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monde. Nous ne garaotissons pas l'authenticité de ce jeu de mots royal sur M. Adam, mais bien l'ordreprécis que les partitioDS des maîtres de notre école française soient respectées. »
Paul et Virginie n'eut pas le succès de Zémire et Azor. C'était pour les mêmes interprètes qu'on avait organisé la reprise de cette œuvre, née en t791 ; Jourdan et M"* Lemercier s'y montrèrent charmants, mais la pièce ne réussit point à émouvoir comme le roman. Le dénouement prosaïque et bourgeois, c'eslà-dire le mariage des deux amants, imaginé par le librettiste de Favières, fit sourire, et, quoiqu'on s"inclinât devant la partition de Kreutzer, laquelle fut cette fois religieusement respectée, on convint assez généralement qu'un tel sujet se pliait mal à une adaptation musicale. L'histoire si simple et si touchante qui a immortalisé le nom de Bernardin de Saint- Pierre n'est évidemment qu'un long duo qu'il n'est pas facile de découper en actes d'opéra. Paul et Virginie s'aiment d'un amour spontané, instinctif, mais qui s'ignore et dont l'inconscience est un charme de plus : quoi de moins scénique ? Plus tard, aidés de Victor Massé, MM. Michel Carré et Jules Barbier ont triomphé de cet obstacle; leur œuvre a réussi; mais on aura toujours quelque peine à trouver des interprètes assez séduisants pour donner l'illusion de la grâce et de la jeunesse, pour personnifier ces jeunes héros que semble envelopper déjà le prestige mystérieux de la légende.
L'année 1846 vit se produire à l'Opéra-Oomique un nombre inusité de débutants : dix, parmi lesquels plusieurs dignes de mémoire. Déjà nous avons cité, à pnipos de Zémire et Azor, Jourdan et M'" Lemercier; voici venir : le 1 1 mars. M"' Marie Lavoye (rôle de
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Oendrilloa), 2' prix d'opéra-comîgue au concours de 1845, sœur de M"° Lavoye qui faisait déj.V partie de' la troupe, jolie, jeune, encore inexpérimentée, mais comédienne intelligente, bien accueillie dans Cendrillon d'abord, puis dans Emma. Le 26 avril, Julien [Mergy du Pré aux Clercs), chanteur de province dont le début ne fut même pas annoncé, ce qui prouve le peu de cas gu'en faisait la direction. Le 18 mai, Pradeau (Dikâon de la Dame blanche), Pradeau, le futur Patachon, l'acteur si justement apprécié des Bouffes el du Gymnase, cherchant alors sa voie, et ne la trouvant pas comme l'indique ce simple compte rendu de son échec à l'Opéra-Comique : a M. Pradeau, le trial rouennais... n'a pas fait la moindre sensation, a Le 14 août, quelques jours après, M. DutiUiers (Jean dans les Deux Voleurs), M°° de Saint-Ange (la mère dans Paul et Virginie], deux inconnus. Le 16 septembre, M"* Berthe, gentille chanteuse, venue de Brest et favorablement accueillie dans Nicette du Pré aux Clercs. Le 23 septembre, Montaubry, l'un des futurs piliers derOpéra-Gomique, et qui parut d'abord dans Daniel du Chalet, a Ce début, lisons-nous dans un u journal du temps, a été convenable, sans éclat, sans B accident, ■ autrement dit le jeune chanteur passa complètement inaperçu. Le 4 novembre. M''" Grimm (Oarlo Broscbi de ta Part du Diable), 2' prix de chant et 2" accessit d'opéra-comique au concours de 1845, douée d'une voix souple et charmante, mais actrice dénuée . encore de toute expérience. Enfin, le 26 novembre, M"* Mercier (Catarina des Diamants de la Couronne), . 2= accessit de chant et 1»' accessit d'opéra-comique au concours de 1845, et qui prit à la salle Favart le nom de Levasseurpour éviter toute confusion avec M"' Lemercier, sa camarade de classe et de théâtre ; belle
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personne, dont la voix sonore et bien timbrée produisit grand effet.
Le bilan de l'année 1846 serait incomplet si nous ne inentionnions pas les représentations extraordinaires données à la salle Favart. La première (17 mars), au bénéfice de Roger, comprenait les deux premiers actes de la Dame blanche, le second acte delà Sirène, un intermède où parurent Roger, Hermann- Léon, Ole Bull, fameux violoniste de l'époque, et M. et M"" Blaes Merty, « si surprenants, dit un compte rendu, dans leurs échos de voix et de clarinette »; les Vieux Péchés, joués par Bouffé et M"" Marquet; un intermède de danse ; enfin, la parodie du Désert, où. défilèrent, en costumes et armés de mirlitons, les principaux comiques des théâtres de Paris. C'était là un programme assez attrayant pour justifier l'empressement du public ; la recette, en effet, s'éleva à 11,155 fr. 50 c.
La seconde (12 mai), au bénéfice de M°° Boulanger, la sympathique chanteuse qui, l'année précédente, avait pris sa retraite, comptait, comme principal élément de succès, la présence de M°" DoruB-Gras, qui joua le second acte des Diamants de la Couronne.
La troisième (6 décembre) fut à coup sûr la plus intéressante et la plus importante pour l'histoire de l'art. On y entendit pour la première fois la Damnation de Faust, légende en quatre parties, disait le programme, paroles de MM. H. Berlioz, Gérard et Gandonnière, musique de M. H. Berlioz. Les interprètes s'appelaient Roger (Faust), Hermann-Léon (Méphistophélès), Henri (Brander), M"' Hortense Maillard (Marguerite), et les exécutants, au nombre de deux cents, étaient dirigés par l'auteur. Annoncée pour le 29 novembre, puis remise au dimanche 6 âë-
cembre, à une heure et demie, cette première audition, suivie d'une seconde le 13, a donné lieu à Men dfl3 appréciations qui ne rentrent point dans le cadre de notre étude, et qu'on retrouvera dans tous les ouvrages (ils commencent à devenir nombreux} consacrés à la gloire de Berlioz. Il est un détail pourtant que nous rapportons ici parce qu'il semble avoir échappé à tous les biographes du maître : Pour consoler Berlioz de sa disgrâce, ou du moins lui faire illusion sur son succès, on organisa dans les premiers jours de 1847 un banquet, présidé par le baron Taylor, et l'on fit en son honneur frapper une médaille d'or qui lui fut remise solennellement.
Mais ce témoignage des amis ne suffisait pas à consoler le pauvre compositeur de l'indifTérence du public. La foule s'était ruée aui Mousquetaires de la Reine; elle avait négligé la Damnation de Faust, et ce n'est point sans quelque mélancolie qu'on se reporte en effet à cette année 184B : l'œuvre dont le succès a été le plus durable était justement celle à laquelle on avait porté le moins d'attention.
« Quoi I s'écriait dans un de ses feuilletons Théophile Gautier, toujours disposé, il faut le reconnaître, à soutenir les jeunes, un théâtre royal s'est ouvert enfin sincèrement, franchement, à un compositeur nouveau français et lauréat de Tlnstitut 1 On lui ■a donné trois actes tout d'un coup, des acteurs convenables, des costumes riches et des décors frais, et H. Scribe a daigné réunir dans le poème la finesse et l'esprit de ses bons jours l Cela renverse toutes les idées reçues I » Si étrange, en effet, que fût cette bonne fortune, elle était très réelle ; la pièce en trois actes de Scribe et Gustave Vaez s'appelait iVe touchez pas à la Reine, et le compositeur Xavier Boisselot.