‹ Histoire de l'Opéra-Comique. La seconde Salle Favart--1840-[1887] (volume 3)Chapitre 22 sur 49 · LA SUCCESSION DE H. CROSKIBR · texte numérisé non relu

LA SUCCESSION DE H. CROSKIBR

Il n'en fut pas de môme de Zêmire et Azor, dont les rôles servaient de débuts à deux jeunes artistes de talent, qui devaient fournir à l'Opéra- Comique une brillante et utile carrière. M"° Lemercier et Jourdan sortaient da Conservatoire, où ils avaient obtenu, au concours de 1845, l'une un second accessit de chant, l'autre, un premier prix. M"' Lemercier était pleine de finesse et de grâce, aimable chanteuse et spirituelle comédienne. Jourdan possédait des qualités analogues; il brûlait les planches, comme on dit vulgairement, et l'on ne pouvait alors lui reprocher que cet excès de zèle, cette sève juvénile que le temps et l'âge devaient suffire à calmer. « Il ne veut pas demeurer en place, écrivait le sévère Fiorentino; il a l'insupportable manie de sautiller, de gambader, de s'agiter, de courir comme s'il était piqué par la tarentule. Coupez en deux la couleuvre au moment oii elle replie ses anneaux, et les deux tronçons du serpent qui tendent à se rapprocher vous donneront l'idée de ce mouvement, de ce frétillement perpétuel. » Quoique de petite taille, il avait en somme un physique agréable, et qui n'est pas inutile pour le personnage d'Azor; on était ainsi fort heureusement surpris lorsqu'il retirait la figure de diable d'opéra qui, pour cette reprise, avait été substituée è, la tête d'aoimal, surmontée d'une touffe épaisse de plumes noires, et usitée jusque-là. Ponchard la portait ainsi quand il jouait ce même rôle d'Azor; le déguisement était laid, mais Ponchard n'était pas beau; ce qui faisait dire à certain critique malicieux : " Quel dommage qu'il ait ôté son masque ! »

On sait que le sujet de cette pièce avait été emprunté par Marmontel à un conte de M"° Leprince de Beaumont, intitulé la Belle et la Bête; on sait égale-

meot qu'après le succès considérable de la première " représentatioa (Fontainebleau, 9 uoveintire 1771; Paris, 16 décembre), Guichard, consulté par Grétry sur le mérite de l'œuvre, aurait répondu :

De cette question je ne me romps la tfile ; La musique est la belle et la pièce est la bâte.

Marmonlel avait toujours eu assez d'esprit pour entrer à l'Académie française! Remarquons toutefois que, comme jadis Quinault, il se mit à écrire des poèmes d'opéras et d'opéras-comiques, seulement après avoir été admis au nombre des Quarante, Si donc il est quelque librettiste aspirant aux bonneurs de l'immortalité, ii faut que d'avance il renonce au plaisir d'indiquer ces deux noms comme précédents; l'histoire lui donnerait un démenti.

La dernière reprise de Zémire et Azor remontait au 21 février 1832, et, comme il est dans la destinée des ouvrages de Grétry de subir la continuelle fantaisie des arrangeurs. Scribe alors l'avait réduit à deux actes. En 1846, les quatre actes furent rétablis; mais on fit appel à la bonne volonté d'Adam pour opérer les retoucbes d'usage. L'opération réussit, la pièce aussi, et Louis-Philippe, fidèle à son goût pour les vieux opéras-comiques, ne manqua pas de réclamer uue audition spéciale de celui-là. Le 8 juillet, en effet, on représenta Zémire et Azor à Saint-Cloud; mais peut-être, pour cette fois seulement, revint-on au texte primitif, si nous en jugeons d'après une note curieuse trouvée dans un journal de l'époque. « Quand le roi a fait jouer à la cour Raoul de Créqui, Richard Cœur de Lion et le Déserteur, il a demandé que ces ouvrages fussent donnés dans leur intégrité, et sans être arrangés ou dérangés par le premier homme du

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