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plus fâcheux fut assurément celui qui marqua les premiers mois de la nouvelle année. Après sept ans et demi d'un séjour glorieux à TOpéra-Comique, Faure s'éloignait, attiré provisoirement par la carrière italienne, au-delà de laquelle il prévoyait à brève échéance cette ejitrée à l'Opéra que, dès 1858, après Quentin Durwardy Alphonse Royer lui avait offerte. Le directeur Roqueplan semblait presque aller au-devant des désirs de son pensionnaire quand il avait songé en 1859 à remonter Don Juan pour lui. C'est M. Perrin qui devait réaliser ce rêve, rue Le Peletier, sept années plus tard ; en effet. Don Juan ne fut pas plus joué à l'Opéra-Oomique qn'Armide à l'Opéra, Armide dont on parlait à cette époque et qu'on attend encore. L'ambition de Faure était légitime, car peu de serviteurs auront plus honoré par leur talent la maison à laquelle ils appartenaient; aussi croyons-nous devoir publier ici la liste complète des rôles qu'il a tenus, et tous, on peut l'ajouter, avec une réelle autorité; c'est presque résumer sous cette forme l'histoire de la seconde salle Favart et de ses succès pendant près de huit années :
20 octobre 1852. Galathée, rôle de Pygmalion
(début).
12 novembre 1852. Le Caîdy rôle du tambour-major
(2* début).
30 mars 1853. La Tonelli, rôle de Pietro Manelli
(création).
5 juillet 1853. Haydée, rôle de Malipieri (3« dé-
but).
2 septembre 1853. Marco Spada, rôle de frère Bor-
romée.
25 octobre 1853. Le Chalet^ rôlt de Max.
24 avril 1854. Le Songe d'une nuit d*été, rôle de
Falstaff.
26 août 1854. Maico Spada, rôle du baron de
Torrida.
4 novembre 1854. L'Étoile du Nord, rôle de Peters. 16 janvier 1855 Le Chien du jardinier y rôle de
Justin (création).
2 juin 1855. Jenny Bell, rôle du duc de Green-
wicb (création).
23 février 1856. Manon Lescaut, rôle du marquis
d'Erigny (création).
27 novembre 1856. Le Sylphe, rôle du marquis de
Valbreuse (création).
25 avril 1857. Joconde, rôle de Joconde.
25 mars 1858. Quentin Durward, rôle de Crève-
cœur (création).
4 avril 1859. Le Pardon de Ploërmel, rôle d'Hoël
(création).
En tout, seize rôles dont sept créations, auxquelles on pourrait ajouter la cantate d'Adolphe Adam, Victoire, chantée le 13 septembre 1855 à l'occasion de la prise de Sébastopol, et le Cousin de Marivaux, opéracomique en deux actes, paroles de L. Battu et L. Halévy, musique de V. Massé, pièce écrite spécialement pour lui et représentée à Bade le 15 août 1857. De tels états de services justifiaient des appointements élevés; Faure, en effet, gagnait alors 40,000 fr. pour dix mois. Roqueplan, qui songeait à céder sa rlirection, trouva-t-il cette charge trop lourde? Le fait qu'en mars 1860, il offrit à son pensionnaire de Hier. Celui-ci accepta d'autant plus volontiers qu'il it en poche un engagement à Covent-Garden pour
la saison italienne, dans le cas où il recouvrerait sa liberté, et c'est ainsi que le 10 avril 1860 il chantait, pour la première fois, à Londres, le rôle d'Hoël en italien. Ce succès ne fut que le prélude de ceux qui l'attendaient sur notre première scène, puisqu'il a réuni à peu près tous les genres de mérite qui font le chanteur et le comédien, charme de la voix, élégance de la personne, distinction du jeu, et qu'aux dons dé la nature il a su joindre tout ce qui s'acquiert par le travail.
Par une coïncidence digne de remarque, Téminent chanteur quittait l'Opéra-Comique au moment où reparaissait le compositeur qui devait, quelques années plus tard, lui écrire pour l'Opéra Tun de ses rôles les plus célèbres. Âmbroise Thomas, en effet, avait donné, le 4 février 1860, une pièce en trois actes intitulée le Roman d'Elvire. La fable bizarre imaginée par lés librettistes, Alexandre Dumas et de Leuven, ressemblait fort à la pièce qu'ils avaient précédemment écrite pour Lafont et M^^*Déjazet, un Conte de Fées, Certaine marquise amoureuse courait après un jeune libertin et ne trouvait rien de mieux pour le conquérir que de simuler une vieille de soixante ans, de le circonvenir, de le pousser au jeu, de l'y faire se ruiner, et de le sauver en lui offrant sa main. L^amour conjugal terminait honnêtement ce Roman d'Elvire, ainsi baptisé à cause d'un livre qui portait ce titre, et dont on lisait un fragment au cours de la pièce, alors qu'aux répétitions on l'annonçait sous un nom plus en rapport avec l'action, Fantaisie de Marquise. Au lendemain de la première, Gustave Bertrand écrivait : « Cest un ouvrage qui ne quittera jamais le répertoire. » Paroles imprudentes sous la plume d'un critique I Dès le début, une indisposition
de Montaubry d'abord, puis de M^^"" Monrose, mit de longs intervalles entre les premières représentations, et, quand Pouvrage reprit son cours régulier, il alla jusqu'au chiffre de 33 et ne put le dépasser.
ChâteaU'Trompette eut un sort analogue, puisqu'il s'arrêta au chifTre de 25, en dépit des prédictions du même Gustave Bertrand, qui écrivait- bravement : « Je ne veux pas assigner de bornes, si éloignées qu'elles soient, au succès de Château-Trompette; c'est une pièce de répertoire. »> Ce titre, simple enseigne d'un cabaret à Bordeaux, comme celui des Porcherons à Paris, n'expliquait pas Touvrage, où Ton voyait le gouverneur de la Guyenne, le maréchal duc de Richelieu, mystifié par une simple grisette qui, prenant la défense de la morale et usant de stratagème, finissait par faire confesser publiquehient au vieux libertin la vertu pure et sans tache d'une honnête femme dont le nom passait pour être inscrit sur ses tablettes amoureuses. Cormon et Michel Carré avaient écrit cette agréable comédie en trois actes, dont le principal rôle d'homme, destiné à Gouderc, échut finalement àMocker par suite de la maladie de son camarade à l'époque de la première représentation, 23 avril 1860. On critiqua bien un peu le sujet, sous prétexte que le maréchal en son temps jouait des tours aux autres plus souvent que les autres ne lui en jouaient ; mais sur ce point les auteurs se rencontraient avec Octave Feuillet et Bocage, lesquels, en 1848, avaient donné à la Comédie-Fran- Lse une comédie fort oubliée aujourd'hui, assez iné- Le, mais spirituelle en somme, où le même persong^e éprouvait une disgrâce du même ordre. Quant compositeur de Château-Trompette, M. Gevaert,
il avait montré non seulement de la science et du goût, comme toujours, mais aussi de la finesse et de la légèreté, et Ton comprend que plus d'une fois il ait été question de reprendre cet ouvrage sur une scène de genre. Un tel projet attend encore sa réali* sation.
L'attente est, du reste, un mal ordinaire et traditionnel au théâtre ; Rita ou le mari battu en fournirait un exemple, puisque ce petit acte avait été reçu par Orosnier quelque seize ans auparavant. Basset avait succédé à Orosnier, Perrin à Basset ; entre temps, Fauteur était mort, et ce fut, en quelque sorte, une exhumation dont s'avisa Roqueplan, lorsqu'il monta cet ouvrage qui semblait oublié. La lé* gende voulait que Donizetti Peut improvisé en une semaine, tour de force que sa facilité naturelle rendait bien possible, et qu'il accomplissait après tant d'autres émules, Rossini, Halévy, Adam, etc. Des nécessités de combinaisons de spectacles en avaient d'abord retardé la mise à l'étude ; puis la maladie était venue ; Donizetti avait quitté la France, et, à sa mort, ses papiers se trouvèrent mis sous scellés. Les héritiers consentirent, non sans peine, à livrer le manuscrit à M. Perrin ; enfin, Roqueplan fit sonner l'heure de l'exécution, après avoir constitué un véritable jury qui eut mission de constater l'authenticité de la partition. Muni de son certificat, Rita parut le 7 mai 1860 et fit applaudir un livret que son auteur, Gustave Vaëz (de son vrai nom Van Nieuwenhuisen), avait établi assez gaiement. Rita, l'aubergiste, avait un premier mari qui la battait ; elle en prend un second, qu*elle bat ; mais le premier qu'on croyait mort en un lointain voyage, reparaît, et la malheureuse se trouve entre deux époux, dont ni l'un ni
Tantre ne se soucie plus de mariage. Il faut qu'elle s'engage à ne plus frapper, et le second consent à demeurer, tandis que le premier s'éloigne pour offrir son cœur et sa main à certaine étrangère qu'il a rencontrée au cours de ses pérégrinations. Le principal rôle était confié à M"' Faure-Lefebvre, charmante et parfaite une fois de plus, si Ton en juge d'après ce compliment que lui adressa, au lendemain de la première, un journaliste influent : « Nous n'avons remarqué qu'une grosse invraisemblance dans cette pièce : c'est que deux hommes, assez heureux pour avoir épousé M™® Faure-Lefebvre, veuillent tous deux la quitter : ce n*est pas admissible. x> La partition fut, comme l'interprète, l'objet d'un enthousiasme feint ou réel parmi quelques critiques; Scudo, en particulier, la proclamait un chef-d'œuvre. Sans aller jusqu'à ce mot, on pourrait supposer qu'elle contenait une certaine dose de vitalité, puisqu'elle fut Tobjet d'une reprise, après dix-neuf ans d'interruption, lorsqu'en 1879, sous la direction Martinet et Husson, la Gaité avait pris le nom d'Opéra-Populaire ; ses interprètes s'appelaient alors Raoult, Reynold et M"® Angèle Legault. Rita n'avait eu que dixhuit représentations à sa naissance ; elle en eut vingtsix à sa réapparition. La différence n'était pas assez: sensible pour faire admettre qu'elle eût beaucoup gagné en vieillissant.
A l'œuvre posthume d'un maître succédait, le
16 mai 1860, le premier ouvrage dramatique d'un
amateur, Paul Lagarde. Sous ce titre, VHabit de My-
\ les librettistes Sauvage et de Léris avaient ima-
ï une intrigue dont le plus grand mérite n'était
la nouveauté ; savoir : l'échange de vêtements
re deux personnes de condition différente, un
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8 DBQX ANNÉES CRITIQUES
noble poursuivi par raison d'Etat, et un garçon coiffeur. La musique n'offrait rien de plus rare que le libretto; c'était celle d'un agent de change qui a des loisirs, et pourtant l'ouvrage se maintint au répertoire avec un total de trente-six représentations.
A côté de ces premières représentations, quelques soirées méritent d'être rappelées : deux débuts, le 6 mars, dans Zerline de Fra DiavolOy M^^* Tuai, élève de Masset et de Moreau-Sainti, sortie du Conservatoire en 1859, avec un deuxième accessit de chant et un premier accessit d'opéra-comique, agréable et accorte chanteuse, mais qui demeura au second plan à la salle Favart, et le 31 mars, dans Betly du Chalet , M"« Breschon, qui joua trois fois son rôle et disparut sans retour; un bal, le 10 mars, au proftt de l'Association des artistes dramatiques ; une matinée, le 3 mars, au profit de M. Mayer, contrôleur du théâtre, retraité après trente années de service ; une cantate, France et Savoie, interprétée, les 14 et 17 juin, par Jourdan et les chœurs ; le territoire venait de s'augmenter de deux départements, et M. Matton avait cru devoir composer la musique d'un morceau de circonstance dont le poète ne s'était pas nommé. Cette production fut la dernière à laquelle présida Nestor Roqueplan. Le 18 juin, un arrêté du ministre d'Etat annonçait sa démission volontaire et son remplacement par Alfred Beaumont.
La raison nous en est donnée par Maillot, dans son curieux livre la Musique au Théâtre. La commandite était en perte et, dès le 10 mai, les commanditaires Gustave Delahante, de Salamanca et le duc de Morny avaient décidé de se retirer, subissant de bonne grâce les pertes et obligations de Roqueplan, et de-
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mandant seulement^ en échange, pendant la durée du privilège nouveau, de Salamanca, la baignoire d'avantscène de droite, Delahante, les baignoires d'avantscène de gauche, n®'* 2 et 3. Cet échange réglé par acte du 28 mai, le ministre n*eut plus qu'à agréer Beaumont, secondé par un commanditaire espagnol, M. de Guadra. La nouvelle commandite, comme la précédente, comportait 500,000 francs, représentés pour 300,000 francs par le théâtre, les décors, les costumes, etc., et, pour le surplus, par un capital dont plus de 60,000 francs étaient mis tout d'abord à la disposition du nouveau directeur.
M. Beaumont s'empressa d'affirmer son autorité en modifiant son personnel administratif. Il garda bien Achille Denis, chargé des rapports avec la presse, mais il lui adjoignit comme secrétaire général Dutertre, auteur dramatique et ancien secrétaire de la Porte-Saint-Martin. Mocker remplaça M. Leroy comme régisseur en chef; il est vrai qu'au mois de novembre Mocker donna sa démission pour se consacrer plus complètement à sa classe du Conservatoire, et le même M. Leroy reparut; seulement, Tannée suivante, ce fut Mocker à son tour qui revint pour lui succéder. En outre, Beaumont suspendit les entrées de faveur et décida que les amendes versées alimenteraient pour deux tiers la caisse de secours des employés du théâtre et pour un tiers celle de TAssociation des artistes dramatiques. Il ordonna même l'emploi de la car ter ortie ou procédé Oarteron, invention nouvelle qui devait rendre ininflammables les décora Il les costumes, diminuant ainsi les risques d'incenlie. Il entendait tout réglementer, et exigea notamuent que les musiciens de l'orchestre fussent, comme \ l'Opéra, soumis au régime de la cravate blanche.
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Un peu moins de fantaisie et plus de prudence aurait mieux valu, car, à peine installé, il commençait à recevoir nombre d'ouvrages que, pour une cause ou pour une autre, il ne devait pas monter, et qui sont du reste demeurés complètement inconnus, par exemple :: trois actes de Sardou et de Roqueplan, musique de Duprato et d'Offenbach, /a Villa Médicis, qui valut au public une lettre de M. Battu, demandant s'il ne s'agissait pas là d'une pièce que son fils, Léon» Battu, mort depuis, avait jadis confiée au directeur, et une réponse de Sardou, affirmant par la voie du Figaro que les deux pièces n'avaient rien de commun.:, que le titre ; puis trois actes de Dumanoir^ musique de Victor Massé, le Lutrin; enfin un opéra-comique de Paul Dupuech, la Belle Chocola^ Hère,
Les changements de direction amènent des ouvragesnouveaux, comme aussi de nouveaux interprètes. Voilà ce qui explique à un jour de distance, les 5 et 6 juillet 1860, la rentrée momentanée de deux artistes qui semblaient perdus pour la salle Favart, Roger et M°*« Ugalde : le premier dans Haydée, avec M"® Dupuy, une revenante elle aussi ; la seconde dans Galathée^ Déjà, le 26 juin, Roger avait prêté son concours aune représentation donnée au bénéfice d'un artiste que l'on ne nommait pas, en réalité pour racheter du service militaire le fils de Duvernoy, ce qui fut d'autant plus facile que la recette atteignit 6,963 fr. 50. Au programme figuraient les Désespérés, joués par la troupe de l'Opéra-Oomique, un Caprice, joué par la troupe des Français, Monsieur Prudhomme^ joué par Henri Monnier, Nathan, M">es Revilly et Geoffroy, plus un fragment de comédie, disait l'affiche, récité par Samson ; ajoutons que cette comédie, alors iné-
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dite, s'appelait le Veuxtage, Deux noms surtout méritaient de fixer l'attention : M™® Trebelli, dont on connaissait les succès en Espagne, mais gui n'avait? jamais encore paru en public à Paris ; elle chanta seule le brindisi de Lucrèce Borgia, et avec M. Crosti une scène du Barbier de Séville, épreuve qui confirma sa jeune renommée ; puis Roger, qui chanta le dua de la Reine de Chypre, avec Bonnehée et le premier acte de la Dame blanche. Il y avait onze mois, presque jour pour jour (-27 juillet 1859), qu'il avait perdu son bras lors de cette chasse fatale dont il a raconté l'issue en termes émouvants dans son Carnet d^un ténor. Entouré des sympathies de tous, il fut acclamé, et son succès détermina.la direction à l'engager pour un certain nombre de représentations en attendant qu'il partît pour Bade, où il devait créer la Colombe, de Gounod. C'est ainsi qu'on put l'applaudir en 1860 dans Haydée, la Dame blanche, le Domino noir, et Tannée suivante, à son retour d'Allemagne^ dans les mêmes ouvrages et, en outre, dans les Mousquetaires de la Reine. Il touchait alors à la fin de sa carrière dramatique et devait désormais se consacrer presque exclusivement à l'enseignement.
A côté de ces rentrées il faut rappeler deux débuts :
le 8 juillet 1860, dans Tracolin du Toréador, celui de
Laget, un ténor qui comptait déjà de notables
succès en province; le 30 juillet, dans Catarina des
Diamants de la Couronne, celui de M'^'' Marimon,
une élève de Duprez, une cantatrice à la voix.
**ouple et brillante et qu'on avait applaudie précé-
emm^nt au Théâtre-Lyrique; le rôle prétait aux.
dcalises et la débutante en ajouta de sa façon pour
lontrer qu'elle atteignait sans peine le contre-/a
rèse, point culminant qui n'a été, croyons-nous».
■ ff X^é.sfi tTT^W.^^
TTS jr'w-
Mmm I