‹ Histoire de l'Opéra-Comique. La seconde Salle Favart--1840-[1887] (volume 3)Chapitre 19 sur 49 · LA. SUCCESSION DE H. CROSNIBB · texte numérisé non relu

LA. SUCCESSION DE H. CROSNIBB

parler d'un dédit de 10,000 riancs en cas d'iaesécu. tion. Vainement les éditeurs essayèrent de se soustraire à cette obligation, en prétestant que la pièce représentée n'était pas la même que celle dont le scénario leur avait été soumis ; que les modifications apportées diminuaient les chances du succès ; que les rôles n'avaient pas été distribués comme il était convenu; que la représentation avait eu lieu en août au , lieu d'avril, époque désignée. Ils perdirent devant le tribunal de commerce d'abord, et ensuite devant la cour d'appel, qui les condamna aux dépens el à l'obligation du traité, fixant à 5,000 francs le dédit, puisque la représentation donnée constituai t un commencement d'exécution. Ou voit par là dans quelles, conditions le librettiste à la mode daignait collaborer avec un auteur jeune et de mince notoriété. Lui seul fut payé; Labarre ne fut pas édité et les frères Escudiér durent verser une somme assez grosse pour un livret qui ne ressemblait en rien à ceux du Domino noir et de la Pari dit Diable, Comme disait un journaliste, « la morale à tirer de ceci, c'est que, pour avoir un bon poème de Scribe, il ne faut pas le lui acheter. »

La Charbonnière, qui succéda le 13 octobre au Ménétrier, ne valait pas mieux que lui. Scribe n'était pas le seul coupable, cette fois ; il avait pour complice Mélesville, et ces deux hommes d'esprit avaient dramatisé en trois actes un conte à dormir debout, bon tout au plus à grossir le recueil du chanoine Schmidt. Pour comble de malheur, l'un des personnages s'appelait Rîgobert, et ce personnage n'était rien moins ■qu'un souverain déchu appelé, à la ffn de la pièce, à remonter sur le trône de ses pères dans un duché d'Allemagne, proche sans doute de celui de Gërols-

teîD. Ed entendant lire l'ordonnance qui fait d'une ancienne charbonnière la marquise de Blaguembourg,

le tout signé Rigobert I", les spectateurs ne purent tenir leur sérieux et la soirée se termina gaiement; « tant il est vrai, s'écriait Henri Blanchard, qu'il y a dans les noms une espèce d'euphonie poétique et théâtrale qu'on ne peut blesser impunément. » C'est Berlioz qui, rendant compte de la partition d'un compositeur peu versé dans l'art de la modulation, prétendait qu'il s'élait borné « à écrire un opéra en ré. » De Montfort, on pouvait dire qu'il avait écrit « un opéra en valses, ou mieux une valse en trois actes. » La moitié des morceaux, en effet, s'y trouvaient, parait-il, rythmés à trois temps.

Dans la boîte aux oublis où diaparut, après dix représentations, la ChUTbonnière, il faut jeter aussi les deux dernières pièces représentées en l'année 1815, le Mari au Bal et l'Amazone. Ces deux levers de rideau, en un acte chacun, ne valaient guère'plus par le poème que par la musique. J.e premier avait pour auteurs Emile Deschamps et Àmédée de Beauplan; le second. Sauvage et Thys.

Le Mari au Bal (25 octobre) était une binette « bâtie sur cette maxime conjugale que toutmari qui s'amuse de son côté doit s'attendre à ce que sa femme en fasse autant du sien. >> Le compositeur, Amédée de Beauplan, était un auteur de romances que le maniement de l'orchestre gênait un peu ; de là quelques défaillances vertement relevées par les critiques, sauf celui de la Reoue et Gazette qui semblait se plaindre au contraire de l'importance attachée à l'instrumenta' tion. Deux mois plus tard, d'ailleurs, à propos de l'Etoile de Séville, représentée, nous l'avons dit, à l'Opéra, Théophile Gautier louait Balfe, le composi-

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