‹ Histoire de l'Opéra-Comique: La seconde Salle Favart--1840-[1887]Chapitre 5 sur 22 · ÎN · texte numérisé non relu

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dépassé depuis qu'une seule fois dans VEsclarmonde de M. Massenet. Ce début avait dû s'effectuer plus tôt, dans une reprise du Petit Chaperon rouge ^ où M'^ Marimon aurait pris la place de madame Faure-Lefebvre, qui parlait alors de quitter le théâtre. Il n'en fut rien, heureusement, et celle-ci tint le 2 août le rôle qui lui revenait de droit, car c'est en partie pour elle qu'on reprenait ce vieil ouvrage de Boieldieu, oublié depuis 1842 ; elle s'y montra ravissante de finesse et de grâce, à côté de Qrosti (Rodolphe), remplacé un mois après par Montaubry, Warot (Roger), Barrielle (l'Ermite), Lemaire (Job), M"« Z. Belia (Mariette), M»* Casimir (Berthe). Avec M"' Faure-Lefebvre, et plus tard M"» Marimon, le Petit Chaperon rouge se maintint deux années et obtint 36 représentations : depuis lors il a définitivement disparu.

Cependant, le directeur Beaumont, au lieu de monter des pièces nouvelles, se livrait aux douceurs de la poésie officielle, et produisait sur son théâtre, le 15 août, une cantate avec chœurs, Vive Vempereur^ dont M. Jules Cohen avait écrit la musique. Le succès fut tel qu'on en donna six auditions, les deux premières avec Montaubry (15 et 16), la troisième avec Carré (17), la quatrième avec Montaubry (18), les dernières avec Warot (19 août et 17 septembre). Cette cantate valut même une petite réclame au jeune ténor Carré, appelé à suppléer Montaubry indisposé. On raconta qu'il avait retenu la musique de M. Jules Cohen après une seule audition, et un journal ajouta gravement : « Ce tour de force fait honneur au talent du musicien, mais il prouve également en faveur du talent de M. Cohen. Il n'y a que les mélodies franches et nettes que l'on puisse retenir si faci-

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lemeDt. > Que de compositeurs aujourd'hui se refuseraient à prendre cette phrase pour un compliment !

Elle n'aurait pas déplu à Ernest Gautier, qui ne haïssait pas les ilonflons, et en avait parsemé le petit acte donné le 28 août sous ce titre le Docteur Mirobolant la Comédie-Française ayant fait des difficultés pour lui laisser celui de Crispin médecin^ alors que par une étrange contradiction elle laissait jouer quatre jours plus tard au Théâtre-Lyrique un Crispin rival de son maître, dont nous avons déjà parlé. C'est la fameuse pièce de Hauteroche que Cormon et Trianon avaient amputée de deux actes et adroitement disposée pour l'agrément du compositeur, on peut ajouter et du public, car le Docteur Mirobolan eut un succès de gaieté. Tous les interprètes s'y montraient désopilants, entre autres Couderc et Berthelier, qui disait de si plaisante façon les couplets : « J'aimions un'fille d'ia campagne. »

Un autre acte réussit encore, quoique moins bruyamment, le 17 septembre. A dire vrai, la salle Pavart n'en avait pas la primeur, puisque Ma tante dort avaient été représentée au Théâtre-Lyrique le 21 janvier précédent. Coïncidence curieuse, un mois après (18 février), une grande pièce venait au monde qui devait plus tard être pareillement transplantée, mais avec bien plus d'éclat, Philémon et Baucis. En jetant les yeux sur les deux distributions, on devine quelle raison avait valu cet honneur au lever de rideau dont H. Crémieux avait écrit les paroles et H. Oaspers la musique.

Théâtre-Lyrique. Opéra-Comique.

Scapin, Meillet. Mocker.

Le Chevalier, Legrand. Ponchard.

Martine, M"" Ugalde. M"^* Ugalde, ensuite

M"* Lemercier^ Gabrielle, Durand. Bousquet.

La Marquise, C. Vadé. Révilly.

C'était M"* Ugalde qui, changeant de théâtre, n'avait pas voulu perdre tout le bénéfice d'un de ses grands succès, et, dans son nouveau domicile, ce petit ouvrage obtint trente-deux représentations en trois ans. La lecture de la partition révèle deux particularités: la première est très flatteuse pour une artiste, puisque remploi de M"® C. Vadé est désigné sous le nom de .« Révilly », comme celui de Meillet sous le nom de- « Martin » ; la seconde est flatteuse pour le compositeur, puisque l'ouvrage contient une valse assez analogue à celle que Gounod devait un jour écrire pour Roméo et Juliette,

Ajoutons que la représentation où parut Ma Tante dort était donnée au bénéfice des chrétiens de Syrie, et que le programme comportait notamment les Chaises à porteurs, le deuxième acte de Fra Diavolo, la cantate de Vive V empereur (celle qu'on « retenait » si aisément), des intermèdes par M"" Monrose et. Lemercier, MM. Barrielle et Berthelier, enfin le premier acte de VÉtoile du Nord, àont le public réclama vainement l'ouverture.

La fîu de Tannée approchait sans que la direction se mit en frais de nouveautés. On avait préparé avec Barrielle, Ponchard, Carré, M™*"* Faure-Lefebvre et Marimon, une reprise du Val d'Andorre qui

n'aboutit pas. Le Théâtre-Lyrique s'étant livré dans le même temps au même travail, rOpéra-Comique De voulut plus renouveler la concurrence qui s'était produite jadis avec Richard Cœur de Lion, et s'abstint, lorsque son rival fut arrivé bon premier le 14 octobre. Alors on se rejeta sur d'anciennes pièces^ dont on se contenta de changer quelque interprète; c'est ainsi qu'on vit M"® Monrose dans la Part du Diable, W^"^ Ugalde dans le Caïd, M"« Cabel dans la Part du Diable, VÉtoile du Nord et Galathée, enfin M"" Wertheimber dans le Pardon de Ploërmely Quelle tînt le personnage d'Hoël, le 24 octobre. Cette soirée mérite d'autant plus d'être notée que, pour la première fois, on y introduisit une modification, importée d'Angleterre, avec Tassentiment de l'auteur. Au deuxième acte, après le chœur a Qu'il est bon, le vin du bonhomme Y von 1 », un dialogue s'échangeait entre deux buveurs attardés; la scène fut remplacée par une canzonetta composée pour M"" Nantier-Didiée, chargée, à Londres, du rôle épisodique d'un des pâtres. Ce fut, à Paris, M'^® Zoé Bélia qui eut mission de produire cette addition musicale.

Le mois de décembre vint enfin secouer la torpeur directoriale. Un ouvrage nouveau parut le 4, bien simple et bien modeste; c'était un petit acte de MM. Jules Barbier et Michel Carré pour les paroles, de M. Ernest Boulanger pour la musique, intitulé V Éventail, sorte de proverbe musical, doutTabsence d'inté- ""^t n'avait pu être sauvée par l'esprit du compositeur, isqu'il s'arrêta au chiffre de dix-huit représentans. Le même soir on avait repris la Perruche avec abroise (le marquis), Laget (Bagnolet), M"° Tuai iraline) et M"'» Pannetrat (M"« de Marneuf). Cet

opéra-comique, dont nous avons parlé à sa naissance, en 1850, obtint alors un regain de vingt-quatre représentations qui, ajoutées aux cent cinquante-deux du passé, donnèrent un total de cent soixante- seize. Mais la Perruc/ie marqua cette fois le terme des succès de Clapiason à la salle Favart : nulle œuvre de lui n'y a paru depuis. En 1864, il fut bien question de monter un de ses ouvrages, On ne meurt pas d' amour , paroles de Leuven et J. Moinaux ; mais les choses traînèrent en longueur, le compositeur mourut en 1866, et la pièce projetée disparut avec lui.

A peine le directeur prit-il le temps de faire débuter, le 15 décembre, dans Virginie du Caïd, une jeune cantatrice habituée aux succès de province, M"' Numa, femme de Numa Blanc, le photographe bien connu, et d'un bond il passait de la Perruche à Barkouf; c'était se maintenir en pleine ménagerie, puisque Barkouf éia,\i un chien; on ne le voyait pas, mais on l'entendait aboyer contre ses sujets, car il avait des sujets et gouvernait Lahore. Aux grenouilles qui lui demandaient un roi, Jupiter envoyait une grue ; aux Romains qu'il dédaignait, Caligula donnait son cheval pour consul; à ses sujets révoltés le Grand Mogol impose comme seigneur et maître un simple chien; la femme qui le soigne devient aussi puissante que le grand vizir, et profite de la situation pour se faire octroyer, aux frais du gouvernement, le double trésor auquel aspirent tous les héros du vieil opéracomique, un cœur et une dot. Scribe et H. Boisseaux avaient eu raison d'appeler leur pièce en trois actes, opéra^houffe; l'excentricité même du sujet avait dû conseiller aux auteurs de confier leur livret au compositeur que l'immense succès d'Orphée aux Enfers venait de rendre populaire, Jacques Offenbach. Oe

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dernier avait alors la vogue, et la foule se pressait aux portes de son petit théâtre des Bouffes-Parisiens; on applaudissait à sa gaieté, voire même à sa grâce et à son charme, comme To vait prouvé un mois auparavant, avec ses quarante-deux représentations à rOpéra, le ballet du Papillon, comme devait le prouver un mois plus tard, avec ses centaines de représentations un peu partout, ce petit chef-d'œuvre en son genre qui s'appelle la Chanson de Fortunio. Plus tard, Hervé a poussé la bouffonnerie jusqu'à la caricature; Lecocq a tâché de relever Topérette au niveau de l'ancien opéra-comique, et dans cette voie toute une troupe de soldats s'est engagée après lui, Audran, Vasseur, Serpette, Messager, Lacome, etc. Offenbach seul n'a pas eu de maître et n'a pas laissé de successeur. Il a donné sa note dans le concert de son temps; il occupe donc une place à part, sa personnalité existe. C'est de la charge et de la fantaisie si l'on veut, mais souvent musicales et toujours scéniques.

De telles qualités ne paraissaient pas suffisantes aux aristarques d'alors pour justifier leur bienveillance» et l'ouvrage qu'on avait d'abord appelé une Révolte dans Vlnde, puis le roi Barkouf, déchaîna toutes les colères des journaux. Scudo le qualifia brutalement de « chiennerie» et la Presse ajoutait : « Ce n'est pas le chant du cygne, c'est le chant de l'oie! » Dès le début la malchance s'était acharnée sur cette œuvre, dont le principal rôle avait été écrit pour M"* Ugalde ; il lui fallut décliner cet honneur pour cause d'un mal « aussi légitime que flatteur » disait un M. Prudhomme de l'époque. M"« Saint-Urbain apprit le rôle pour y faire ses débuts, et le joua même à la répétition générale, le 27 novembre ; une indispo-

sition la força d'y renoncer, et ce fut M""" Marimon gui le créa finalement, presque un mois après, le 24 décembre. Â la seconde représentation, Laget avait dû « lire » le rôle de Warot, tombé malade à son tour. Pour comble de disgrâce, les auteurs s'avi* sèrent de défendre avec une maladresse rare leur pauvre pièce, Offenbach dans le, Figaro ^ Henry Boisseaux dans la Revue et Gazette des Théâtres. Ce dernier écrivait, par exemple : «Le reproche le plus grave qu'on nous ait adressé, c'est d'avoir commis un libretto où l'esprit ne brillait guère que par son absence. S'il fallait m'excuser, je dirais que j'ai fait quant à moi tous mes efiorts pour en mettre : on me croirait sans, peine. Mais la vérité c'est que fai craint constamment d'en mettre trop; cette nuance expliquera Terreur où je suis tombé. »

La pièce tomba, elle aussi, et lourdement. Scudo> déjà nommé, put donc s'écrier avec ironie : « Je ne serais pas étonné qu'il se trouvât un éditeur assez hardi pour faire graver la partition de Barkouf. » Il se trouva, en effet, cet éditeur, mais beaucoup plus tard,, lorsque Barkouf^ remanié par MM. Nuitter et Tréfeu, reparut aux Bouffes sous le titre de Boule de neige. Livret et musique demeuraient les mêmes, à quel» ques variantes près, dont la principale était le changement de cadre. L'action fut transportée du midi au nord, de l'équateur aux environs du pôle, ce qui la rendait plus conforme à son origine, puisque cette bizarre histoire était tirée d'une légende norwégienne, rapportée par Xavier Marmier, dans ses Lettres sur le Nord. Sous cette nouvelle forme l'œuvre fut accueillie sans protestations, sinon avec faveur. C'était une première satisfaction ; mais la véritable revanche de Barkouf ne fut prise à TOpéra-Comique qu'en 1881

avec les Contes d'Hoffmann, la première pièce qui eût atteint alors la centième à ce théâtre, depuis la guerre de 1870. Seulement le compositeur ne vivait plus pour assister à son triomphe, et une main étrangère avait prêté à la partition un secours que ses devancières ne connurent jamais.

Le hasard fit se succéder à peu d'intervalle le maître de l'opérette et le maître de l'opéra-comique ; après Offenhach, Auber; après Barkouf, la Circassienne (2 février), qu'on avait eu grand'peine à baptiser, puisque tour à tour elle s'était appelée Morte d'amour, la Révolte au Sérail, Alexis et même Faublas. On y voyait un jeune ofiicier russe revêtir le costume d'une Circassienne avec une aisance qui, précédemment^ lui avait valu d'inspirer, comme femme, une passion à un vieux général. Fait prisonnier au Caucase, il séjournait dans un harem jusqu'au moment où, délivré par ses soldats, il revenait à Moscou et épousait la sœiu* de ce général, que Ton mystifiait en lui présentant le galant comme le frère de celle qu'il aimait et qui était, soi-disant, morte loin de lui. Quelques critiques goûtèrent peu le livret en trois actes de Scribe ; mais presque tous rendirent hommage à la partition qui doit compter parmi les plus aimables productions de la vieillesse d'Auber. Les costumes et les décors brillaient par leur élégance, et, à part M^** Monrose, les interprètes se montraient remarquables, depuis Couderc et Laget, fort amusants tous deux, jusqu'à Montaubry, qui faisait belle figure sous le travesti et se servait fort à propos de sa voix de fausset. L'ouvrage n'eut pourtant que quarante-neuf représentations, malgré l'enthousiasme des journaux, de Paul de Saint- Victor dans la Presse, de Fiorentino dans le Moniteur, lesquels

chantèrent leurs éloges sur le mode lyrique. Le Constitutionnel écrivaiit : « La pièce est très originale, très hardie, et très adroite ; la musique est ravissante de fraîcheur, de finesse, de grâce et d'esprit. Décidément, ceux qui prétendent que M. Auber est octogé- • naire en ont menti : il a quatre fois vingt ans I » — « Un chef-d'œuvre nous est né ! » s'écriait VEntr'acte, ' et un autre ajoutait que cet opéra ferait « le tour de l'Europe ». Il le fit en effet, mais avec un autre titre et une autre musique. La Circassienne est devenue Fatinitza, et Ton a évité alors cet écueil que signalait un jour et très justement M. Francisque Sarcey à propos d'une pièce analogue : « Le rôle de l'homme pris pour une femme a été joué par une véritable femme, et nos spectateurs n'ont plus été -choqués. Pourquoi? Simple convention; mais sur. la scène il faut compter avec les préjugés ; le mensonge y a ses charmes, et souvent c'est la vérité qui déplaît. »

L'année 1861 commençait médiocrement pour la fortune du théâtre ; la suite, sauf pour une pièce ou deux, devint franchement désastreuse, et nous ne pouvons résister à la tentation de présenter en un groupe toutes ces nouveautés ; les voici par ordre de date :

4 mars.

18 mars.

12 avril.

Le Jardinier galant y 2 actes, paroles de Leuven et Siraudin, musique de Poise. 21 représentations.

Maître Claude^ 1 acte, paroles de Saint- Georges et de Leuven, musique de Jules Cohen. 56 représentations.

RoyaUCravatey 2 actes, paroles du comte de Mesgrigny, musique du duc de Massa. 8 représentations.

30 avril.

Salvator Rosay 3 actes, paroles de Grange et Trianon, musique de Duprato. 11 représentations.

15 mai. SUvio-SUvia, 1 acte, paroles de J. Bré-

sil, musique de Paul d'Estribaud.

11 représentations.

18 mai. La Beauté du Diable, 1 acte, paroles de

Scribe et Emile de Najac, musique de Giulio Alary. 13 représentations.

17 juin. Marianne^ 1 acte, paroles de Jules

Prével, musique de Théodore Ritter. 42 représentations.

11 décembre. Les Recruteurs, 3 actes, paroles de

Jallais et Vulpian, musique de Lefébure-Wély. 10 représentations.

Que d'ouvrages oubliés dont on pourrait redire :

Si j'en connais pas un, je yeux être pend^ !

Le Jardinier galant, répété sous le nom à^André, gardait quelque analogie avec une pièce de 01apisson, Madame Grégoire, qu'on jouait dans le même temps au Théâtre-Lyrique. Le titre n'était point celui d'un personnage, mais celui d'un recueil de chansons que le poète Collé venait de publier contre la Pompadour. Celle-ci, bien vite, chargeait la police de saisir les exemplaires qu'on finissait par retrouver, après quelques péripéties, au fond d'une hotte de fleurs où le coupable les avait cachés, tandis qu'il tâchait d'échapper aux mains des exempts. Avec sa touche fine, sa manière discrète et simple, Poise était le compositeur tout indiqué pour un tel livret ; il excellait déjà dans ce genre tout spécial de la mu-

DEUX AKNRK6 CRITIQUES

sique rétrospective ; depuis il s'y est maintenu et sa constance a fini par rencontrer le succès.

Plus jeune que lui, M.. Jules Cohen débutait au théâtre avec Maître Claude^ un des plus curieux exemples d'anachronisme (et d'anachronisme inutile) qu'on puisse citer. La mise en scène se rapportait en effet au dix-huitième siècle, et Ton constatait d'ailleurs la présence du Royal-Lorraine, régiment créé à la fin du dix-septième. Or, l'action se passait en réalité au commencement du dix-septième siècle, et maître Claude n'était en réalité que le grand paysagiste Claude Lorrain. Présenté comme un mari jaloux, il était forcé de recevoir en passant certain colonel dangereux qui, s'il dédaignait les jeunes filles, poursuivait volontiers les jeunes femmes. Remarquons en passant que ce médiocre livret de Maître Claude avait été jadis accepté, comme celui de la Pagode^ par le directeur de l'Opéra, M. Crosnier, et que la musique en avait été alors écrite par Wilfrid d'Indy, l'oncle de M. Vincent d'Indy, l'auteur applaudi de Wallenstein et du Chant de la Cloche»

M. Jules Cohen, qu'avait déjà signalé à l'attention du public la musique des chœurs d'Athalie, vit trois des morceaux de sa partition bissés le soir de la première ; aussi la critique ne manqua-t-elle pas d'écrire : « C'est une musique fleurie d'idées, de motifs, de mélodies. » La pièce eut dureste une carrière assez honorable pour justifier ce satisfecit qu'on accorda plus chaleureusement encore en cette même soirée à un autre débutant, Gourdin, élève de Fontana, Mocker et Duvernoy. Ce baryton, doué d'une jolie voix et de rares aptitudes scéniques, avait obtenu un premier accessit de chant, le premier prix d'opéra-comique et le second d'opéra, au concours de 1860.

Sortir avec Maître Claude du Royal-Lorraine pour entrer dans le Royal- Cravate, c'était ne pas quitter Tarmée. En quête d'aventures, un officier et son brosseur font invasion chez un aubergiste dont ils prennent momentanément la place afin de recevoir deux voyageurs, un oncle et une nièce dont il s'agit de toucher le cœur. La ruse est découverte ; mais il se trouve que Tofflcier est l'enfant naturel du voyageur, ce qui lui permettra sans trop de peine d'épouser à la fin sa cousine de 1^ main gauche. Pièce et musique se valaient par la simplicité, sinon par l'intérêt; du moins on vit rarement ouvrage enfanté par de plus nobles parents, MM. de Mesgrigny et de Massa ; un comte pour librettiste, un duc pour compositeur.

Il était écrit qu'au cours de cette année 1861, les peintres deviendraient des héros d'opéra. Après Maître Claude Gelée, dit le Lorrain, voici venir « Tépée en main et la plume au chapeau » Salvator Rosa, Les auteurs. Grange et Trianon, s'étaient dit qu'une aventure de plus ou de moins n'étonnerait pas chez un personnage qui en eut tant ; ils l'avaient donc montré s'affublant d'oripeaux de bateleur pour jouer la pa- ' rade et provoquer une bagarre dans laquelle il enlevait une jeune fille, moyen ingénieux de servir les amours d'un sien élève dont jadis il avait tué le père en duel. Mais au cours de l'équipée, il devient amoureux pour son propre compte, et cette volte-face amènerait un second duel si le souvenir du premier ne l'arrêtait à temps sur la pente de la passion. Alors, pour inspirer à celle dont il a conquis le cœur, non seulement le dédain, mais même le dégoût, il finit par se griser abominablement, situation bien souvent reproduite depuis Mélesville qui, pour son Sullivan^

en avait fait usage. La partition ne put sauver le poème. Il semblait que Duprato, si habile à esquisser un lever de rideau, trouvât le poids d'an long ouvrage trop lourd pour sa muse. Le fait est qu'il écrivit seulement deux pièces en trois actes, Salvator Rosa, et plus tard, aux Folies-Dramatiques, la légendaire Tour du Chien vert ; Tune et l'autre sombrèrent.

Ajoutons que le rôle de Lorenza fut la première et unique création à l'Opéra-Comique de M"* Saint- Urbain, une belle et agréable chanteuse qui avait étudié en Italie, et s'était produite avec succès aux Italiens en 1858 où, le 11 février, elle avait joué, la première en France, le principal rôle de Martha, l'opéra de Flotow, importé d'Autriche. A la salle Favart, elle avait débuté brillamment, le 24 janvier, dans la Fille du Régiment, et ce fut alors qu'on vit disparaître, non sans regret, un simple figurant qui pouvait se vanter d'avoir longtemps tenu sa place et fait du bruit dans l'ouvrage de Donizetti. Jusqu'au dernier jour il avait égayé le public non seulement par sa taille exiguë, mais par l'ardeur et la conviction avec lesquels il battait de la caisse dans son rôle modeste de tambour.* Il est de ces « utilités » qu'on ne remplace pas : notre petit homme fut du nombre.

Que dire des amours d'un voyageur déguisé en femme avec la ûUe adoptive d'un brigand entre les mains duquel il est tombé? C'était le sujet imaginé par J. Brésil pour le petit acte Silvio-Silvia^ sujet scabreux mais acceptable à la condition d'être traité sérieusement, et que rendit ridicule la fantaisie du directeur qui lui donna les allures d'une pochade de carnaval. Comme le compositeur de V Habit de Mylordj

le compositeur de SUvio-SUvia, M. d'Estribaud, appartenait au monde de la bourse : ce qui fit dire à certain journal que la musique et les chiffres, ne sont pas absolument incompatibles, et il ajoutait plaisamment : « La méthode Ohevé le preuve à sa façon ! ». Mal encouragé par ce second essai (M. d'Estribaud avait donné auparavant une opérette aux Bouffes), le débutant fit bon marché de son talent, qui était réel ; il n'insista pas et dit adieu au théâtre. Treize jours après SilvioSUvia parut la Beauté du Diable. Le soir delà première, Palianti, le régisseur, parut devant le public, suivant un usage qui tendait à persister, et dit : a Mesdames et Messieurs, la pièce qu'on vient d'avoir Thonneur de représenter devant vous est de M. de Najs^c pour les paroles, et de M. Alary pour la musique. » A la troisième représentation, Tafôche modifia cette déclaration en désignant par XXX un second librettiste. Oe collaborateur masqué n'était rien moins qiie Scribe, feu Scribe, qui venait de mourir le 20 février précédent, encensé par les uns, bafoué par les autres, mais laissant, du moins dans les théâtres de musique, le souvenir (Tun incomparable inventeur, plein d'esprit, habile à trouver une situation, à conduire une action, à dénouer une intrigue, en outre, doué d'une fécondité sans pareille, et se pliant, avec une étonnante souplesse, aux caprices de chaque compositeur. On se disputait l'honneur et les profits assurés de sa collaboration. La mort n'arrêta pas cet élan, et l'on vit surgir, depuis, maintes pièces dont on ne saurait '*harger sa mémoire, car il ne les aurait jamais laissé rriver jusqu'à la rampe sans retouches. A Bruxelles, ar exemple, on donnait pour la première fois, le 7 février 1878, aux Fantaisies-Parisiennes, un II. 2

opéra-comique en trois actes, la Fée des Bruyères^ musique de Samuel David, paroles de J. Adenis et... Scribe. Le même ouvrage était joué à Paris, au Ohâteau-d'Bau, le 7 juillet 1880: il y avait donc alors dix-neuf ans que l'un des auteurs n'était plus.

Nestor Roqueplan écrivait jadis : « Une loi mystérieuse de la nature veut que la femme, même la moins belle, à un jour, à une heure de sa jeunesse, illumine tout à coup son visage d'un charme qui la fait aimer : cette transfiguration fugitive, cette beauté d'un moment, s'appelle la beauté du diable. » Oe n'est point de ct^Ue-là qu'il s'agissait dans la pièce de Scribe, Son diable est un riche forgeron du Hartz, venu dans la vallée pour acheter certain château, hanté, dit-on, par les esprits. Son air inculte le rend fort déplaisant, jusqu'au jour où, prenant un peu peu plus de soin de sa personne, il se fait rechercher par une riche héritière.

Mais l'histoire de l'ouvrage est bien plus curieuse que l'ouvrage lui-même. Quelque douze ans auparavant, dans les premiers temps de la direction Perrin, Scribe vint un jour au comité de lecture, composé alors des principaux artistes du théâtre, et leur tint à peu près ce langage : « Messieurs, l'ouvrage que je vous apporte et que je vais avoir l'honneur de vous lire, c'est la dot d'un jeune compositeur qui va bientôt se marier. Compositeur! s'est d'abord écrié le futur beau-père. Qu'est-ce que cela signifie ? Qu'estce que cela représente? Un magnifique revenu quand on s'appelle Auber et qu'on a beaucoup de pièces au répertoire ; mais quand on n'en a pas une et qu'on n'a pas même débuté, mieux vaudrait la plus petite dotl... Messieurs, J'ai compris l'objection et je me suis engagé à y répondre autant qu'il dépendait de

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moi. Vous connaissez tous M™^ Damoreau ; c'est son fils gui se marie et qui écrira la musique de mon poème si vous le recevez. »

Le poème fut reçu ; le jeune homme se maria; mais il n'écrivit point sa partition, parce que la mort l'arrêta en route. Alors la Beauté du Diable, qui s'appelait primitivement la Chaîne d'acier, passa aux mains de Giiilio Alary, compositeur formé à Técole italienne, auteur de la symphonie-mystère Rédemption et de Topera le Tre nozze, et qui, après une attente de neuf ans, n'eut la satisfaction de voir jouer sa pièce que treize fois.

Marianne eut un sort moins désastreux; quoique assez mal accueillie le premier soir, elle atteignit le chiffre de quarante-deux représentations, et c'était tout ce que méritait cet imbroglio renouvelé du dernier acte du Mariage de Figaro. Jules Prével, le librettiste, n'avait rien inventé de bien inédit en écrivant ce petit acte, son début au théâtre, croyons-nous. Le musicien en était aussi à ses débuts dramatiques, et devait trouver la célébrité ailleurs que sur la scène ; son ouvrage représenté à Florence en 1865, la Dea Risorta, marque le second et dernier pas dans cette voie peu favorable à son talent : c'était Théodore Ritter, le pianiste remarquable, applaudi, fêté jusqu'au jour où le découragement le prit ; car il se dégoûta de la vie et la quitta misérablement, alors qu'elle pouvait encore lui sourire. Si faible que fût sa partition de Marianne, elle contenait un k Chant du braconnier » qui devait lui survivre ; Ritter en fit

n morceau de piano, et la vogue s'en empara ; c'est

>ut ce qui reste aujourd'hui de cet ouvrage oublié. Par une coïncidence curieuse, il arriva que les Re-

ruieurs suivirent Marianne; après le premier ou-

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vrage dramatique d'un pianiste, le premier ouvrage dramatique d'un organiste ; après Ritter, Tauteur populaire des Courriers^ Lefébure-Wély, l'auteur non moins populaire des Cloches du Monastère. Cette fois, l'essai fut franchement malheureux. La pièce, qui avait failli porter le titre depuis fameux de Manon, était tirée d'un vaudeville joué jadis aux Folies-Dramatiques ; elle ne valait pas grand'cbose et avait môme le tort de mettre en scène un « Royal » régiment, ce qui faisait le troisième de Tannée, savoir: Royal- Lorraine, Royal-Orayate , Royal-Provence. On y voyait deux recruteurs : le sergent La Rancune, qui recrutait pour son régiment, et Vestris, qui recrutait pour l'Opéra ; et l'on entendait des chansons aux paroles burlesques comme celles-ci :

Vous n' serez pas mon nez... mon nez... mon épouse... Je n'veux plus étr* vol' dos... vot' dos... vot* domestique.

Ce genre convenait médiocrement à Lefébure- Wély. Un des rôles des Recruteurs, le paysan Renaud, fut la première création à l'Opéra-Comique de Oapoul. Sorti du Conservatoire avec un premier prix d'opéra-comîque et un second prix d'opéra, il avait débuté, le 26 août 1861, dans le rôle de Daniel du Chalet. Le même soir s'était produite, mais avec un succès modeste, dans le rôle de Virginie du Caïd, une de ses camarades du Conservatoire, M'^' Balbi, qui avait obtenu également un premier prix d'opéracomique.

D'autres débuts avaient eu lieu, -vers le même temps. Rappelons : au 1^' juin, M. Simon qui, trois fois seulement, chanta dans le Chalet le rôle de Max; au 5 juin, M"® Litschner, qui arrivait de Marseille,

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après avoir remporté en 1859 au Conservatoire de Paris les premiers prix de chant et d* opéra-comique, et qui, elle aussi, trois fois seulement, chanta dans les Moxisqu^taires de la Reine le rôle d^Athénaïs; au 27 août. M"® Roziès, venue du Théâtre-Lyrique et originaire d'une petite ville du Midi, Beaumont-de- Lomagne; elle ne chanta qu'un seul soir, dans V Étoile du Nord, le rôle de Catherine, apparemment trop lourd pour elle. Dès la seconde fois, elle fut remplacée par M*"* Ugalde, récemment échappée à un grand danger ; car au mois de février précédent, jouant à Caen dans le Caïd^ elle avait failli, pour s'être trop approchée de la rampe, devenir victime du même accident qui, peu de temps après, coûta la vie sur la scène de TOpéra à la pauvre Emma Livry. A côté d'elle reparut, sous les traits du czar Pierre le Grand, Battaille, mais fatigué, vieilli; c'était l'avant-dernière étape; la dernière eut lieu au Théâtre-Lyrique, le 7 janvier 1863, dans Z'Ondine, de Semet. Alors il se retira définitivement, et Ton ne le revit plus que sur le théâtre... de la guerre, en 1870. Nommé sous-préfet d'Ancenis, par le gouvernement de la Défense nationale, il soignait bravement les malades atteints de la petite vérole, les soignant non pas en infirmier mais en médecin, car cet éminent artiste avait reçu une instruction des plus solides et possédait notamment son diplôme de docteur.

Outre cette reprise de V Étoile du Nord, on ne citerait guère, dans Tannée 1861, que celles du Postillon de LonjumeaUj le 5 octobre, et de la Sirène^ le 4 novembre : la première, très brillante, avec Montaubry, un remarqualjle Chapelou, et M"* Faure-Lefebvre, remplacée à la treizième représentation par M^^"* Bélia : les douze premières avaient produit 52,000 fr. ; la

seconde, honorable puisqu'elle valut à Uœuvre d'Auber un regain de dix-sept soirées en quatre ans, et . contribua à maintenir au répertoire cette pièce oubliée depuis 1852, lorsque M"*" Oarvalho en avait donné alors une seule et unique représentation. Parmi les reprises on pourrait presque compter un ouvrage de Saint-Georges pour les paroles et du prince Poniatowski pour la musique, Au traoers du mur, un acte transplanté du Théâtre-Lyrique, où il avait été joué le 8 mai 1861, à la salle Favart, où il parut le 29 octobre suivant» Battaille Tavait pris avec lui, en passant d'une scène à Tautre, et comptait sans doute s'y produire; mais une indisposition retarda sa rentrée : Vinfluenza régnait alors à Paris, et le personnel des théâtres en était plus ou moins éprouvé, depuis M"' Ugalde à TOpéra-Comique jusqu'à M. Faure à l'Opéra; bref, le rôle de Battaille fut confié à Crosti, qui sut en tirer un bon parti et pour lui et pour les auteurs.

Comme on le voit, c'était la série des revenants, des artistes qui rentraient momentanément sur le théâtre de leurs anciens succès : tels, M°*' Ugalde, Jourdan, M"» Faure-Lefebvre, Battaille, M"" Oabel qui, deux fois seulement, les 8 et 10 juin, joua VÉtoile du Nord, Roger enfin qui, le 17 septembre, dans une représentation extraordinaire, s'était donné le luxe d'étaler ses connaissances polyglottes ; il chanta en quatre langues, français, italien, anglais, allemand, et ne craignit pas de servir au public le grand récit du troisième acte de Tannhàusery sifilé à l'Opéra» quelques mois auparavant, dans les mémorables soirées des 13, 18 et 24 mars 1861. C'est à ses côtés que débuta, le 30 septembre, sous les traits d'Athénaïs, dans les Mousquetaires de la Reiney une jeune canta«»

trice que déjà signalaient à l'attention les trois premiers prix de chant, opéra et opéra-comique obtenus par elle aux récents concours du Conservatoire, M°* Cico. La venue de cette artiste distinguée ne pouvait suffire à conjurer la mauvaise fortune qui s'acharnait contre la direction. Lorsqu'un théâtre commence à recruter des pensionnaires intermittents et à monter des ouvrages d'amateurs, il marche à sa perte. Moins de six mois après sa nomination, M. Beaumont avait déjà entamé sa commandite, composée, on se le rappelle, de 300,000 francs représentant la valeur du théâtre et de 200,000 francs en argent. Un an plus tard, en juillet 1861, les 200,000 francs étaient absorbés, et les commanditaires se tournaient avec anxiété vers le ministre, en le suppliant d'aviser.

C'est peut-être même pour conjurer le danger et se faire bien venir du chef de l'État que le malhei;ireux Beaumont s'avisa de composer les paroles de la cantate officielle, chantée à son théâtre, le 15 août, par Troy, Orosti et Gourdin, avec musique de Daprato. Les directeurs ne dédaignaient pas alors cette petite flatterie au pouvoir. A l'Opéra, la cantate de 1859 avait eu pour auteur Alphonse Royer, et au Théâtre-Lyrique celle de 1856, M. Carvalho : souvenir digne de remarque, car ce dernier n'était point parolier par état, et c'est là, croyons-nous, le seul échantillon poétique qu'on puisse citer à son actif. Beaumont fit comme ses devanciers, sans paraître en avoir re- '*'ieilli un avantage sérieux.

Il fallait tout l'optimisme, intéressé sans doute, du ^dacteur de la Gazette musicale pour dresser un bilan .vorable et écrire en parlant de la Circassienne^ de . rentrée de Roger et de la reprise du Postillon :

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« Voilà le grenier d'abondance où rOpéra-Oomique est allé chercher son pain quotidien. » Ce grenier, hélas I était vide ou à peu près. À la fin de 1860, les artistes offraient à leur directeur un bronze de Barbedienne avec cette inscription : « comme témoignage de leur sympathie » ; à la fin de 1861, M"" Ugalde et M^® Saint-Urbain plaidaient contre lui.

Le mois de janvier 1862 ne fit qu'empirer la situation. La seule nouveauté, un acte de Cormon et Trianon pour les paroles, et d'Eugène Gautier pour la musique, Jocrisse^ ne réussit guère. C'était une édition nouvelle et médiocrement heureuse des aventures imaginées par le fameux Dorvigny; en deux années elle ne put dépasser le chiffre de dix-sept représentations. Le soir de la première, 10 janvier, avait débuté en travesti, dans le rôle de Colin, M**" Rolin, qui avait obtenu aux précédents concours du Conservatoire un deuxième prix d'opéra-comique et un troisième accessit de chant; quelques jours auparavant, le 28 décembre, avait également débuté dans le rôle de Oabrielle de Ma tante dort, La fille d'une ancienne artiste de Feydeau, M"*' Sallard M"" Ferdinand, appelée à obtenir plus tard de; succès en province, mais qui ne fit que passer rOpéra-Comique. Artistes, pièces nouvelles, ouvrî ges anciens dont plusieurs quittaient définitivemei le répertoire, comme le Petit Chaperon rouge ^ l Perruche, les Trovatelles, la Clef des champs, toi s'effondrait peu à peu. Un jour de paye, Targei manqua ; il fallut bien alors que Tadministration ii tervint, et elle le fit au moyen d'un arrêté dont 1 termes étaient fort explicites.

« Le ministre de l'intérieur, etc.

» Vu, etc., etc.

» Considérant que ]e sieur Beaumout est en état de mauvaises affaires constatées par le défaut de payement des artistes, employés et fournisseurs du théâtre ;

B Considérant que, depuis longtemps déjà, et par le fait du sieur Beaumont, le théâtre de l'Opéra- Comique n'est plus dirigé comme il convient k un théâtre impérial subventionné ;

■ Considérant que, par des actes personnels, le sieur Beaumont a cessé de mériter la confiance de l'administration,

» Arrête :

B Le sieur Beaumont cessera ses fonctions à partir de ce jour {26 janvier). — Signé : Walewskf. »

Le 30 janvier, M. Edouard Monnais, commissaire du ^ouvernemeiit, présentait au personnel le nouveau directeur désigné par l'État : c'était le même qu'il avait déjà présenté dans des circonstances assez analogues, près de douze années auparavant, le 29 »vril 1849 ; c'était M. Emile Perrin qui, pour la seconde fois, allait mettre au service du théâtre son expérience et son adresse, réparer quelques-unes des fautes commises, et ramener la fortune à la salle Favart.

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