CHAPITRE VI DEHNIÈHB CRISE
Carmen.
On s'explique difScilement, h distance, qu'une |
œuvre telle que Carmen, véritable mine d'or par la 1
suite, n'ait pas même réussi, lora de son apparition, ,
à ralentir le cours des embarras âaanciers de la I
direction du Locle. On n'y reconnut pas des mérites '
qui Dous semblent évidents aujourd'hui, et la malheureuse pièce se traîna jusqu'à cinquante repiéaentatioiis, dédaignée comme aulre!'ois la Fille du Bégi- 1
menl; comme elle aussi, Carmen prit le chemin de 1
l'étranger pour rentrer à Paris ; elle revint, au bout de huit années, acclamée alors, mais trop tard pour '
sauver le directeur qui l'avait découverte et parée avec un véritable goût artistique avant ds la lancer dans le monde.
Car, disons-le tout de suite, si M. du Locle, dont la santé d'ailleurs était assez chancelaute, ne fit point pour son théâtre tout ce qu'il fallait faire ; s'il com-
mit des fautes, s'il eut des partis pris, des faiblesses et des entêtements ; s*il n'eut point pour le vieux répertoire, qui était la fortune de son fonds, toute la tendresse exigée par ses intérêts ; si, enfin, il ne s'entoura pas toujours d'interprètes éprouvés (et 'encore la distribution primitive de Carmen suffirait-elle à le rendre indemne sur ce point), il eut contre lui la malchance dont rien ne peut parer les coups, il eut à subir une triple concurrence à laquelle ne devait point se heurter son successeur, et qui presque fatalement barrait pour lui le chemin du succès : l^le nouvel Opéra ; 2» le Théâtre-Italien ; 3«» le Théâtre- Lyrique,
io Nouvel Opéra. — Le monument construit par M. Garnier avait été inauguré le 5 janvier 1875, et Ton n'a pas oublié le retentissement qu'eut alors cette solennité. Il semblait que le monde possédât enfin sa huitième merveille. Le lord-maire avait pris la peine de quitter Londres pour assister, en grand costume, à la première soirée ; de la province et de l'étranger les spectateurs affluaient; pendant plusieurs années, on put croire (et cette légende avait cours en efTet) que 1' « Escalier » suffirait à assurer les bénéfices de l'exploitation. Il faut bien ajouter aussi qu'en cette année 1875 l'Opéra possédait un ensemble de troupe réellement remarquable ; on en peut juger par cette simple énumération des premiers sujets :
Ténors : Villaret, Salomon, Silva, Vergnet, Bosquin, Mierzwinski. %
Barytons: Faure, Lassalle, Oaron, Manoury, Couturier, Auguez.
Basses : Bel val, Gailbard, Boudouresque, Oresse, Bataille,
Chanteuses dramatiques. — M"*" Krauss, Gueymard, de Reszké, Mauduit, Fursch-Madier, Baux.
Chanteuses légères. — M"**' Carvalho, Daram, B. Thibault, Vergin, Arnaud.
Contralto : M"« Rosine Bloch.
L'Opéra lui-même n'a pas toujours eu ses cadres aussi brillamment remplis, et, sur ce point, TOpéra- Oomique était loin alors de pouvoir soutenir la comparaison.
2° Théâtre-Italien. -— Après avoir traîné une existence assez misérable depuis la guerre, ce théâtre semblait renaître ; une troupe italienne venait Toccuper en 1875, sous la direction du célèbre Rossi, et le public commençait à reprendre le chemin de la salle Ventadour. L'année suivante, Tart dramatique cédait la place à Tart musical, la tragédie à Topera; le 22 avril, Aida était jouée, pour la première fois, à Paris, par cet incomparable quatuor Masini, Pandolûni, M"*" Stolz et Waldmann, et ramenait une dernière fois, sur cette scène, Téclat des belles soirées d'antan.
Théâtre-Lyrique. — En 1875, M. Vizentini succède à Ofifenbach comme directeur de la Gaîté, avec rintention de substituer à Topérette Topéra-comique et l'opéra. L'année suivante, le 5 mai, avec Dimitri, et, le 15 novembre, avec Paul et Virginie^ il livre deux batailles artistiques d'une haute importance, et les gagne toutes deux. Il est vrai que plus tard, au moins pendant la première année de sa gestion, M. Carvalho connaîtra, lui aussi, cette double concurrence du Théâtre-Italien et du Théâtre-Lyrique : mais c'est «n 1876 qu'elle se dresse plus menaçante et plus re-
3utable. Il est assez habile et assez fort pour en
iompher; son prédécesseur, M. du Locle, y laisse t sa fortune et sa direction.
Aussi bien, les époques de transition sont-elles rarement favorables aux intérêts matériels de ceux qui dirigent le mouvement ou qui s'y trouvent engagés. M. du Locle traversait alors une de ces heures critiques, et voyait de jour en jour s'affirmer dans son tbéâtre la lutte entre Tancien et le nouveau répertoire. Associé avec de Leuven, il avait dû subir l'ancien; resté seul, il préconisait le nouveau ; mais, comme récrivait Arnold Mortier, « le directeur propose et le public dispose », et, traitant alors ce sujet dans ses Soirées parisiennes^ le spirituel « Monsieur de Torchestre » ajoutait : « Aussitôt que M. du Locle monte quelque chose d'inédit, les vieux habitués paraissent indignés, les vieux huissiers de Torchestre haussent les épaules, les vieux choristes murmurent, et le vieux Nathan s'écrie : « C'est scandaleux I » Le vieux souffleur devient mélancolique, le vieux régisseur perd la tête, et les vieux machinistes n'enlèvent qu'en rechignant les vieux décors qu'il faut faire rafistoler. Cependant, l'œuvre nouvelle est présentée au public. Eh bien, le public reste froid, quand il s'agit de musique un peu sérieuse, et dit : « Ce n'est « pas le genre de rOpéra-Comique ! » Au contraire, si Ton a affaire à de vraies ariettes et à de bonnes et franches mélodies, ce qui est bien rare, on s'écrie : « Mon Dieu, que ce genre de l'opéra-comique a donc a vieilli I »
De ces deux opinions, la première est celle qui se fit jour dans la presse et dans le monde, le soir mémorable où parut Carmen. On fut un peu surpris, légèrement déconcerté et presque scandalisé. On n'admira pas comme il convenait le tact et la mesure avec lesquels MM. Meilhac et Ludovic Halévy avaient adapté aux nécessités du théâtre la nouvelle
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sombre etbrutale de Mérimée ; on se déclara choqué d'un réalisme que les librettistes (Fun d'eux nous en a fait l'aveu) auraient volontiers atténué, mais que le compositeur avait « férocement » maintenu ; ontrouva Faction bien noire, les couleurs de la posada bien crues au second acte, et les amours de la Carmencitabien vulgaires pour le temple classique des entrevues matrimoniales. On n'apprécia guère davantage la partition, dont un seul numéro, la chanson du Toréador, obtint les honneurs du bis; les plus indulgents et les mieux disposés qualifièrent cette première audition de « laborieuse », et, tout en concédant au musicien qu'il savait son métier, jugèrent la mélodie « brumeuse », la coupe des morceaux a peu claire », les chœurs « tourmentés et ambitieux », l'ouvrage en soipme « long et ditfus ». En revanche, on distingua les costumes qu'avait dessinés Détaille pour les dragons espagnols, et Clairin pour l'héroïne de la pièce ; on approuva la mise en scène et les décors ; surtout on applaudit les interprètes, Bouhy et M^^« Chapuy, parfaits tous deux comme toréador et Micaëla, Lhérie, un José dont la voix laissait à désirer mais qui jouait avec chaleur, enfin M""^ Galli-Marié, à laquelle les auteurs n'avaient pas songé tout d'abord (car ils avaient eu un moment l'idée de faire engager M^e Zulma Bouffar), et qui, par son allure, ses mines, sa grâce féline, sa hardiesse provocante et ses inflexions de voix, réalisant le type de Carmen, fit du rôle une des créations les plus complètes de sa carrière dramatique. Mais, il faut bien le recon- 'laître, nul parmi les spectateurs n'eut alors la sensaion qu'il venait d'assister à l'audition d'une œuvre ^e premier ordre, et que cette soirée du 3 mars 1875 iiarquerait dans les annales du théâtre et de la mu-
sique, puisque Carmen est avec Mignon le succès le plus grand, le plus universel et le plus durable auquel la seconde salle Favart ait donné naissance. On sortait du théâtre avec moins d'illusions qu'en y entrant, et Ton n'était pas éloigné d'approuver cette boutade d'un spectateur qui, apprenant la nomination de Georges Bizet comme chevalier de la Légion d'honneur, le jour même de la première représentation, disait avec aplomb : « On Ta décoré le matin, parce qu'on savait qu'on ne pourrait plus le décorer le soir! »
Quelques années ont suffi pour retourner complètement l'opinion ; mais cet éclatant revirement, Bizet ne l'a pas connu. Né à Paris le '25 octobre 1838, il mourait à Bougival le mercredi soir 2 juin 1875, brusquement, si brusquement même qu'on se demanda si cette fin était naturelle. Les journaux publièrent qu'il avait succombé à une maladie de cœur. En réalité, personne, pas môme l'ami le plus intime, ne fut admis à le voir sur son lit de mort, et cette inexplicable consigne gardée à la porte de la chambre mortuaire laissa le champ libre à bien des suppositions. Chose curieuse, alors que le compositeur paraissait plein de jeunesse et de santé, une femme avait eu le pressentiment de ce malheur, et, quelque temps après, M. Ernest Reyer le racontait ainsi dans le Jour» nal des Débats : « Un soir, pendant le trio des cartes^ M™* Galli-Marié ressentit une impression inaccoutumée en lisant dans son jeu les présages de mort» Son cœur battait à se rompre ; il lui semblait qu'un grand malheur était dans l'air. Rentrée dans la coulisse, après des efforts violents pour aller jusqu'à la fin du morceau, elle s'évanouit. Quand elle revint à elle, on essaya en vain de la calmer, de la rassurer^
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la même pensée l'obsédait toujours, le même pressentiment la troublait. Mais ce n'était pas pour elle qu'elle avait peur, elle chanta donc, puisqu'il fallait chanter. Le lendemain, W"" Galli-Marié apprenait que» dans la nuit, Bizet était mort! Je sais bien que les esprits forts hausseront les épaules ; mais nous n'en étions pas moins fort ému en écoutant, l'autre ûoir, le trio des cartes du troisième acte de Carmen. » L'émotion de M. Reyer fut partagée alors par le Tout-Paris artistique. Sans doute, quelques ignorants ne manquèrent pas de soutenir que Bizet appartenait à cette école « qui veut faire du wagnérisme avec la musique française » ; d'autres, comme M. Wallon, feignirent de le prendre pour un débutant qui « promet », et, dans la salle du Conservatoire où il présidait alors la distribution des prix, ce personnage officiel le déclara « enlevé par un coup soudain au renom que son talent lui avait déjà valu et aux espérances plus grandes encore qu'il faisait concevoir. » Mais beaucoup aussi comprirent quel vide cette disparition laissait dans les rangs de notre jeune école, et l'on se pressa à l'église de la Trinité où les obsèques furent célébrées avec une certaine solennité. Plusieurs fragments des Pêcheurs de perles et de Car^ men y furent exécutés par l'orchestre de l'Opéra- Oomique; Duchesne et Bouhy chantèrent divers morceaux religieux, et, pendant le trajet au cimetière, les cordons du poêle furent tenus par MM. Gounod, Ambroise Thomas, Camille Doucet et Camille du Locle, représentant le Conservatoire, la Société des auteurs, et le théâtre qui avait fait relâche, bien qu'il n'eût joué Toeuvre de Bizet que trente-quatre fois et qu'il ignorât encore quels trésors elle contenait. Les mauvaises langues prétendirent, il est vrai, que l'hom-
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mage ne coûtait guère, car on réalisait des recette» qui couvraient à peine les frais.
Les affaires étaient, en effet, bien loin de progresser, et la troupe se transformait peu à peu san& plus s'améliorer, sans qu'on dénichât cet « oiseau rare » qui suffit quelquefois, dans les heures de crise, pour conjurer le péril. Tout d'abord, M"* Miolan- Oarvalho, engagée à TOpéra, se retirait de TOpéra-Oomique. Elle devait y revenir, il est vrai, de 1881 à 1884; mais alors on croyait cette retraite définitive, et le 27 février eut lieu sa représentation d'adieu avec le premier acte de Mireille^ des fragments du second acte (la Farandole et la Chanson de Magali, qui fut bissée)^ le deuxième acte de Roméo et le deuxième du Pré aux Clercs, Après son grand air, Isabelle se voyait Tobjet d'une manifestation galamment préparée par M. du Loclequi, de sa loge directoriale, lui tendait un bouquet de lilas blanc; tous les artistes de la troupe» dans le costume de leur rôle favori, entraient en scène, et Ponchard (Oomminges) lui offrait, en leur nom, une couronne, la priant de l'accepter « comme un faible gage de leur admiration, en souvenir de son glorieux passage à TOpéra-Comique. »
Deux autres chanteurs quittaient la salle Favart presque aussitôt après y être entrés : Obin et Monjauze. A leur intention, on avait repris le 14 octobre le Val d'Andorre^ avec M"*®' Chapuy (Rose de mai), Ducasse(Qeorgette), Vidal (Thérèse), une 'débutante qui venait de TOpéra-populaire, après avoir appartenu un moment à l'Opéra. Obin qui venait de TOpéra, lui aussi, réussit à donner une physionomie originale au vieux chevrier, et Monjauze fit retentir, dans le rôle de Stephan, les éclats de sa voix métallique ; mais ni l'un ni l'autre ne prolongèrent leur
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séjour au théâtre, et, comme il était écrit que cette année-là le Val d'Andorre servirait à presque tous les débuts importants, on vit, le 9 novembre, Obin suppléé par M. Giraudet, venu du théâtre Ventadour (troisième Théâtre-Lyrique), une basse qui avait paru d'abord le 24 mai dans Haydée (rôle de Malipieri), et, le 1*' décembre, le rôle de Saturnin, tenu jusque-là par Nicot, confié à M. Caisso, un ténorino qui sortait du Conservatoire avec deux seconds prix de chant et d'opéra-comique. Un autre débutant avait failli se présenter au public sous les traits de Stéphan, et, singulier rapprochement de noms, il s'appelait Stéphanne. Finalement, ce chanteur, qui tenait l'emploi de fort ténor en province, débuta, le 12 septembre, dans Haydée (rôle de Lorédan), et fit applaudir, à défaut d'un jeu expressif, une voix assez sympathique. Pour clore cette liste, il faudrait citer encore MM. Valdéjo et Gollin : le premier, après avoir terminé ses études au Conservatoire, avait chanté au théâtre de Liège, et ce jeune ténor produisit, le 21 août, dans Zampa^ une impression favorable, qui se renouvela peu après dans la Dame blanche; le second, sortant de l'orchestre, où il jouait sa partie de cornet à pistons, avait à son actif, non seulement un second accessit de chant et un premier prix d'opéra-comique aux concours du Conservatoire, mais encore, chose plus rare, un prix d'harmonie : c'est le 17 septembre, dans le Maître de Chapelle (rôle de Barnabe), que M. CoUin fit sa première et officielle apparition sur ce théâtre auquel il n'a cessé d'appartenir depuis dix-huit ans.
Les reprises n'avaient pas jeté beaucoup plus d'éclat que les débuts. Outre le Val d'Andorre, on ne trouve à signaler que le Caïd (18 janvier), oublié
depuis 1 866, et remonté avec M»" Zina Dalti (Virginie), Lina Bell (Fatma), MM. Melchissédec (Michel), Barnolt (Ali-Bajou) etNicot (Birotteau), qui rentrait à la salle Favart après avoir fait une fugue au Ghâtelet (Opéra-populaire), afin d'y jouer les Amour du Diable; puis, à la date du 18 décembre, deux petits ouvrages de Boieldieu, donnés en l'honneur de son centenaire : le Nouveau Seigneur du village et le Calife de Bagdad. Dans le premier. Barré et M"® Chevalier joi^aient avec aisance les rôles de Frontin et de Babet; Lefèvre (Colin), Bernard (le marquis), Potel (le Bailli), Barnoit (Biaise) complétaient la distribution. Dans le second, le succès fut pour M"' Chapuy (Késie) et pour Stéphanne (Isaun); il suffît de mentionner Bernard (Yemaldin), Nathan (le cadi), Dufriche (le juge), Teste (le chef des esclaves), M^ Lina Bell (Zétulbé), et M"* Vidal tenant le rôle de Lemaïde, emploi dont jadis s'était chargé, dans une représentation de charité, une comédienne du Théâtre-Français bien connue, M"' AUan. Le premier acte de la Dame blanche avec Duchesne, Nicot et M"* Ducasse, ainsi qu'une poésie de M. Gallet, dite par M"« Galli-Marié, formaient l'appoint de cette soirée du 18 décembre, où Ton fêtait la mémoire de Boieldieu, comme on l'avait fêtée deux fois à Rouen, les 15 juin et 15 décembre précédents. Ce qui fit dire que, sur ces trois centeu aires, il n'y en avait pas un de bon, ou da moins d'exact, puisque Boieldieu était né le 16 décembre 1775.
Les nouveautés ne furent guère plus heureuses que les reprises, en cette année difficile. Après le succès d'estime de Carmen, il fallut enregistrer, à deux jours d'intervalle, les insuccès de VAmour africaines mai) et de Don Mucarade (10 mai.)
li*M^»
M. Ernest Legouvé avait pris le sujet du premier de ces deux ouvrages dans le fameux Théâtre de Clara Gazul; un épisode en était supposé mis en musique par un jeune prix de Rome et bénévolement exécuté dans les salons d'un mécène quelconque, ami des arts et de l'auteur. Le premier acte avait servi de préparation au second, et Ton passait brusquement de Nice à Cordoue, de la comédie la plus légère au drame le plus sombre. C'était une pièce dans une autre pièce» et le talent du compositeur, M. Paladilhe, ne réussit pas à faire accepter la brusquerie du contraste. M. Ernest Boulanger ne fut guère plus heureux avec Don Mucaradef où M. Jules Barbier et Michel Carré s'était contentés de donner une version nouvelle d'un Bartholo berné par un Scapin qui lui enlève sa pupille pour le compte de son maître Léandre. L'Amour africain avait eu six représentations, Don Mucarade en compta douze.
Quelques menus faits en cette année 1875 méritent encore un mot de mention: par exemple, le 31 janvier, un concert donné au bénéfice de la caisse de secours de la Société des auteurs, avec le concours des artistes de la maison, et celui de la Comédie- Française pour// ne faut jurer de rien et les Précieuses ridicules; le 8 février, à Toccapion du lundi gras, une matinée avec le Postillon de Lonjumeau et les Rendez'vous bourgeois^ première fois où, depuis la guerre, avait lieu une représentation de jour; le 7 juin Roméo et Juliette^ avec M"® Zina Dalti, prenant possession du rôle qui jusqu'alors n'avait été chanté à Paris que par M"« Carvalho. Mais parmi les représentations extraordinaires, les plus intéressantes et les plus fructueuses furent les auditions de la Messe du Requiem que Verdi lui-même vint diriger, comme
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Tannée précédente, avec MM"*®* Stolz et Waldmanny à-dire le môme soprano et le même contralto, mai» avec un ténor nouveau, M. Masini, et une basse nouvelle, M. Medini. Les deux premières auditions eurent lieu dans Taprès-midi, les 19 et 21 avril. Puis, le succès aidant. M. du Locle obtint du ministre l'autorisation d'exécuter cette messe le soir, en guise de spectacle, et cinq autres auditions se succédèrent ainsi les 23, 27, 29 avril, 1" et 4 mai. Entre temps, le maître italien recevait la croix de commandeur de la Légion d'honneur; mais le pauvre directeur ne recevait, lui, que les horions de la presse et les tristes nouvelles que les comptables continuaient à donner sur l'état de sa caisse. En revanche M. de Saint- Georges lui envoyait, suivant l'usage des souverains, une tabatière d'or à l'occasion de la reprise du Val (V Andorre; offrir une tabatière, à qui ne prise pas, et de l'or, à qui n'en gagne point, semblait une ironie. Aigri par l'infortune, menacé par la maladie, M. du Locle avait parlé de se retirer peu de temps après Carmen. Il resta cependant, et se contenta d'abord de fermer le théâtre du 16 juin au 15 août, puis d'aller^ aux approches de Thiver, faire en Egypte une tournée d'un mois. Pendant ce temps, il eut recours, pour le remplacer, à l'obligance bien connue de son ami, M. Ch. Nuitter, et le sympathique archiviste de l'Opéra fut agréé par le ministre comme directeur intérimaire, mais déchargé de toute responsabilité financière et commerciale.
Parti le 6 novembre, M. du Locle revint le 23 décembre pour continuer à ramer sur cette galère directoriale qui devait chavirer avec Tannée nouvelle. Une reprise du Voyage en Chine^ à la date du 6 janvier 1876, n'était point pour ramener la fortune, car
OQ D'ea pouvait comparer la distribution d'alors à celle de la création; MM. Lhôrie {Henri)^ Isma^Jl )Ponipéry), Ponchard (Alidor), Lefèvre (Maurice Préval), Nathan (Bonneleau), M""* Zina Dalti (Marie), Bévilly (M"* Pompéry), Nadaud (Berlhe), ne présentaient qu'un ensemble à'peine suffisant. Tout l'eiîpoir de la direction se reportait sur un ouvrage d'Ernest Guiraud, dont ondisaitgrandbien d'avance e: dont on pressait activementles rèpétitionsjmais, dès laJïn de février, des bruits sinistres commençaient à se répandre dans la presse, et il devint évident que la situation de M. du Locle était irrémédiablement perdue; on devait de l'argent à l'orchestre et aui chœurs; plusieurs artistes ne touchaient pas leurs appointements mensuels; que faire? Tour à tour, MM. Vaucorbeil et Campocasso proposaient des combinaisons dont le principal objet était nu changement de direction à leur profit. Mais M. du Locle, dont on avait annoncé faussement la démission, prétendait lutter encore, et s'adressa, pour sortir de cette impasse, à celui qui jadis avait déjà sauvé le tîiéilre, à son beau-père, M. Emile Perrin. Celui-ci gérerait provisoirement l'Opéra-Comique, sans quitter pour cela la Oomédie-PraoçaJse, éteindraitquelquesdettes criardes, organiserait des matinées avec le concours de la troupe du Théâtre-Français, et laisserait ii son gendre, muni d'un congé régulier, le temps et le soin de se chercher un successeur. Tout d'abord, les artistes hésitèrent à ratifier ces négociations; lis savaient que le passif dépassait déjà 100,000 francs, et ils craignaient qu'un beau jour M. Perrin, renonçant à son intérim, on ne nommât un nouvel administrateur, qui ne voulût pas reconnaître le déficit de son prédécesseur. Ou finit par s'entendre néanmoins, toutes
£Ci
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réserves faites pour les principaux artistes, qui auraient à régler individuellement leur situation personnelle, et, dès le 5 mars, M. Perrin prit les rênes de la direction.
Le 15 mars, on donnait une représentation extraordinaire comprenant l'ouverture de Zampa^ les deux premiers actes de Richard Cœur de Lion et le Phi'^ losophe sans le savoir^ avec une conférence sur 3edaine, faite par M. Francisque Sarcey; c'était consacrer en quelque sorte officiellement l'union provisoire delà Comédie-Française et de TOpéra-Comique. Cette soirée fut bientôt suivie de matinées analogues qui, avec adjonction parfois de solistes, sous forme d'intermèdes, se succédèrent durant quelques semaines. Une telle fusion de deux genres et de deux troupes pouvait satisfaire les goûts du public, mais devait néanmoins étonner la presse, qui parfois s^en égaya non sans esprit. Dans ses Soirées parisiennes, notamment, Arnold Mortier lâcha la bride à sa verve en proposant de confier aux artistes des Français l'exécution du répertoire de l'Opéra-Comique, tandis que les artistes de TOpéra-Comique iraient, rue Richelieu, jouer le répertoire des Français. Par exemple, on distribuerait ainsi la Dame Blanche :
Gaveston MM. Maubant
Georges Brown Delaunay
Dickson Coquelin
Mac-Irton Barré
Anna M"*» Sarah-Bernhardt
Jenny Samary
Marguéri te Jouassain
La parole substituée à la musique nous vaudrait ce dialogue :
Georges. — Peut-onlogerchezvousmes bons amis?
^s»iw jr «m™
Tenez, voici une bourse car je meurs de faim.
Dickson. — L'hospitalité, chez les montagnards écossais, ne se vend pas, elle se donne. Quel est votre état?
Georges. — J*ai servi le roi depuis ma plus tendre enfance. Je suis officier du roi.
Dickson. — En ce cas, soyez le bienvenu chez nous!
Oeorges. — Ah I c*est une douce félicité que d'être militaire ! on peut servir par sa vaillance son prince et sa patrie, et, quand on a fini d'aimer, on s'élance gaiement sur le champ de bataille. Ah 1 c'est une douce félicité que d'être militaire I Mais voilà qu'où fait la paix. On revient dans son village. Chacun l'entoure et l'embrasse, les jeunes lui font de l'œil, et le vieillard même se découvre sur son passage. Et sa mère qu'elle est heureuse, la brave femme! mais... j'avais une amoureuse. Où est-elle donc? Allons bon, je comprends. Pas de veine ! Bah 1 c'est tout de même une grande félicité que d'être militaire.
Et la fantaisie se poursuit à la Comédie-Française, où l'on met en musique Tartuffe, chanté par les artistes de la salle Favart ; les vers de Molière ont fait place à ceux de Scribe, et sur l'air de la ballade de la Dame blanche, Orgon raconte à Cléanthe comment il vit Tartuffe pour la première fois :
Un beau jour j'en fis connaissance A l'église ; il vint d'un air doux.
Avec fort bonne contenance, .
Devant moi se mettre à genoux.
Sur lui tous fixèrent les yeux.
Plein d'ardeur, il priait les cieux.
Le pauvre homme (bis).
Il est bien malbeureux, en somme, Ah ! c'est un ami précieux 1
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On ne sait où monte son zèle ; Un rien peut le scandaliser ; A tout moment il se flagelle.
L'autre jour, il vint s'accuser D'avoir, en priant le Seigneur, Tué d'un mouvement d'humeur^
Une puce [bis).
Vraiment il n'y met pas d'astuce, Ah I c'est un bon et brave cœur !
M. Perrin n'était pas le dernier à sourire de ce& plaisanteries ; mais il n'en poursuivait pas moins sa tâche avec dévouement et activité, secondé pour la partie musicale par l'ancien chef d'orchestre dfr l'Athénée, M. Constantin, qui avait remplacé d'ahord provisoirement, le 7 septembre 1875, M. Deloifre, lorsque la maladie l'avait éloigné du théâtre, puis définitivement, le 27 janvier 1876, lorsque la mort eut accompli son œuvre. Mais la troupe, récemment accrue d'un soprano, M"« Orudère, qui avait honorablement débuté le 8 février dans le Chalet, tendait à se disloquer de plus en plus, et, sans prétendre à la renouveler, on avait déjà bien de la peine à en retenir les éléments. Duchesne et M"° Zina Dalti passaient au Théâtre-Lyrique ; M"* Chapuy acceptait un engagement à. Londres, et peu après se mariait en renonçant à la carrière dramatique ; Bouhy, Lhérie, Melchissédec se retiraient, et ces départs n'étaient point pour faciliter les études de Piccolino, dont la distribution devenait l'objet de bien des modifications. Le rôle principal, écrit, dans la pensée du compositeur, pour la voix de M"® Chapuy, avait tout de suite trouvé son interprète en M"^ Galli-Marié ; mai celui de Frédéric avait été appris par trois ténors Duchesne partant, Lhérie malade, il avait fallu re courir à Achard qui se trouvait alors à Genève, qu'oi
engagea par télégramme et qui reparut le 22 mars à la salle Favart dans Tun de ses meilleurs rôles d'autrefois, Georges de la Dame blanche. Quant au pasteur Tidmann, Ismaël y remplaçait Nathan, jugé dépourvu de prestige, et Barré créait le personnage de Musaraigne, confié d'abord à Melchissédec. Rappelons en passant que Piccolino, dont la forme originale était une comédie de M. Victorien Sardou représentée au Gymnase en 1861, avait déjà été transformé en opéra, traduit en italien par M. de Lauzières, mis en musique par M"® de Grandval, et représenté en 1869 aux Italiens avec M"* Krauss et Nicolini dans les deux principaux rôles.
On connaît le sujet de cette pièce, dont l'idée première se retrouve dans la Claudine de Florian ; on sait qu'il s'agit d'une jeune fille trompée en Suisse par un artiste de passage, prenant les habits d'un piflferaro pour suivre son séducteur en Italie, s'attachant à ses pas, lui sauvant la vie, et l'entourant d'affection jusqu'au jour où le petit Piccolino se fait reconnaître et redevientlaMarthe autrefois délaissée, maintenant aimée. Sur ce canevas assez sentimental, Guiraud avait brodé une musique aimable et gracieuse qui parut, le 11 avril, soir de la première représentation, impressionner favorablement le public et la presse. On bissa notamment la charmante Sorrentine, que son auteur avait improvisée en quelques heures au cours d'une répétition. Le livret fut moins unanimement loué, et lorsqu'à l'automne on reprit l'ouvrage, le troisième acte, le moins bon des trois, et celui qui avait coûté le plus de peine aux auteurs, fut entièrement remanié. Autrefois il suffisait à Marthe de revêtir les habits de son sexe pour reconquérir son amant ; maintenant, après avoir repris sa
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robe de paysanne, elle se précipitait dans le Tibre , on la ramenait chez Frédéric, qui, lorsqu'elle rouvrait les yeux, tombait à ses genoux et implorait son pardon, qu'il obtenait sans peine. Ce dénouement ne suffit pas à donner longue vie à Touvrage; Piccolino quitta l'affiche après cinquante-trois représentations et n'y reparut jamais.
Ce gros effort de la direction intérimaire avait été, le 8 mars, suivi d'un autre plus modeste, qui promettait moins et qui tint davantage. Dans une nouvelle d'Erckmann-Chatrian, M. Jules Barbier avait découpé un agréable lever de rideau intitulé les Amoureux de Catherine, On y retrouvait une édition nouvelle de cette vieille histoire, bien souvent traitée au théâtre: la riche héritière qui a parmi tant d'amoureux empressés à lui plaire », choisit le plus timide et le plus humble ; mais ici la nature du cadre relevait heureusement la banalité du fond. La scène se passait en Alsace, et c'était Walther, le pauvre maître d'école de Neudorf, que la belle Catherine préférait à M. le maire lui-même, l'important Rebstock. On croyait voir s'animer en scène un tableau de Marchai ou de Brion, et, sous le costume traditionnel, M*^' Chapuy évoquait des souvenirs toujours présents, hélas I à la mémoire des Français, mais d'autant'plus chers alors que plus récente était la blessure faite au cœur de la patrie. La censure, fort susceptible, s'en était émue ; elle avait modifié la géographie d'Erckmann-Chatrian, et transporté Neudorf d'Alsace en Brisgau; la chanson patriotique avait, en particulier, subi quelques retouches et le « Pays d'Alsace » était devenu le « Pays natal ». La partition émanait d'un débutant au théâtre, M. Henri Maréchal, qui avait remporté le prix de Rome en
1870; elle était même un de ses « envois ». « Si ce premier ouvrage, écrivait un critique influent, ne présente encore que les proportions d'un vigoureux arbrisseau, du moins y découvre-t-on déjà les branches riches de promesses qui porteront plus tard les fruits de la saison de récolte. » Sans trop s'arrêter aux fantaisies de ce style imagé, il est clair que le jeune compositeur avait trouvé pour ce sujet la note juste, et le public se laissa si bien prendre au charme de cette musique expressive et simple que les Amoureux de Catherine se sontmaintenusau répertoire. On bisse encore comme au premier jour l'exquise chanson du n Pays natal » et cet acte est un des rares qui depuis la guerre aient dépassé la centième représentation au théâtre de TOpéra-Oomique.
Un tel sort n'était pas réservé à l'ouvrage qui avait précédé de quelques jours seulement celui de M. Maréchal. C'était un drame lyrique, donné en matinée le 4 mai, sous la titre des Héroïques, aux i^isques et périls des auteurs le fils et la fille d'un riche médecin ; M"* Antonine Perry-Biagioli avait traduit en vers la lutte de Vercingétorix contre César au siège d'Alésia, et M. Henri Perry-Biagioli avait tenté d'élever sa muse à la hauteurd'un pareilsujet. L'entreprise était trop lourde pour leurs jeunes épaules. Tout le talent des chanteurs, MM. Stéphanne et Bouhy, M"* Vergin (de lOpéra), tout l'art du récitant, M. Martel (de la Comédie-Française), et toute Thabiletéde M. Colonne qui, lors de cette audition, sans décors ni costumes, dirigea l'orchestre et les chœurs, ne réussirent pas à sauver la partie.
Peu de jours après, le 16 mai, un opéra de M. Gounod, Philémon eiBaucis, joué primitivement en trois actes au Théâtre-Lyrique, le 18 février 1860, émigrait
pour élire un domicile définitif à la salle Pavart. Une légende dont il serait curieux de retrouver l'origine, et que dictionnaires et annuaires ont accréditée à Tenvi, veut que cet ouvrage, à certains égards charmant, ait été écrit pour le théâtre de Bade et y ait été représenté sous forme d'une fantaisie en un acte et deux tableaux. Il n'en est rien. L'Opéra-Oomique, en le reprenant, l'amputa de tous les épisodes superflus et lui donna sa coupe en deux actes. Ce fut son seul et dernier avatar. C'était se ranger d'ailleurs à l'avis du compositeur, qui écrivait lui-même : « Philémon et Baucis est une fable très simple qui comporte peu de développements. De plus, c'est une idylle, et les sujets de ce genre, surtout au théâtre, où le mouvement et l'action sont indispensables, perdent et se détériorent à être délayés. »
On ne lira pas sans intérêt les deux distribution» de la pièce, correspondant à ses deux « états » :
(Théâtre Lyrique).
(Opéra-Comique).
Philémon
MM. Froment
Nicot.
Jupiter
Battaille
Bouhy.
Vulcaija
Balanqué
Giraudet.
Baucis
M™® Oarvalho
M"« Chapuy
La Bacchante Marie Sasse
(Rôle supr
Sans être la meilleure, la seconde suffisait à bien mettre en valeur toutes les parties de l'œuvre que MM. Jules Barbier et Michel Carré ont eu quelque peine à traiter, car il était dangereux de montrer Jupiter mystifié par Baucis, sans verser dans l'ornière de l'opérette. Même au dire de Paul de Saint- Victor, la difficulté n'avait pas été complètement tournée, puisque, parlant du livret, il ajoutait: « Ce
qui m'en déplaît, c'est le faux air de boi^onnerie qu'il prend par endroits. Le langage des dieux y tombe à chaque instant dans les cascades de la charge. Vulcain, substitué à Mercure, y joue le rôle d'un Sganarellè, berné et grondeur. Rien n'est déplaisant comme cette parodie des plus nobles types qui soient sortis du génie humain. Un tel genre de plaisanterie n'est supportable que dans les mythologies^ à l'usage des enfants, et dans les farces des petits théâtres. »
Il fallait toute la grâce élégante de la musique pour dissimuler ce défaut. Encore, un critique autorisé faisait-il observer que « ces qualités de forme et de style, cette instrumentation ciselée ne suffisent pas à faire vivre au théâtre une composition où, à. proprement parler, il n'y a pas de pièce, partant nul intérêt ; où la musique, toute jolie qu'elle fût, devait nécessairement manquer de chaleur, d'élan passionné, surtout de variété dans les couleurs et l'accent apparaître monotone à la longue... Ainsi s'expliquent, ajoutait-il, l'échec de cet ouvrage à Torigine et sa mise à l'écart pendant seize ans. Ainsi s'expliquera la courte durée de la reprise actuelle, intéressante cependant pour les esprits délicats enclins à la douce rêverie, mais peu attrayante pour le grand public. » En dépit de ces fâcheux pronostics, le «f grand public » finit par prendre goût à l'ouvrage ; il applaudit aujourd'hui Philémon et Baucis comme il applaudit Mireille^ et il semble ainsi se rapprocher de Gounod à l'heure même où tant de critiques influents se détournent de lui. D'ailleurs, la reprise de 1876 n'aboutit qu'à huit représentations ; mais il est juste d'ajouter que le théâtre traversait une phaseassez anormale, et qu'une clôture anticipée devait
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nécessairement bouleverser la marche des spectacles et le sort des ouvrages.
Le 1"' juin, en effet, après une représentation de Piccolino donnée la veille, l'Opéra-Oomique ferma brusquement ses portes, annonçant sa réouverture pour le 1" août. Ce fait était la conséquence obligée d'une situation qui ne pouvait se prolonger, car elle nuisait aus intérêts de tous, et l'on comprend que M. Perrin eût Mte de rendre à un titulaire dénnilif le sceptre de cette lourde et ingrate direction. Certain détail, qui avait bien son importance, contribuait encore à éloigner ceux qu'une telle succession aurait pu tenter. L'article 16 du titre V du cahier des charges de rOpéra-Oomique, était ainsi conçu : « Le directeur devra se rendre acquéreur du matériel appartenant à son prédécesseur, au prix de l'estime qui en sera faite par deux experts nommés contradictoire meut par les parties, et, s'il y a lieu, par un troisième nommé par le ministre. Dans le cas où, par un motif quelconque, le directeur viendrait à cesser ses fonctions, il sera tenu ainsi que ses ayants-cause, s'il y a lieu, de céder son matériel à son successeur qui devra le prendre au prix de l'estimation qui en sera faite ainsi qu'il vient d'être dit. Les frais d'expertise seront à la charge des parties. »
Conformément à cette clause, M. du Locle avait payé ce matériel à son prédécesseur, comme son successeur devait le lui payer. Or, en IP69, cette estimation s'élevait à 217,000 francs. En 1876, l'eipertise ordonnée par le ministère des beaux-arts venait d'aboutir au chiffre de 317,000 francs; c'était une lourde charge, comme entrée de jeu, pour un directeur. Aussi les mois de juin et juillet furent-iU employés eu démarches de tout genre, auprès de la com-
»:»s.v .jri.
mission du budget et de la Chambre des députés, pour améliorer la situation et rendre possible la transmission des pouvoirs. On demandait généralement que la subvention, diminuée au lendemain de la guerre, fût reportée à 200,000 francs et que le matériel devint régulièrement la propriété de TÉtat, comme il arrive à TOpéra ; c'était le vœu que formulait notamment M. Garvalho, soutenu par, un fort groupe d*actionnaires et désigné déjà par l'opinion comme successeur probable. La sous-commission du budget acceptait volontiers la première partie de cette demande, mais non la seconde, lorsque M. Waddington, tournant adroitement la difficulté, proposa « d'augmenter la subvention de 100,000 francs, afin que le directeur eût la faculté d'en détacher chaque année 40,000 francs qui serviraient à racheter le ma* tériel. » Cette combinaison parvint à rallier les suffrages, et le 12 août, la Chambre^ par 325 voix contre 65, votait le chapitre des Beaux-Arts, où la subvention attribuée au théâtre national de l'Opéra- Comique était portée dans le budget au chiffre de 240,000 francs et cela jusqu'en 1880, « époque à laquelle devait prendre fin le bail emphytéotique qui ne permettait pas en ce moment à l'Etat de disposer de la salle Favart. » Dès le lendemain, la nomination, depuis quelque temps agréée par le ministre, devenait officielle, et M. Carvalho prenait, le 14 août, possession du théâtre, tandis que les comptes lui étaient rendus par M. Vaucorbeil, commissaire du gouvernement, qui avait suppléé M. du Locle, depuis le jour où ce dernier avait donné sa démission ; c'est lui qui, ] àv arrêté ministériel, avait été chargé de toucher 1 ne somme de 11,600 francs, montant de la part de \ ibvention pour le mois de juillet, et de l'employer à
solder les dépenses afférentes à la fermeture du théâtre. Joint aux recettes des derniers mois, le cautionnement du directeur avait servi à payer tous les petits appointements et la plus grande partie de l'arriéré dû aux artistes.
En résumé, M. Oarvalho arrivait aux affaires dans des conditions assez favorables, puisque, grâce à l'augmentation de la subvention, il devenait propriétaire du matériel, sans bourse délier, et que les 300,000 francs estimés de ce matériel lui devaient être remboursés le jour où il céderait sa direction. Par contre, il s'engageait à servir une rente de 6,000 francs à M"' du Locle, et à augmenter de 60,000 francs le traitement des petits employés. Il est juste d'ajouter que les obligations avec les artistes avaient cessé depuis le !•' août, et qu'il était maître de recomposer à sa guise tout le personnel artistique.
C'est à ce soin que furent consacrés les premiers mois de l'exploitation. Tout d'abord le premier chef d'orchestre , M . Constantin , fut remplacé par M. Charles Lamoureux dont « l'Harmonie sacrée » avait démontré l'intelligence musicale et l'autorité. Le second chef, jusque-là, M. Ferrand, avait été, sur la proposition de M. Lamoureux, choisi au scrutin par les artistes de l'orchestre, fait unique en son genre, croyons-nous, et le nom de M. Vaillard avait réuni l'unanimité des suffrages. M. Gaudemar succédait comme secrétaire-général à M. Gustave Lafargue, et M. Heyberger devenait chef des chœurs. Legrand et Nathan demeuraient régisseurs, mais avant la fin de Tannée, Ponchard leur était adjoint pour prendre la place de Victor Avocat, ancien chanteur, inspecteur du matériel et des costumes, finalement régisseur et
doyen du personnel de rOpéra-Oomique où il comptait quarante-quatre ans de services. Il prenait sa retraite en même temps que Doche, le souffleur, un autre ancien serviteur de la maison, à laquelle il appartenait depuis trente-huit ans.
Quant à la troupe proprement dite, elle se composait de deux éléments : d'une part les anciens artistes que M. Oarvalho avait rengagés, de Tautre ceux qu'il engageait nouvellement. Le premier groupe comprenait : MM. Valdéjo, Nicot, Stéphanne, Ponchard, Lefèvre, Barnolt, Barré, Giraudet, Dufriche, Duvernoy, Oollin, Legrand, Thierry, Nathan, Teste, Bernard, Davoust; M"*» Galli-Marié, Franck-Duvernoy, Ducasse, Chevalier, Nadaud, VidaL Le second groupe comprenait : MM. Fûrst, Queulain, Boyer, Duwast, Villard, Mayan, Morlet, Dauphin ; M"" Vergin, Brunet-Lafleur, Puget, A. Lory, Derval, Franchiuo, Fechter, Philippine Lévy, Clerc, Bilange, Chevrier, Julia Potel, BressoUes, Marie Perrier, Dortal, Donadio-Fodor, B. Thibault. Les uns, comme M"*' Brunet-Lafleur, ne faisaient que rentrer dans leur ancien théâtre ; les autres jouèrent peu, comme M"® Paul Puget, devenue, après divorce. M™® Paul Hillemacher, ou même ne jouèrent pas du tout, comme M"' Bilange qui obtint la résiliation de son contrat pour cause de mariage avant ses débuts. Le plupart ne furent présentés au public qu'en 1877; quelques-uns cependant parurent presque dès la réouverture du théâtre, qui eut lieu le 30 septembre avec PiccolinOy orné, comme nous avons vu, d'un <iénouement nouveau. M"* Galli-Marié gardait son rôle ; mais Giraudet, Duwast, et M*'* Lévy remplaçaient Ismaël, Achard et M"' Lina Bell qui tous les trois devaient quitter le théâtre faute de pouvoir s'en-
240 dgbniâhB crise
tendre avec le directeur sur le chiffre des appointements. M. Duwast, ancien élève de Duprei, n'était un nouveau venu qu'à la salle Favart. Après avoir créé la Jeanne d'Are de son maître au Grand-Théàtre- Parisien, il avait passé par le Théâtre-Lyrique de Pasdeloup et l'Athénée où il avait acquis une assez grande expérience de la scène ; au contraire, M"' Philippine Lévy, élève de M"' Laborde, n'avait encore chanté que dans les salons. Le 3 octobre, Fra Diavolo sert à la rentrée de M, Valdéjo, et au début de M'" Vergin, chanteuse distinguée et comédienne intelligente, appelée à rendre plus de services à l'Opéra- Comique qu'à l'Opéra d'où elle venait et où la nature de sa voix ne lui avait pas permis de se faire une place digne de son talent. Le 36 octobre, on donne la 1 1 60* représentation du Pré aux Clercs, avec une nouvelle Isabelle, M"* Derval, fille de l'ancien acteur et administrateur alors du Gymnase. Élève de Duprez, cette jeune et jolie personne avait une agréable voix, quoique d'un volume assez mince ; mais son inespérience de la scène ne lui permit pas d'appartenir longtemps à la salle Favart. Cette soirée mérite d'autant plus d'ôtre notée qu'à côté de M"" Franck-Duvernoy (la Reine), Nicot (Mergy) et Dufriche (Girot), deux rôles avaient été, pour la première fois, singulièrement distribués : le ténor (Comminges) était devenu une basse avec M. Bernard, et le trial (Cantarelli), un baryton avec M. Barré! Le 25 novembre, on reprend les Amoureux de Catherine avec M"° Paul Puget, néa Lory, dont l'intelligence musicale parait plus grande que les moyens vocaux, et qui chante trois fois seulement le rôle de Catherine, où elle est remplacée par M"° Chevalier. Le 26 novembre, on donne Haydée pour la rentrée du ténor Stéphanue et
le début de M. Mayan, une basse applaudie tour à tour à New- York, à Lyon et au Théâtre-Lyrique, qui se montre suffisant dans le rôle de Malipieri, mais ne fait que passer à la salle Favart. Avec la même rapidité disparaît, après avoir chanté, le 8 décembre, Marie, dans la Fille du régiment, MUe Franchino, qui avait appartenu à l'ancien Théâtre-Lyrique où elle jouait Irène dans Rienzi, et qui même avait débuté à rOpéra, sans réussir d'ailleurs à se fixer nulle part. Lie meilleur lot de débutants fut offert au public le 21 novembre avec Lalla-Roukh qu'on reprenait ce soir-là, après un silence de six années. Deux élèves du Conservatoire, lauréats du dernier concours, se partageaient les rôles de Noureddin et de Baskir. M. Fûrst avait remporté un premier prix de chant, le second prix d'opéra-comique et un premier accessit d'opéra; M. Queulain, un premier prix de chant, un premier prix d'opéra-comique et le deuxième prix d'opéra. Tous deux appartinrent quelque temps à la salle Favart, et le premier surtout, doué d'une belle voix de ténor, paraissait appelé à y tenir grande place, lorsqu'en 1878 l'engagement de Talazac rendit toute concurrence impossible et le relégua nécessairement au second plan. A côté d'eux reparaissait, dans le rôle principal. M*® Brunet-Lafleur. Les autres rôles avaient pour titulaires MHe Ducasse, MM. Teste et Davoust, ce dernier, le seul qui restât de la distribution primitive de 1862.
Cette reprise, assez fructueuse par le nombre des
représentations et le chiffre des recettes, était comme
"1 hommage rendu à la mémoire du compositeur.
:ois mois auparavant, le 29 août, Félicien David
ait mort à Saint-Oermain, succombant aux suites
une maladie de poitrine, à l'âge de soixante-six ans,
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et le lendemain de la représentation, ce fut M"« Tastet, légataire universelle du maître, qui eut la délicate attention de féliciter la principale interprète en lui envoyant un superbe bouquet de roses, accompagné du billet suivant : « Madame, je suis heureuse, en vous complimentant de votre succès, de pouvoir vous offrir ces roses, qui ont poussé sur les rosiers que Félicien David cultivait encore cet été. Puissentelles vous porter bonheur I »
La perte de ce musicien ne fut pas la seule que subit alors rOpéra-Oômique. Les années 1875 et 1876 avaient été marquées par une véritable série de deuils. C'est. un bilan nécrologique à dresser où se retrouvent bien des noms de serviteurs illustres ou modestes qui avaient contribué à la prospérité de la maison. C'étaient, par ordre de dates : en 1875, outre Georges Bizet, le 4 mars, Lemonnier qui avait créé le rôle de Comminges dans le Pré aux Clercs et qui s'était retiré du théâtre après vingt ans de service à l'Opéra-Comique ; le 16 avril, Couderc, l'un des comédiens les plus accomplis qu'ait connus la salle Pa- Tart, à laquelle il avait appartenu, sauf une petite interruption de quelques années, de 1842 à 1870, mourant à Paris, âgé de soixante ans, après avoir compté dans sa carrière presque autant de succès que de rôles; le 17 avril, M"** Vanden Heuvel, née Caroline Duprez, la première Catherine de VÉtoile du Nord, décédée à Paris à l'âge de quarante-trois ans ; le 11 septembre, Marie Cico, la première Lallar Roukh, décédée à Neuilly, à l'âge de trente-deux ans ; le 5 novembre, Palianti, qui, tout ensemble artiste et régisseur, appartenait depuis 1835 àTOpéra- Comique ; le 23 décembre, Saint-Georges (Jules- Henry, Vernoy de), l'un des librettistes attitrés de
rOpéra-Oomique, et le plus fécond après Scribe. — En 1876, outre Félicien David, le 8 janvier, Deloffre, chef d'orchestre de TOpéra- Comique depuis 1860 ; le 23 août, à Bruxelles, Inchindi (de son vrai nom Hennekindt), le créateur de Max dansée Chalet^ né à Bruges le 4 mars 1798, et entré à TOpéra-Oomique en 1834 ; le 27 octobre, à Marseille, âgée de vingt-six ans, Marguerite Priola (de son vrai nom Polliart) ; en novembre, M"*« Félicia More Pradher (ou plutôt Pradère), née à Oarcassonne le 6 janvier 1800, et morte à Gray, après avoir été pendant vingt ans Tune des étoiles de l'Opéra-Oomique, où elle créa le principal rôle de VÉclair, de Lestocq^ du Chalet, et de maint autre ouvrage applaudi ; enfin, le 31 décembre, Gustave Lafargue qui, pendant plusieurs années,, avait été le secrétaire-général du théâtre et s'y était concilié d'unanimes sympathies.
Dix jours avant cette fin prématurée, le 21 décembre, la charité parisienne avait organisé à la salle Pavart une matinée à laquelle avaient pris part le Théâtre-Français avec la Joie fait peur, l'Odéon avec la Demoiselle à marier et une foule d'artistes, MM. Dumaine, Laferrière, Bouflfé, Gailhard, Oapoul, Puget, Oaron, Mounet, Berthelier, Max Simon, M^et Marie Laurent, Céline Montaland, Théo, Thérésa, Judic, Zulma BoufiFar. Tous et toutes étaient venus apporter Tobole de leur talent à cet excellent comique de la Porte-Saint-Martin, qu'on appelait familièrement « le gros Laurent » et que le triste état de sa santé contraignait à quitter pour jamais la scène. La recette, ce jour-là, s'éleva au chiffre de 16,756 francs ; TOpéra-Comique n'en pouvait, pour son compte, encaisser de pareilles. Il était condamné à subir encore les suites de la malchance, et
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ce n'est guère qu'à la fin de Tannée suivante, après la Surprise de V Amour et aux approches de l'Exposition universelle de 1878, que le mauvais sort parut définitivement conjuré pour la nouvelle direction.
Tout d'abord, M, Oarvalho eut maille à partir avec ses choristes hommes qui, le 24 décembre, veille de Noël, s'étaient mis en grève après- le premier acte de la Dame blanche, sous couleur de service religieux, et avaient ainsi quitté le théâtre pour l'église. Les quatre premiers jours de l'année, ils prolongèrent la lutte, refusant de chanter en scène, et le public, bon enfant, se passa d'eux sans trop se plaindre. Il fallut la menace d'un procès avec demande de résiliation et 2,000 francs de dommages et intérêts à chacun d'eux pour les faire rentrer dans le devoir ; seul, leur chef, M. Minard, paya pour tous en perdant sa cause devant le tribunal, au mois de mars suivant. Quelque temps après, ils perdaient encore contre leur ancien directeur, M. du Locle, un autre procès qu'ils avaient intenté, eux et les musiciens de l'orchestre, à raison du non-paiement de leurs appointements pendant la période de clôture de 1876. Ils réclamaient deux mois de traitement sur quatre, sous prétexte que, le théâtre venant à fermer, ils étaient restés néanmoins liés à la direction pendant deux mois, et que, n'ayant pu ainsi contracter d'engagement, ils avaient droit à une indemnité. Malheureusement pour eux, l'article 12 de leur contrat était ainsi conçu : « En cas de clôture du théâtre, de suspension continue du spectacle par suite d'incendie, d'épidémie, d'émeute, de révolutions, de réparations à la salle ou pour quelque cause que ce soit, dépendante ou non de la volonté du directeur, mes appointements ne me seront point dus ; mais dans le cas où la clôture s'étendrait au delà de
deux mois, je me trouverai libre et le présent engagement sera rompu. » Leur signature au bas d'un tel papier obligeait le tribunal à leur donner tort.
Pendant ce temps, M. Garvalho poursuivait la série des reprises et des débuts, les unes servant le plus souvent aux autres. Ainsi, le 15 janvier, on revit la Fête du village voisin, dont nous avons, par anticipation, donné et le nombre de représentations, et le nom des interprètes. Parmi ces derniers, deux faisaient leurs débuts, M. Boyer (rôle d'Henri), et M"® Eigenschenck (rôle de Rose) ; mais tous deux se retirèrent avant la fin de Tannée. Le premier, qui avait quitté le Théâtre-Lyrique avant même d'y débuter, avait eu des succès jadis au Conservatoire, et conduisait avec art une voix de baryton assez frêle : la seconde, petite femme à la mine éveillée, pouvait, par l'intelligence de son chant et de son jeu, tenir avec succès l'emploi de soubrette; mais M*^' Henriette Lory était devenue peu de temps avant son engagement M"^ Eigenschenck, et elle ne tarda pas à préférer aux soucis brillants du théâtre les joies modestes du ménage.
Pour cette reprise et ces débuts, M. Oarvalho avait négligé d'inviter la critique qui se plaignit d'un tel oubli, observant qu'une pièce, non jouée depuis 1859, méritait les honneurs et Tattention de la presse. C'est là justement ce que songeait peut-être à éviter M. Oarvalho ; il avait remonté l'œuvre beaucoup en vue des interprètes, pour Duwast (de Neuville), pour Mlle Vergin (M™* de Ligneul), et très peu en vue de l'œuvre elle-même dont on pouvait trouver les charmes un peu flétris. Il est toujours dangereux en effet de provoquer des jugements nouveaux sur des ouvrages anciens ; un secret penchant nous pousse à
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voir les choses selon l'optique du jour, et.jiar haiue ou ignorance du passé, à blâmer volontiers ces sortes d'eshumations. D'autre part, il serait regrettable de faire autour d'elles la conspiration du sileuce, et la solution la plus pratique, à notre avis, serait encore d'adopter un moyen terme, et de faire un service de places à ceux-là seuls qui le demanderaient. Huit jours plus tard, le 23 janvier, la presse n'eut plus à exprimer pour Cendrillon les mômes doléances que pour la Fête du village voisin ; elle fut convoquée pour cette reprise du vieil ouvrage de Nicolo, et le traita d'ailleurs avec une indifférence mêlée de dédain. On ne l'avait pas entendu depuis 1848 ; un moment, il avait été question de le remonter en 1862 avec Warot, Orosti, 8ainte-Poy, Prilleux, M"*' Pannetrat, Ferdinand et Marimon ; en 1 877, on avait choisi comme interprètes Nicot (le prince), Villard (Alidor), Legrand (Dandini), Thierry (le baron), M"" Pranck-Duvernoy (Clorinde), Chevalier (Tisbé), Julia Potel [Cendrillon). Cette dernière, élève de Mœ* Oarvalho, et de son père qui tenait encore au théâtre l'emploi de triai, débutait dans ce rôle qui convenait à ses dix-sept ans ; mais, malgré l'impression favorable qu'elle avait produite, elle quitta la salle Favart, dès cette année même, comme son camarade de début, M. Villard, un baryton à la voix agile et bien timbrée, qui avait passé par le café-concert de Bataclan avant de dire, et avec un réel succès, le chant du Muezzin au Cirque d'Hiver, lorsque Pasdeloup y avait donné quelques auditions du Désert.
Si l'on ajoute aux 23 représentations de Gendrillon en 1877 les 106 qu'elle avait obtenues de 1S45 à 1843, on arrive au total de 129 qui résume sa carrière, honorable en somme, à la salle Favart. Mais il est juste
d'ajouter que, pour cette dernière reprise, une bonne part du succès était allée à un intermède chorégraphique, non prévu par l'auteur. On avait en effet, sous le titre de ballet des « Saisons », intercalé dans le second acte un divertissement dont la musique n'émanait pas de Nicolo. C'était une gavotte de Lully (168U), un rigaudon de Desmarets (1694), une passacaille de Mion (1747), une forlane de Gossec (1778), tous morceaux extraits d'Airs à danser^ recueillis par Th. de Lajarte. Tout se passait en outre au temps de Louis XIV et Ton avait, dans ce nouveau cadre, habillé la nouvelle Cendrillon à la mode de son père Charles Perrault. L'histoire y trouvait son compte et peut-être aussi la direction qui probablement utilisait ainsi des costumes, restés sans emploi, depuis la fin beaucoup trop prématurée du Roi Va dit.
Quelques autres reprises et débuts occupent encore ce premier trimestre de Tannée 1877, mais sans éclat d'ailleurs. Le 21 janvier, MU» Donadio-Fodor débutait dans la Fille du régiment, et M^* Marie Mineur dans la Dame blanche, La première, fille et petitefille de chanteuses, ne put se faire agréer du public parisien, et quitta le théâtre l'année suivante. La seconde partit presque aussitôt. Sortie du Conservatoire en 1869 avec un premier prix, elle avait chanté en Amérique, en Belgique et en province, non sans succès, car elle possédait une assez jolie voix ; elle ne fit que passer à la salle Favart, où elle n'avait pas été, du reste, régulièrement engagée, et, quinze jours après, le 5 février, elle cédait son rôle d'Anna à Mi»« Derval, une débutante de l'année précédente. Dans Mignouj M^i* Fechter ne se montrait guère plus heureuse, le 14 mars ; la fille du comédien qui, dans
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la Dame aux camélias^ avait été le premier Armand Duval, abordait la scène pour la première fois ; les leçons de Faure et de Délie- Sedie n'avaient pas réussi à lui donner encore l'expérience et, avant la fia de l'année, elle ne comptait déjà plus parmi les pensionnaires de la salle Favart^
La reprise de Zampa (8 février) avec Stéphanne (Zampaj, Fùrst (Alphonse), M"*" Brunet-Lafleur (Camille), Ducasse (Bita), et celle de Gille et Gillotin (2 mars), avec M"® Ducasse (Gillotin) et M. Barré (Oille) remplaçant Ismaêl, gui avait quitté le théâtre» toutes ces soirées, y compris le grand bal annuel du 3 mars au bénéfice de la caisse de secours des artistes, n'étaient que des hors-d*œuvre, ou, si l'on veut, les préliminaires de la grosse partie qui devait être livrée avec Cinq-Mars. Le triomphe rêvé ne fut pas obtenu, mais on n'eut pas non plus à déplorer une chute et, avec ses cinquante-sept représentations, Tœuvre nouvelle prit rang parmi les plus honorables succès d'estime.
A dire vrai, le choix du sujet laissait à désirer, comme aussi la façon dont il avait été traité. Un amateur et ami du compositeur, M. Paul Poirson, avait découpé tant bien que mal un scénario dans le roman célèbre d'Alfred de Vigny, et M. Louis Gallet s'était chargé d'en faire un livret d'opéra. Mais, pour qui connaît ce roman, les personnages paraissent à la scène singulièrement diminués, les faits de Thistoire fâcheusement altérés ; pour qui l'ignore, l'action trop resserrée manque de vraisemblance et d'intérêt. Pourtant, cette aventure avait séduit jadis Meyerbeer lui-même. Les manuscrits, achetés il y a quelques années à Berlin et conservés aujourd'hui à la Biblio* thèque de l'Opéra de Paris, nous montrent que le
grand compositeur avait mené assez avant cet ouvrage, antérieur aux Huguenots et destiné très probablement à rOpéra-Comique. La couleur sombre du tableau ^vait contribué à le détourner de sa tâche qu'il laissa inachevée ; elle n'effraya point M. Gounod qui, pour séduire le public, comptait sur le charme de ses mélodies et l'abondance de ses improvisations, s^il est vrai, comme le bruit en courait alors dans les journaux, qu'il avait mis seulement six semaines à écrire la partition de ce drame lyrique en quatre et cinq tableaux, où le « parlé » se bornait tout juste à quelques mots par acte.
Pour arriver à cette soirée de Cinq-Mars qui, bizarre coïncidence, eut lieu le cinq avrils le directeur avait travaillé juste autant de semaines que le compositeur, et donné la pieuve de son activité, car les obstacles n'avaient pas manqué sur la route. La distribution, notamment, avait été Tobjet de bien des hésitations depuis le 10 janvier, jour de la première lecture aux artistes. Les deux principaux rôles étaient confiés à deux débutants : Cinq-Mars, M. Dereims ; Marie de Gonzague, M"* Ohevrier. Ancien lauréat du Conservatoire où il avait remporté un premier prix, M. Dereims avait débuté jadis à l'Âthénée, puis couru la province et l'étranger, épousant en chemin la sœur de M"* Pidès-Devriès, M"' Jeanne Devriès qu'il était question d'engager alors à l'Opéra-Comique. Doué d'un physique avantageux et chanteur intelligent, il personnifiait à merveille M. le grand-écuyer ; mais il aspirait sans doute à de plus hauts lauriers, car l'année suivante, il partait pour Lisbonne, avec sa femme, dans le dessein d'y chanter le grand répertoire, et revenait ensuite prendre place à l'Opéra. Élève de Duprez, M"* Chevrier n'avait jamais abordé
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la scène ; brune avec de beaux yeux noirs, elle avait une voix chaude qui plut assez pour qu'on fondât de sérieuses espérances sur elle ; mais pendant les trois ans qu'elle demeura salle Favart, elle eut la mauvaise chance de créer le principal rôle de pièces dont aucune ne put se maintenir au répertoire : Cinq-Mars^ la Statue, les Noces de Fernande, la Courte Échelle.
Pour le père Joseph, rôle de basse important, M. Gounod souhaitait Obin ; celui-ci ayant renoncé pour toujours à la scène, ce fut Queulain qui répéta et Giraudet qui joua finalement. Pour De Thou, on demandait un baryton à tous les échos d'alentour ; on avait songé un instant à un frère de M** Dereims^ M. Devriès, qui chantait à Liège; puis on avait fait répéter Dufriche; bref, on choisit un ténor dont la voix pouvait descendre assez bas, M. Stéphanne, et le rôle fut un peu remanié à son intention. Pour Marion de Lorme, M*i* Vergin, désignée d'abord, quitta le théâtre afin d'aller au Lyrique et ce fut M"* Pranck-Duvernoy à qui l'on confia les vocaliseS" de la partition. Pour Ninon de Lenclos, M^^*^ Périer,. débutante assez obscure, avait été désignée de préfé^ rence à M}^^ Clerc; c'était une chanteuse d'opérette qui avait quitté les Bouffes afin de chercher fortune en Russie, et qui, entrée à l'Opéra-Oomique, en sortit avant la fin de l'année. Un autre débutant, Ghenevière, qui devait tenir jusqu'en 1885 l'emploi modeste des seconds ténors, figurait Montglat ; Barré enlevait à merveille les couplets réussis de Fontrailles, et M*** Philippine Lévy tenait agréablement le court mais joli rôle du berger chantant, dans le divertissement.
La mise en scène n'avait pas donné moins de tracas que la distribution ; les coupures avaient été nom-^
breuses, et Ton avait supprimé notamment tout un tableau, le deuxième, qui se passait à Perpignan. Il n'était pas jusqu'aux choristes, ces fameux choristes qui faisaient des procès, et avec les opinions politiques desquels il avait fallu, prétendait-on, compter. Us devaient, au finale du second acte, célébrer le trône et l'autel dans un grand chœur où se trouvaient ces mots « Sauvons la Noblesse et la France ! » Comme ils montraient aux répétitions peu d'entrain : « Vous ne chantez pas avec assez de vigueur I » leur dit un jour M. Oarvalho. « Dame ! répondit l'un d'eux, c'est que ce n'est guère agréable pour de vrais républicains comme nous de chanter des choses semblables I » — « Eh ! bien, figurez-vous que vous <ïhantez la Marseillaise t » repartit spirituellement le directeur, et désormais toute mollesse cessa tant et si bien que, le premier soir, la scène fut bissée avec enthousiasme.
Sans classer ce nouvel ouvrage de M. Gounod parmi ses meilleurs, on convint généralement qu'il contenait quelques pages remarquables et surtout un charmant ballet épisodique mettant en action la « Carte du Tendre» dans une fête galante chez Marion de Lorme. En somme le théâtre réalisa, grâce à Cinq- Marsy quelques belles recettes, et assura ainsi ses spectacles durant les mois d'avril, mai et juin. Pendant ce temps, M. Carvalho avait pu monter deux pièces que sa bonne volonté plus que son intérêt lui avait conseillé de mettre à la scène.
L'une, Mam'zelle Pénélope^ paroles de M. H. Boisseaux, musique de Lajarte, était un lever de rideau qu'il avait fait jouer jadis au Théâtre-Lyrique, et dont il se souvenait maintenant pour remercier sans doute le compositeur de la part musicale qu'il avait
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prise à la récente reprise de Gendrillon et des soin» qu'il allait donner à la bibliothèque de ropiira- Comique dont la direction venait de lui être confiée. Mam'zelte Pénélope, revue ainsi le 8 juin, ajouta dix représentaliofls à son actif, et mourut sans bruit comme elle était née, car on n'avait pas même pris la peine d'inviter la presse pour saluer sa venue à la salle Favart et ses interprètes, Duwast (Landry), Barooll (Bobinus), Davoust (Lorrain), M"" Chevalier (Catherine).
L'autre, Bothyle, poème de M. Edouard Blau, m.usique de M. William Chaumet, était également un lever de rideau, mais d'une autre couleur et d'une autre imporLance, quoique le résultat final n'ait guère différé, avec ses neu/' représentations au lieu de dix, Bathyle est un enfant qu'Anacréon chasse de son foyer, où il l'avait accueilli, le jour où l'imprudent se permet d'aimer la blonde Mytila ; dans sou désespoir, il se tue. Mais le poète, honteux de sa propre colère, implore Cupidon, et la vie est rendue à l'enfant qui croit simplement avoir rêvé, en retrouvant à ses côtés celle qu'il aime. Sur celte gracieuse paraphrase de l'Amour mouUté d'Aiiacréon, M. William Chaumet avait brodé quelques mélodies élégantes et gracieuses ; mais une sorte de malchance semble peser sur les œuvres couronnées, et Balliyle était le produit d'un concours. Cette règle souffre d'ailleurs e-xception, puisque précisément un autre ouvrage de M. Chaumet, également couronné, mais non destiné à la scène, Hirode, écrit sur un poème de M. Georges Boyer, a obtenu, en ces derniers temps, un réel succès au grand théâtre de Bordeaux.
Dans les premiers mois de 1870, un amaleur de musique mourait qui, par testament, léguait une
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somme de 100,000 francs dont les intérêts devaient être employés à faire représenter tous les trois ans un opéra-comique en un ou deux actes. Le livret était mis également au concours et les concurrents avaient le droit ou d'adopter le livret primé ou de présenter un poème de leur choix ; quant au directeur qui daignait monter l'ouvrage, il recevait 10,000 francs pour prix de ses soins. Malgré cet appât qui, disait un malin chroniqueur, prouve que M. Dressent se méfiait de la ladrerie des directeurs, on ne s'était pas pressé d'exécuter les dernières volontés du défunt. En 1874 seulement, on choisit le livret de M. Edouard Blau, qui Pavait emporté déjà, avec son collaborateur M. Louis Gallet, dans le fameux concours d'où était sortie la Coupe du Roi de Thulé. En 1875, on couronna la partition de M. William Ohaumet, un jeune qui avait fait ses premiers pas dans la cave de TAthénée où il avait donné, le 30 décembre 1872, un acte intitulé le Péché de M. Géronte^ et c'est le 4 mai 1877 qu'on se décidait enfin à représenter Bathyle.
Si le premier produit des concours Oressent ne fit pas grand bruit dans le monde musical, il donna lieu pourtant à un incident qui eut des conséquences intéressantes pour l'histoire du théâtre. Le 3 mai, veille de la représentation, M. Lamoureux, chef d'orchestre, dirigeait pendant Taprès-midi la répétition, et jugea nécessaire de faire reprendre certains passages à ses instrumentistes ; M. Garvalho s'y opposa; de part et d'autre on menaçait de ne point céder, et finalement M. Lamoureux se retira, en donnant sa émission. Il l'avait donnée déjà au mois de février, endant une répétition de Cinq-Mars^ à la suite d'une Itercation survenue entre le compositeur et lui ; Il 15
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mais il l'avait reprise. Cette fois, il la maintint, et le soir (on jouait Cinq-Mars justement) , il quitta brusquement le théâtre et laissa la direction au second chef, M. Vaillard, qui conduisit le lendemain la pièce nouvelle. L'occasion semblait bonne à M. Gounod de mettre en pratique la théorie qu'il avait maintes fois soutenue sur le droit des compositeurs à diriger l'exécution de leurs œuvres. Du 5 au 21 mai, il vint, les soirs de Cinq-Mars, s'installer au pupitre et donner à l'ouvrage, par sa présence, une nouvelle attraction.
On devine que les candidats ne manquaient pas à la place laissée vacante. On parlait de MM. Colonne, Constantin, Maton; on s'adressait à Ernest Guiraud qui déclina l'offre ; le choix du directeur se porta enfin sur un violoniste de talent et un excellent musicien, M. Danbé, qui avait déjà conduit, non seulement aux concerts du Grand-Hôtel qu'il avait fondés, mais encore au Théâtre-Lyrique où l'avait appelé M. Yizentini.
Cette nomination se produisit aux environs de l'époque où le théâtre fermait ses portes pour les vacances annuelles. La clôture eut lieu le I" juillet, et la réouverture le 4 septembre, après des travaui de réparation dont le retard ou l'oubli aurait pu causer d'irréparables malheurs ; on s'était aperçu au dernier moment que le grand lustre de la salle n'était pas solide ; trois jours de clôture supplémentaire avaient servi du moins à écarter tout danger, et dès le lendemain la série des débuts recommençait, don! quelques-uns vraiment dignes d'intérêt.
C'étaient : le S septembre, dans Lalla-Rovkh, M'" Edith Ploux, très novice encore à la scène, mais douée d'une voix suffisante pour lui permettre d'é-
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changer, en 1879, le cadre de TOpéra- Comique contrecelui de TOpéra ; puis, le 6 septembre, dans la Dameblanche (rôle de Georges), M. Engel. Elève de Duprez, il avait paru pour la première fois en public, comme Duwast dont nous avons parlé plus haut, dans la Jeanne (TArc de son maître, où il ne tenait pas moins de trois rôles ; il avait appartenu au petit théâtre des Fantaisies-Parisiennesj; il avait accepté un engagement en Amérique, et il venait du Théâtre-Lyrique pour quitter la salle Favart quelque deux ans plus tard, réussissant à toucher au port du grand Opéra, puis finissant par reprendre sa vie errante. C'étaient encore, le 9 septembre, dans les Noces de Jeannette, M. Fugère,;un baryton venu modestement des Bouffes,, et qui n'a plus quitté la salle Favart où sa verve comique, son talent souple et fin lui ont valu de francs succès; enfin, le 20 septembre, jour où rentrait M"*« Galli-Marié et où M. Engel tenait pour la première fois, et presque à Timprovîste, le rôle de Wilhelm dans Mignon, M. Dauphin, une basse chantante qui, sous les traits de Lothario, fut loin d'être accueilli comme il Tétait naguère à la Monnaie de Bruxelles, et se retira sans plus tarder.
Quelques jours auparavant, le 17 septembre, on avait, après un silence de six années, remis à la scène VÉclair, avec Stéphanne (Lyonel), Nicot (Georges), M"*'* Ducasse (M"* Darbelj et Chevrier (Henriette). Cette reprise n'offrait, par sa distribution, rien de très rare, mais elle est la dernière que nous ayons à enregistrer dans le présent travail ; elle fournit en trois années 38 représentations, qui, jointes aux 173 données jusque-là, forment un total de 211 représentations à la salle Favart.
Si la presse avait accueilli favorablement cette re-
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prise de VÉclair, elle émit, au moins par la plume de quelques-uns de aea représentants, des doutes sur la valeur de celle des Diamants de la Couronne, le 1 1 octobre. Les interprètes, à dire vrai, n'étaient pas tous d'égale valeur : Engel (Bnrique, Robert Jourdan (Don Sébastien), Maris (ReboUedo), Potel (Oampo-Mayor), Pamart (Mugnoz), Davoust (Barbarigo), Teste (un huissier}, M="* Lacombe-Duprez (Catarina), Chevalier (Diana). Dans une pièce, et dans un rôle spécialement où le dialogue tient plus de place que la musique, Engel, plus chanteur que comédien, ne pouvait égaler Couderc plus comédien que chanteur ; il se tira pourtant de l'épreuve avec honneur, ainsi que M"* Chevalier. Mais les débutants causèrent une impression médiocre, et ils étaient trois : M"* Lacombe-Duprez, nièce du grand chanteur et fille d'un ancien clarinettiste de l'Opéra, venait de Nantes où elle tenait l'emploi de première chanteuse légère, avec un succès que Paris ne confli-ma pas, car, au bout de deux représentations, son engagement était résilié. Robert Jourdan, fils de l'ancien ténor de l'Opéra-Comique, sortait du Conservatoire où il avait obtenu un second prix d'opéra-comique, en compagnie de Talazac ; il quitta la salle Favart dès l'année suivante, sans que sa carrière eût par conséquent ressemblé en rien à celle de son père ou de son camarade d'école. Quant à Pamart, c'était un élève de Nathan pour la comédie et de M"* Laborde pour le chant, qui resta confiné dans les rôles secondaires de trial jusqu'en 1879, époque de son départ.
En dépit des pronostics, cette reprise eut son importance, si l'on songe que depuis ce moment jusqu'à l'incendie, c'est-à-dire pendant dix ans, l'ouvrage d'Auber ne quitta plus le répertoire, sauf en 1885, et
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fournit une suite de 1 1 1 représentations dont l'honneur revint alors en partie à une excellente interprète, M"* Bilbaut-Vauchelet, qui trouva dans le personnage de Catarina l'un de ses meilleurs rôles. Somme toute, Thistoire des Diamants de la Couronne pourrait se décomposer en trois périodes ou séries de représentations.
!'• série : 1841 à 1849 (avec interruption de la seule année 1844) «» 186 représentations.
2« série : 1855 à 1864 (avec interruption de la seule année 1858) = 82 représentations.
3* série : 1877 à 1887 (avec interruption de la seule année 1885)= 111 représentations.
* Ce total de 379 représentations forme un corollaire assez piquant à certains articles provoqués par cette reprise de 1877, où se lisaient des phrases comme celle-ci : « La partition est certainement une des plus médiocres du compositeur. Oette pénible soirée ne doit avoir qu'un seul lendemain... Il faut que les Diamants de la Couronne, ces diamants en strass, soient promptement remis dans Técrin d'où ils n'auraient pas dû sortir. »
De tels jugements pouvaient surprendre un peu; la Surprise de VAmour surprit bien davantage, le 31 octobre. On s'attendait à une chute, et l'on obtint un succès. Charles Monselet avait tiré de la première des deux pièces de Marivaux, données sous ce titre délicat, un opéra-comique en deux actes ; Ferdinand Poise, dont la veine mélodique semblait épuisée depuis le Corricolo et les Trois souhaits, avait retrouvé un nouveau filon et ciselé le plus charmant bijou Louis XV. Les personnages conservaient l'élégance et la sveltesse des figures de Watteau : Lélio avec son indolence et la comtesse avec sa grâce aimable
que traduisaient bien Nicot et M"** Irma-Marié ; Arlequin et Oolombine avec leur verve et leur entrain où se dépensaient à l'envi Morlet et M"' Galli-Marié. Ce fut donc un succès de poème, de musique, d'interprétation, même de mise en scène et de costumes. Des quatre chanteurs, deux se produisaient pour la première fois à la salle Favart : Morlet, qui pour la comédie avait reçu les leçons de Coquelin avec lequel il avait d'ailleurs quelque ressemblance physique, arrivait de la Monnaie de Bruxelles où Ton prisait fort sa voix de baryton bien timbrée et son jeu plein de chaleur ; mais, curieux contraste, il devait finir précisément par où avait commencé un de ses camarades de la salle Favart, qui avait débuté ^omme lui en cette année 1877 ; Fugère avait quitté les BoufiTes pour TOpéra-Comique ; Morlet, trois ans plus tard, en 1880, quittait TOpéra-Comique pour les Bouffes et contribuait au succès de la Mascotte^ cette Dame blanche des opérettes I L'autre débutante, M"® Irma-Marié avait chanté déjà un peu partout, aux Bouffes, aux Variétés, au Théâtre-Lyrique, au Ohâtelet, même au Gymnase en 1869, mais jamais, disait-on, à côté de sa sœur aînée, M"' Galli-Marié, qui, elle aussi, avait beaucoup voyagé, et Ton s'explique ainsi cette boutade d'un journaliste, écrivant dans une de ses spirituelles chroniques : « Leur rencontre sur la scène de TOpéra-Comique est au moins aussi extraordinaire que le serait celle de deux Juifs errants parcourant le globe au hasard, et l'on s'imagine sans peine l'effusion touchante qui a dû s'ensuivre, lorsqu'elles se sont vues subitement en face l'une de l'autre à la première répétition. » Peut-être fallait-il à cette petite pièce, pour la maintenir sur l'afOche, le secours d'une interprétation spéciale et
hors ligne ; le fait est qu'en dépit de son premier accueil et des éloges prodigués tout d'abord, elle s'éteignait dès l'année suivante au bout de 35 représentations.
A cette intéressante nouveauté succédèrent, le 3 novembre, deux reprises d'un intérêt très divers, les Travestissements et le Déserteur. L'acte de Grisar, négligé depuis 1842, avait été joué dans l'intervalle au Théâtre-Lyrique, non pas en 1854, comme une faute d'impression nous l'a fait dire dans notre premier volume, mais en 1851, puis aux Foliea-Nouvelles. A la salle Pavart, sa carrière comporte deux parties sensiblement égales : de 1840 à 1842, 25 représentations, et de 1877 à 1878, 26 représentations, soit un total tout Juste estimable de 51. L'ouvrage de Monslgny, négligé depuis 1860, mais joué ailleurs dans l'intervalle, lui aussi, comporte également deux séries : de 1843 à 1860, 269 représentations; de 1877 à 1885 et non en 1887 comme nous l'avons également imprimé par erreur, 65 représentations, soit un total de 334 soirées dans la seconde salle Favart.
Quelques jours après la remise au répertoire de ces deux vieux ouvrages, la grande nouveauté de l'année reparut le 15 novembre, revue, corrigée et même augmentée. La division de Cinq-Mars en cinq actes au Heu de quatre ; l'addition d'un allegro dans l'introduction servant d'ouverture ; la suppression du grand air à roulades chanté par Marion Delorme dans le tableau épisodique du « Pays du Tendre » ; une cavatine pour le baryton au troisième acte, et un juatuor intercalé au milieu du finale de la chasse, ïhanté par le frère Joseph, Marie de Gonzague, le iiol et l'ambassadeur de Pologne, repris ensuite par e chœur, telles étaient les principales variantes
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apportées par le compositeur à son œuvre. L'interprétation avait subi, elle aussi, d'importantes modifications. Déjà, bien avant Tinterruption de la clôture annuelle, plusieurs rôles avaient changé de titulaires. Le 10 avril, Stéphanne avait remplacé Dereims comme Cinq-Mars, et Dufriche Stéphanne comme de Thou ; M"» Ohevrier avait cédé le personnage de Marie de Gonzague, en mai, à M"* Fechter, et, en juin, à M"« Brunet-Lafleur ; ce même soir (7 juin) M"® Chevalier acceptait à Timproviste le rôle de M"* Franck-Duvernoy. En novembre, Dereims, Giraudet et M^*« Chevrier, remplacée peu après par M"* Edith Ploux, reprirent d'abord les rôles qu'ils avaient créés; mais on substitua Fugère à Barré, Robert Jourdan à Lefèvre, M"» Donadio-Fodor à M"*' Franck-Duvernoy, engagée ainsi que son mari au Théâtre-Lyrique, M"' C|erc à M"® Périer et Strozzi à Stéphanne. Ce dernier était un Belge, nommé Adrien Stroheker, qui avait fait ses classes au Conservatoire de Paris, et remporté de brillants succès à l'étranger, notamment en Italie, sous le pseudonyme de Strozzi; la réputation dont il était précédé se confirma si peu qu'on dut, quelques jours après, résilier son engagement.
Deux autres débuts avaient eu lieu vers le môme temps, avec un résultat tout différent. Le 30 octobre avait paru dans Zampa (rôle de Camille), W^^ Oarol, qui sortait du Conservatoire, où elle venait de mériter un second prix de chant (classe Barbot) et un premier accessit d'opéra (classe Obin) ; elle ne parvint pas, il est vrai, à se créer une situation importante à la salle Favart, qu'elle quitta en 1880. Mais le 5 décembre, on applaudit une débutante qui pouvait justement prétendre au premier rang, où l'appelaient
les dons naturels les plus rares et les mieux cultivés. Musicienne exceptionnelle, car elle jouait également du violon et du piano, M"* Bilbaut-Vauchelet avait obtenu en 1875, au Conservatoire de Paris, un premier prix de chant et un second prix d'opéra-comîque, puis s'était consacrée d'abord au professorat à Douai, sa ville natale. En paraissant à la scène, deux ans plus tard, sous les traits d'Isabelle, dans le Pré aux Clercs^ elle conquit du premier coup tous les suffrages par la distinction de sa personne, la sobriété de son jeu, la pureté de sa voix et Texcellence de sa méthode. C'était pour TOpéra-Comique une recrue précieuse, dont les services doivent être notés en bonne place dans les annales du théâtre.
Quinze jours après ce début important, une matinée lyrique et dramatique venait, à la date du 20 décembre, rappeler le souvenir d'une ancienne gloire de l'Opéra- Oomique, M"' Casimir, alors vieille et peu favori:: ée par la fortune. Ce n'était pas la première fois, nous Tavons constaté, qu'on organisait pour elle une représentation de retraite, mais ce fut la dernière. La Surprise de l'Amour avec la troupe de l'Opéra-Comique, un Cas de conscience avec Febvre et M"« Favart, Mademoiselle LiZiavec la troupe du Vaudeville, etun intermède où se succédèrent Capoul, le chanteur comique Desroseaux et la bénéficiaire elle-même, formaient les éléments de cette solennité, dont le produit, malheureusement, n'enrichit guère celle à qui il était destiné, car il atteignit tout juste le maigre chiffre de 2,205 francs.
Ce fut le dernier fait digne de mention pour cette année 1877, pendant laquelle il nous faut enregistrer encore plusieurs décès : celui d'un auteur souvent applaudi, Thomas Sauvage, mort à Paris le 2 mai, à
rage de soixante-treize ans, et ceux de quatre artistes ayant fait partie plus ou moins longtemps de la troupe; Sainte-Poy, de son vrai nom Charles-Louis Pubereaux, né à Vitry-le-Françoisle 13 février I8i7et mort à Neuilly le 1" avril 1877; Monjauze, mort à Meulan, le 8 septembre (cinquante-trois ans) ; Charles Achard, frère puîné de Léon Achard, lelOseptembre à Dijon, où il était devenu directeur du Conservatoire, après avoir renoncé à la scène (trente-huit ans); M"" Baretti, à Paris, 15 décembre (trente-neuf ans).
En cette année 1877, les débuts farent, on l'a vu, exceptionnellement nombreux ; aussi, bien que nous les ayons mentionnés dans un ordre àpeuprès chronologique au cours du présent chapitre, on ne les relira pas sans curiosité, réunis et formant un' groupe compact de ringfi-sepf noms : MM. Boyer, Villard, Dauphin, Strozzi, M"*" Eigenschenck, Marie Mineur, Julia Potel, Fechter, Périer, Lacombe-Duprez ; MM. Dereims, Maris, Chènevière, Engel, Fontenay, Fugère, RobertJourdan, Morlet,Pamart, Prax; M"*^ Donadio- Fodor, Chevrier, Edith Ploux, Irma Marié, Carol, Clerc, Bilbaut-Vauchelet,
Les dix premiers s'éloignèrent dans Tannée et furent suivis dans la retraite par MM. Duvsrast, Duvernoy, Lefèvre, Thierry, Valdéjo, M"**' Brunet- Lafleur, Franck-Duvernoy, Derval, Dortal, Vergin : ce qui produit un total de 21 partants pour 27 arrivants.
Ces chiffres montrent de quel côté s'était tournée Tactivité du directeur. Il s'occupait surtout de reconstituer sa troupe, reprenant quelques ouvrages pour permettre aux nouveaux venus de s'essayer, multipliant mais ne prolongeant pas ces essais, et
renonçant Ië*plua vite possible aux sujets qu'il reconnaissait médiocres ou inutiles à sou théâtre. Or, la presse, de voyant pas encore les résultats de cette campagne, le harcelait vivement, et plusieurs se faisaient remarquer par l'aigreur de leurs attaques. Lies uns lui reprochaient ironiquement de présenter comme des nouveautés la Dame blanche ou Zampa, et d'avoir l'air de découvrir Hérold ou Boieldieu; les autres remarquaient sèchement qu'avec Cinq-Mars, Bathyle, M am'zelle Pénélope et la Surprise de l'Amour, les dix actes nouveaux et réglementairement exigés par le cahier des charges n'étaient pas atteints, même en comptant Cinq-Mars pour cinq actes, et Mam'zelle Pénélope pour ixnt œuvre inédite.
Dans son rapport sur le budget des Beaux-Arts, présenté à la Chambre des députés, M. Tirard s'associait en partie à ces critiques lorsqu'il écrivait : -a Sans méconnaître la situation particulièrement difficile de l'Opera-Comique, et sans vouloir user d'une rigueur excessive, votre commission estime cependant que l'administration ne devra consentir que dans une faible mesure ta diminution de ces obligations. Il ne faut pas perdre de vue, en effet, que les subventions accordées par l'État ont pour but principal de favoriser l'interprétation des œuvres des jeunes auteurs et qu'il importe, par conséquent, de ne pas les sacrifier complètement aux œuvres de l'ancien répertoire, » A ce blâme indirect, le rapporteur apportait du moins uq tempérament assez juste lorsqu'ilajoutait: a L'administration desBeaux- Arts, eu égard aux difficultés qu'a rencontrées le ■directeur au début de son entreprise, a pensé qu'il était nécessaire de lui accorder un certain crédit et de ne pas exiger, pour la première année, la totalité
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des pièces nouvelles imposées par le 'cahier des charges. »
Une année n'était pas perdue, en eifet, lorsqu'elle avait rappelé, pour ainsi dire, à la vie théâtrale, un petit mallre et un grand, depuis longtemps silencieuz ; lorsqu'elle avait mis en lumière des artistes tels que MM. Engel, Dereims, Fugère et M'" Bilbaut» Yauchelet. Sans doute, les résultats financiers n'étaient pas encore très brillants ; toutefois, de 912,794 fr. 85 en 1876, ils passaient à 931.302 fr. 87, donnant ainsi, pour 1877, une augmentation de 18,508 fr. 02. M. Carvalho avait semé pour recueillir, et, presque aussitôt^ la récolte donna des fruits inespérés. Le public avait rappris le chemin du théâtre, et l'année de l'Exposition Universelle allait rouvrir une ère de prospérité que n'avait pas connue la précédente direction et qui compte parmi les plus fructueuses dans l'histoire de la seconde salle Favart.