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teur, de « bien écrire pour les voix, mérite très rare ailjourd'hui où tout est sacrifié à l'orchestre. i En 1845! cette remarque est bien faite pour nous surprendre. ■ Petits vers, fades propos et jolie musique de salons, quelles pauvretés vous êtes sur la scène » lisait-on dans un compte rendu. Le public fut si bien de cet avis que le Mari au Bai eut seulement cinq représentations ; encore, à la dernière, le rideau fut-il baissé avant la fin de la pièce.
L'Amazone (25 novembre) en eut sept : le résultat ae différait guère. Comme Amédée de Beauplan, d'ailleurs, Thys était un «compositeur de salons e, suivant l'expression du temps; aujourd'hui nous dirions «amateur», et cette appellation nous dispense de porter sur l'œuvre, dont la Diana Veruon de Walter Scott avait inspiré le poème, un plus long jugement.
Comme on le voit, l'année finissait mal; et pourtant, chose curieuse, lesrecettesatteignirent un chiffre supérieur à celui de l'année précédente. Il avait donc suffi de la rictiesse du répertoire pour alimenter la caisse, comme aussi du succès de deux reprises île 11) juin, les Diamants de la Couronne, avec Rie quier, Mucker, Henri, Sainte-Foy, Emon. M"" Lavoye et Darcier; et le 25 août, Marie, ce charmant ouvrage d'Hérold qui n'a pas été joué depuis plus de vingt ans, bien qu'il ait été question plus d'une fois de le remettre à la scène au cours de ces dernières années.
Peu de jours après celte reprise de Marie, du 7 au 11 septembre, le théâtre avait été fermé « pour cause de réparations». C'étaient les premières que l'on entreprenait depuis l'ouverture de la nouvelle salle Favart. La troupe profita de celle circonstance pour
quitter Paris, et, le mardi 9, se rendit à Eu où elle doQoa devant Leurs Majestés et la Reine d'Angleterre une représentation curieuse et vraiment unique en son genre : Richard Cœur-de-Lion et le Nouveau Seigneur du village furent joués en plein air sur un théâtre de verdure élevé dans le parc
En iSiC, un ouvrage domiae tous les autres ets'imj pose, non seulement par sa réelle valeur, mais encore par le succès considérable qu'il obtint alors. Les Mousquetaires de la Reine firent leurentrée au théâtre le 3 février, et, dans les annales de l'Opéra-Comique, il faudrait remonter jusqu'à la Dame blanche ou descendre jusqu'à VEloile du Nord pour rencontrer une réussite aussi prompte et aussi complète. Dès le premier toir, le poème de de Saint-Georges et la musique d'IIalévy allèrent, comme disent les Italiens, aux étoiles. Le sujet parut intéressant, varié, dramatique et gai tout à la fois ; la partition spirituelle et vive, semée de mélodies charmantes que rehaussait encore le mérite d'une facture solide, d'une connaissance profonde de la scène et de l'orchestre.
L'oeuvre était exécutée d'ailleurs par l'élite de la troupe; il suffit de rappeler les noms de Roger, Moclier, Hermann-Léon, M"" Lavoye et D'arcier. Tout avait été réglé avec soin; le soir de la première, le régisseur général Henri avait poussé la conscience jusqu'à se mêler aux chœurs, pour suivre de plus près la manœuvre, soutenaut, pressant, retenant son personnel avec le sang-froid d'un général qui livre bataille. Le titre de la pièce lui-môme avait été l'objet de sérieux débats entre l'auteur et le directeur ' tout d'abord, nousa raconté M. Schœnewerk, dont les souvenirs sur cette période sont des plus précieux ; on avait choisi un nom qu'OlTenbach devait reprendre
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plus tard pour son compte en le donnant à l'une de ses premières opérettes : Une Nuit blanche. Mais déjà on pouvait lire sur l'affiche des Variétés, le 8 décembre 18i5, tandis que l'œuvre d'Malévy se trouvait en pleines répétitions, Une Nuit blanche ou la Petite Maison, vaudeville en deux actes de Leaven et Btrnnswlck. C'est alors qu'on songea aux Mousquetaires, qui, séparément ou collectivement, avaient déjà paru sur la scène : on connaît en effet Je Mousquetaire, de Bousquet [1844), dont nous avons déjà parlé; les Deux Mousquetaires, de Berton (1824), également à l'Opéra- Comique et non mentionnés par Clément dans son dictionnaire; enfin, /es Trois Mousquetaires, d'Alexandre Dumas, Ce fut mêmt-, le succès de-cette dernière œuvre, réprésentée quelques mois auparavant et devenue promptement populaire, qui décida les auteurs à s'inspirer d'un titre de bon augure. Ed outre ils créèrent, pour la circonstance, un corps de troupe que le public accepta sans vérifier, comme il acceptait les Inventions historiques de Dumas, et le bon Th. Gautier fut seul à lancer timidement sa petite protestation au nom de la vérité : « Nous avons, disait-il, beaucoup entendu parler de Mousquetaires gris, de Mousquetaires noirs et de Mousquetaires à pied; mais y a-L-il jamais eu des Mousquetaires de la Reine? Grave question, sur laquelle nous prions Alexandre Dumas de nous éclairer à la première occasion. »
Ce dernier n'exauça point cette prière ironique; , mais le public donna gain de cause aux auteurs en se pressant au théâtre pour admirer les nouveaux venus. Le Roi lui-même, en dépit de son goût pour la vieille musique, suivit l'engouement général, et le 25 février fit venir aux Tuileries les Mousquetaires de
ta Reine. Librettiste, compositeur et directeur, chacun àcette occasion reçut de Leurs Majestés sa part de complimens, et la Reine daigna dire que • malgré tout ce que lea princes, qui avaient assisté à trois représentations, lui avaient rapporté du mérite de la pièce, elle trouvait encore cet ouvrage supérieur aux éloges qu'on lui en avait faits, i
La presse, eu effet, s'était montrée unanime dans la constatation du triomphe : » Le bureau de location ressemble à un fort assiégé en règle», écrivait l'un, Depuis longtemps, poursuivait l'autre, on n'a vu un succès se dessiner aussi éclatant que la foudre et déjà brillant comme l'Eclair t »
Les recettes sont là pour le prouver. Les quatorze première9représentationsproduisirent77,785rr.75c. ; les quatorze suivantes 80,159 fr. 75 c. ; à la quarantedeuxième on comptait 226,360 fr. 25 c. de recettes, c'est-à-dire que la moyenne avait toujourjj dépassé 5,000 francs par soirée. Le congé des artistes fli suspendre pendant deux mois les réprésentations ; elles reprirent plus brillantes et plus suivies que jamais, avec M"* Lemeicier succédant à M"* Darcier dans le rôle de Berthe de Simiane. Eu moins de neuf mois on atteignait la centième, et le 39 novembre, à la centquatrième, on faieait encore une recette de 5,331 fr. ; , la moyenne s'était donc maintenue avec une surprenante âsitë. Or, il faut bien en attribuer le mérite à l'ouvrage lui-même, et non à ceux qu'on pouvait lai donner comme compagnons sur l'affiche; car il fnt joué seul 102 fois. Fait absolument exceptionaelj alors, à rOpéra-Comique, où les levers de rideau n'ont perdu leur importance que depuis quelques années.
Les Mousquetaires de la Reine gagnèrent vite la
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province, et, dès la première année, passèrent )a frontière; on les retrouve à Bruxelles le t6 avril, à Vienne sur deux théâtres à la fois (au théâtre An der Wien et au théâtre de la porte de Carinthie) ; à Francfor t-sur-le-Mein, le 6 septembre ; on les annonce à Berlin, Leipzig et Breslau. Lapièceétaitlaucée, comme on le voit, et l'on pouvait croire qu'elle réaliserait pleinement la prédiction d'un jouroal qui lui assurait alors aussi longue vie qu'à la Dame Blanche ou au Pré aux Clercs. Elle aussi, pourtant, elle a perdu avec l'âge une partie de ses charmes ; demeurée au répertoire de la province, elle n'a point gardé sa place à Paris, et la dernière reprise, qui remonte à l'année 187S, ne fut pas très fructueuse. Il semble qu'une sorte de fatalité ait pesé sur la destinée d'Halévy ; si l'on excepte trois ou quatre ouvrages, ses succès, si nombreux, si brillants qu'ils aient été, n'ont jamais eu qu'une brève durée : pour employer une comparaison classique, ils ressemblent à des feux de paille qui jettent de grandes lueurs et s'éteignent aussi vite qu'ils se sont allumés.
Une dernière remarque au sujet du peu d'empressement que mettaient alors les éditeurs à faire paraître leurs ouvrages. Eu dépit de sa réussite exceptionnelle, la grande partition des Mousquetaires de la Reine ne fut publiée que dans le courant de juin, près de quatre mois après la représentation ; la petite partition piano et chant fut mise en vente le l" octobre seulement et, jusque-là, on s'était contenté de quelques morceaux détachés, dont les premiers remontent au 27 mars. A cette époque, les critiques ne se mettaient donc pas en peine de contrôler le jugement de leur oreille et de leurs yeux par une lecture attentive et raisoanée de l'œuvre qui. leur était soumise: de
là, ces appréciations vagues ou erronées qui parfois nous font sourire aujourd'hui. Ou connaît sur cette question i'avis de Richard Wagner : il livrait au public et son poème et sa partition, plusieurs mois, souvent plusieurs années avant l'épreuve de la scène ; il voulait être compris et faciliter la tâche de ses auditeurs. Les adversaires de ce système pourront soutenir qu'en ce qui touche les Mousquetaires de la Reine, par exemple, la publication tardive ne put nuire à la fortune de l'ouvrage, sans doute parce qu'il était aisément compréhensible et traité dans un style assez familier à tous. Mais dans les œuvres de combat à tendances rénovatrices ou simplement hardies, il n'en va pas de même ; Faust et Carmen furent condamnés ou ue furent pas, du moins, appréciés à leur valeur. Qui sait? N'auraient-ils pas été ïnieui traités si le texte gravé avait été mis plus tôt dans les mains de ceux qui devaient les juger !
Cette précaution n'était pas utile pour un petit opéra-comique en un acte, comme le Trompette de M. le Prince, répété sous le titre de la Chambre, joué le 15 mai, et dû à la collaboration de Mélesville et de François Bazin. Vingt-deux représentations dans l'année, avec le maintien de la pièce au répertoire pendant un assez long temps, marquèrent le favorable accueil fait au début du jeune compositeur. Lauréat de l'Institut, où il obtenait en 1839 le second prix tandis que le premier était remporté par M. Ch. Gounod, il avait mérité en 1840 la plus haute récompense, avait séjourné à Rome le temps réglementaire et revenait à Paria, plein d'une ambition légitime que l'avenir devait satisfaire largement ; car il connut la fortune, le succès, les honneurs. Nous ne pouvons oublier qu'il fut notre maître, et c'est avec
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respect que nous parlons d'un artiste gui a pu se tromper sur le compte de M. Massenet, alors son élève et plus tard, par une singulière ironie du sort, sou successeur à l'Institut, mais dont l'enseignement libéral a rendu bien des services et formé Men des talents. Le Trompette de M. le Prince fut suivi à. quelques jours de distance, le 27 mai, par le Veuf du Malabar, autre opéra-comique en un acte dont Siraudin et Adrien Robert (lisez Charles Basset) avaient composé les paroles et Doche la musique. Trente représentations furent la carrière fournie par cette farce, plus bizarre qu'originale, rappelant à certains traits le Mort Vivant, la Femme Juge et Partie et autres pièces fantaisistes, mais n'ayant point, pour rehausser son mérite, le secours d'un compositeur de talent. Doche était plus propre à composer des couplets de vaudeville que des scènes dramatiques ; en un temps où le publie attachait moins d'importance qu'aujourd'hui à l'élégance et aux rafânements de l'instrumentation, il réussissait môme à choquer ses contemporains par la pauvreté de sa facture, et l'un d'eux pouvait écrire en toute sécurité : « M, Doche ne s'est pas familiarisé avec la variété des voix multiples de l'orchestre, bien qu'il en dirige un, et son style est arriéré : sa muse est une musarde qui semble inspirée par Apollon- Musard. > Le titre de la pièce était fait pour amener, sous la plume des journalistes, les souvenirs historiques et littéraires ; on n'y manqua point ; on exhuma notamment la Veuve du Malabar, cette tragédie jadis fameuse, et l'on rappela ce vers (qui n'en est pas tiré d'ailleurs), que son orgueilleux auteur, Lemierre, proclamait « le plus beau de notre langue •> :
La trideot de Neptane est le aceptre du monde.
Presque au lendemain de l'affaire Pritchard, la citation d'ailleurs ne manquait pas d'à-propos.
Une autre pièce en un acte, Le Caquet du Couvent, représentée le 5 août, ne fournissait point à la presse matière k semblables digressions ; mais elle inspira au critique Henri Blanchard une note d'autant plus amusante, qu'il se trouvait en quelque sorte intéressé dans l'ouvrage et lésé par sa représentation. Il avait dû, en effet, écrire la musique lorsque la pièce s'appelait la Sieste, et avait pour auteurs de Leuven, Ch. de Livri et Ferdinand Langlé. Refusée alors par Crosnier, elle avait attendu quinze ans dans les cartons de Leuven qui, un beau jour, la porta à Planard. Celui-ci modifia la pièce, changea le nom des personnages, et la Sieste, devenue le Caquet du Couvent, fut confiée à un nouveau compositeur, Henri Potier, auquel elle valut 58 représentations réparties entre quatre années. De nos jours, un procès serait la couséquence de ce procédé ;'Blanchard était sans doute d'humeur conciliante; il se contenta d'en rire, et comme le livret ressemblait quelque peu à l'Ingénue de Dupin, il désigna ironiquement, dans son compte rendu, le libretto comme étant de « MM, de Planard, de Leuven, de Livri, Langlé, Dupin et quelques autres, s En réalité, sur l'affiche, les deux premiers seuls étaient nommés. L'aimable critique poussa le désintéressement jusqu'à trouver delà valeur àla musique de Potier et du talent aux interprètes, M""' Potier, Lavoye et Félix, sans oublier l'amusant Sainte- Foy, lequel dans ses couplets attaquait, disait-il, « avec assez de brio un si de lête qui en fait presque un Duprez. » La chose est très possible ; on se rappelle en effet que Sainte-Foy avait fait ses études au Conservatoire et concouru dans un air d'opéra. Il as-
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pirait à devenir téaor sérieux, et la fantaisie de son masque l'obligea seule à renoncer à ce fol espoir. Le succès l'en indemnisa largement.
Deuxlevers de rideau en un acte n'avaient pas épmsé la provision d'amabilité du directeur pour les jeunes. Après Bazin et Potier ce fut le tour de Maurice Bourges, un rédacteur de la Jieoue et Gazette musicale , plus connu comme critique que comme musicien. Sultana, nom donné à une espèce merveilleuse de tulipe que cultive un vieux soldat hollandais avec espoir d'en tirer fortune, ae rapporta que de modestes droits d'auteur au librettiste, de Forges, et au compositeur qui s'en tint à ce premier essai |dramatique en deux actes. Répétée sous le titre des Deux Pages, cette petite pièce parut le 16 septembre et vécut l'espace de trente et une soirées.
Le dernier ouvrage de la saison fut un opéracomique en trois actes, paroles de Brunswick et de Leuven, musique de Clapisson, Cibby la Cornemuse : titre bizarre, soit dit en passant, et tout juste grammatical, auquel il eût été évidemment plus corryct de substituer celui de Gibby, le joueur de cornerrinse. Le sujet, une conspiration contre Jacques I", découverte et empêchée par un berger, ne pouvait donner matiéreà déveioppËments bien originaux; ou y prit quelqueintérét cependant, grâce à certains détails assez amusants, dont, à tort ou à raison, on se plut à attribuer la paternité à Brunswick seul, ainsi qu'en faitfoi ce quatrain satirique improvisé lors de la première représentation, qui eut lieu le 19 novembre :
Si de Gibby la cornemuse Attire el charme le public.
On ne le derra qu'à la muse De Clapisson et de Brunswick.