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que, suivant l'usage qui se maintenait encore, le régfôseur Patianti vint en habit noir et gants paille nommer les auteurs, il annonça tout au \iing que c'était « le premier ouvrage de M. Jules Creasoanois, chef de musique du 2' régiment des Cuirassier» de la Garde impériale, i II devait plus tard passer des Cuirassiers aux Guides et des Guides à la Garde de Paris. Rapprochement assez curieux: deux ans plus tard, un autre futur chef do musique de la Garde républicaine, M, Sellenick, débutait au Théâtre-Lyrique avec une pièce en un acte, et, comme la précédente, classique au moins par le sujet, Crispin rival de son maître.
Les Chaises à porteur fuient jouées 51 fois en cinq ans; les Fourberies de Marinette n'eurent que 17 représentations ; Chapelle et Bachaumont, 1 1 ; la Bac chante, 3 seulement. C'est tout ce que méritait cet ouvrage en deux actes donné le 4 novembre, et dans lequel les auteurs, de Leuvon et de Beauplan, avaient imaginé une jeune ftUe, soi-disant honnête, qui prenait le masque et le nom d'une courtisane pour ramener à elle un sien cousin qu'elle aime, se faisant d'ailleurs aider, en cette étrange besogue, par un chevalier d'industrie qui pousse le jeune homme au mariage en l'excitant à perdre sa fortune au jeu. Pour sauver cette scabreuse donnée, il eût fallu un musicien de génie et Eugène Gautier, le compositeur, n'avait tout juste que du talent.
La série tournait à la noire, et le nouveau directeur commençait à perdre courage. Une carte lui restait cependant, les Trois Nicolas; elle fut assez bonne pour soutenir le théâtre pendant quelques mois. Ce n'est pas que le libretto en trois actes de Bernard Lopez et '" (lise* Scribe) brillât par un très
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vif intérêt, ni que la partition de Clapisson eût une grande valeur artistique; mais cette pièce, jouée le 16 décembre, servait au début d'un ténor qui, par avance, piquait toutes les curiosités et faisait tourner toutes lea têtes, Montaubry. Avec ses 45 représentations en trois années, la pièce n'eut qu'un succès honorable; le ténor eut un triomphe retentissant. 11 II faut remonter jusqu'aux débuts de Roger, écrivait un critique, pour lui trouver ud terme de comparaison. 8a voix est souple, étendue et parfaitement timbrée ; tour à tour énergique et suave, elle se prête également aux effets de force et de sentiment. On s'aperçoit que les conseils de ChoUet, dont il a épousé la fille, n'ont pas été sans influence sur lui... »
Qui se souvenait alors qu'en 184711 avait déjà paru sur cette même scène, et qu'il avait dû se retirer devant le succès d'un rival plus heureux, comme cette fois le futur Nicolini se retirait devant le sien I D'un bond il s'était élancé à la première place ; enlevé à Bruxelles, il allait régner à Paris, et justifier pendant bien des années de service, à la salle Favart, le joli portrait qu'a tracé de lui Albert Vizentini dans son amusant volume intitulé Derrière la toile. « Vous faut-il la jeunesse incarnée, la plus agréable gaminerie, l'aplomb imperturbable, la tyrolienne faite homme, le chanteur plein d'adresse et de ficelles aimables, la voix de tôte la plus adorable, le style le plus sucré du monde, le bon musicien personnifiant l'opéra-comique, bref le comédien léger infatué de sa jolie personne 7 Prenez Chapelou-Saint- Phar, le dernier descendant d'ElIeviou, Montaubry, qui redresse si vivement ses petites moustaches et semble toujours avoir une colombe dans le gosier. »
A côté de tels débuts devaient pâlir ceux de
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M"* Bousquet dans Anna de la Dame blanche, le 2t décembre 1858, et de M"* Breuillé dans Catherin© des Diamants de la Couroniie, le 3 janvier 1859, deux jeunes filles qui avaient quitté le Conservatoire en 1858, la première avec le premier accessit de chant, la ^conde avec le deuiième prix de chant et le premier prix d'opéra- comique. M'" Breuillé devait mourirpeu de temps après, le 2 Juin 1859, à l'âge de dix-huit ans, après avoir simplement marqué aou court passage à l'Opéra- Comique par la création du rôle d'un des pâtres dans le Pardon de Ploermel. Egalement inaperçue passait, le 23 février, M"* Bnjalhert, qui venait du Vaudeville, après avoir appartenu quelque temps au Conservatoire.
Du reste, dès les premiers jours de l'année, toute l'attention du public, toutes les espérances du directeur, toute l'activité du personnel étaient tournées vers le fameux ouvrage dû à la collaboration nouvelle de Jules Barbier, Michel Carré et Meyerbeer. La pièce avait été lue aux artistes le 10 décembre 1858. On s'était mis à l'œuvre aussitôt; on avait commandé à MM. Muhldorfer père et fils, de Mannheim, toute la machinerie du deuxième acte : savoir la mécanique du pont, de la rupture des écluses et de l'irruption des eaux, et l'on défonçait le théâtre pour y établir la fameuse cascade naturelle ; on s'occupait de .l'achat et du dressage non d'une chèvre, mais de trois, qui répétaient à tour de rôle et faisaient la joie du periionnel des coulisses ; on brossait de magnifiques décors ; on disposait d'une troupe d'élite commandée par, M"" Cabel,,MM. Faure et Sainte-Foy ; enfin on travaillait sans cesse afin d'atteindre à une perfection qni coûtait quelque peine non seulement aux artistes, mais au maître lui-même. On sait que '
Meyerbeer, en effet, arrivait au théâtre avec trois instrumentations différentes pour les principaux morceaux, la première écrite à l'encre noire, la seconde à l'encre bleue, la troisième à l'encre rouge; il se faisait exécuter les trois versions, et se prononçait de auditu pour l'une ou pour l'autre. Les chœurs et l'orchestre avaient été renforcés d'ailleurs, pour donner plus d'éclat à la représentation ; et cependant quelques jours avant la première, Meyerbeer disait à un critique qui l'interrogeait : « Je fais un acte digue d'un sou s -lieutenant en livrant un ouvrage où je me suis privé volontairement de toutes .les ruses de guerre qui ont fait ma réputation. Contrairement au grand poète latin, je veux moduler sur les pipeaux rustiques, gracili avenâ, après avoir embouché la trompette héroïque et chanté les grandes passions des coeurs humains ; que la critique me soit légère ! » En raison de ces craintes, les répétitions furent exceptionnellement nombreuses ; nombreuses aussi les relâches (on en compte huit : 18, 22, 23, 24, 25, 26, 28, 30 mars), alors qu'une seule répétition générale suffisait d'ordinaire aux grands ouvrages. Heureusement les recettes, grâces à Montaubry, se maintenaient à un taux honorable ; on encaissait 108,419 francs en janvier, 97,973 fr. 30 en février, 80,411 fr. 45 c. en mars. Entre temps on cherchait un litre à l'ouvrage, et l'on annonçait tour à tour : les Chercheurs d'or, Dinorah, le Pardon de Nûtre-Dame-d'Auray, Le premier convenait à une action qui se serait passée en Californie plutôt qu'en Bretagne ; le second ne signifiait rien, c'est pour cette raison peut-être qu'on l'a depuis adopté à l'étranger; le troisième fut écarté par la censure, disent les journaux du temps ; on peut ajouter, sans doute, et par le directeur, qui dut