Maçon nefutpas moins brillante, et, pour lui donner plus d'éclat, Auber n'avait pas craint d'ajouter à son œuvre un supplément de trombones et de cymbales. Certain journaliste trouvait même cette précaution utile et il en donnaitla plaisante raison que voici : « Peut-être le compositeur a-t-il pensé qu'un collaborateur désintéressé pourrait quelque jour rafraîchir, arranger sa partition, dans le seul intérêt de l'art et de l'instrumentation, et il a mieux aimé prendre l'initiative. » Par contre, l'exécution vocale n'eut pas le don de satisfaire Th. Qautier. « Il 7 manque des chanteurs, écrivait-il ; et c'est quelque
1844 ISl
chose dans un opéra-comique. » Or, les ioterprétes s'appelaieot Mocber , Audrau , Ricquier , Henri, M"" Thillon, Darcier, Prévost I Pour une fois, le poète se montrait sévère et méuw peu juste. Le roi Louis-Philippe y mit moins de façons, et y prit plus de plaisir. C'était sur son désir formel- qu'on avait remonté cet ouvrage, déjà vieux de vingt ans; il ne vint pas à Paris pour le voir, mais il Ût venir la troupe de l'Opéra-Comique à Sainl-Gloud pour le lui jouer; et cette représentation, donnée le 4 novembre, précéda de deui jours celle du vrai public. Sa Majesté, nous l'avons déjà vu, goûtait fort les pièces du vieux répertoire ; c'est ainsi que quelques jours plus tard, le 25 novembre, Raoul de Créqui, opéra de Dalayrac, que l'Opéra-Comique a remis en 1889 pour uii soir à la scène, était interprété devant la Cour, sur ce même théâtre de Saint-Cloud, par les élèves du Conservatoire. On peut dire que jamais les jeunes gens de cet établissement ne s'étaient trouvés à pareille fête, et admis à pareil honneur. Toutefois, sur ce point, le peuple ne partageait point aveuglément les préférences de son roi ; il avait accepté avec enthousiasme Richard et le .Déserteur; il repoussa Wallace, en dépit du renom de son auteur et du mérite réel de l'œuvre. Joué le 4 décembre, le « drame lyrique » de Oatel n'eut que quatre représentations, et pourtant les soins de la direction n'avaient pas manqué à cette reprise. Et d'abord on avait songé à remanier le poème afin de lui donner, s'il était possible, un peu de l'intérêt qui lui manquait. C'était seconder les vuesdu compositeur ; car, avant de mourir, il avait demandé à son librettiste, Fontanes, dit Saint-Marcellin, de refaire toute la pièce, sans pour cela changer rien à la partie chantée, et le collaborateur dévouéavaitaccomplicette
122 FREUIBR CHANOBUGNT DE DIRECTION
tâche, qui pouvait passer pour un tour de force. Cette version s'imposait naturellement à l'attention de Ducis, lorsque, directeur de l'Opéra-Comique à Ventadour, il avait songé à remonter Wallace, sans donner suite à ce projet. Cette fois on eut recours au talent ■de Saint- George 3, qui délit la chose et !a refit avec son habileté accoutumée ; quant à la musique, il lui fallut aussi subir les transformations d'usage, Déjà un musicien nommé Rifaut s'était employé à cette besogne, et avait écrit notamment le finale du premier acte, ainsi que des couplets au second; à son tour, M. Ernest Boulaiigerfut invitéà contLnuer|ce travail, et il composa dans le troisième acte des couplets pourM'"Darcier, un air pour Hermanu-Léon, un duo pourMockerel Mi'eDarcier, Enfin Garaudé.le répétiteur de chaat, et Girard, le chef d'orchestre, avaient, eux aussi, mis la main à celte pàîe musicale; aussi, devant tant de collaborateurs, plus ou moins favorisés, ■comprend-on qu'un illustre et spirituel compositeur ait dit, au sortir de la représentation, avec son air mibonhomme et mi-narquois : « Que reste-t-il donc de Catel, dans cette affaire ? Sans doute son Traité ■d'Harmonie!... a Les journaux d'ailleurs n'étaient pas indulgents pour les arrangeurs, et l'un d'eux ■expliqua, non sans finesse, les inconvénients du système adopté. « Déterrez une médaille antique, écrivait-il, grattez-la, limez-en l'exergue, substituez des figures à celles qu'elle représente, et puis dites à la numismatique d'en apprécier les mérites... vous ferez acte de fou, et la science n'en sera pas plus avancée. >
Celui-là montrait ainsi qu'il aimait la musique-naiure, et l'on ne saurait douter que ce fût aussi l'avis d'un malheureux vieillard dont les journaux de 1844
". t;.,osie
s'occupèrent un iastant ; c'était un prisonnier faitpar les troupes d'Oran, dans uneexpédition sur Oudehda, ■ et qui étonna fort les soldats quand il leur raconta son histoire. Souffleur au théâtre Feydeau, aux beaux jours de Garât, il avait perdu son emploi, était allé chercher fortune à Tanger, et s'était laissé prendre un beau jour par les Marocains nomades. Depuis trente ans, Dominique servait comme esclave, et son premier soin, lorsqu'on le délivra, fut de s'informer des anciens qu'il avait connus ; à quatrevingts ans et malgré sesaventures.ils'ÎDtéressait encore au passé I On le vit alors très surpris et fort affligé d'apprendre que Feydeau n'existait plus, et que Martin, EUeviou, Gavaudan avaient dispaiu, eux aussi. Comme le fameux Rip, Dominique semblait s'éveiller d'un long rêve : il n'avait pas compté les années.
Le fait est que ce revenant n'aurait pas trouvé grand mérite à ceux qui prélendaient recueillir la succession de ses artistes favoris : les débutants de l'année 1844 furent médiocres. Un seul pouvait être mis hors de pair, Hermann-Léon ; les autres n'ont point laissé de trace et méritent tout au plus l'honneur d'être cités : M. Lac (29 mars) dans Georges de la Dame blanche; M. Albertini (9 avril) dans le Camoëns de l'Esclave du Camoëns; M. Bessin (7 mai) dans Popoli de la Sirène; M°" Miro, née Camoin (15 août) dans Henriette de l'Ambassadrice ; M. Chaix (24 août) dans Tartaglia de l'Eau merveilleuse; M"" Quidant- Lehnen [1 1 septembre) dans Betly du Chalet; M. Garcin-Brunet (28 septembre) dans le Podestat de l'Eau merveilleuse; enfin M'" Duval (21 octobre) dans Henriette de l'Ambassadrice.
Tout compte fait, les résultats de l'exercice 1884