CHAPITRE X
LE 8BG0ND OUVBAGB DE UEYBRBBER
Le Pardon de Ploèrmel. — Reprises du Valet de chambre et des tSiprises par ressemblance.
Si le nom de Meyerbeer se retrouve en tête de ce chapitre, c'est que peadact les trois aoDées gui suivenl comme pendant celles gui OQt précédé, aucun maître ne surgit dont l'œuvre s'impose par une valeur semblable ou rencontre une fortune égale. A la salle Favart comme à la salle Le Peletier, Meyerbeer est alors et demeure le premier; nul échec ne vient compromettre l'éclat de la victoire une fois remportée ; sa gloire est intacte et son succès persiste.
Certes, les pièces nouvelles ne font pas défaut. Parmi les grandes, il s'en rencontre d'intéressantes, comme Psyché, Quentin Durward,les Trois Nicolas; mais, hormis l'ouvrage d'Ambroise Thomas, objet d'une reprise assez éphémère en 1878, toutes ont disparu du répertoire, aussi bien à Paris qu'en province
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et à l'étranger. Parmi les petites, on en rencontre d'agréables, comme le Mariage extravagant, les Désespérés; mais leur mérite ne saurait se comparer à celui de leurs aînées, et leur sort s'est aussi réglé plus vile. Quant aux reprises, elles continuent à avoir le plus souvent pour objet des opéras-comiques fréquemment joués et applaudis. Deux seulement correspondent à des nouveautés pour la salle Favart, le Valet de chambre et les Méprises par ressemblance, encore ne comptent-elles pas parmi les plus productives.
Pour trouver le pendant de l'Étoile du Nord, il faut donc arriver au Pardon de Ploërmel, sans que d'ailleurs l'équivalence soit absolue, La seconde de ces œuvres fut moins spontanément acclamée que la première; le succès moins fructueux tout d'abord a peutêtre été, en revanche, plus durable ou plutôt plus général. En effet, tandis que l'Etoile du Nord n'apparaît plus sur les scènes lyriques qu'à des intervalles de moins en moins rapprochés, le Pardon de Ploërmel, sous le titre de Dinorah, se maintient constamment, sinon à Paris, du moins à l'étranger. De toute façon, ce deuxième triomphe eut une importance décisive à l'époque où il se produisit. Le Théâtre- Lyrique, sous la direction Carvalho, jetait un vif éclat et se posait en rival redoutable. On allait y donner Faust et y remonter Orphée. Il fallait un compositeur tel que Meyerbeer pour soutenir la concurrence; l'honneur et la fortune de la maison étaient entre ses mains : s'il ne sauva pas la fortune, il sauva du moins l'honneur.
Mais avant d'atteindre ce point de notre récit, il nous faut évoquer le souvenir d'un certain nombre de pièces tombées lourdement ou disparues après une
carrière simpletneot honorable. Goostatoas tout d'abord que, par une coïacideuce asseï curieuse, le bilan de 1857 ressemble fort à celui de 1S5&. Le uombre des nouveautés est seasiblement le même : six ouvrages, un en deux actes, plus trois en trois actes et deux en un acte, contre deux en trois actes et trois en un acte ; un seul grand succès avec une petite pièce; enfin de nombreuses reprises qu'il convient de mentionner ici, parce qu'elles donnèrent lieu à d'importants changements de distribution, et plusieurs fois servirent à des débuts remarqués.
Ainsi :
Le 9 janvier, la Fille du Régiment avec Jourdan, Lemaire, Nathan, M°" Félix et M"* Cabel tenant pour la première fois le rôle de Marie.
Le 23 février, l'Éclair, avec Barbot (Lionel), Jourdan (Georges), M°" Vandenheuvel-Duprez, qui devait céder, peu de temps après, son rôle à M"* Lhéritier, et M"' Boulard qui eut alors l'honneurde voir ajouter à son rôle de M"" Darbel deux couplets intercalés au commencement du deuxième acte, et composés par Halévy exprès pour faire briller son talent de vocalisation.
Le 25 avril, Joconde, qui n'avait pas été repris depuis 1846 et qui fournit, dans cette seule année 1857, 63 représentations, grâce à ses interprètes hors ligne : Mocker (Robert), M"" Boulard (Édile), Bélia (Mathilde) , surlout M'" Lefebvre, une adorable Jeannette, et Faure dont le rôle de Joconde fut un des plus grands succès de l'artiste à la salle Favart, on peut ajouter un de ses plus prolongés, car il le chanta une centaine de fois. La partition avait été revue par une personne qui connaissait au moins les traditions de l'ouvrage, par la flile même du compositeur, „■ ... ,X">()0>^Ic
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M"* Nicolo. Cette aimable femmes bonne musicieDoe et distinguée professeur de chant, s'occupait aussi de composition et elle tint k donner, pour la circonstance, preuve de ses talents en ajoutant au troisième acte une petite introduction symphonique.
Le 39 juin, la Fêle du Village voisin, abandonnée depuis 1S52, et menée gaiement par S'ockhausen (Henri), Prilleux (Rémi), Ponchard (Renneville), M"" Lemercier (Rose), Bélia (M"" de Ligneul), Decroix (Geneviève).
Le 10 juillet, les Mousquetaires de la Reine, à peine négligés depuis dix-huit mois, et cette fois marqués par trois intéressants débuts : MM. Nicolas, Barrielle et M"*Dupuy. Déplus les rôles d'Hector et de Berthe de Simiane étaient pour la première fois tenus par Delaunay-Ricquier et M"' Henrion. Nicolas sortait à peine du Conservatoire où il n'avait obie'nu, en 1856, qu'un second prix d'opéra-comique (classe Moreau- Sainti). Sous les traits d'Olivier d'Entragues, il 6t presque sensation; la presse fut unanime à vanter sa voix « si jeune, si puce et surtout guidée par une si exquise méthode '>. On ajoutait que u ce Jeune ténor ne tarderait pas à devenir une des meilleures recrues que l'Opéra-Comique eût faites depuis longtemps dans uu emploi où il y a généralement plus d'appelés que d'élus. » Ou sait que l'événement a Justine ces prévisions favorables , mais ailleurs qu'à la salle Favart, puisque ce Nicolas a acquis la célébrité sous le nom de Aicolini. Barrielle, qui mit au service du capitaine Roland sa bonne diction, sa rondeur et son espérieuce de la scène, venait de Belgique et même, à cette occasion, il dut, après procès, payer 1,000 francs d'indemnité à son ancien directeur pour avoir rompu trop tôt l'engagement qui le liait avec le théâtre
de la MoDnaîe à Bruxelles. Quant à M"' Dupuy, deuxième prix de chant et d'opéra-comique, premier accessit d'opéra au concours de 1856, elle fut le premier soir une Athénaïs fort émue, et c'est aux représentations suivantes que l'on put mieux juger son intelligence et la souplesse de son talent.
Le 25 juillet, Haydée, avec Jourdan (Lorédan), Ponchard (Andréa), Prilleux (Domenico), M"" Lefebvre (Haydée), Bélia (Rafaëla). A cette reprise, Faure chantait encore le rôle de Malipieri , et , quelques jours plus tard, le 7 août, il cédait ce rôle à son élève Troy, lequel débutait à l'Opéra-Comique, après avoir remporté au Conservatoire, en celle même année 1857, les premiers prix de chant et d'opéra-comique, mais ne devait être apprécié à sa juste valeur que plus tard au Théâtre-Lyrique, où son nom est resté attaché à un certain nombre de créations importantes.
Le 12 octobre, Jeannot et Colin, avec Stockauseti (Jeannot), Couderc (Colin), Berthelier (Biaise), Ponchard [le chevalier), M"" Lhéritier {Thérèse), Henrion (Colette), Révilly(la comtesse).
A ces noms d'artistes, dont quelques-uns étaient nouveaux à la salle Favart, il faut joindre ceux de deux débutants dont la fortune différa sensiblement. D'une part. M"' Duprat qu'on vil le 21 juillet dans Brigitte du Domino noir, mais qu'on n'entendit guère ; à peine pouvait-elle parler, k plus forte raison chanter; son trouble était tel que, suivant le mot d'un témoin, elle paraissait u asphyxiée par l'ëmolion s. Aussi, pour la malheureuse ancienne élève du Conservatoire, cette épreuve, réellement douloureuse, n'eut-elle pas de lendemain. D'autre part, Crosti, qui avait obtenu en 1857 le premier prix de chant (classe
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de Battaille) et le eecood d'opéra-comique (classe de Moreau-Saioti); il parut dans le rôle de Jocoade, le 28 octobre, avec succès, et l'on sait qu'il a compté depuis parmi les serviteurs les plus sympathiques, les plus utiles et les plus dévoués de la salle Favart. C'est à cette place qu'on peut rappeler aussi la reatrée de M" Cabel dans l'Étoile du Nord. La presse alors s'était occupée d'elle à propos d'un iacident qui fit quelque bruit. Dans le Courrier de Paris, où il tenait la plume de critique, M. Ernest Reyer, le célèbre compositeur, qui n'a jamais plus aimé les chanteuses à vocalises que les pianos, ne s'était-il pas avisé d'écrire qu'à Bordeaux, où elle donnait des représentations, elle avait intercalé dans VÉtoile du Nord un de ses morceaux à succès, l'air des Fraises du Bijou perdu/ La cantatrice répondit par la voie de la presse , disant : « Je saisirai toujours l'occasion d'offrir mon tribut de reconnaissance à l'auteur de mon premier succès (Adolphe Adam), mais ce ne sera jamais au mépris du respect que je dois à l'illustre maître dont je révère le génie (Meyerbeer). » La vérité est qu'à la demande de quelques personnes et malgré de nombreux témoignages de désapprobation, elle était venue en manteau impérial, escortée du czar Pierre, chanter sa ronde, non pas au milieu de la pièce, mais à la fin du spectacle. Ce fait, attesté par le directeur d'un journal bordelais, donnait beau jeu à Reyer, et, dans une lettre parue au Courrier de Parts, il riposta avec l'esprit qu'on lui connaît, couvrant l'artiste de fleurs, mais jouant de l'ironie avec désinvolture ; « Par bonheur, s'écria-t-il en terminant, Félix Mornand (alors directeur du Courrier de de Parts) est un doux maître ; il a compriB mon repentir ; il s'est laissé toucher par mes larmes et la seule
puoitioQ qu'il m'a infligée, c'eat de me dooner vingt fois à copier le verbe : Je me garderai à l'avenir d'exciter, à quelque degré que ce soit, le courroux d'une cantatrice. » Eq guise de post-scrotum, il ajoutait • « J'ai demandé la permission de faire paraître ce pensum ea feuilleton ; elle m'a été refusée. » C'était mettre les rieurs de son côté, et M™ Oabel ne répliqua pas; su lieu d'écrire, elle préféra chanter, et lutter par son seul talent, non plus contre un critique , mais contre les rivales qui lui disputaient alors la première place au théâtre, notamment M"" Ugalde et Lefebvre dont toute la presse avait constaté le succès à propos de Psyché, la première nouveauté de l'année 1857, représentée le 26 janvier.
C'est là une de ces œuvres sur laquelle on fondait de grandes espérances et qui ne les a jamais complètement justifiées. Les trois actes de Jules Barbier et-- Michel Carré ne manquent pas cependant d'intérêt; en tout cas, le sujet choisi par eus est ou doit être musical, si l'on songe au nombre de musiciens qui l'ont traité avant Ambroise Thomas. Sait-on, en effet, qu'il existait déjà onze opéras de ce nom, et cinq ballets dont un, celui de Gardel, musique de Miller, fut joué à l'Opéra, de 1790 à 1829, onze cent soixante et une fois î
Quant à la partition, elle compte un certain nombre de morceaux justement réputés et goûtés par tous les connaisseurs, comme la romance : « toi, qu'on dît plus belle », comme le chœur : « Quoi 1 c'est Éros luimême» et les spirituels couple ta de Mercure : « Simple mortelle ou déesse ». On ne peut pas non plus s'en prendre aux interprètes. Â l'origine, comme à la reprise du 2! mai 1878, où l'œuvre reparut après avoir subi de notables remaniements dont quelques-uns
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[ureat d'aitleurâ critiqués, ces iaterprètes furent excellents; les deux distributions suivantes le prouvent :
Mercui-o MM. Battaille MM. Morlet
Antinous ...... Sainte-Foy Collin
Gorgias Pnlleux Pcax
Le Roi Beaupré Bacquié
Eros M""" Ugalde M"" En^lly
Psyché LefebTTC Heilbron
Daphné Boulard Donadio-Piidor
Bérénice. .;..., ftévillf Irma Marié
Et poui'taut cet buvrage de valeur n'a pu atteindre que soixante-dix représentations : quarante et une d'abord et vingt-neuf ensuite.
Pour la Clef des champs, opéra-coQiique en un acte, paroles de H. Boisseaux, musique de M. Deffès, donné le 30 mai 1857, on traita la partition à sa juste valeur en lui accordant quarante-quatre représentations en cinq années ; seulement on critiqua le livret qui montrait M"" Du Barry faisant, par caprice et bouderie, une fugue au pays natal où son ingénuité apparente allait lui faire décerner, par un naïf bailH, la couronne de rosière, lorsqu'un seigneur dont on ne disait pas le nom, mais qu'on devinait, survenait à temps pour sauver la rose et reprendre la belle.
A la couronne près, l'anecdote a passé pour vraie dans certains mémoires du dis-huitième siècle, et déjà Bayard s'en était emparé pour un vaudeville, joué au Gymnase et mtilulé Un soufflet n'esl jamais perdu. Mais ces précédents n'étaient pas pour satisfaire Clément, qui, parlant de la Clef des champs dans son Dicitonnaire lyrique, déclare simplement la donnée
« estravagante ». Or, rapprochement bien curieux, cet honnête critique ne se doutait pas que, vers la même époque, la favorile d'un souverain devait jouer pour de bon le rôle prêté à M"' Du Barry . Elle partit un jour pour son village et c'est là qu'elle fut retrouvée en sabots, jouant à la paysanne, par certain magistriit célèbre qu'on avait dépêché à sa poursuite et qui nous a laissé de cette entrevue le plus charmant récit. Tant il arrive que l'invraisemblable est souvent près de la vérité 1
On pourrait eucore tirer une morale, mais celle-là différente, de l'ouvrage en trois actes, représenté le 3 juin, sous le titre des Dames Capitaines et répété d'abord sous celui de Gaston. L'action se déroulait au temps de la Fronde, à cette époque troublée où les femmes s'occupaient avec autant d'activité que de caprice des affaires de l'Eiat, où l'amour nouait et dénouait au gré de sa fantaisie les intrigues politiques, où Gaston, duc d'Orléans, adressait ainsi une de ses letlres : « A Mesdames les Comtesses, Maréchales de Camp dans l'armée de ma fille contre le Mazarin ! n On y voyait une duchesse s'introduire dans un camp, y remarquer un bel officier, puis pénétrer dans lu ville assiégée, et finalement la livrer au chef des assiégeants qui se trouvait être ledit officier, ce qui permettait aux adversaires de s'unir en politique, comme en amour. Toute celte intrigue ne lenaii guère debout et faisait médiocrement honneur au librettiste Mélesville. Vainement le compositeur Reber s'était mis eu frais d'imagination et d'habileté ; il vit disparaître son œuvre après onze représentations, et le chagrin qu'il en ressentit l'éloigna définitivement de la scène. L'opéra qu'il écrivit depuis n'a pas vu le jour, et l'on ne sait trop si c'est
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parce que l'auteur ne l'a pas voulu ou parce que les directeurs u'en ont pas voulu. Mais voici le point curieux de cette affaire. On avait jugé le livret absurde, détestable, et ce même livret détestable, absurde, a fait la fortune d'une opérette de Strauss, intitulée la Guerre joyeuse, comme plus tard la Circas' sienne d'Auber celle de Fatinitza de Suppé. D'où l'on doit évidemment conclure que l'opérette et l'opéracomique diffèrent, que ce qui répugne à l'un peut convenir àl'aulre, et qu'enfin le succès d'une œuvre dépend souvent du cadre dans lequel elle s'est produite.
Au moment où Reber quittait l'Opéra- Comique, un jeune compositeur y entrait, de qui l'on n'avait encore joué qu'au Théâtre-Lyrique quelques petits actes d'ailleurs favorablement accueillis, Eugène Gautier. L'af&che était ainsi conçue, au lendemain de la première représentation qui eut lieu 1e20 juin : « Le Mariage extravagant, pièce en un acte d'après Désaugiers, mêlée de musique par E. Gautier, u Ces indications demeuraient fort incomplètes. D'abord on oubliait de Valory qui fut collaborateur de Désaugiers pour le vaudeville de ce nom, représenté en 1812 ; ensuite on négligeait de faire connaître l'adaptateur et habile transformateur de ce vaudeville eo opéracomique, Eugène Cormon. On a fait observer que, dans ce Mariage extravagant, tout était extravagant, sauf le mariage de raison qui s'y conclut finalement entre Edouard et son amie d'enfance, Betzy, la fille du docteur Verner, directeur d'une maison d'aliénés. Ce mot seul indique combien le cadre prêtait aux folies; aussi voyait-on le père prendre pour un fou son futur gendre, tandis qu'un vrai fou était pris par le fiancé pour son futur beau -père. La gaieté des qui-
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proquos, l'eatram de la musique assura la vie de ce lever de rideau qui, joué 1 1 1 fois de 1857 k 1862, et 64 de 1871 h 1874, a atteint le chiffre total de 175 représentations.
Le même librettiste, aidé cette fois d'Eugène Grange, reparut le 30 septembre à la salle Favart avec un opéra-comique en deux actes et trois tableaux, le Rot i)on Pèdre, appelé successivement aux répétitions Don Pèdre le Cruel et Don Pèdre le Justicier. Tels étaient en elfet les deux surnoms donnés par l'histoire à ce roi d'Espagne qui n'a certainement jamais fait en réalité ce qu'on lui faisait faire au théâtre, savoir : rendre un arrêt contre le duel, puis courir les rues de Tolède comme un simple bachelier, se heurter la nuit à un amoureux qui roucoule sous le balcon d'une belle, et lui administrer un coup d'épée, solution fâcheuse qui embarrasse un moment les deux adversaires épris de la même jeune fille, tandis que dans l'ombre se profile la figure d'un juif équivoque , surprenant les secrets pour en battre monnaie.
Comme Eugène Gautier, le compositeur Ferdinand Poise n'avait pas encore été joué à l'Opéra- Comique ; il avait passé par les Bouffes et le Théâtre-Lyrique ; son coup d'essai sur une nouvelle scène réussit assez pour qu'il ait survécu de cette partition une charmante sérénade. Ou goûta et Ton peut dire que l'on goûte encore, si l'on songe à ses récents succès, la Surprise de l'amour et l'Amour médecin, par exemple, cette manière spirituelle et fine, cette orchestration minuscule, cette délicatesse de touche qui réveillait le souvenir des petits-maîtres du dix-huitième siècle.
Plus vigoureux était le talent de celui dontl'cBuvre vint, au monde le 9 décembre, le Carnaval de V«nîse, opéra-comique en trois actes, paroles de
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Sauvage, musique d'Ambroise Thomas. L'année Haïssait doDc comme elle avait commencé ; eu moins de douze mois, le même théâtre avait représenlé deux graods' ouvrages d'un même auteur, générosité qui de nos jours passerait pour un abus ! Le Carnaval de Venise, s'écriait un critique, Henry Boisseaus, «■ c'est tout un monde d'intrigue, d'amour, de folie ; c'est le quiproquo en action, c'est le bruit, c'est le rire ! » Par malheur l'intrigue fut embrouillée, le quiproquo banal, l'éclat assez terne, et le rira absent. Aussi le public réserva-t-il toute son admiration pour la principale interprète, M" Cabel. Au bout de 33 représentations l'œuvre avait vécu; il n'en est resté que l'ouverture où sont intercalées de charmantes variation» sur l'air qui. donne son nom à la pièce. Remarquons combien étiiit alors à la mode cet air délicieusement vocalisé par M"" Carvalho dans la Reine Topaze de Victor Massé, gaiement mirlitonné dans les Petits Prodiges de Jonas, et joué partout sur le violon par l'aimable Saint-Léon. Ajoutons que cet ouvrage, préparé par un directeur, fut monté par ua autre. L'Opéra-Comique, en effet, avait changé de maître. Depuis le 19 novembre Nestor Roqueplan avait succédé à M. Perrin, et cette transmission de pouvoir ne manquait pas de réveiller dans la presse les vieilles et stériles querelles relatives à la cession des prioilèges. En somme, Emile Perrin faisait une affaire avantageuse, et se relirait au bon moment. Pour 513,000 francs payables en argent comptant, le lourde son départ, il abandonnnit l'exploitation, et se voyait libéré de tout engagement, de toute responsabilité. Certainement il pressentait que le vent de la fortune allait tourner, et que la salle Favart allait traverser une période difficile. L'arrivée de M. Car-
ralbo avait donné la vie au Théâtre-Lyrique, ^a moins de troiB ans a'étaient produits la Fanchonnette, les Dragons de Villars, la Reine Topaze ; on avait monté OdriroTt, etpour 1858 on préparait ie Médecin malgré lui. Cette concurrence, au reste, avait influé 8ur les recettes de l' Opéra-Comique, qui, belles encore, suivaient une marche nettement descendante. ■ 1855. — 1.389,999 fr. 05 c.
1856. — 1,117,353 fr. 17 c.
1857. — 1,066,414 fr. 70 c.
En joueur habile, M. Perrln préféra passer la main et laisser le souvenir d'une gestion brillante et fructueuse, puisque pendant les neuf ans qu'elle avait ^uré, de mai 1848 à novembre i857, les recettes avaient atteint, en chiffres ronds, plus Aeonze millions. On sait d'ailleurs quelle intelligence il apportait aui moindres détails de son administration. Sans doute il ne parvenait pas à réaliser tous ses projets. On citerait, pav exemple, quelques ouvrages annoncés par Jui et ajournés, comme Lady Melvil, de Grisar, joué en 1838 à la Renaissance, et répété vainement en 1856 sous le litre âe le Joaillier de Saint-James; comme les Deux Avares, qu'il prétendait faire remanier par Eugèae Gautier pour servii- aux débuts de Berthelier; comme, pensée plus extraordinaire, les Indes galantes do Rameau, dont il avait confié le rajeunissement à Michel Carré pour le poème et à Gounod pour la musique, voyant là prétexte à beaux décors et riche mise en scène; comme eclin cette Josépha ou le Dernier Bal, dont parle ainsi M. Arthur Pougin dans son livre intéressant sur la vie et la carrière d'Adolphe Adam. « Le Dernier Bal avait été reçu à l'Opéra-Comique peu de temps avant la mort de son auteur, et, si j'ai bonne mémoire, avait donné lieu à un procès
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doDt je ne me rappelle ni la cause ni les détails. « Complétons cette lacune. La pièce avait été non seulement reçue, mais répétée en 1854 ; un beau jour de juillet, les répétitions cessèrent, et 11 n'en fut plus question qu'en 1857, lorsque M"' Adam, devenue veuve, demanda aux tribunaux une solution à cette atTaire. Emile Perrin fut condamné à représenter Josêpha dans les six mois ou à payer une indemnité de 6,000 francs à chacun des auteurs. Scribe et Adam. Ce jugement fut réformé en appel, et un arrêt de 1858 réduisit l'endemnité au chiffre de 750 francs par tête. C'était pour rien, et la pièce fut d'autant moins exécutée que l'auteur lui-même n'était plus là pour défendre ses droits. Nul directeur n'y a songé depuis. On néglige tant les vivants, qu'à plus forte raison on oublie les morts 1 Et cependant M. Perrin ne pouvait être compté parmi ces négligents. Il avait surtout le mérite de monter avec le plus grand soin les ouvrages, même insignifiants; comme on l'a écrit, « il avait le respect des choses de l'intelligence et, l'opéra une fois reçu, il ne se reconnaissait plus le droit de le sacrifier et d'enlever ainsi à l'auteur une chance de succès. t>
Son successeur ne possédait ni les mêmes scrupules ni la même habileté. Nestor Roqueplan avait administré l'Opéra de 1847 à 1854, laissant d'ailleurs un passif de 900,000 fraucs que la liste civile s'était chargée de solder; c'était un ficheux précédent. Mais il était bien en cour; il avait d'ailleurs beaucoup d'esprit, et, en dépit de son scepticisme de commande et de son dédain affecté pour certaines œuvres, il était loin d'être dépourvu de sens artistique.
Tout d'abord, il fallait combler les vides qui s'étaient produits en 1857. M"* Rey avait accepté un
engageméDl au Théâtre-Lyrique ; Battaille s'éloignait, lui qui appartenait depuis 1848 à i'Opéra-Comique, où il ne devait plus rentrer que momentanément, en 1861, et où il avait marqué sa place par bien des rôlesjoués et même créés, savoir: Jacques Sincère duVaId'Andorre(1848),DonBeIflorduroréa(ior(18i9), Atalmuck de la Fée aux Roses (1849), Faistaff du Songe d'une nuit d'élè (1850), MathéuB Claës du Camionneur de Bruges [1852), le Père Gaillard (1852), Marco Spada (1852), Peters de l'Étoile du Nord (1854), le Commandeur de la Cour de Célimène (1855), Gédéon du ffouzard de Berchiny (1855), Gilbert de Valentine d'Aubigny[i8b&). Mercure de Psyché (1857) : douze créations importantes en neuf annéesl Enâu M"' Ugalde, la volage et capricieuse M"' llgalde, se retirait encore, paraissant pour la dernière fois le 23 février 1858 dans une représentation à son bénéfice où elle chanta des fragments de Galatée et le deusième acte du Caïd. Elle avait accepté un engagement au Théâtre- Lyrique et n'allait pas craindre, quelques mois plus tard, de s'essayer sur la scène même de l'Opéra dans le rôle d'ÉIéonore du Trouvère, le 28 août, lors d'une représeùtation au bénéfice de Roger, tant l'audace chez elle égalait le talent! Ces départs devaient être suivis la même année de ceux d'autres artistes, M"" Lhéritier et Dupuy, MM. Barbet et Nicolas, ce dernier engagé à la Scala de Milau et décidé désormais à suivre la carrière italienne.
En 1858, pour remplacer ces artistes on vit tour à tour : M. Hilaire dans Lorédan à'Haydée (28 juin) et M. Ganet dans Daniel du Chalet (8 août), deux ténorinos fort inexpérimentés encore; M. Barré dans Germain du Valet de chambre (14 août), un jeune baryton qui débuta sans tambour ni trompette, et n'eut pas même
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l'honneur d'une menlioa daoB la presse musicale, lui qui devait ua jour tenir dans ce même théâtre les premiers rôles ; M"' Pannetrat dans Béatrix des Monténégrins (14 août], agréable chanteuse et transfuge du Théâtre-Lyrique; M'" Vernon dans Belly du Chalet {[" oclobie] et le même soir M, Warot, dans Sergis des Monténégrins, uû ténor qui s'était senti la vocation et qui, saos passer par une école, avait brusquement quitté les bureaux et les livres de caisse pour le théâtre, ce qui lui réussit; M'" Prost dans Stellina du Chercheur d'esprit (H octobre), une élève de Massé et de Moreau-Sainti qui, au Conservatoire, veoait d'obtenir simplement un 3' accessit de chant et un 2* accessit d'opéra- comique ; M. Davoust, dans Girot du Pré aux Clercs (22 octobre), un baryton qui se confina vite dans les rôles i''utilHés et dont les services à rOpéra-Oomique ont été aussi longs que dévoués; M. Carré dans Lorédan i'Haydée (21 novembre), un ténor léger qui arrivait d'Algérie après avoir passé par le Théâtre-Lyrique. Il n'y avait pas d'étoile en perspective ; tous ces nouveaux venus, sauf Warot et Barré, ont brillé d'un assez faible éclat ; la récolte de l'année demeurait donc des plus roodestes. Comme les débuts, les reprises furent nombreuses et le plus souvent médiocres, sauf la première, celle de Fra Diavolo, négligé depuis 1852, remis à la scène le 4 janvier et gratifié de 52 représentations en cette seule année 1858 ; les interprètes se nommaient Darbot (Fra Diavolo), Ponchard (Lorenzo), Sainle- Foy (Mylord), Beckers (Beppo), Berthelier (Giacomo), Nathan (l'hôielier), M'"" Lefebvre (Zerline), Lemercier (Paméla). Un journal reprocha à Sainte-Poy, d'ailleurs parfait dans son rôle, d'avoir péché par modestie en s'abstenant de chanter l'air bouffe ajouté
à LoDdre3 par Roaconi. On sait ce qu'il faut penser
(le ces hors-d'œuvre imposés par le caprice d'un interprète, arrachés à la faiblesse du coiripositeur fetle plus souvent manques. En revanche, on avait intercalé au premier acte un trio, tiré 4^8 Chaperons blancs. Cette addition compensait la soustraction !
■ Et puis, les reprises se succèdent avec une continuité remarquable: la Fiancée (10 février), le Muletier [7 mai), le Valet de chiimbre [2 juillet), les Méprises par ressemblance {29 juillet), les Moniênégrins{liaoùl), la Part du Diable (4 septembre). Parmi ces ouvrages, deux, celui de Carafa et celui de Grétry, n'avaient jamais été donnés à la salle Favart; aucun, sauf le dernier, n'y devait plus jamais reparaître,
■ La Fiancée, oubliée depuis 1849, avait pour interprètes Jourdan (Fritz}, Delaunay-RLcquier (Frédéric), Crosti (Saldorf), M"" Boulard (Henriette), Révilly (Charlotte)^ dont les talents réunis ne parvinrent pas à faire revivre l'œuvre plus de 17 soirées. Un souvenir se rattache à cette reprise, à laquelle assistaient l'Empereur et l'Impératrice: ce soir-!à, en effet, on Inaugura un escalier desservant leur loge et construit spécialement pour leur usage. Trouver un escalier large et spacieui, précédé d'un grand salon d'attente et aboutissant à un vaste palier avec devant, tout cela sans gêner les services et dans un local aussi étroit que !a salle Favart, c'était un tour de force, mais la flatterie rend ingénieux. Roqueplau avait eu cette idée, et l'architecte Charpentier l'avait réalisée.
Le Muletier, oublié, lui aussi, juste depuis !a même époque que la Fiancée, fut joué par Lemaire (Rodrigue), Delaunay-Ricquier (Henriquez), S^iinte-Foy (Flandrinos), le seul qui restât de la reprise de 1849, M"" Lefebvre (Inesia), Hen-rion (Zerbine), et obtint
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à peu près le môme résuUat que la Fiancée, 21 représentatiODS au lieu de 17.
Le Valet de c^ambrerernootait su 16 septembre 1833. Le poème de Scribe et MélesTille n'était en réalité qu'une deuxième édition, à peiae modifiée, d'un vaudeville des mêmes auteurs joué au Vaudeville le 18 janvier 1921 sous le titre de Frontin mari-garçûn. La partition avait pour auteur Carafa, un musicien de taleut, en dépit de sou rossinisme déclaré, en tout cas un galant homme et si désintéressé qu'il finit par tomber daus ud état voisin de la détresse. Dans Eon Histoire universelle du théâtre, Alphonse Royer a donc dit à tort que Carafa mourut t sans avoir jamais pu faire remettre un seul de ses ouvrages au répertoire. » De plus, ou avait remonté eu 1855 au Théâtre- Lyrique son lameus Solitaire,
Qui Toit tout, Qui sait tout, Entend toat.
Est partout. .
Enfin môme on faillit revoir Maeaniello en 1860; les rôles étaient déjà distribués à Jourdan, Barrielle et M"" Pannetrat, lorsque le départ de Jourdan, et surtout le changement de direction, mit sans doute à néant ces bonnes dispositions, ce qui fut une cruelle désillusion pour le pauvre Carafa et une perte regrettable pour le public ; car, môme après la Muette de Portici, Masaniello se défend contre l'oubli et mérite l'atteotion des curieux. Quant au Valet de chambre, il avait été joué à l'origine par Huet (le comte), Darboville (Germain), M"" Prévost (la comtesse) et Boulanger (Denise] ; il le fut cette fois par PoQchard, StockUausen, M"" Dupuy et Lhéritier, et
n'obtint que 29 représentations réparties en deux
Les Méprises par ressemblance, données pour la première fois à Fontainebleau, devant la Cour, le 7 novembre 1786, et aux Italiens, à Paris, le 16 du même mois, n'avaient pas été reprises depuis 1832; c'était donc «ne nouveauté pour le public de 1858, qui voyait une vieille pièce, cette fois, par extraordinaire, □on retouchée par un arrangeur, et qui vint trente fois en deux ans applaudir Beckers (Robert), Nathan {le Bailli), Delaunay-Ricquier (Sans- Quartier), Crosti (La Tulipe), Troy (Sans- Regret), Sainte-Foy (Jacquinot). M""' Lhéritier (Thérèee), Decroix (Louiaoo) et Casimir (Margot), dans les rôles créés par Narbonne, Rosières, Philippe, Meunier, Chenard, Trial, M"" Adeline, Carline et Gonthier.
C'est avec plus de réserve qu'on accueillit la reprise des Monténégrins, opéra réduit en deux actes de M. Limnander, avec BarboC (Sergis), Troy (Ziska), Nathan (Andréas), M"' Pannetrat (Béatrii), une débutante estimable, et les deux seuls artistes ayant appartenu à la distribution primitive de 1849, Qainte-Foy (Foliquet) et M"' Lemercier (Regina)^ Cette tentative fut un succès pour le chanteur Troy, mais non pour l'oBuvre, à laquelle onze représentations portèrent le dernier coup.
Très heureuse au contraire fut la Part du Diable, le troisième ouvrage d'Auber qu'on reprenait depuis huit mois! Très honorablement présentée par des interprètes comme Jourdan (Raphaël), Prilleux (Gil Vargas), Beckers (Le Roi), M"" Cabel (Carlo), M"" Henrion (Casilda), M"' Révilly (La Reine), l'œuvre d'Auber se maintint quatre années de suite au théâtre avec un total de 63 représentations.
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ÔOb ^ LE SECOND OUTRAGE DE WETBBBBER
Mais cette abODdaace de reprises laissait âeviDer une grande disette de nouveautés. C'était la qualité qui faisait défaut, plus que la quantité : sur sept pièces, une seule réussit, les Désespérés; deux autres obliarent un succès d'estime, Quentin Durward et les Trois Nicolas; le reste n'a pas laissé de trace.
Un mylord millionnaire et un paysan pauvre qui vont se pendre par désespoir et entre lesquels se glisse une joyeuse fillette qui les raccommode avec la vie, en faisaut de l'un son ami et de l'autre sou mari, voilà toute l'intrigue des Désespérés; mais de Leuven et Jules Moinaux l'avaient conduite avec esprit, et Bazin avait montré de la verve dans sa partition ; Jjref, l'acte fut accueilli le 26 janvier 1858 de telle sorte qu'il atteignit en six années 86 représenlaiions.
La veine souriait à ce compositeur plus qu'à M. Gevaert, dont le Quentin Durtoard (25 mars) ne put dépasser le chiffre de 59, Et pourtant, le poème de Michel Carré et Cormon était intéressant I Et pourtant, la musique était à quelques égards remarquable ! En Belgique on a repris l'ouvrage, il y a quelques années; k Paris plus d'une fois il en fut question, et si l'auteur consentait à effacer quelques taches, à supprimer notamment quelques italianismes aujourd'hui démodés, Queniin Durward ferait sans doute encore honorable figure.
Il n'était pas non plus sans mérite, ce petit acte que les curieux seuls connaissent dans l'œuvre de Victor Massé, (es Chaises à porteur, joué le 28 avril; la musique avait de la grâce et de l'entrain ; le poème, signé par deux hommes d'esprit, Clairville et Dumanoir, présentait un amusant Imbroglio, dont le titre indiquait le principal élément, car chacun des
pèrBonnages se serTait du véhicule qui ne lui appartenait pas, d'où résultait ua vrai « péle-méle de mari et d'amants, de femme et de maîtresse, dé chaises et de porteurs », !e tout d'ailleurs assez leate et lestement conduit. Mais l'Opéra-Comique tenait d'autant plus à ces pièces, franchement gaies, qu'il possédait une troupe incomparable pour les interpréter. Dans ce petit acte, par exemple, paraissaient Couderc, Ponciiard, Prilleux, M'" Lemercier ; et le théâtre tenait encore en réserve SainteFoy, Berthelier. M'" Lefebvre, tous artistes dont on n'a plus guère aujourd'hui que la monnaie.
Leur valeur toutefois ne put sauver les malheureux ouvrages qui marquèrent la suite et la fin de l'année 1858. Les Fourberies de Marir\ctte{î juin) ne trompèrent personne. Ce petit acte en vers avait pour librettistes un journaliste, M. de Chazot, et Michel Carré, lequel ne se fil pas nommer le premier soir ; il semblait donc se rendre compte de la médiocrité de son œuvre. Quant au compositeur, M. Jutes Creste, il avait précédemment combiné, à l'usage de M""* Ugalde, une adaptation musicale des Trois Sultanes, de Favart, transportées, nous l'avons dit, aux Variétés. C'était un nouveau venu à l'Opéra-Comique ; il n'y revint plus.
Mêmes circonstances et même résultat pour les auteurs de l'ouvrage en un acte représenté le 18 juin, Chapelle et Bachaumont. En nous montrant les deux célèbres ^mis pris de vin et se faisant berner l'un par une actrice; l'autre par une griselte, Armand Barthet avait imaginé une fable qui ne rappelait guère le Moineau de Lesbie, auquel il devait sa réputation. Quant au compositeur, on ne lui connaissait alors d'autre titre musical que ses fonctions, et lors-