‹ Histoire de l'Opéra-Comique. La seconde Salle Favart--1840-[1887] (volume 3)Chapitre 32 sur 49 · LA DIRECTION DB H. PSKRIN · texte numérisé non relu

LA DIRECTION DB H. PSKRIN

SOUS les traits du sergent GiraumoDt et disant à ravir la chaQson du 3^ acte; 8ainte-Foy, toujours personuel, amusant et fin, ayant, comme l'écrivait Fiorentino, tt de ces petits cris gutturaux , de ces intonations nasales, de ces faussets étranges qu'on ne peut décrire ni noter; il vous obtient des succès de fou rire avec un bout de manchette ou un point de tapisserie » ; M"" Péliï et M"" Decroix, une jolie vicomtesse et une gentille soubrette ; enfin M"" Darcier, l'étoile de cette troupe, charmante, disait-on, comme un portrait de Boucher ou de Van Loo, et atteignant la perfection, à l'instant même où elle allait quitter ce théâtre, témoin de ses succès depuis 184i. M"' de Bryane fut eu effet sa dernière création à l'Opéra-Comique, qu'elle quitta quelques mois après, échangeant les triomphes bruyants de la scène pour les plaisirs discrets du ménage.

La musique, malgré ses qualités de grâce et d'entrain, provoqua dans la presse quelques critiques, tout simplement peut-être parce que son auteur était belge et que l'arrivée de Grisai, succédant a. M. Limnander, mettait en cause l'amour-propre national, menacé par cette invasion d'artistes ^étrangers. C'est ainsi qu'on blâma au dernier acte certain trio « dans lequel les machines, les trappes et en quelque sorte, le magnétisme jouent un rôle plus important que l'harmonie », et le morceau déplaisant fit place, pour la seconde représentation, à des couplets chantés par Hermann-Léon et fort applaudis.

Le Songe d'une nuit d'été, opéra-eomique en trois actes, paroles de Rosier et de Leuven, musique d'Ambroise Thomas, représenté trois mois après le 20 avril, s'imposa tout d'abord par l'heureuse inspiration des mélodies, jointe à un souci de la facture,

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à une élégance de rinstrutnentation qui ne pouvaient manquer de frapper les moins clairvoyants. Le ton de la comédie musicale s'était visiblement haussé ; il ne s'agissait plus d'une bouffonnerie spirituelle et d'un amusant pastiche comme le Caïd, mais d'une fantaisie dramatique plus touchante et plus noble. Par eodroils, même, un souffle lyrique traversait ce rêve ; le compositeur avait évidemment fait un grand pas en avant.

Tout d'abord le livret n'avait pas été sans causer quelques déceptions ; l'amour de la reine Elisabeth pour le poète Shakespeare semblait bizarre, presque inadmissible : on observait qu'à l'époque de l'action, cette noble et puiss ante dame avait atteint la soixantaine, âge respectable auquel il semble que la passion ne devrait plus faire de victimes. Mais on oubliait que l'histoire absolvait presque les librettistes, car ElUsabeLh avait soixaute-neuf ans bien comptés, quand elle se vengea d'Essex. Il est vrai qu'àropéra- Oomique le rôle n'était pas tenu par une duègne ; c'était là tout le tort des acteurs. M"* Lefebvre personnifiait la reine, remplaçant ainsi, au dernier moment, celle eu vue de qui la partie brillante de la partition avait été écrite, M""» Ugalde. Chose curieuse, cette cantatrice d'apparence robuste, et qui devait fournie au théâtre une longue et glorieuse carrière, se voyait, au début, sans cesse entravée par quelque malaise ou indisposition. It lui fallut mftme, en cette année, interrompre son service et partir pour le Midi; c'est alors qu'elle fit aux Eaux-Bonnes ce voyage accidenté dont elle a dû garder le souvenir, puisque, revenant vers Pau, elle fut surprise an milieu de la nuit par l'inondation du Gave, et dut, non sans danger, modifier son itinéraire, afin de se réfugier à Oléion, d'où

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elle gagna Saint-Sébastien. Elle reparut seulement au mois de septembre dans ce rôle d'Elisabeth, à côté des autres créateurs de la pièce : M"* Grimm, Boulo, ténor dramatique et gracieux tout à la fois, Couderc, qui rentrait à l'Opéra-Odaiique après une longue absence, et sous les traits de Shakespeare laissait percer quelque émotion, Battaille enfin, qui abordait, avec le personnage de Falstaff, les rôles bouffes et ajoutait une création remarquable à toutes celles qu'il avait déjà faites en l'espace de dix-buit mois,

A la fin de son compte rendu, Fiorentino, très favorablement impressionné, disait que le Songe d'une nuit d'été anrait « ses cent représentations. > Il en a eu davantage, soit 227, si nos calculs sont exacts; la pièce a été jouée, ea effet, à quatre reprises différentes : 117 fois de 1850 à 1856; 68 fois de 1859 à 1864; 13 fois de 1866 à 1867; 29 fois en 1886. Est-il besoin d'ajouter qu'en province le total des représentations atteindrait un chiffre bien autrement élevé? Car il n'est pas une grande ville de nos départements où l'ouvrage d'Ambroise Thomas n'ait paru et ne paraisse encore, presque chaque année. Certains morceaux ont joui même d'une véritable popularité, et pour n'en citer qu'un exemple, on trouverait peu de sociétés chorales au répertoire desquelles ne figure pas le cbœur des Garde-chasse, qui d'ailleurs avait été bissé le soir de la première.

En cette ailnée 1850 la salle Favart perd ou gagne quelques serviteurs dont il faut rappeler au moins les noms. M<°' Wolf passe en mars au Gymnase; M"' Cabel accepte en avril un engagement, mais momentané, pour la Belgique; Henri, de son vrai nom Deshayes, se retire définitivement le 4 mai après «ne représentation en son honneur, dont le pro-

gramme comprenait deux actes de Virginie avec Rachel, le deuxième acte du Diable à quatre par Heori et M"" Casimir, le premier acte de l'Ambassadrice, où le béoéâciaire jouait le rdledeFortauatus, uu intermède musical, et les Rendez-vouB bourgeois travestis ; Emon et Bauche quittaient la France, le premier partant pour Valparalso à la tête d'une troupe dramatique et lyrique, le second se laissant engager à l'île Bourbon; enfin, M'* Darcier abandonne la scène, nous l'avons vu, mais non sans avoir concouru le 17 juin à une reprise de Jeannot et Colin, qu'on n'avait pas donné depuis trois ans, et où elle joua le rôle de Colette, à côté de Bussine (Jeannot), Mocker (Colin), 8ainte-Foy (Biaise), M"» Lefebvre (Thérèse), et M"" Révilly (la comtesse).

En revanche, les débutants ne sont qu'au nombre de deus, et, par une coïncidence bizarre, ils devaient se retrouver ensemble sur une autre scène, neuf années plus tard, pour créer les principaux rôles d'un opéra célèbre, i^aust. L'un s'appelait Barbot et parut dans le rôle de Lionel de l'Éclair, le 19 août; c'est le même qui, en 1859, eut l'honneur de chanter le premier : Salut, demeure chaste et pure! L'autre s'appelait M'" Félix Miolan et parut au mois de mai dans l'ambassadrice, avec un succès, il faut le dire, plus estimable que décisif. On trouva que l'élève de Du- ' prez, la future Marguerite, avait, comme actrice, beaucoup à acquérir; on lui contesta même la puretéde l'organe, et l'on prétendit qu'elle chantait généralement au-dessus du ton. a M"' Miolan, écrivait un critique , fort connaisseur et généralement impartial, possède une voix plus jolie que belle, plus instable que posée, plus élégante que passionnée, et, par conséquent, moins expansive qu'expressive. Elle a ce-

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pendant l'àme musicale et même dramatique; mais l'iDStnimeot qui met en œuvre ce jeu dangereux semble avoir été fatigué par l'étude de ce qu'on appelle la grande manière et que nous nommons, nous, le mélodrame lyrique ou vocal. Quand la jeune cantatrice met toutes voiles dehors, la justesse de son intonation s'altère. Il faut qu'elle prenne son parti de ne plaire qu'aux intelligences , aux oreilles exercées dans l'art du chant, aux esprits fins qui ne font pas majorité dans le gros et ordinaire public, » Le portrait n'est pas flatté, et l'on sait si l'avenir est venu donner à ces juges sévères un cruel démenti.

Il est des ouvrages sans importance auxquels on ne peut accorder guère plus que l'honneur de les citer. Tel un petit acte de Varin et Ad. Choquart. musique de Josse, répété sous le nom de la Pipe du soldat, et joué sous celui du Talisman le 1" juillet. Ce Josse n'était point orfèvre; il était à l'Opéra-Comique premier alto, et y remplissait les fonctions, plus honorifiques que réelles, de troisième chef d'orchestre. C'est même probablement pour le remercier de ses discrets services qu'on lui donna un livret anodin qu'il revêtit de mélodies également anodines, servies gracieusement au public par Ponchard, Carvalho, M"" Lemercier et Décrois. C'était le premier essai du compositeur au théâtre; on ne lui fournit pas l'occasion de le renouveler.

Donner une nouveauté plus tard que le mois de juin paraît déjà bien étrange, mais le 20 juillet, voilà qui dépasse les bornes, surtout lorsqu'il s'agit, non pas d'un simple acte d^ débutant, comme 2e Talisman, mais bien de trois actes d'un maître connu, applaudi et cher au public. Ce fut pourtant le cas de Giralda ou La Nouvelle Psyché; pour comble d'infor-

tone, l'été était aussi brûlant que l'hiver avait été

rigoureux; les recettes des théâtres baissaient, le thermomètre seul montait; mais l'ouvrage portait en lui-môme sa fortune, et Giralda réussit. Retardée par le succès des Porcherons et du Songe d'une nuit d'été, elle avait attendu loagtemps qu'où la représentât; plus longtemps encore elle avait attendu qu'on la mit eu musique, car le poème de Scribe, remontant à 1839, devait être confié alors à Auber et joué à la Renaissance. Au cours de ses vicissitudes, oa comprend que la pièce ait subi quelques changements de titre; elle fut d'abord la Gifano, puis Géraldine (comme avait dû l'être le Puits d'amour, de Balfe), un moment Géralda, et en&n Giralda.

Les interprètes également avaient varié comme les titres ; par exemple, le rôle principal était destiné à M"' Caroline Prévost, qui à cette époque avait, déjà quitté la salle Favart et venait d'épouser Montaubry. Heureusement, M"" Miolan se trouva là fort à propos pour suppléer sa devancière, et le succès de cette première création mit tout de suite en lumière le grand talent de la jeune artiste. La presse se montra d'ailleurs très favorable non seulement pour elle et ses camarades, Bussine, Audran, Sainte-Foy, Ricquier et M'" Meyer, tous excellents, mais pour l'œuvre même, dont le sujet assez scabreux était traité d'une main fine et légère , dont la partition renfermait des mélodies charmantes, présentées avec une grâce aimable et comme égayées d'un frais sourire.

■ Parmi ceux qui, dès le début, se prononcèrent hautement en faveur de Giralda, il faut citer un rival qui, pour cette fois, remplaçait Adam au feuilleton du Constitutionnel. « C'est un vrai succès, concluait Halévy, un grand succès que les chaleurs de juillet

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