LA. SUCCESSION DE U. CROSKIBR
pièce, signée par l'héritier d'un grand nom, eut pour interprètes, le 27 avril, les deux sceurs Lavoye, Mocker et Audran, lequel, indisposé le premier soir, eut des effets de voix malheureux, qui lui valurent la sévère application de cette plaisanterie d'Arnal : a J'ai beaucoup connu un mouton qui chantait ainsi. > Quant à la pièce, elle n'était ni meilleure ni pire qu'une autre ; elle offrait même quelques morceaux agréables ; mais l'ensemble était gris et justiSait cette appréciation d'un critique : ■ M. Boieldieu n'en est plus à son coup d'essai et l'on alnierait à le voir frapper des coups de maître. Il a le faire facile, mais quelque peu arriéré par la simplicité trop claire de sa mélodie et la naïveté de ses modulations, b II fallait que ce défaut fut bien grave pour qu'on le signalât ainsi en 1847, car le goût de l'époque ne pousi:ait point l'art vers les complications musicales.
C'est ainsi qu'on est tout surpris de voir reprocher à Bazin « la coquetterie pointue et maniérée de l'école actuelle » à propos de son opéra-comique représenté le 18 mai, le Malkpur d'être jolie. Pour expliquer l'insuccès, il suffisait de s'en prendre à l'absurdité du livret. Le librettiste s'appelait Charles Desnoyers, alors secrétaire de l'administration du Théâtre-Français; ce qui fit dire à un plaisant critique : a On voudrait que cette place lui donnât plus d'occupation ! n Un autre ajouta. : « Ce petit opéra... ne fera pas résonner longtemps, pour M. Bazin, la trompette de la Renommée ; celle de M. le Prince aura pour lui plus de retentissement. » En etTet, le Malheur d'être jolie, répété sous le nom A'IsoHer, ne fut joué que cinq fols.
Tout au contraire, on fit boa accueil i. une ancienne pièce d'Àuber, Actèon, reprise le 26 juin, lestement
enlevée par M"^* Lavoye, Morel, Rouliié, MM. Bassine, Joardan; et l'on ne manqua pas de rappeler à ce propos le joli mol de Rossini sur Auber : e Cet homme fait de la petite musique en grand musicien, » Oe n'est pas un des meillçurs ouvrages du maître, ni des plus importants, et néanmoins, il est curieux de rappeler que ce petit acte était destiné par les auteurs à l'Opéra, Bien plus, il y fut répété pendant six semaines par Levasseur, Nourrit et M"* Damoreau. Ce fut précisément la retraite de cette dernière qui entraîna la retraite dé l'œuvre. Actéon suivit M"" Damoreau à la salle Favart et parut dans son nouveau cadre, avec Inchindi et Révial, le 23 janvier 1836.
Les inconvénients d'un mauvais poème se firent sentir pour M. Ernest Boulanger comme ils s'étaient fait sentir pour Bazin. La Cachette, de Planard, représentée le 10 août, ne valait pas mieuï que le Malheur d'être jolie; il n'y avait que la différence d'un acte à trois. Il s'agissait encore d'une de ces restaurations, mises à la mode par Scribe, où l'un voit le sort des têtes couronnées dépendre du caprice d'un humble paysan; le librettiste y avait joint les accès de la folie d'une mère et son retour à la raison, et tout cet arsenal de sensibleries qui transformaient l'opéracomique en un vrai mélodrame. Le compositeur avait fait de son mieux pour éclaircir cette sombre donnée; mais son talent, joint à celui des interprètes, Hermann-Léon, Auiran, Ricquier, 8ainte-Poy, M"" Révilly, GriUim et Marie Lavoye, ne put sauver l'ouvrage ; il tomba pour ne plus se relever après huit représentations.
Afin de compenser cette perte, on puisa dans le vieux fonds, et le 6 septembre on rendit à la lumière
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uoe pièce d'Auber, la Fiancée, qui datait du 10 jan- TÎer 1829. Le roi Louis- Philippe l'aurait peut-être trouvée encore un peu jeuue, lui qui, le 29 juillet précédent, avait invité les élèves du Conservatoire h représenter au théâtre de la Cour, à Saiût-CIoud, les Prétendus, musique de Leiiioyne(1789), et les Deux Petits Savoyards, musique de Dalayrac (1789). Le public se contenta de la Fiancée, dont le livret n'est pas ennuyeux d'ailleurs et dont la partition compte plusieurs morceaux devenus populaires ; il ne renouvela plus les critiques formulées, lors de la première, au sujet de certaine berline traînée par deu2 chevaux, qui amenait l'héroïne à la fia du dernier acte, et lui paraissait (ô candeur!) un spectacle digne d'un cirque, mais non de l' Opéra-Comique, et il prodigua des bravos aux interprètes qui étaient appelés à remplacer les acteurs de la création (Chollet, Tilly, Lemonnier, M"" Pradher et Lemonnier), c'est-à-dire Mocker, Bussine, Audran, M"" Félix et Darcier. C'est à cette dernière en particulier que l'on fit fête. Un caprice l'avait éloignée de rOpéra-Comiquç et poussée au Vaudeville, où elle resta du 12 mai au 20 juin, afin d'y créer le principal rôle dans une comédie de Bayard et Dumanoir, intitulée la Vicomtesse Lololte. Revenant à la salle Favart, elle avait à chanter dans ses couplets : a Le bonheur est là ! > Bien vite les spectateurs soulignèrent cette piquante allusion : il fallait bien applaudir au retour de l'enfant prodigue.
Cependant, la fin de l'année approchait, et l'on n'avait point encore trouvé une œuvre vraiment belle et digne de mémoire. Le Braconnier, que nous rencontrons le 29 octobre, n'était qu'une œuvre estimable. Ce petit opéra-comique en un acte avait pour
auteurs, d'uoe part, Vauderburch et de Leuveu, de l'autre, Qustare Héquet, nouveau venu dans la carrière musicale, car ou ne le connaissait jusqu'alors que comme journaliste. Jourdan, Ohaix, Sainte-Foy et M"* Lemercier présentèrent au public cet essai qui, disait un critique, " prouve qu'on peut être un compositeur élégant, quoique, ou même parce que l'on est un critique consciencieui et compétent. ■ O'est encore un aimable con frère qui écrivait : < Cette partition révèle un musicien que l'expérience fera dramatique, pour peu que les auteurs veuillent l'y aider par des poèmes s. Ni les auteurs, ni les directeurs ne l'y aidèrent; Gustave Héquet reparut aux BoufEes-Parisiens le 24 juin 1856, avec Marinette et Gros René, puis à Bade le 18 juillet 1864, avec De par le Roi; mais l'Opéra-Comique lui demeura fermé.
Après une heureuse reprise de Fra Diavolo, le 8 décembre, avec Audran, Sainte-Poy, M"" Kévilly et Charton, parut enfin Haydée. Il fallait cette bonne fortune pour relever le prestige d'une année à l'actif de laquelle on doit porter encore quelques représentations extraordinaires omises au cours de ce récit, par exemple : celle du 10 avril, au bénéfice de la caisse des auteurs et compositeurs dramatiques, avec le concours de la Comédie- Française pour la Famille Poisson, du Palais-Royal pour la Fille de l'Avare, et de M°" Donis-Gras, qui rejouait pour cette fois seulement le rôle d'Isabelle du Pré aux Clercs, rôle presque créé par elle, puisqu'elle l'avait pris,on s'en souvient, dès la deuxième représentation; celle du 20 avril, où fut exécuté pour la seconde fois le Christophe Colomb de Félicien David, donné pour la première fois au Conservatoire le 7 mars précédent; celle du
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4 mai, au bénéfice d'une artiste, M'" Martin, avec le concours du Palais-Royal pour Un Poisson d'avril, et du Vaudeville pour Riche (Vamour, plus le premieiet le deuxième acte de la Dame blanche, et un intermède musical, où certain chanteur de l'Opéra, nommé Bettini, provoqua l'étonnement du public : il s'était costumé en Andalou pour chanter une simple romance espagnolel C'est à peu près comme ai uu acteur se faisait faire un hahit neuf pour jouer dans Tartufe le personnage de Laurent; celle enfin du i 1 décembre, au bénéfice d'Hermann-Léon, avec une pièce du Vaudeville, les Premières Amours, le premier acte du Maçon, le Diable à l'École, Babylas aux Enfers, où le principal rôle était tenu par le bénéficiaire, et une scène nouvelle dont Glapisson avait composé la musique, jouée par Hermann-Léon et Henri, intitulée Don Quicholte et Sancho, et qui, paralt-il, obtint un vi'ai succès de gaieté.
Or, si brillantes que fussent ces représentations, elles ne faisaient rien tomber dans la caisse du directeur. Dans leur ensemble, les recettes avaient baissé : J846 avait rapporté 826,615 fr. 95; 1847 rapportait seulement 648,977 fr. 65: soit une différehce de 177,638 fr. 30. On comptait sur Haydée, qui tint en effet ce qu'elle promettait. Mais on avait compté sans la politique, et c'est elle qui, bouleversant tous les projets, fit de l'année 1848 une année désastreuse. Grands ou petits, les théâtres devaient subir le contrecoup de la Révolution et mériter ainsi l'application d'un vers de La Fontaine :
Ils ne mouraient pas tous ; mais tous étaient frappés*