PREMIER CBANSEUENT DE DIRECTION
n'avaient pas été très brillants; ceux de l'exercice 1845 le furent moins encore. L'année demeura stérile el le succès ne fit rien éclore, ni œuvre nouvelle, ni talent nouveau. C'est eocore une vieille pièce qui l'emporta par le nombre de représentations. Avec Audran, Grard, Grignon, 8ainte-Foy, M"" Darcier, Casimir, Révilly, Cendrillon fut reprise le 25 janvier et jouée alors 62 Ma. Un tel résultat n'avait pas été prévu par la Eeuue et Gazette musicale, qui traita sévèrement l'œuvre et son auteur, Nicolo Isouard, ce compositeur franco-maltais, disait-elle, qui eut, «avec quelques mélodies agréables, une iastrumentation commune et plate, une connaissance assez Juste de la mesure scénique, assez d'adresse pour forcer Boieldieu et plusieurs autres compositeurs de talent de s'exiler du théâtre de l'Opéra-Comique, et d'y régner sans partage pendant vingt ans. » A cette aigre critique on aurait pu répondre que précisément ces sortes de suprématies oe s'établissent, et surtout ne se maintiennent si longtemps, qu'à force de mérite : l'intrigue y a moins de part que le talent. Nicolo est de ceux dont les oeuvres ont survécu à la personne. A la vérité, Rossini a refait la Cendrilion de Nicolo comme il avait refait le Barbier de Palsiello ; les deux versions se sont même données simultanément sur deux de nos théâtres, et toutes deux ont eu la faveur du public. Mais il est à remarquer que, dans cet assaut d'un nouveau genre, la belle est restée au maître français. C'est la Cendrillon et non la Cerenentota qui ia dernière a été jouée à Paris.
En 1315, la partition avait été, suivant l'expression d'un critique, « radoubée en cuivre » par l'arrangeur habituel; Adolphe Adam avait en outre pro&té de la dircoDstaace pour ajouter un air de sa façoQ, et c'est
à M"* Casimir qu'était confié le soin d'en égrener les vocalifies. Etienne, l'auteurdupoème, avait sans doute donné sa permission; car il vivait encore. Mais la reprise de Cendrillon devait être sa joie supi'éme ; il mourut quelques semaines plus tard, le 13 mars, à l'âge de soixante-sept ans.
La première nouveauté de l'année 1845 s'appelait les Bergers Trumeau, et parut le 10 février. Ce titre bizarre était celui d'une pièce qu'on jouait dans la pièce, comme ou l'a vu de notre temps pour l'Amour africain. Une société de grands seigneurs se proposait de représenter un opéra; mais, pour éviter les froissements d'amour-propre, on laissait au sort le soin de fiier la distribution des rôles. Or, le sort faisait des siennes en attribuant à un vieux baron le rôle du jeune berger, à la vieille baronne celui de la jeune bergère ; le jeune comte Ernest se changeait en président à mortier, et Antonia, sa fiancée, en père noble. Chacun allait s'habiller; le rideau tombait et se relevait bientôt sur une ouverture, la seconde de la pièce ; on exécutait une sorte de pastorale, et tout était dit. Tel était ou à peu près le compte rendu fait par les journaux de cet opéra-co- . mique en un acte. On trouva que le compositeur, Olapisson, avait écrit un agréable pastiche, et que les librettistes, Dupeuty et de Courcy, avaient fait preuve d'ingéniosité. Mais nul ne s'avisa que la donnée première procédait directement d'une comédie en un acte représentée au Tliéàtre-Prançais le 14 octobren36: les Acteurs déplacés ou l'Amant Comédien, Cette rencontre, volontaire ou fortuite, valait bien que d'un mot au moins on la rappelât au souvenir des curieux.
La seconde nouveauté ne fut pas plus heureuse que la première ; malgré l'excellente marque de fabrique.