‹ Histoire de l'Opéra-Comique: La seconde Salle Favart--1840-[1887]Chapitre 12 sur 22 · VI»«^-.^^,'-" 'T · texte numérisé non relu

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11 inaugurait ipsiv le Triomphe de la paix, de M. Samuel David, des auditions « en habit noir » destinées à rinsuccès, et montait le Capitaine Fracasse de M. E. Pessard, qui méritait de vivre ; bientôt il succombait à la tâche, et arrétaitle 8 août lamarche des spectacles. Désireux de jouer les Amants de Vérone^ où d'ailleurs il se montra parfait, Oapoul reprenait l'affaire à son compte, sous le nom de Théâtre- Ventadour ; mais le 15 décembre 1878, l'ouvrage du marquis d'Ivry était suspendu à la vingt-huitième représentation, et Ton apprenait qu'un financier, M. de Soubeyran, avait acheté Timmeuble au prix de trois millions cent quarante miJle francs. C'en était .fait du même coup et du Théâtre-Italien et du Théâtre- Lyrique. L'un et l'autre ne devaient plus renaître qu'à de rares intervalles, et avec des chances diverses. Leur cours régulier était interrompu ; l'État n'apportait plus son concours sous forme de subvention, et ces apparitions momentanées, suivies d'éclipsés prolongées, ne pouvaient, sauf de rares exceptions, durer que le temps nécessaire aux imprudents directeurs pour user leur patience et leurs fonds.

Il est superflu d'insister ici sur l'importance du vide -cdiusé par cette double disparition. Le Théâtre-Italien, un peu modifié, aurait pu avoir pour mission d'importer en France les œuvres non seulement de l'Italie, mais de l'Allemagne et de la Russie ; il était même appelé, en devenant a international », à rendre forcément d'importants services. Quant au Théâtre- Lyrique, il est depuis longtempsjugé indispensable, et tout le monde demande qu'il renaisse, quoique d'ailleurs personne ne l'aide à vivre. Or la perte de ces deux rivaux était un double gain pour l'Opéra- Comique. Le public, chassé de Ventadour, refluait

tout naturellement vers la place Boieldieu, et le sur- Tivant trouvait de quoi s'enrichir dans les dépouilles clés défunts. M. Garvalbo s'adjoignit en effet plusieurs artistes qui allaient obtenir^ grâce à lui, de grands «uccès : tels MM. Talazac, Taskin, Grivot, M"" Heilbron, Engally et Mézeray. En outre, il recueillit des ouvrages que M. Vizentini avait reçus et dont quelques-uns devaient ainsi fournir une carrière honorable ou même brillante sur une autre scène que celle à laquelle leurs auteurs les avaient destinés. Laissant de côté la Courte Échelle et V Aumônier du régi" mentf citons la Statue, Psyché que devait interpréter Bouhy, Jean de Nivelle^ reçu dès 1877, et les Contes d'Hoffmann, distribués la même année à Bouhy, Lhérie, Grivot, M"*" Heilbron et Engally. On voit que l'héritage du Théâtre-Lyrique avait son prix.

Quelques mois s'écoulèrent avant que l'Opéra-Oomique le recueillît, car la première partie de l'année fut presque tout entière occupée par des remises au répertoire d'ouvrages anciens nouvellement distribués. Le 10 janvier, on reprit les Mousquetaires de la Reine, avec M"*** Ghevrier (Berthe), Decroix (la grande maîtresse), Bilbaut-Vauchelet, à qui le rôle d'Athénaïs servait de second début, MM. Barré (Biron), Dufriche (Roland) et Engel, succédant à Dereims, qui avait répété le rôle d'Olivier jusqu'à la répétition générale inclusivement, et s'était trouvé au dernier moment dans l'impossibilité de chanter. A cette époque on écrivait déjà: « M. Engel, c'est l'homme-ressource, le ténor en tout cas, le Deus ex anac/iinaquiapparaît toujours subitement pour sauver la situation. Dès qu'un de ses camarades est subitement atteint d'un enrouement, d'un rhume ou d'un

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mal de gorg6, M. Eagel qui, lui, ne s'enrhume jamais, est immédiatement af&ché, sans qu'on songe môme à lui demander avant ^'îl sait le rôle. Ce serait d'ailleurs inutile. M- Engel sait tout, s Les années ont passé et ses exploits dans ce genre ont eu l'Opéra pour théâtre; il est demeuré le terre-neuve des pièces en souffrance et la providence des directeurs dans l'embarras.

L'ouvrage d'Halëry subit, le 26 juillet, un changement de distribution ;Stéphanne prit la place d'Eogel, et M'" Ploux celle de M"' Bilbaut- Vauchelet ; les rôles de Berthe et de Roland échurent à deux débutants, M"" Dumas-Perretti et M. Ghoppin. La première, quoique déjà madame, avait encore l'apparence d'un enfant, et sa voix semblait aussi frêle que sa personne. Le second, doué d'un bon orgaae de basse, arrivait de Touloase, mais sans posséder l'aplomb qu'on est convenu de prêter à ses compatriotes ; son émotion ne permit guère d'apprécier son talent, et l'épreuve n'eut pas de lendemain : les deux nouveaux venus n'avaient paru que pour disparaître aussitôt.

Après les Mousquetaires de la Reine, on revit les Diamants de la couronne briller d'un éclat tout nouveau le 15 février, avec M"* Bilbaut-Vauchelet, dont le talent, fait d'élégance et de charme, reçut alors la pleine sanction d'un succès unanime. Avec elle et M"° Mézeray, qui reprit le rôle le 25 décembre, [avec Legrand et Fugère remplaçant Robert Jourdan et Potel, qui quittaient le théâtre, avec les autres artistes qui avaient figuré dans la dernière reprise, les deux seules représentations de l'année précédente se changèrent en cinquante-deux, cette année-ci, Fra~ Diavola reparut, lui aussi, le 1" mars, avec M"» Dur

casse (Zerlioe), Nicot (Lorenzo), et, dans le rôle principal, Dereims, qui peu après devait résilier, ainsi que sa femme, laquelle, engagée, a'avail jamais débuté.

Entre temps, le 19 janvier, M. Emile Pessard abordait une seconde fois l'Opéra-Comique avec un acte en vers, intitulé d'abord le Chariot et finalement le Char. Il avait pour librettistes deux fins poètes et lettrés délicats, Paul Arène et Alphonse Daudet, qui d'ailleurs travestissaient sans le moindre respect l'histoire et la philosophie, en la perï^onne d'Alexandre et d'Aristote. Le jeuneprlnce contait tleurette à uue belle esclave, et l'esclave bernait le pn^cepteurqui voulait s'interposer, en finissant par lui mettre le mors aux dents et l'atteler à un char sur lequel elle montait, ainsi que son jeune amoureux: posture fâcheuse, qui réduisait le philosophe au silence et l'obligeait à cacher au père les fredaines de son fils. Cette petite ' histoire dont la morale, renouvelée des Grecs, est que l'amour courbe iuililléremment sous ses lois barbes grises et mentons imberbes, avait été contée assez gaiement par le compositeur, qui, le soir delà première, laissait deviner quelque émotion. Alphonse Daudet ne pouvait le rassurer, car, se souvenant sansdoutequ'ilavaitëcrit les Absenfs pour rOpéra-Oomique, il brillait ce soirlà par son absence. C'était donc l'eicellent frère, qui a toujours fait mentir le vers bien connu

It n'est pour se hair rien tel qu'âtre parents,

c'était Hector Pessard, alors directeur de la presse au ministère de l'intérieur, qui tenait ces propos encourageants:

« Que crains-tu? ça va à merveille, ton Char mar-» chera comme sur des roulettes...

— Eh parbleu I — ripostait Emile — je comprends que cela te paraisse peu de chose, à toi qui es attelé au char de l'Etat ! »

Malheureusement, ce musicien semble affligé d'une déveine persistante, et, cette fois encore, malgré l'entrain de sa partition, malgré les bons interprètes qui s'étaient attelés, c'est le cas de le dire, à sa cause, Maris, un amusant Aristote, remplaçant Bernard qui avait dû créer le rôle,M"«* Galli-Marié et Irma Marié, réunies comme dans la Surprise de V Amour, suppléées peu après par M"*" Chevalier, Ducasse et Clerc, mais figurant tout d'abord un espiègle Alexandre et une gracieuse Briséis, le Char s'embourba et ne put rouler que quatorze fois.

Tout autre devait être la fortune de VÉtoile du Nord, ouvrage qui semble le complément obligé des Expositions Universelles, si Ton songe que, joué toute l'année 1855, il fut repris en 1867 et en 1878. M. Par xavey a donc manqué' à toutes les règles d'usage lorsqu'il l'a oublié en 1889. M. Carvalho connaissait la tradition, et il la mit en pratique, le 26 mars, avec les éléments qu'il avait sous la main et dont plusieurs étaient excellents ; seulement, il arriva, cette fois, que les petits rôles étaient mieux tenus que les grands : l'accessoire l'emportait sur le prin- -cipal. M"* Bilbaut-Vauchelet était une Prascovia délicieuse ; Nicot et Chennevière un Danilowitz et un •Georges mieux que convenables ; Queulain, un amusant Gritzenko, prenant la place de Bacquié, une basse qui avait appartenu à l'ancien Théâtre-Lyrique, •et qui débuta le 5 avril dans la Dame blanche (rôle de Oaveston) ; Fùrst enlevait crânement les couplets de

la cavalerie ; les chœurs avaient été bien stylés par Heyberger, la fanfare par Maury et l'orchestre par Danbé ; mais Oiraudet parut un Peters tout juste suffisant, et la nouvelle Catherine ne rappelait que de loin ses devancières, M"* Vanden Heuvel-Duprez, Ugalde et Gabel. Engagée sur les instances spéciales de M. Jules Béer, neveu du compositeur, M^^ Cécile Ritter arrivait, précédée d'une réputation que lui avaient value les cent représentations de Paul et Virginie au Théâtre-Lyrique ; or, la jeunesse et la grâce ne suffisaient pas pour gagner cette partie si difficile, et le manteau de la czarine parut trop lourd à ses frêles épaules. Le public, qu'indisposent volontiers les prétentions exagérées des artistes, lui sut mauvais gré d'avoir refusé de paraître à la Gaîté, sous les traits de Virginie, à moins de 800 francs par soirée ; il marchanda son talent et transforma son début en échec. Une indisposition survint à point pour amener un congé d'abord, la résiliation ensuite, et au bout de quatre représentations on eut recours à la virtuosité éprouvée d'une cantatrice M"* Isaac, qui avait traversé l'Opéra-Comique cinq ans auparavant, et avait chanté, depuis, les premiers rôles à Lyon, aussi bien qu'à Bruxelles. La sûreté de ses vocalises, la correction de son style, la pureté desa méthode la désignaient pour briller à Paris, et, quand elle se fut montrée, le 16 avril, dans VÉtoile du Nordf elle assura du même coup le succès de sa -carrière et celui de la reprise de l'ouvrage, qui réalisait, le 26 octobre, la plus forte recette de l'année, avec 8.409 fr. 56 c.

C'était pour T Opéra-Comique une recrue dont la valeur ne pouvait être balancée que par celle d'un nouveau ténor qui, pendant dix ans, devait tenir à la

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salle Favart la première place en chef et sans partage, Talazac. A peine eut-il paru, qu'on admira l'éclat et la pureté de sa voix. Le chanteur se défiait d'abord du comédien, puisqu'il avait stipulé dans son engagement qu'il jouerait des rôles « sans parlé » ; mais l'artiste triompha bientôt de ses premières hésitations et les compositeurs se disputèrent dès lors un pareil interprète. En dix Jans de séjour à l'Opéra- Comique, il fut de sept importantes reprises, la Stattie et Haydée (1878), Roméo et Juliette et la Flûte enchan^ tée (lSlS)y Joseph (1882), Richard Cœur de Lion et la Traviata (1886); et il n'y eut pas de grand ouvrage nouveau dont il ne créât le rôle principal, comme on peut s'en convaincre en relisant les titres suivants : Jean de Nivelle (1880), les Contes d'Hoffmann{l6S\), Galante Aventure (1882), Lahmé (1883), Manon (1884), Diana et une Nuit de Cléopâtre (1885), Egmont (1886), le Roi d'ys(1888).

Sorti du Conservatoire après avoir obtenu un premier prix de chant, en partage avec Sellier, un camarade de la classe Saint-Yves Bax, un second prix d'opéra- comique (classe Mocker) et un second prix d'opéra (classe Obin), Talazac s'était déjà fait connaître en chantant bon nombre de fois, aux concerts Colonne, la partie de Faust dans la Dam^ nation^ et M. Yizentini l'avait engagé à la Galté où, après une indisposition de Duchesne pendant les répétitions, il se proposait de le laisser débuter dans la Statue. Faisant d'une pierre deux coups, M. Carvalho se hâta de prendre l'ouvrage et l'interprète, qu'il produisit ensemble le 20 avril.

Il y avait dix-sept ans, presque jour pour jour (11 avril 1861), que la Statue avait fait son apparition au Théâtre-Lyrique, et les amateurs n'en avaient pas

perdu le souvenir. On sait que le point de départ du poème se trouve dans les Mille et une Nuits; on sait aussi f grâce à certaine découverte malicieuse faite par M. Adolphe JuUien, que les librettistes Michel Carré et Jules Barbier avaient puisé la donnée première et les principaux épisodes de leur scénario dans une pièce du Théâtre de la Foire, intitulée la Statue merveilleuse; Le Sage et d*Orneval Pavaient tirée des contes arabes, et elle fut jouée à la foire Saint-Laurent en 1720, par la troupe des danseurs de corde de Francisque. La partition originale et colorée de M. Reyer était chantée cette fois par MM. Talazac (Sélim), Dufriche (Amgiad), Maris (Kaloum-Barouck), Barnolt (Mouck), M"* Chevrier (Margyane) qui formaient un ensemble remarquable. La reprise n'aboutit pourtant qu'à dix représentations.

Psyché Qu obtint vingt-neuf. C'était la troisième grande reprise à laquelle se livrait M. Carvalho en l'espace de trois mois, et ce déploiement d'activité avait eu pour conséquence de répartir les études en trois locaux différents. Pour ne point se gêner réciproquement, on répétait à la fois VÉtoile du Nord à la salle Favart, la Statue à la salle Frascati, qu'on avait louée provisoirement à cet effet, et Psyché sur la scène du Conservatoire, prêtée par M. Ambroise Thomas avec une complaisance qui s'explique d'ellemême.

Le compositeur avait, pour la circonstance, retouché son œuvre de telle sorte qu'elle différait sensiblement de celle qu'on avait entendue en 1857. Il l'avait transformée en grand opéra, croyant qu'elle allait prendre pied au Théâtre-Lyrique de M. Vizentini. Le dialogue avait fait place au récitatif; les rôles d'Antinous et de Gorgias, tenus jadis par Sainte-

Poy et Prilleux, avaientdisparu, comme aussi presque toute la partie comique; le troisième acte s'était accru d'un grand divertissement que les ressources chorégraphiques de la salle Favart ne permirent pas d'exécuter en entier ; l'orchestre avait été revu ; beaucoup de morceaux avaient subi des remaniements» coupures ou additions dont une nouvelle partition, publiée alors, permettait de se rendre compte. Bref, comme l'écrivait certain critique en un style pour le moins singulier, « C'est un véritable grand opéra qui vient de surgir de cette, seconde incubation. La chrysalide a mis vingt ans à se transformer ; mais elle a pris à Psyché toutes ses grâces et à l'Amour ses ailes, pour mieux s'élever vers les hauteurs de PHélicon. »

Négligeant cet amphigouri, disons plus simplement que la transformation n'avait pas encore été assez complète, et que le mélangé de deux styles donnait à l'ensemble un caractère un peu disparate, sans que d'ailleurs l'intérêt de la pièce se fût développé. Tout avait du reste été mis en œuvre pour assurer le succès de cette soirée du 19 mai : décors superbes et charmants costumes ; élèves du Conservatoire ûgurant les nymphes du second acte; sujets exercés, comme Praxet CoUin, tenant une partie de simples choristes dans le finale du premier acte ; petits rôles bien remplis par Bacquié (le roi), Ghenevière (le berger), M"« Irma-Marié jouant Bérénice au lieu de M"* Donadio-Fodor, et cette dernière jouant Daphné au lieu de M"* Chevrier. Trois artistes complétaient cette distribution : Morlet (Mercure), M"* Heilbron (Psyché), M™* Engally (Eros), et ces deux dernières arrivaient précédées d'une véritable réputation, l'une rentrant à son premier théâtre, l'autre y faisant ses-

débuts. M"' Heilbron était fort émue tout d'abord ; mais ce genre d'émotion, passé chez elle à Tétat de coutume quand il s'agissait d'une création, disparaissait dès que la seconde représentation avait paru sur l'affiche, et Ton pouvait alors applaudir sans réserve sa voix dramatique etsa mimique expressive. M"*» Engally fut moins favorablement accueillie. L'apparition de ce contralto russe, élève de Roger, avait produit un grand effet au Théâtre-Lyrique dansDimiiri, Martha^ Paul et Virginie. ArOpéra-Comique, on reconnaissait encore la magnificence de ses notes graves, mais on était choqué de cette absence de style qui laissait trop de place au caprice et ne donnait au jeu et au chant rien de pondéré ni de fondu.

Ces qualités étaient précisément celles d'une débutante qui se produisit quelques jours après, le 27 mai, dans le Pré aux Clercs^ M^** Cécile Mézeray. Fille d'un chef d'orchestre du grand théâtre de Bordeaux, la nouvelle Isabelle était une excellente musicienne, dont le nom demeure attaché à l'histoire de la salle Favart par le service qu'elle y rendit plus tard, le 8 novembre 1884, en prenant, au cours même de la représentation, le rôle de Rosine que M"* Van Zandt ne pouvait plus continuer à jouer. C'était précisément dans le Barbier de Séville qu'elle avait fait ses premières armes au Théâtre-Lyrique, l'année précédente. Après une saison à Lyon, elle entrait à l'Opéra-Comique, et, dans le Pré aux Clercsy comme à la fi,n de l'année, le 25 décembre, dans les Diamants de la Couronne, elle montrait une souplesse de talent qui lui assurait une bonne place dans le théâtre auquel elle est demeurée fidèle et attachée jusqu'au jour de l'incendie. Un autre fidèle, sauf son court passage à l'Opéra en 1879, est M, Bertin, agréable ténor^

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qui arrivait de Bruxelles, et parut avec succès pour la première fois, le 20 juin, dans le Postillon de Lonjumeau. Un secoad débutant, sous les traits du marquis, donnait ce même soir la réplique au Doaveau Chapelou; il s'appelait Dalis et venait de l'Odéon, où il tenait l'emploi des financiers. L'Opéra-Oomique l'attirail, mais ne le retint pas: quelques jours aprèfi, son rôle était repris par Davoust.

On devine qu'eu cette année d'Exposition Universelle le directeur ne songeait pas â la clôture habituelle des deux mois de vacances. C'est tout juste s'il avait supporté patiemment la fermeture pendant les jours delà semaine -sainte, puisqu'il avait obtenu du ministère la permission de rouvrir dès le samedi pour la reprise de ia Statue. Ou pensait qu'il aurait profité de lacircoustancepour faire quelques travaux d'appropriation dont la commission du budget avait reconnu l'utilité, car, disait le rapporteur, M. Tirard, B la vétusté du mobilier, la dégradation des peintures et des tentures, la poussière sutTocante qui s'échappe de tout les points de la salle et l'Insuffisance de l'éclairage ont été depuis longtemps signalées- Cet état provient de ce que le théâtre de l'Opéra-Oomique appartient en nue propriété à l'Etat, et quela Société, qui est locataire emphytéotique, est à fin de bail. » Celte dernière remarque expliquait que l'on fit la sourde oreille à la direction des bâtiments civila, lorsque, fixant le chiffre des travaux nécessaires à 103. 3l5francs, elle en mettait 26.000 à la charge de ladite société. On préférait attendre départ et d'autre; on remit les grands travaux à l'année suivante et l'on se contenta pour cette fois de renouveler quelques sièges, ayant soin seulement d'augmenter le nombre des fauteuils d'orchestre par la suppression des ban-

guettes destinées au parterre : c'était un suppl^ément de recette tout trouvé, à une époque où les étrangers afQ.uaient dans la capitale et où Ton encaissait de sérieux bénéfices malgré l'insuccès continu des nouveautés. Des trois gui marguèrentle dernier semestre de i878, une seule, Suzanne, atteignit le chiflFre honorable de trente représentations ; on arrêta les Noces de Fernande à la huitième, et Pépita ne put dépasser le chiffre de guatre.

Elle était pourtant entourée de bien des sympathies lorsgu'elle vint au monde, le 13 juillet, cette pauvre Pépita. D'abord, les auteurs avaient su se créer de nombreuses amitiés dans les postes gu'ils occupaient, car ils étaient, tous les trois, fonctionnaires de l'Opéra : Nuitter, archiviste; Jules Delahaye, secrétaire; Léon Delahaye, chef du chant. Un guatrième fonctionnaire était, ou plutôt avait été M. Carvalho luimême, gui, peu d'années auparavant, avait prêté à TAcadémie nationale de musique le concours de son expérience et qui avait pu apprécier dans le service le mérite de MM. Delahaye père et fils. On raconte même gue lorsgue Léon venait jouer à Jules les fragments de son ouvrage, au fur et à mesure gu'il les composait, l'audition se donnait dans le cabinet de M. Carvalho, où se trouvait un piano. Les compliments naissaient d'eux-mêmes, et ce témoin eut l'imprudence de s'écrier une fois : « Vraiment, mes amis, je ne regrette gu'une chose, c'est de n'être plus directeur de théâtre, car je serais heureux de monter cette pièce-là. » Devenu directeur il se trouva pris au mot, et ^'exécuta galamment en faisant répéter ces deux actes ' 5s 1877, avec Nicot, Potel, Bernard, Thierry ; ^mei Ducasse et Vidal. Les mois passèrent, et trois i ^s artistes aussi: Potel, gui fut remplacé par Fugère n 16

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(l'Alcade), Thierry par Davoust (Quertinos), et M"» Vidal (Herm(>sa),par une débutante, M"' Angèle Godefroy, qui avait appartenu àTOpéra, au Théâtre-Lyrique, et joué les dugazons en province. Enfin au bout d'un an et plus, on vit cet ouvrage qui ressemblait fort à une opérette, avec ses deux cousines dont rainée prend pour elle les sérénades adressées à la cadette par un bel officier anglais, et ses neuf toreros aspirants-époux qui se réunissent un moment à Talcade pour chanter « Nous sommes dix. .• simulons ! » La découverte de la vérité, puis le mariage de la première cousinie avec Toncle, gourverneur de Gibraltar,, où se passe l'action, et de la seconde avec le neveu, afin de réparer les dommages de ce double enlèvement^ formaient une intrigue légère à laquelle le compositeur avait cousu les refrains d'une musique plu* légère encore. Sorti du Conservatoire cinq année* auparavant avec un premier prix de piano, un premier prix d'harmonie et un accessit de fugue, M. Léon Delahaye s'en est tenu à ce premier et unique essai dramatique.

Plus malheureux dut être encore, vu l'importance de l'ouvrage, M. DefFès, lorsqu'il vit sombrer les Noces de Fernande, Il avait pourtant deux habiles librettistes pour collaborateurs, Sardou et de Najac, mais la pièce semblait née quand même sous une mauvaise étoile. Tout d'abord elle fut présentée en 1871 à M. du Locle^ alors directeur; elle s'appelait un Jour de noces ; elle fut refusée. Quand le Théâtre-Lyrique ouvrit ses portes en 1876, on l'offrit à M. Vizentini, alors directeur; elle s'appelait une Nuit de noces ; elle dormit dans les cartons. Le 19 novembre 1878 elU s'éveilla enfin dans la salle Favart.

Le public eut grand'peine à débrouiller, surtoul

au troisième et dernier acte, les fils emmêlés de cet ! imbroglio. Pour comble de malchance, les Noces de Fernande pjQfraient quelques points de ressemblance avec une opérette qui brillait alors de tout son éclat, le Petit Duc. On y retrouvait ce fameux couvent de femmes dirigé par une plaisante abbesse et servant de refuge à une jeune mariée ravie à son époux ; on y assistait à ce double travestissement, dont l'effet est si dangereux par Téquivoque qui en résulte, de la femme jouant un rôle d'homme et s'affublant, au cours de Faction, de vêtements féminins. On disait même que la première représentation avait été reculée avec l'espoir que ces concordances purement fortuites seraient moins remarquées. La vérité est qu'on ne prit qu'un médiocre plaisir à l'histoire de cette Fernande dont le mari doit se cacher, le jour même de ses noces, parce qu'il a blessé en duel Tinfant de Portugal, et qui cherche asile dans une maison religieuse où pénètrent librement Tinfant et Arias, un autre amoureux. Celui-ci, par ruse, s'empare de la belle et fait casser le mariage à son profit; celui-là se charge d'en faire recoller les morceaux, en tuant Arias et en rendant noblement l'épouse à l'époux. Quelques couplets agréablement tournés, et bien chantés soit par M"^« Galli-Marié (l'infant), soit par M^^** Chevrier (Fernande), soit par Engel, Morlet ou Barnolt (don Enrique, Arias, Ridendo) ne pouvaient suffire à sauver l'ouvrage. En vain les auteurs, par une exception à toutes les règles en usage, eurent-ils l'idée de reconvoquer la presse à la quatrième représentation, pour juger des modifications apportées depuis la première. On ne put que donner raison à Sardou et admirer le flair de cet auteur, d'ordinaire impatient

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et neryeux quand il livre bataille, mais cette fois assez tranquille pour n'en pas même attendre le résultat, comme le prouve cette amusante note, retrouvée dans un journal : « Après la répétition générale qui a eu lieu la semaine dernière, Sardou était tellement fixé sur le sort de son ouvrage qu'il a pris le rapide et qu'il est parti pour Nice, où il va terminer la grande comédie qu'il destine au Théâtre-Français. »

M. Oormon, l'un des librettistes de Suzanne, n'avait même pu assister, pour cause de maladie, aux répétitions de son ouvrage. Quand il vint à la première, le 30 décembre, il ne fut pas peu surpris de voir les modifications que la pièce avait subies; il en conçut un tel dépit qu'il renonça désormais à travailler pour la salle Pavart, et que Suzanne se trouve ainsi le dernier opéra-comique de l'homme d'esprit qui compte à son actif les Dragons de Villars, le Chien du jardinier et le Premier jour de bonheur. Ce détail de coulisses donne l'explication de bien des lacunes ou défaillances de ce livret qui, sans rien perdre de son caractère sentimental, avait peut-être, en son originale version, plus de mouvement et d'intérêt.

Une jeune Anglaise, intelligente, studieuse, mais romanesque, s'échappe du domicile de sa tante et s'aventure sur les grandes routes, où elle rencontre un jeune étudiant de Cambridge qui lui propose de le suivre, d'endosser l'habit masculin et d'entrer à l'Université. Elle accepte, et tout va bien jusqu'au jour où les étudiants découvrent le sexe de leur camarade et font scandale. Par dépit, Suzanne se lance dans la vie de théâtre et devient une actrice célèbre; par dépit aussi, Richard s'engage dans la marine et devient officier. Au bout de longues années, l'un revient des Indes à temps pour empêcher l'autre d'é-

pouser un noble lord, et le roman d'amour ébauché jadis se termine le plus moralement du monde par un mariage. Avec Suzanne^ M. Paladilhe prenait sa revanche du Passant et de V Amour africain. De gracieuses mélodies, telles que la romance dite par Nicot au premier acte, « Comme un oiseau », et bissée par acclamation, des chœurs et ensembles bien sonnants, un caractère général de sensibilité fine et distinguée, recommandaient la partition à l'estime des connaisseurs. Parmi les ouvrages du compositeur, c'est peut-être celui-là qui supporterait le plus heureusement l'épreuve d'une reprise. Il faudrait seulement retrouver l'équivalent de M"** Bilbaut-Vauchelet, dont le rôle de Suzanne était la première création, et qui s'y montra charmante en tout point, à côté de Barré (Dalton), Maris (Peperley), M"« Ducasse (Bva), M"« Feitlinger et la petite Riche qui débutaient, la première dans le menu rôle de Ketty, la seconde sous les traits de Bob, un petit groom comique ; il faudrait probablement retoucher quelque peu les trois actes de MM. Lockroy et Cormon et peut-être revenir à la version primitive ; il faudrait encore diminuer la part de virtuosité faite à la chanteuse ; il faudrait enfin ne plus mettre, dans un premier acte qui se passe aux environs de Londres, un décorde Cinq-Mars où se percevait distinctement à l'horizon le château de Saint-Germain y de sorte qu'au moment où le ciel s'obscurcit et le tonnerre éclate, un mauvais plaisant pouvait faire rire ses voisins en s'écriant: c Tiens! l'orage est sur le Vésinet! »

Une reprise, venant s'ajouter à tant d'autres, avait encore marqué le dernier mois de 1878. Pour utiliser le talent de M"' Engally qui, depuis Psyché, n'avait plus guère occasion de se montrer, on remit à la

scène Galathée (4 déc), et, faisant retour à la distribution d'origine, on lui confia le rôle de Pygmalion, qu'avait établi M"* Wertheimber. M"^ Isaac fut une Galathée des plus correctes, Barnolt un Midas suffisant, et c'est à peine si l'on remarqua, dans le rôle de Ganymède, un revenant, M. Caisso, qui arrivait du Théâtre-Lyrique où il avait, comme second ténor, rendu d'appréciables services. Une autre apparition, moins remarquée encore, fut celle d'un baryton qui devait plus tard occuper l'attention de la presse et finir lamentablement, après avoir obtenu, non plus comme chanteur, mais comme directeur, de notables succès, M. Paravey. Il avait été engagé pour remplacer Bouhy dans une reprise de Paul et Virginie^ qu'on projetait de faire alors ; mais il appartenait encore au Théâtre de Bordeaux, et c'est au cours d'un voyage à Paris qu'il eut l'idée de s'essayer dans Mignon, le 28 août. Quelques rares critiques constatèrent que ce Lothario était encore « jeune et inexpémenté »; la plupart gardèrent le silence; ils se sont rattrapés depuis.

Comme on le voit, en résumé, l'année 1878 avait été plus féconde en reprises qu'en nouveautés ; elle avait successivement inscrit à son actif la 1200* représentation du Pré aux Clercs, et bientôt après, la 500* de Mignon^ celui de tous les ouvrages qu'on avait le plus joué avec VÉtoile du Nord; elle avait vu se continuer, mais lentement encore, l'usage des matinées dramattiques, dont cinq eurent lieu, sans parler de celle du 10 janvier, rapportant 12,544 francs et donnée au 3Dénéfice de Bouffé, avec le concours du bénéficiaire €t d'artistes de divers théâtres, notamment de la Comédie-Française ; elle avait fait encaisser au théâtre la somme respectable de 1,589,134 fr. 58,

chiffre qui dépassait même celui qu'on avait atteint lors de la précédente Exposition universelle, puisqu'on avait réalisé, du i*"*^ mai 1867 au31 octobre 1867, 856,027, fr. 65, et du 1" mai 1878 au 31 octobre 1878, ^46,295 fr. 24, soit, en faveur de cette dernière, une différence de 90,267 fr. 59 ; elle avait surtout permis de compléter les cadres d'une troupe qui, avec des chefs de file comme M"" Isaac, Bilbaut-Vauchelet, Mézeray, Galli-Marié, MM. Talazac, Nicot, Fugère et Taskin, dont les débuts étaient imminents, assurait aux œuvres sérieuses ou légères une interprétation toujours soignée et souvent remarquable.

On put s'en convaincre par la réussite des deux reprises qui résument presque à elles seules l'histoire de l'année 1879 ; en effet, pour Roméo et Ju^ liette 30 soirées, et 55 pour la Flûte enchantée donnent un total de 85, soit exactement le tiers des représentations, puisque, pour cause de réparations, la salle resta fermée près de quatre mois.

Dans l'ouvrage de M. Gounod (27 janv.), Talazac et M"* Isaac étaient d'excellents protagonistes. Il suffit de citer en outre Barré (Mercutio), Furst (Tybalt), M"* Ducasse (Stefano) et Bacquié (le duc), remplacés plus tard, le 18 octobre, Tune par M™*^ Engally, l'autre par un 4ébutant, M. Oarroul qui, sorti en 1879 du Conservatoire avec un deuxième prix de chant (classe Barbot) et d'opéra (classe Obin, plus en 1878 un premier accessit d'opéra-comique (classe Mocker), ne devait plus quitter la salle Favart.

Quant au drame de Shakespeare, il commençait à devenir familier à tous, puisque, sous le titre des Amants de Vérone, il avait paru l'automne précédent à la salle Ventadour. La musique du marquis d'Ivry n'était pas dénuée de mérite ; M"« Heilbron s'y mon-

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trait ravissante, et Capoul jouait, notamment, sa scène du duel avec une telle fougue, qu'il faisait dire de la pièce qu'elle obtenait un succès non pas d'estime mais d'escrime. A côté d'eux on avait remarqué, sous les traits de père Lorenzo, comme aussi dans le rôle de Lampourde du Capitaine Fracasse, une basse chantante à la voix bien timbrée, au jeu intelligent, avec une belle prestance et un physique avantageux. C'était M. Taskin, qui parut d'abord à la salle Favart dans Haydée, le 9 février ; il tenait le rôle de Malipieri, tandis que celui de Lorédan était chanté pour la première fois par M. Engel ; peu après, le 25 avril, il porta dans le Caïd le colback du tambour-major; dès lors il prît sa place dans ce théâtre, où il a rendu de grands services et où son succès ne s'est jamais démenti.

Vers le même temps, trois autres débuts se produisirent presque coup sur coup, et d'autant plus curieux à noter qu'il s'agissait de trois jeunes filles sorties en même temps du Conservatoire et toutes trois récompensées au concours de 1878. M"« Thuillier, fille du trésorier de la Société des artistes dramatiques, avait remporté un premier prix de chant (classe Bax), et un premier prix d'opéra-comique (classe Mocker); M"* Dupuis, un premier accessit de chant (classe Boulanger), et un second prix d'opéracomique (classe Ponchard); M"» Fauvelle, un premier prix de chant (classe Bax), sans parler d'un premier accessit d'opéra-comique (classe Ponchard) obtenu l'année précédente. Toutes trois étaient douées de mérites analogues, c'est-à-dire de qualités moyennes, compensant par leur adresse en scène, leur élégance ou leur grâce, la discrétion de leurs moyens vocaux, pouvant jouer d'ailleurs les mêmes rôles, et

se suppléant au besoin. M"« Thuillier débuta le 26 février dans les Noces de Jeannette, puis le 11 octobre dans le Pré aux Clercs, où elle tenait la partie de Nicette gui avait servi le 3 mars au début de M"' Dupuis; M"' Pauvélle s'éleva même, le 23 juin, jusqu'au rôle de Lalla-Roukh, qu'elle rendit Tautomne suivant à M"' Garol. Toutes trois poussèrent la ressemblance jusqu'à se marier, étant encore à la scène, avec des artistes ou gens de théâtre : M"' Fauvelle épousa son camarade Talazac; M"' Dupuis M. Emile Blavet, le Parisis du Figaro, qui tient aussi, depuis la mort de Mortier, la plume du « Monsieur de l'Orchestre » ; M"*» Thuillier M. Leloir, le sociétaire de la Comédie-Française. Les deux premières ont renoncé à la carrière dramatique, la première en 1880, la seconde en 1884 ; seule, M"® Thuillier-Leloir a persisté, mais, en 1883, elle a préféré descendre de l'opéra-comique à l'opérette.

Si M"® Fauvelle avait fait dans Lalla-Roukh son début en quelque sorte officiel, elle avait paru pour la première fois sous la figure d'une des trois fées, lé 3 avril, dans la Flûte enchantée. Or cette représentation marque en quelque sorte le point culminant de l'année 1879 à lasalleFavart,non seulement parce que l'ouvrage de Mozart est celui qui obtint alors le plus de représentations, mais encore parce que ce succès fut assez décisif pour maintenir la pièce au répertoire pendant six années. En montant cet opéra, M. Carvalho semblait reprendre son bien, car il avait eu déjà l'initiative de le remettre en scène en 1865, lorsqu'il dirigeait le Théâtre-Lyrique : soirées mémorables où M™" Oarvalho et Nilsson rivalisaient de charme et de virtuosité. Â peine installé place Boieldieu, il méditait ce retour au passé> distribuant en

1877 les rôles de Pamina à M"* Brunet-Lafleur et de la Reine delaNuit àM"** Dereims-Devriès. Mais Tannée 1879 réservait au chef-d'œuvre de Mozart une meilleure distribution : M"* Carvalho avait quitté l'Opéra et rentrait à TOpéra-Oomique pour faire applaudir une fois de plus sa voix toujours pure, son style expressif et classique ; M^^* Bilbaut- Vauchelet se risquait à aborder les sommets escarpés de Tair célèbre où sa devancière avait lancé victorieusement ses fa suraigus, et que, plus prudente, elle transposait d'un ton. Talazac chantait avec autorité la partie de Tamino ; Fugère et M^^^Ducasse étaient deux amusants Papageno et Papagena ; Giraudet et Queulain se tiraient à leur honneur des rôles de Sarastro et de Monostatos. Bien plus, tous les petits emplois étaient tenus par de vrais artistes, celui de Manès par Bacquié, celui de Bamboloda par Barnolt. Deux ténors suffisent pour les deux prêtres et les deux soldats ; trois soprani, pour les trois fées et les trois génies. Faisant grandement les choses, M. Carvalho avait donné à chaque personnage un titulaire; pour les deux prêtres, Collin et Caisso ; pour les deux soldats, Ohenevière et Troy jeune ; pour les trois fées, M"" Fauvelle, Dupuis et Dalbret ; pour les trois génies, M"'* Thuillier, Clerc et Sarah Bonheur. Il n'est pas jusqu'au chœur des prêtres, qui n'eût été singulièrement renforcé par la présence de vingt élèves du Conservatoire, prêtés pour la circonstance. A la mise en scène enfin, décors et surtout costumes, le directeur avait apporté tous ses soins; il fut récompensé de sa peine, si l'on songe que la Flûte enchantée réalisa les plus fortes recettes de l'année, notamment 102,382 fr. pour les douze premières, ce qui faisait une moyenne de 8,531 francs 83 centimes.

Elles se maintinrent par la suite, avec une distribution où les changements ne portaient d*ailleurs que sur les petits rôles; c'est ainsi que le 15 novembre, Ghenevière de soldat devint prêtre, Laurent passa soldat. M"* Oomelis deuxième génie ; Paravey , définitivement engagé, reparaissait comme humble ManèSy et le croquemitaine Monostatos, trouvait pour interprète un nouveau venu, le joyeux Grivot, qui avait appartenu à la Gaîté, dont il avait suivi jusqu'alors avec fidélité toutes les transformai ions de répertoire et tous les changements de directeurs : ces deux nouvelles recrues remplaçaient Bacquié et Queulain, dont l'engagement n'était pas renouvelé.

Gomme bien on pense, la traduction adoptée pour cette reprise était celle de MM. Nuitter et Beaumont qui avait servi jadis au Théâtre-Lyrique, et dont quelques vers pouvaient faire sourire, par exemple celui-ci :

J'excelle à jouer plus d'un air

mis dans la bouche de l'oiseleur qui précisément n'en joue qu'un, et le même tout le temps ; ou bien encore ceux-là, qui, dits par des prêtres mêmes de la déesse Isis, afTectent une morale quelque peu leste :

Quand par malheur une àme tendre Se laisse tromper en amour, Que faire ? On n'a plus qu'à se pendre.

Ou bien & tromper à son tour.

Quant au poème, dont les librettistes avaient médiocrement respecté, il est vrai, les lignes principales, et qui d'ailleurs a toujours paru fort obscur aux spec-

tateurs français, rappelons que rAlIemagne lui prête un sens symbolique que certains faits pourraient en somme justifier. On sait que Mozart était, comme Schikaneder du reste, franc-maçon, et franc-maçon militant, en ce sens qu'il ne dédaignait pas de travailler quelquefois pour sa « loge ». Et même, on le peut rappeler ici, son avant*dernier ouvrage, celui qui précéda le fameux Requiem^ autrement dit le dernier qu'il lui fut donné d'achever le 15 novembre 1791, c'est-à-dire dix-neuf jours avant sa mort, était une petite cantate maçonnique, formée de plusieurs morceaux pour voix et instruments. Or, le symbolisme prête une signification et par conséquent un intérêt à des scènes qui, si l'on s'en tenait au fait même mis sous les yeux, paraîtraient puériles ou inexplicables. Dépouillé de son voile mystique, l'admirable Parsifal devient un problème, et la figure de Kundry demeure une énigme. A l'appui de ce dire, il est curieux de signaler un document que le hasard nous a fait découvrir : c'est le programme d'une représentation maçonnique de la Flûte enchantée^ donnée à la Monnaie de Bruxelles,- le 24 août 1880, par le Grand- Orient de Belgique. Les FF.*, organisateurs avaient fait distribuer dans la salle une notice à laquelle nous empruntons ce curieux extrait : « Voici la pensée philosophique dissimulée sous le libretto léger et gracieux du F.-. Schikaneder: Tamino et Pamina représentent l'humanité victime de l'ignorance et du vice. — L'ignorance est personnifiée par la Reine de la Nuit ; le vice par Monostatos, prince nubien : ils sont naturellement alliés. Chaque fois que l'homme fait un effort vers sa délivrance, il est secouru par les forces de la nature, personnifiées par les Trois Fées dont les talismans le protègent quand il les emploie

avec intelligeace. — Pour se sauver déftoilivement du mal, l'homme a besoia d'aCteiadre àla sagesse, représentée par le Temple d'Isîs. Il y parvieat par le travail et le courage, à la suite d'initiations successives. — Si, devant les écueils de la route, l'initié éprouve une défaillance, ses frères le relèvent et lui indignent la bonne voie. — Quand l'ignorance et son vil esclave vont accabler l'Humanité, le Grand-Prètre sort du temple et les rend impuissants, grâce à l'esprit de lumière et de bonté. » Il n'est pas sans intérêt de noter encore qu'à part MM. Rodier (Tamino), Voulet, Boutens (deux hommes d'armes), et M"" EUy Warnots (Pamina), Marie Vaciiot (la Reine de la Nuit), Lonati (Papagena), Sylvia Rebel, Blanche Deschamps, Victoria Hervey (trois fées), les interprètes appartenaient à la loge, savoir : les FF.-. Grosse (Sarastro), Soulacroix (Papageno), Dauphin (Monostatos), Lonati (Manès), Guérin (Bamboloda), Adolphe Ohapuis et Albert Lefèvre (deux prêtres).

Point n'était besoin d'une telle exégèse pour expliquer le livret des cinq nouveautés données pendant l'année 1879; leur simplicité n'avait d'égale que leur absence d'intérêt. Deux, chacune en un acte, parurent le même soir, 27 février, la Zingarelia et le Pain bis. La première, jouée par deux transfuges du Théâtre-Lyrique, M. Caisso et sa femme, M°" Oaisso, née SablairoUes, récemment engagée, mettait en scène le compositeur Salieri, qui, après avoir écrit une partition intitulée la Zingarelia, est pris de désespoir, cache son ouvrage, et entrerait au couvent sans 1" jeune Fiorella qui l'aime, se déguise tour à tour en ] ysanne, en pifferaro et en moinillon pour mieux ( couvrir la cachette du fameux opéra, et, lorsqu'elle 1 . trouvée, épouse l'auteur, touché de son bon goiit u 17

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sans doute et de son insistance. Sur ce canevas peu. compliqué de M. Jules Moûtini, M. O'Kelly, un Praur» çais d'origine irlandaise, avait brodé quelques mélodies bien simples qui n'ajoutaient pas grand'chose au bagage musical de ce musicien attaché alors à la maison Pleyel, et connu par plusieurs opérettes jouées en province, de nombreux morceaux de piano et albums de chant.

La deuxième nouveauté avait pour auteurs des hommes d'un autre mérite : MM. de Brunswick et de Beauj)lan étaient de vieux fournisseurs de l'Opéca- Comique, et celui-ci avait dû tirer de quelque vaudeville resté dans les cartons de celui-là, cette histoire d'un jeune mari, commerçant de son éta^t, auquel sa femme épargne toutes les corvées, et qui, certain jour de désœuvrement, s'avise de conter fleurette à la Lilloise, sa servante. Repoussé d'abord, surpria ensuite, bafoué de part et d'autre, jurant qu'on ne l'y prendra plus, il console sa moitié en finissant par la comparer à un excellent pain mollet, tandis qu'à ses yeux la Lilloise demeure un vulgaire pain bis. La partition portait, en ces quelques pages, la trace de cette élégance sobre et châtiée qui caractérise le talent de M. Théodore Dubois. L*air chanté par Fugère, avec son amusant refrain « en bâillements » imité de Grétry, un joli duo et le quatuor final où se retrouvaient les quatre interprètes de la pièce, Fugère (Daniel), Barnolt (Séraphin), M"*" Ducasse (la Lilloise), et Chevalier (Charlotte), annonçaient un homme de théâtre chez ce musicien qui avait fait ses débuts en 1873, avec la Guzla de VÉmir aux Fantaisies-Parisiennes, sous la direction Martinet. Détail curieux : le livret du Pain bis avait d'abord été confié à Poise qui le mit en musique, et y renonça, proba-

blement parce qu'il désespérait de le voir jouer. Pareil sort sembla menacer aon successeur, si l'on songe que l'ouvrage avait été présenté à nombre de directeurs avant d'être eaûa arrélé; il s'appelait tour à tour le Pain bis et ie Pain blanc, puis la Lilloise, Go&a, Is Pain bis tout seul; et ces diverses étapes, correspondant à des aanées de retard, justifiaient assez ce mot d'un plaisant : a A force d'attendre, le Pain bis eût fini par devenir le Pain rassis. »

Elle avait attendu aussi, la Courte Echelle, qui fut représentée quelques jours après, le 10 mars, car M. Vizentinil'avaitreçue au Théâtre-Lyrique, etméme répétée généralement avec Eugel, Lepers, Grivot, Labat, Soto, M"" Parent, Sylvia Rebel, cette dernière succédant à M"" Zina-Dalti et Seveste. Comment M. Garvalho avait-il songé à sauver cette épave? Était-ce parce que, l'action se passant au temps de Louis XIII, il devenait possible d'utiliser les costumes de Cinq-Mars? Satmais, en eŒet, on ne saura combien de pièces n'ont dû de voir le jour qu'à une question d'accessoires, fort indépendante de leur mérite. La Courte Échelle était l'histoire de deux amis dont l'un aime la fiancée de l'autre ; il faut ajouter que cet autre, le vicomte de Chamilly, ne connaît pas sa future femme, qu'on doit lui envoyer de province avec une forte dot, seul objet de ses désirs. Son ami, de Chavaane, lui ayaut conlié le secret de ses amours, mais sans en nommer l'héroïne, Chamilly conseille un enlèvement auquel il participe lui-môme, — faisant la courte échelle. Le guet s'en mêle; on arrête les ravisseurs et la découverto des noms amène un duel entre les deux amis. Fort heureusement une tante meurt à point pour laisser son héritage à Chamilly, qui, riche, désormais, reprend

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sa vie de garçon, renonce au mariage et laisse le èhamp libre aux amoureux. Ce scénario était tiré d'une nouvelle parue jadis dans un volume intitulé la Comédie de Vamour, Puisant dans son propre bien, Charles de La Rounat avait combiné trois actes avec une dextérité suffisante, avec cette expérience que lui donnaient la longue direction de TOdéon et un bon nombre d'ouvrages représentés aux Variétés, au Palais-Royal, au Gymnase, au Vaudeville, voire même à l'Opéra-Oomique, si l'on se souvient de Pâquerette, dont Duprato avait écrit la musique.

Son collaborateur, cette fois, avait aussi peu de chance que le précédent, et moins de talent : ce qui n'était pas pour amener le succès. Pauvre Edmond Membrée, qu'on appelait l'homme des pièces reçues, car, dès qu'un théâtre ouvrait ses portes, il s'y précipitait pour faire agréer une des nombreuses œuvres qui dormaient dans ses cartons 1 II rêvait de triomphes qu'on lui décernait volontiers le jour de la répétition et qu'on lui retirait brutalement le jour de la première, ou le lendemain. François ViZZon à l'Opéra, VEsclave à Ventadour, les Parias au Châtelet marquaient les pénibles étapes d'une carrière où le compositeur trébuchait régulièrement et laissait chaque fois un peu de cette popularité conquise par sa romance, célèbre autrefois. Page, écuyer^ capitaine. On remarqua dans le finale du second acte l'effet comique qui termine le second acte des Maîtres c/ianteurs; après la bagarre du guet et des ravisseurs qui venait d'emplir la scène de mouvement et de bruit, le veilleur de nuit entrait tranquillement, comme un homme qui n'a rien entendu, et, par la loi du contraste, produisait un effet comique en psalmodiant son ordinaire refrain : « Il est minuit, tout est tran-

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quille ! » L'imitation s'arrêtait d'ailleurs à la musique exclusivement ; Membrée n'avait rien de Wagner, et sa Courte Échelle, qui au dire de plusieurs ne l'était pas encore assez, n'eut de court que sa durée.

La musique de la quatrième nouveauté de Tannée ne valait guère mieux que celle de la troisième; mais le livret avait l'avantage d'être gai, et cet avantage se traduisit par quelques représentations de plus. Cet acte, intitulé Embrassons-nous, Folle^ ville, et donné le 6 juin, avait pour librettistes Auguste Lefranc et Eugène Labiche; on Tavait vu, sans musique d'abord, au Palais-Royal en 1850, et avec un succès tel que le titre était presque passé à l'état de proverbe, ou du moins de formule-scie. On se rappelle cette amusante situation de Manicamp voulant donner sa fille à FoUeville qui ne la demande pas, et la refusant au comte de Chatenet qui la demande, -tout cela parce que FoUeville Ta tiré jadis d'un pas ridicule ; Chatenet venant à lui rendre un service analogue, Manicamp n'a plus qu'à partager sa reconnaissance en accordant la main de sa fille à Tun et ses accolades à l'autre. Le compositeur avait envoyé d'avance aux membres de la presse sa carte de visite, accompagnée de l'étrange notice suivante : « Avelino Valentini, élève de Rossini et de Carafa, est lauréat du Conservatoire de musique de Paris et membre de 3es jurys. Il a composé un Stabat mater^ Judith, oratorio, diverses messes, un grand nombre de mélodies et d'ouvrages didactiques. Il a eu en outre deux opéras joués à Madrid et à Barcelone, El Colegias et Don Serapie de Bodabilla, Les morceaux les plus saillants de son opéra sont : un menuet, réglé par M"' Marquet, de l'Opéra; un madrigal, chanté par M. Barré et un grand air dans un style original.

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chanté par M"« Olerc. MM. Maris et Bamolt remplissent les deux autres rôles. » Hélas! il n'y a guère d'original que le procédé dans cette note autobiographique où l'auteur avait seulement négligé de dire qu'il était Espagnol, On retint de sa partitionnette le refrain : « Embrassons-nous », et ce fut tout.

Vers le même temps un fait se produisait qui avait une sérieuse importance pour l'histoire de TOpéra» Comique. On se rappelle que la seconde salle Favart avait été, après l'incendie de la première, construite non pas aux frais de TÉtat, mais par les soins d'une société civile, qui avait pris les travaux à sa charge, moyennant un remboursement par annuités, à effectuer en quarante années (loi du 7 août 1839). Or, les quarante années expiraient le 1®' janvier 1880; mais l'État avait quelque avantage à devancer cette époque où la pleine propriété des bâtiments lui appartiendrait, et, représenté par son ministre des Beaux- Arts, M. Jules Ferry, il conclut, à Ja date du 14 mai 1 879, une convention avec M. Masson, qui représentait, lui^ les membres de la Société civile. Il y était dit notamment :

« Article premier. — .... L'État sera, à compter du !•' mai, mis aux lieu et place de la société vis-à-vis du locataire activement et passivement, c'est-à-dire qu'il aura droit au loyer et qu'il supportera toutes les charges pour les huit mois à courir du 1" mai 1879' au 1»' janvier 1880;

Étant expliqué que le loyer annuel est de 105,000 fr* et que les charges pour cette année s'élèvent au chilBfre total de 29.228 fr. 15, applicables :

Pour 8.775 fr. 15 aux contributions et taxes de ba« lay âge ;

Pour 20.153 francs aux assurances;

Et pour 300 francs à rindemnité due aux héritiers Lemarrois, propriétaires de l'immeuble voisin, pour la permission accordée à la société d'étendre sur une partie de cette propriété, vers le boulevard, les dispositions architecturales de l'entrée du théâtre sur la rue Marivaux ;

En un mot, l'année 1879 se trouve divisée comme revenus et comme charges, entre la société et l'Etat dans la proportion d'un tiers pour la Société et de deux tiers pour l'État.

Art. 2. — En compensation de l'abandon de huit mois de jouissance que la société fait ainsi à TÉtat, cette société est affranchie à forfait de toutes les obligations qui pouvaient lui incomber à la on de sa jouissance emphytéotique, à quelque titre que ce soit.... »

Cette combinaison était avantageuse pour les deux parties : la société n'avait plus à redouter les difficultés qui, le terme échu, n'auraient pas manqué de se produire à propos de la reddition des bâtiments et du mobilier.; quant à l'État, il bénéficiait d'abord de la somme afférente à huit mois de loyer, et de plus il avait la disposition delà salle, où il pouvait efifectuer, pendant Tété, les réparations jugées nécessaires, et S'élevant, d'après un projet présenté à la Chambre par MM. de Freycinet et Léon Say, à la somme de 498.147 fr. 79 c, un tiers pour la remise en état du bâtiment proprement dit, les deux autres tiers pour la restauration des peintures et autres accessoires. Cette convention prit force de loi le 15 juillet, après approbation des Chambres, sur une subvention fixée, à partir de 1880, à 300.000 francs; la société d'exploitation n'avait plus à déduire dorénavant que 30.000 fr. de frais à acquitter et elle avait la jouissance d'une

29S LA DIRECTION GARVÀLHO

salle restaurée de fond en comble et vraiment remise à neuf.

Cette réfection était en effet la plus importante qu'on eût encore pratiquée depuis 1840, dans ce théâtre quehuit années seulement séparaient de Tincendie final ; elle s'imposait même en ce sens que quelques réparations avaient un caractère d'urgeuce absolue. Le 30 mars précédent, par exemple, et certain dimanche soir, tandis qu'on remontait le lustre après la représentation, les fils qui le retenaient s'étaient rompus. Heureusement, il avait été retenu à une certaine hauteur par le tuyau de conduite de gaz et les câbles du contrepoids; l'accident n'avait donc pas eu les suites graves que Ton devait constater quelques années plus tard au Théâtre du Châteaud'Eau- Le plafond seul avait été crevé, mais quoique le dégât eût été provisoirement réparé, les spectateurs ne s'asseyaient pas à l'orchestre sans regarder avec effroi ce lustre de Damoclès suspendu sur leurs têtes.

Une fois commencés, les travaux furent poussés activement ; à l'extérieur, la façade principale subit quelques changements, grâce à l'addition, au-dessus du portique d'entrée, d'une sorte de grande véranda en fer, destinée à élargir le foyer du premier étage et à fournir l'emplacement d'un buffet. A l'intérieur, les transformations furent plus radicales, et le Figaro les résumait ainsi : « La salle est remaniée de fond en comble : l'ouverture du cadre d*avant-scène est diminuée pour donner plus de place dans les coulisses où l'on avait peine à se mouvoir, et cela sans empiéter sur la place nécessaire aux décors. Les loges d'avant-scène sont méconnaissables; elles offrent à présent, avec le cadre de la scène et son couronne-

ment, un véritable modèle d'élégance, de bon goût et de richesse sans clinquant. Dans les échancrures arrondies de ce cadre sont sculptés de fastueux attributs dorés de plusieurs tons. Le centre présente une lyre gigantesque soutenue par deux Renommées. Par suite de la disposition de la salle, Tacteur en scène se trouvait éloigné des premières galeries et des fauteuils d'orchestre, au point d'être gêné dans son jeu, les spectateurs étant placés les uns trop bas, les autres trop haut. L'architecte, pour obvier à cet inconvénient, a baissé les premières galeries, supprimé la balustrade qui leur servait d'appui et rehaussé le plancher des fauteuils... On pourra d'autant mieux juger de l'importance des embellissements de la âalle que l'éclairage est singulièrement augmenté. L'accès au parterre est maintenant direct, grâce à une entrée sur le grand vestibule. Le foyer du public est décoré à neuf; construit en 1840, il était surchargé d'ornements dans le goût du temps ; on l'a ramené à un caractère moins prétentieux. Le foyer des artistes, étroit et bas de plafond, a été agrandi, décoré, rendu en un mot plus digne de ses hôtes. » On ajoutait même, cruelle ironie : « Un service pour le cas d'incendie vient d'être installé. »

Désormais la salle avait, par suite des nouvelles décorations, un tout autre aspect ; plus de tons crus et violents ; partout des couleurs douces et harmonieuses. Gomme ornements : au premier étage, des masques d'or variés sur fond rose ; au second, de petits sujets en relief, tels que mandolines et violons ; au troisième, sur fond bleu entouré de fleurs, des noms de librettistes, Favart, Planard, Bedaine, Scribe, et de compositeurs, Grétry, Boieldieu, Héroid, Auber. La galerie supérieure, de nuance foncée,

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sTiarmonisait avec un plafond de J.-B. Lavastre, où Ton voyait, très heureusement groupés et très artistiquement peints, les personnages de la comédie ita* lienne, ancêtres de l'opéra-comique, faisant face aux héros des chefs-d'œuin'e plus récents, Joseph, le Pré aux Clei'cs^ VEtoile du Nord, le Songe d^une nuit d'été, Fra Diavolo, Galathée^ la Dame blanche, Lalla^Roukh^ même Roméo et Juliette^ qui peut-être occupait là une place plutôt due à quelque ouvrage né dans la salle Favartmême, et signé Adam ouHalévy. Pour ce dernier du moins, la famille ne garda pas rancune d'un tel oubli, puisque M"e Halévy offrait à l'Etat un buste de son mari, qu'elle avait sculpté elle-même, et qui fut placé immédiatement dans le grand foyer.

Au cours des remaniements de la salle, les stalles d'orchestre avaient disparu, et les deux foyer& étaient devenus méconnaissables. Celui des artistes,, recevant le jour par deux grandes baies donnant sur la rue Marivaux, et orné de deux magnifiques glaces,, contenait les portraits en grandeur naturelle de deux célèbres actrices de la maison, M"" Dugazon et Saint- Aubin, plus quatre bustes de Dalayrac, Boieldieu, Méhul et Nicolo ; une logette lui était annexée où les artistes pouvaient rapidement changer de costume si les besoins de l'action l'exigeaient. Celui du public s'augmentait d'un nouveau salon d'un effet assez disgracieux au dehors^ mais formant un jardin d'hiver, au milieu duquel' s'étalait un buffet» MM. Rubé et Chaperon avaient remarquablement peint le foyer et le nouveau rideau de scène; MM. Lavastre et Carpezat avaient décoré l'intérieur de la salle; M. Darvaud avait sculpté les ornements du foyer, et M. Lefèvre ceux du cadre du rideau et des loges d'avant-scène. Tous ces travaux, enfin, avaient

été exécutés sous rintelligente direction de M. Orépinet, architecte du théâtre, en deux mois environ. On avait hien fermé le 30 juin, après une représentation de la Flûte enchantée; mais les ouvriers ne s'étaient pas mis à Tœuvre dès le 1" juillet, et la réouverture, reculée de jour en jour, au lieu d'avoir lieu comme d'habitude le 1" septembre, avait été reportée au 1 1 octobre, tandis qu'en attendant la fin des travaux, les répétitions se faisaient dans la salle du Conservatoire.

C'était un supplément de six semaines d'inaction, contre lequel les artistes du chant avaient protesté par une supplique respectueuse, mais ferme, au ministre des Beaux-Arts, lequel ne pouvait d'ailleurs rien changer en l'espèce. Les artistes de l'orchestre n'avaient pas pris part à cette manifestation, sans doute pour mieux reconnaître l'attention dont ils avaient été l'objet de la part du directeur. Le lendemain de la clôture, en effet, M. Danbé, leur chef, les avait avisés qu'un supplément d'appointements était accordé aux petits emplois, mesure bien justifiée par l'excellence et le zèle d'une troupe instrumentale dont la valeur était unanimement reconnue. Du moins le temps perdu allait être rattrapé, tant et si bien qu'en cette année 1879, sans succès de nouveauté et avec plus de quatre mois de clôture, on réalisait encore 1 ,135, 998 fr. 25 centimes de recettes.

Pour l'ouverture de la salle Pavart en 1840, on avait donné la 347" représentation du Pré aux Clercs ; pour la réouverture de la même salle Favart en 1879, on donnait la 1229* représentation du même Préaux Clercs, c'est-à-dire qu'en l'espace de trente-neuf ans, l'ouvrage y avait été joué 882 fois. Ce succès continu légitimait assez l'honneur rendu auparavant à la mé-

moire d'Hérold, sous forme d'une plaque commémorative sur la maison de la rue d'Argout, n» 10, où était né, le 28 janvier 1791^ l'illustre compositeur, dont le fils se trouvait alors préfet de la Seine. Pour cette reprise, plusieurs rôles avaient été nouvellement distribués : celui de Nicette, comme nous l'avons dit, à M''® Thuillier, qui s'y montra charmante, et celui de Marguerite à M'*® Fauvelle ; W* Bilbaut- Vauchelet prenait celui d'Isabelle, où elle avait débuté; Morlet (Oomminges), Fugère (Girot), et Barré (Gantarelli) assistaient dans ses débuts le nouveau Mergy, M. Herbert, qui avait chanté à Lyon les rôles de ténor léger et qui, à défaut de style, possédait une voix agréable, autant du moins qu'on en put juger par la suite, car, le premier soir, il était visiblement ému. Un mois plus tard, jour pour jour, le 11 novembre, un autre ténor débutait dans La2/a- Roukh et devait, comme le précédent, ne plus quitter la salle Favart ; M. Mouliérat, qui ne songeait guère à la musique et au théâtre lorsqu'on 1875 il faisait partie du 18* chasseurs, était entré au Conservatoire, et l'avait quitté en 1879 avec un second prix de chant (classe Bussine), un premier prix d'opéra-comique (classe Ponchard) et un second prix d'opéra (classe Obin). Lui aussi avait grand'peur le soir de son début, et ne put faire apprécier qu'en nartie le charme de son organe. Un de ses camarades du Conservatoire débutait en môme temps sous les traits de Baskir, M. Belhomme, de qui Ton pouvait dire que l'aspect ne répondait pas au nom, car il était de petite taille ; mais sa voix de baryton ne manquait pas d'ampleur, et le jeune artiste en usait déjà avec une certaine autorité. La belle Lalla-Roukh avait ce même soir pour interprète M'** Carol, qui reparaissait

après uDe assez longue absence, dont un accident était la cause : le 14 janvier précédent, par suite d'une fausse manœuvre du machiniste, elle était tombée dans la trappe où doivent s'engloutir Zampa et la statue, et une foulure assez grave de la cheville Tavait condamnée à plusieurs mois de repos. Â cette liste de débutants et de revenants, il faut ajouter le nom de M"' Reine, qui fit sa rentrée le 28 décembre dans Mignon (rôle de Mignon).

A ce point de vue une représentation des plus intéressantes fut celle du 13 novembre, où, dans la Dame blanche^ reparut Nicot, dont l'engagement avait failli ne pas être renouvelé et qui finalement demeurait. Or, le nouveau Georges Brown avait quitté la traditionnelle tunique bleue et le chapeau pointu agrémenté d'une plume de coq, pour arborer un frac rouge à parements et le tricorne monumental. Un premier essai de ce genre avait été tenté jadis par Nestor Roqueplan pour Warot; mais le succès n'ayant pas répondu à son attente, Emile Perrin profita des débuts de Ponchard pour revenir au costume primitif et ne plus troubler les habitudes du public, content de son héros empanaché, et indifi'érent alors aux questions d'exactitude historique. Avec le temps ce besoin de vérité devenait impérieux, et le public accepta cette fois très patiemment ce qu*il avait refusé jusque-là.

En revanche, ce qu'il n'accepta pas, ce fut la dernière nouveauté de l'année, un ouvrage en un acte joué pour la première fois le 22 décembre. C'était le résultat d'un concours, médiocre résultat, hélas! mais dont on ne pouvait rendre responsables les membres du jury, MM. Massenet, Guiraud, Delibes, Dubois, Lenepveu, E. Gautier. H. de Lapommeraye,

S02 LA DIRECTION CARYALHO

de Leiwen et Oormon. Ges messieurs avaient décidé tout d*abord qu'il n'y avait pas lieu de décerner le prix Oressent, dont le sort était entre leurs mains. Mais la presse s'en émut ; on soutint que le fonda* teur de ce prix avait entendu récompenser non pas un chef-d'œuvre, mais une œuvre susceptible d'être encouragée, l'essai d'un élève et non le travail d'un maître ; bref, le ministre des Beaux- Arts prit sur lui d'attribuer le prix à la partition qu'on lui avait signalée comme la plus digne d'attention et c'est ainsi que Dianora vit le jour de la rampe.

Le livret de M. Ohantepie est de ceux dont la^nal* veté provoque plus le sourire que l'intérêt. Une paysanne se trouve, on ne sait pourquoi, ressembler doublement à la Vierge qui orne l'église de son village, et par la forme du visage et par... l'insensibilité de son cœur « de pierre » ; elle se rit aussi bien du noble et galant «eigneur que de l'humble et timide berger. Désespéré, ce dernier, ayant nom Fautino, s'empoisonne ou du moins croit s'empoisonner avec un flacon que lui a remis, on ne sait pas davantage pourquoi, une sorte de sorcier, et qui contenait en réalité de l'eau claire. Ce projet de suicide a touché le <K cœur de pierre » et tout se termine par un mariage dont le seigneur, éconduit mais bon enfant, paiera les frais en donnant une dot aux fiancés. Le rôle du pâtre mélancolique servait de début à M"" Luigini qui^ après avoir chanté au théâtre Ventadour dans le Capitaine Fracasse, avait été engagée à Lyon, où elle avait créé le rôle du dauphin dans VEiienne Marcel de M. Saint-Saëns. MW* Cécile Mézeray, MM. Nicot et Morlet se partageaient les autres rôles de cette pièce dont la partition était le premier ouvrage dramatique de M. Bamuel Rousseau, prix de Rome en 1878.

Si le public se montra sévère pour Dictnora^ il ne ménagea pas ses applaudissements^ le 28 décembre, aux artistes gui se faisaient entendre dans une ma<> tinée organisée au profit des victimes des incendies d'Alger, sous le haut patronage du gouverneur général et des représentants de l'Algérie, La Comédie- Française avait apporté son concours en jouant Un Cas de conscience et V Autre Motif, Le duo du Comte Ory (M"« Bilbaut-Vauchelet et M. Nicot), la mélodie la Charité, dePaure, le duo de la Muette (MM. Faure et Talazac), Tair dé Chérubin (M"® Carvalho), l'air de Joconde (M. Faure), le quatuor de Rigùletto (MM. Faure, Talazac, M"*» Carvalho et Engally) formaient les éléments principaux de cette représentation, qui rapporta près de 12,000 francs. Ce résultat était de nature à faire naître dans la pensée du directeur le désir de renouveler ces séances ; on lui prétait alors en effet le projet de donner de grands concerts dominicaux auxquels participeraient des virtuoses célèbres, des artistes de passage à Paris pouvant, par le seul attrait de leur nom, réaliser de grosses recettes. Bref, on commençait à s'occuper d'organiser plus régulièrement ces spectacles diurnes, qui, depuis, se sont multipliés de telle sorte qu'ils font partie, pendant Thiver, des plaisirs du dimanche. L'Opéra-Comique ne pouvait manquer de suivre ce mouvement provoqué par le fameux Ballande ; c'est, ainsi que les matinées, au nombre de cinq en 1879, et encore intermittentes, s'élevèrent à vingt-quatre en 1880, et devinrent même presque régulières à partir du mois d'octobre. Il y avait là comme une mine nouvelle à exploiter.

C'était de plus un moyen d'augmenter le « rendement » du répertoire, et cette considération ne pou-

304 LA DIABCTION CASVALHO

Tait déplaire à un directeur qui s'est presque tou> jours moÏDs appliqué à multiplier tes nouvelles pièces qu'& remonter les anciennes avec tout le soin désirable. Il faut reconnaitre que l'année 1879 n'était pas pour accentuer sonpeu de goiit de l'inconnu; des cinq nouveautés, le Pain bis devait aller à 23 représentations, £m brassons-no us, Folleoille, à 21 ; les trois autres étaient restées en route, arrêtées, Lianora au chiffre h, la Zingarella et la Courte Échelle au cbiffre 4 1 Ce résultat ue pouvait servir la cause des « jeunes •> ; aussi vit-OD , vers ce temps, le silence définitif se faire autour de certaines œuvres dont on avait annoncé la réception et qui ne virentjamaislejour:Djemina, deux actes de M. Pierre Barbier, musique d'Hector Salomon; l'Urne, dont il était déjà question, nous l'avons dit, en 1863, un acte de Feuillet et de J. Barbier, musique d'Ortolan; laNocejuioe, un acte de M. Armand Silvestre, musique de M. Serpette, et ieVûir dans i'emftarriis, de M. Emile Bourgeois. Nlcolo, Adam, Auber et Grétry bénéficièrent de cet éloignement, et quelquesuns de leurs ouvrages reparurent alors avec des changements d'interprétation et des renouvellements de décors qui prouvaient l'intérêt de ces reprises.

D'aburd, le 6 janvier, les iîendes-uous bourgeois avec un nouveau venu dans le rôle de Dugravier, Gourdon, qui n'avaitjoué jusqu'alors que sur des scènes secoudaires, et gui pendant cinq années allait tenir à là** salle Favart l'emploi des a larnettes. » Si depuis quatre années l'Opéra- Comique avait négligé les Rendez-vous bourgeois, M. Koniug les avait recueillis du moins a son théâtre de la Renaissance, et l'on ne lira pas sans curiosité, vu la notoriété de certains noms, la distribution de la même pièce, à un an d'intervalle, sur deui scènes de caractère bien différent :

Benaissance

Opéra-Comique

César

MM. Vauthier.

MM. Taskin (puis Bernard)

Bertrand..

Berthelier.

Grivot.

Dugravier.

Jjibert.

Gourdon.

Jasmin.. . .

Urbain.

Collin.

Charles. . . .

M"*» Jane Hading.

Chènevière.

Louise....

MiJy-Meyer.

M"'*Thuinier.

Julie

Dartaux.

' Chevalier.

Beine

Desclauzas.

Vidal.

Ensuite, le 25 janvier, le Chalet, qui ne quittait jamais longtemps le répertoire, et qu'on revit cette fois avec M^*" Dupuis (Betly), MM. Ohènevière (Daniel) et Taskin (Max). Ce dernier, d'ailleurs, ne tarda pas à céder son rôle à Oarroul, puis à Paravey.

Moins de quinze jours après, le 6 février, leMaçon^ qui avait disparu de Tafûche depuis dix ans, mais allait s'y maintenir presque sans interruption jusqu'au jour de Tincendie du théâtre. On avait bien parlé de revenir, en 1872, à ce premier grand succès d'Auber, «t les interprètes désignés s'appelaient Ponchard, Thierry, Verdellet, Bernard, Julien, M°" Reine, Révilly et Gillot. Ce projet abandonné, huit années s-'étaient encore écoulées, et Ton choisit, cette fois, Nicot (Roger), Herbert (Léon), Gourdon (Baptiste), M"" Fauvelle (Irma), Chevalier (M"* Bertrand), Thuillier (Henriette), Labat (Ricca). De la précédente distribution, Bernard restait seul sous les traits du farouche Usbeck, et renouait en quelque sorte ainsi la chaîne de la tradition.

Pour le Domino noir^ la reprise du 21 mai avait quelque importance, en ce sens que la direction s'était mise en frais de costumes et de décors ; on avait même profité de la circonstance pour rétablir cer-

••—'7 Vf

306 LA DIAEGTION CARVALHO

tains morceaux qu'il était d'usage de couper, comme la romance du ténor au second acte, et celle d'Angèle. Depuis longtemps, ce dernier rôle n'avait pas^ été tenu par une virtuose aussi accomplie que M*^* Isaac ; on ne pouvait que louer l'élégance de ses vocalises et la sûreté de son chant. Pour Herbert (Horace), le charme de sa voix n'empêcha pas la presse de remarquer qu' « il s'habillait mal et manquait de distinction v, défauts dont on reconnaissait exempt son camarade Barré (Juliano). Belhomme et M"* Vidal se montraient bons comiques en Gil Ferez et dame Jacinthe ; Bernard (lord Elfort), et M^^* Du-^ puis (Brigitte), complétaient un ensemble satisfais sant.

Cet « ensemble satisfaisant » est la qualification qui convenait aussi à la dernière reprise de Tannée^ celle de Richard Cœur de Lion^ le 20 décembre. Oarroul y continuait, en Blondel, «es honorables débuts^ et se faisait applaudir, non seulement comme chanteur, mais encore comme instrumentiste, en exécutant lui-même en scène la partie de violon dont se charge d'ordinaire un artiste de l'orchestre pour le compte du fidèle écuyer. Le roi était personnifié par Fûrst, et Laurette par M"' 0. Mézeray, remplacée quelques jours après par M^^® Chevalier, Parmi les nombreux petits rôles de cette pièce qui, sauf en 1885,. n'allait plus quitter le répertoire jusqu'à la dispari-tion de la salle Favart, on peut signaler, sous les traits de Marguerite, une débutante qui, d'ailleurs,, se retira dès l'année suivante : sœur d'une actrice bien connue. M*** Angèle Legault était élève de Léon Duprez, et avait appartenu à l'Opéra populaire, en 1879, sous la direction Martinet.

L'excellent accueil fait à ces diverses reprises ne

produisit pas sur les nouveautés de fâcheux contrecoup. Des cinq pièces nouvelles jouées en 1880, trois en un acte, la Fée, le Bois et Mcmsieur de Floridor, n'eurent qu'une brève destinée ; mais les deux autres, en trois actes, Jean de Nivelle et l'Amour médecin, conquirent du premier coup la faveur publique, la gardèrent, et finirent par atteindre ce chiffre cent que depuis longtemps, depuis le Premier Jour de bonheur, on n'avait plus revu à rOpéra-Oomique.

On sait ce que l'histoire nous enseigne, ou à peu près, sur le célèbre Jean de Nivelle. Jean de Montmorency avait donné nue belle-mère à ses fils. Mécontents, ceux-ci se retirèrent à la cour du comte de Flandre. Jean les rappela, ils ne revinrent point, et le père traita de a chien b sa progéniture. La sommation avait été faite à l'alné, Jean de Nivelle, de là, le dicton : n II ressemble à ce chien de Jean de Nivelle gui s'enfuit quand on l'appelle n. On a dit « au chien a au lieu de « à ce chien », et le dicton s'applique aujourd'hui aux bétes comme aux gens. Voici maintenant ce que dans leur pièce, représentée avec succès le 8 mars, MM. Oondinet et Philippe Oille nous racontaient.

Selon eux, Jean a fui la cour de France parce que le roi Louis XI veut lui faire épouser la fille laide et contrefaite de son ambassadeur ; il s'est réfugié sur les terres du duc de Bourgogne, et là, caché sous les habits d'un simple berger, cède aux charmes d'Ariette, la jolie villageoise. Celle-ci a pour protectrice M"' de Beautreillis,' qui l'emmène un jour au château du comte de Oharolais. Jean l'y suit, se figure qu'elle est éprise d'un seigneur, nommé Saladin, et tue en duel son rival supposé. Forcé de révéler sa naissance pour échapper au châtiment, Jean accepte

308 LA DIRECTION GARVALHO

de suivre à Tarmée le comte de Gharolais dans sa lutte contre le roi ; il lui sauve la vie devant Montlhéry, et, après cet exploit, à la vue de la bannière de France qui lui rappelle son passé et trouble sa conscience de patriote et de soldat, il renonce aux grandeurs, et préfère retourner inconnu dans le bois d'Armançon, où Ton devine qu'avec Ariette il filera le parfait amour. Joignez à ces personnages, deux ganaches, l'ambassadeur français, sire de Malicorne, et l'ambassadeur bourguignon, sire de Beau treillis, dont l'éducation diplomatique s'est évidemment faite à la cour du roi Pétaud, plus une sorte de sorcière qui exploite la mandragore et s'interpose sans succès dans les amours de sa nièce Ariette et du comte, et vous aurez à peu près tous les éléments de ce drame compliqué dont l'amusant mot de la fin laissa toutefois le public sous une impression assez gaie : « Maintenant, disait avec résolution M*'e de Beautreillis, voyant l'amour de Jean lui échapper, maintenant, mon père, j'épouserai qui vous voudrez; je n'aimerai personne. » Et le père de lui répondre avec transport : « Ce fut le cri de ta mère en m'épousant, mon enfant ! »

Cette pièce était destinée d'abord à fournir la matière d'un drame de cape et d'épée. Peu après elle avait dévié de sa route, s'était transformée en opéracomique, et de la Porte-Saint-Martin s'était dirigée vers le Théâtre-Lyrique, où M. Vizentini l'avait reçue, M. Carvalho la recueillit et fit bien. Léo Delibes avait en effet sauvé l'obscurité du livret avec la clarté de sa musique. Comme toujours, il avait trouvé de gracieuses cantilènes, élégamment écrites et finement orchestrées, où le charme à coup sûr manquait moins que l'émotion réelle ; cette fois, d'ailleurs, il

avait visiblement haussé le ton desalyre, et plusieurs récits montraient un juste sentiment de la grande et noble déclamation. De cet effort vers le mieux résultait peut-être Ift préférence secrète que Léo Delibes gardait pour cet ouvrage, et rien n'était plus sensible à son cœur d'artiste que le souvenir évoqué de Jean de Nivelle.

Encadrée dans de charmants décors, avec un grand luxe de mise en scène et de costumes, au milieu duquel faisait tache pourtant l'étalage de fourrures portées par la cour de Bourgogne en pleine fête des vendanges, ce qui autorisait les indiscrets à demander comment pouvaient bien s'habiller en hiver ces frileux personnages, l'œuvre était interprétée par des artistes de premier ordre : Talazac, remarquable dans le rôle principal ; Taskin, un comte de Oharolais de belle allure ; M"* Bilbaut-Vauchelet, une délicieuse Ariette ; M"® Engally, une Simone étrange et originale ; Grivot et Gourdon, deux amusants diplomates. Le rôle de Diane de Beautreillis était confié à une débutante, M"* Mirane, qui, venue au théâtre pour passer une audition, s'était vue immédiatement chargée d'un telle création. Le poids sans doute était trop lourd, puisqu'elle dut résilier quelques mois après, et céder sa place le le' septembre à M"* Dupuis, de même qu'une autre débutante, camarade Tannée précédente de M"® Angèle Legault à l'Opéra populaire, M"® Sbolgi, suppléait le 2 juin M"*' Engally, et disparaissait, elle aussi, dans le courant de la même année.

Parmi ces oiseaux de passage, il faut encore signaler un artiste que sa parenté avec des chanteurs bien connus avait désigné à l'attention du directeur. Chef d'attaque dans les chœurs de l'Opéra, M. Hermann

310 LA DIRECTION CAUVALIIO

Devriès débuta comme basse-taille àl'Opéra-Comique, ' le 22 octobre, dans Mignon (rôle de Lotliario) ; l'émotion ne lui permit de donner qu'une faible idée de ses moyens; il prit peur sans doute et se retira dès l'aniiâe suivante. D'autres ne firent que traverser la salle Favartpour suivre l'exemple donné cette année ■ môme par leur camarade Morlet, et s'orienter plus ou moins vite vers l'opérette. Telle, M"" Stella Delamarre ou de la Mar, qui passa le 1" juin dans Jes Amoureux de Catherine et accepta peu après un engagement aux Folies-Parisiennes ; tel M. Piccaluga, lauréat du Conservatoire en 1879, où il avait obtenu un second prix de cbant (classe Masfet} et un prix d'opéra-comique (classe Mocker) ; il parut en octobre dans Monsieur de Floridur, et après un séjour assez court à la salle Favart, se fit une place justement enviée parmi les barytons de nos petits thsitres. Telle enfin M"* Marguerite Ugalde, qui, après avoir dil débuter dans une rfiprise de la Part du Diable, chanta et joua pour la première fois, le 19 avril, la Fille du régiment avec une charmante crânerie, aux applaudissements non seulement de sa mère, bon juge en l'espèce, mais encore du public, lequel, malgré sa faveur, ne put la retenir plus d'une année.

Deux acquisitions plus sérieuses pour l'histoire de rOpéra-Comique demeurent à l'actif de l'année 1880, M'i^' Mole et M'>° Van Zandt. La première était sortie du Conservatoire en 1880 avec un second accessit de chant (classe Boulanger) et un premier pris d'opéracomique (classe Ponchaid) ; fine et distinguée, elle semblait encore ine-xpérimentée quand elle débuts, le 10 septembre, dans le Domino noir (rôle de Brigitte]; mais elle a progre.ssé peu à peu, et, devenue M°" Molé- Iruffier par sou mariage avec le sociétaire de la Co-

médie-Prançaise, elle compte aujourd'hui parmi les meilleurs sujets de la ce petite troupe » de rOpéraf-- Comique. La seconde s'était révélée « étoile » dès le. premier soir, le 18 mars, et cela saas le secours de la réclame, car à peine si Ton avait annoncé d'avance ses débuts. Agée de dix-sept ans, la nouvelle Mignon, que patronnaient auprès de M. Carvalho M™®'» Nilsson et Patti, comptait déjà de grands succès à Londres. De toute sa personne se dégageait un charme étrange qui attirait vers elle ; la physionomie était sédui* santé, avec un singulier mélange de naïveté et d'espièglerie; la voix de soprano était claire et pure, conduite avec beaucoup d'art ; il n'en fallait pas tant pour devenir l'enfant gâtée du public, et elle le fut pendant plus de quatre années.

A côté de ces débutants artistes se produisaient des débutants auteurs ; c'est ainsi que le 14 juin (quinze jours avant la clôture annuelle !) ]VL Hémery fut admis à l'honneur de présenter au public un opéracomique en un acte intitulé la Fée.

Ancien élève de l'école Niedermeyer, le compositeur était organiste à Saint-Lô, ce qui ne semblait pas le prédestiner à se faire jouer à Paris ; mais il était, de plus, très lié. avec un autre habitant fort in-» fluent de Saint-Lô, Octave Feuillet, ce qui pouvait lui ouvrir les portes d'un théâtre. L'élégant académicien avait permis à M. Louis Gallet de transformer en opéra-comique sa petite comédie, représentée jadis au Vaudeville, où l'on voyait une jeune bretonne romanesque ramener au bien et conquérir une sorte de Don Juan qui, par désœuvrement, allait se tuer ; il lui suffisait, pour l'attirer, de se faire passer pour une vieille fée et de lui donner rendez-vous dans une forêt ; lorsque, malgré ses cheveux blancs, elle

312 LA. DIRECTION CABV&LUO

était parvenue à tourner la tâte de sa victime, elle reprenait sa forme première et comptait sur le bénéfice du contraste pour asaurer le bonheur de son ménage. Si l'on peut, à force d'esprit, prêter un semblant de vie à des personnages improbables, il faut reconnaître que 1» aiusique en pareil cas complique au lieu d'expliquer. M. Hémery avait écrit une partilion plus correcte qu'originale ; malgré ses qualités de facture, à peine fut-elle remarquée. On observa queNicot (Henri de Comminges) jouait avec inlelligence, que M"" Tbuillier (Aurore de Kerdic) était charmâmes que Morlet faisait du rôle de François sa dernière création, puisqu'il venait d'accepter un engagement aux Bouffes-Parisiens. Mais la pauvre Fée n'avait pas reçu le privilège de l'immortalité : sa baguette ne lui avait pas donné le pouvoir de vivre au delà de sept soirées.

Comme la. Fée, le Bois avait pour auteur un débutant, M. Albert Cahen ; comme elle, il était tiré d'une pièce déjà représentée ailleurs ; comme elle enfin, il se passait, son titre l'indique, en pleine forêt. Mais les personnages de Glatigny ne ressemblaient guère à ceux de Feuillet; la noblesse avait fait place à la mytbologie. La nymphe Doris, lasse des admirateurs qui se pressent sur ses pas, rencontre le faune Mnazile qui semble la dédaigner; elle se pique au jeu, fait la coquette, et finit par se brûler elle-même au feu qu'elle voulait allumer. Cette églogue avait, avant de paraître à l'Odéon eu 1871, été donnée à Bade, où, parmi les spectateurs, une dame se faisait remarquer par la chaleur de ses bravos, qui entraînèrent ceux de toute la salle ; Glatigny, reconnaissant, lui dédia son opuscule. Celait M"» Ugalde, et le hasard voulut que, dix ans plus tard, sa fille inter-

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prêtât en France, de concert avec Mi»*» Thuillier, Touvrage que sa mère avait ainsi applaudi en Allemagne. Transformé en opéra-comique, et cela, quoi qu*on ^

en ait dit, conformément au réel désir du poète, le {

Bois avait été exécuté, une seule fois il est vrai, Tannée précédente, à la salle Herz. Une société d'audi- ■ lions lyriques s'était fondée par les soins et aux frais \ d'un notaire dilettante de Oaen, M. MuUer, lequel * avait profité de l'occasion pour donner le jour à une : opérette de sa composition ; en même temps, figurait au programme Attendez-moi sous Vorme de M. Vincent i dlndy. De fait, le brave notaire avait tiré les marrons du feu Le Bois et Attendez-moi sous Vorme pas- '. sèrent successivement à l'Opéra-Comique ; son opé- [ rette ne fut recueillie par personne. M. Albert Oahen avait écrit pour ce petit acte à deux personnages une • partition non dénuée d'intérêt, dont la destinée à Paris fut malheureusement arrêtée au chiflfre de neuf représentations.

Le même soir que le Bois^ (1 1 octobre), avait lieu la première représentation de Monsieur de Floridor^ un acte en deux tableaux, paroles de MM. Nuitter et Tréfeu, musique de M. Th. de Lajarte. Il est difficile de résumer l'action en moins de mots que ne l'a fait jadis M. Henri Lavoix; aussi lui emprunlons-nous son récit: «'Mathurin veut donner sa nièce germaine à Lucas, un bon compagnon, ami comme lui de la dive bouteille; Germaine, de son côté, veut épouser M. de Ploridor, qui conduit en province des troupes de comédiens. Avec la complicité de sa tante, Germaine < Floridor organisent une représentation funèbre» ; ippent de terreur Mathurin et Lucas, si bien que '. m renonce à Germaine et que l'autre promet de re-

mcer à la bouteille. » Un tel sujet n'était pas nou- II 18

éT

314 LA DIRECTION GARVALHO

veau, si l'on se rappelle que La Fontaine l'avait traité dans sa fable de V Ivrogne et sa femme. Anseaume s'en était emparé depuis, et son opéra-comique, mis en musique par Laruette, fut représenté en 1759 à la foire Saint-Laurent, sous le titre de VIvrogne corrigé ou le Mariage du Diable» Les librettistes n'avaient eu, comme on le voit, qu'à puiser dans le passé pour disposer leur lever de rideau, qu'ils avaient tour à tour appelé Serments dHvrogne, Germaine, Floridor et finalement Monsieur de Floridor. Seize représentations payèrent le bibliothécaire de l'Opéra de la verve aimable qu'il avait dépensée en faveur de cet opuscule, où. l'on applaudit la voix solide de Belhomme (Mathurin)^ la gaieté de Grivot (Floridor), la belle humeur de M^*^ Ducasse (Thérèse) et la grâce de W^^ Dalbret, mariée peu de temps auparavant à un jeune comédien du Palais-Royal et des Nouveautés, M. Numa,

La dernière nouveauté de l'année, V Amour méde^ ciny représentée le 20 décembre, ne fut ni la moins intéressante ni la moins bien accueillie.

Dans un prologue en vers, qui interrompt l'ouverture, Monselet s'excusait de la liberté grande qu'il avait prise de toucher à Molière ; il était pardonné d'avance : d'abord parce que Molière jugeait lui-même la musique indispensable à ces sortes d'ouvrages, et, dans son Avis au lecteur, écrivait que « les airs et les symphonies de l'incomparable M. de Lully, mêlés à la beauté des voix et à l'adresse des danseurs, leur donnent sans doute des grâces dont ils ont toutes les peines du monde à se passer » ; ensuite, parce qu'un lettré comme lui ne pouvait en user que délicatement avec le texte classique. On applaudit, à la fin du premier acte, la scène où les apothicaires, leur arme à U main, dansent un pas de caractère avant d'entrer che^

la malade, et, parleur mimique expressive, font aus» sitôt comprendre leurs intentions. On goûta fort, au second acte, le spirituel quatuor où les médecins figurés par Grivot, Gourdon, Maris et Bamolt se content leurs petites histoires au lieu de penser à l'objet de leur visite, et Ton redemanda au troisième une jolie romance, improvisée au dernier moment par le compositeur, P. Poise, pour Nicot. Bref, agréé par tous, rAmour médecin devait dépasser cent représentations et demeurer le plus grand succès de son auteur.

La mort avait, au cours des trois années que comprend ce chapitre, frappé plus d'un serviteur et ami de rOpéra- Comique : des artistes, comme en 1878 Strozzi, de son vrai nom Stroheker, et M*i« Ganetti, de son vrai nom M"« Ganet, devenue par le mariage M"** Messier ; en 1879, Roger, Jourdan, Potel ; en 1880, Grignon, Victor Avocat, acteur et régisseur, Ml*' Juliette Clerc, enlevée par une maladie de poitrine quelques mois après ses débuts ; des compositeurs, comme en 1878 Bazin et Henri Potier, en 1880 Reber et OfTenbach; enfin un auteur dramatique, Hippolyte Lucas, l'un des librettistes de Lalla-Roukh, et un ancien chef d'orchestre, Tilmant, tous deux décédés en 1878.

Si importants que fussent ces vides, le temps se chargeait de les combler, et les hommes nouveaux prenaient peu à peu la place des anciens. Maintenant on applaudissait parmi les auteurs dramatiques, Gondinet, H. Meilhac, A. Silvestre, Louis Gallet, Philippe Gille, Edouard Blau ; parmi les musiciens, J. Massenet, Saint-Saëns, Léo Delibes, Guiraud, Paladilhe ; enfin, la troupe contenait un certain nombre de sujets qui lui assuraient un éclat inaccoutumé :

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Talazac, Nicot, Taskin, Fugère, Barré, M"*« Carvalho, Bilbaut-Vauchelet, Isaac, Van Zandt, Eûgally.

Avec de tels artistes, le directeur pouvait malate* nir ouvert son théâtre toute l'année, sans craindre de voir pendant l'été la baisse des recettes. Mais peu à peu l'usage des vacances s'était implanté : en 1880, comme en 1879, la salle Favart avait fermé ses portes du l«r juillet au 1" septembre, sans les ouvrir même pour la fête nationale du 14 juillet. Vainement, la presse protestait contre cette fermeture de deux mois dont rien ne justifiait la cause ni dans le passé, car le fait ne se produisait jamais autrefois, ni dans le présent, puisque d'autres théâtres subventionnés, FOpéra et la Comédie-Française, ne donnaient pas cet exemple. Pour régulariser sa situation, M. Oarvalho s'était mis d'accord avec l'administration des Beaux- Arts qui, pour prix de cette autorisation, exigea du directeur une organisation régulière de représentations populaires à prix réduits, et le règlement suivant intervint entre les deux parties : a Le théâtre de rOpéra-Oomique donnera, un des lundis de chaque mois, une représentation populaire à prix réduits. Ces représentations, composées des œuvres les plus remarquables du répertoire, ancien ou nouveau, seront toujours organisées avec le plus grand soin et réuniront les principaux artistes du théâtre. Le prix des places sera fixé suivant un tarif réduit. Afin d'éviter le traûc et les spéculations, les mesures suivantes devront être prises : Il n'y aura pas de places retenues (d'avance; les billets ne seront délivrés qu'aux deux guichets qui précèdent le contrôle ; toutes commuaications seront interdites entre le public formant la queue et les personnes qui voudraient acheter le toui des premiers occupants ; les contremarques ne seront

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délivrées que vers le milieu de la représentation ; on empêchera ainsi la vente qui pourrait en être faite au dehors. » Ajoutons que, pour la circonstance, les places étaient cotées 3 francs, 2 fr. 50, 2 francs, 1 fr. 50, 1 franc et 50 centimes. Avec ce tarif, chaque représentation ne pouvait guère dépasser une recette de 2,000 francs : les frais journaliers étant de 4,500, c'était, pour les dix représentations imposées, un déficit minimum de 25,000 francs, que la direction avait à subir pour les plaisirs du « pauvre peuple ».

L'ensemble de ces dispositions, dont la rigueur devait par la suite être de plus en plus négligée, prouvait surabondamment le souci qu'on prétendait avoir des ce petites bourses ». En effet, le 31 mai, avec Jean de Nivelle, puis le 13 septembre, avec le Domino noir et le Chalet, on inaugura ces spectacles d'un caractère particulier ; mais on put constater que le public de ces jours-là ne différait guère du public des autres jours. On refusait du monde à l'entrée, la salle était pleine ; seulement, dans maintes loges on remarquait des élégances de toilettes qui s'accordaient assez mal avec ces « prix réduits ».

En revanche, la Société des Auteurs, elle, n'avait pas réduit ses prétentions et prétendait percevoir les droits d'auteur non pas sur la recette réelle encaissée, mais sur la recette maxima que peut réaliser le théâtre avec le tarif ordinaire ; son traité contenant une clause formelle à cet égard, M. Garvalho, sans contester le droit de la Société, fit valoir que, le cas était tout spécial et que si Ton avait pu le prévoir lors de la rédaction du traité, on y aurait certainement pourvu par une stipulation additionnelle. Après discussion on se résigna de part et d'autre à des concessions, et Ton aboutit à cette convention pour le

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moins bizarre, que les droits useraient perças^ ponr chaque représentation à prix réduits, «ur la moyesne des recettes des mois précédents (?). M. Carvalho se 'Consolait de ces exigences en consultant le livre des recettes, qui s'étaient élevées à 1.406.581 fr. 39 cent, pour Tannée 1880. C'était 270,583 fr. 14 cent, déplus •que Tannée précédente.

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