CHAPITRE VIII
Bonsoir M. Pantalon, le Farfadet, Galalhée, le Sourd, les Noces de Jeannette et les Papillotes de M. Benoist. Reprises du Tableau parlant, du Calife de Bagdad et de Joseph.
(18oi-18o3.)
C'est à ce point de notre récit qu'il faut ouvrir une parenthèse, et dire au moins quelques mots du théâtre qui pendant dix-huit ans devait être pour rOpéra-Comique un rival redoutable et souvent heureux. Longtemps, nous Pavons dit, l'idée d'une troisième scène musicale avait flotté dans Tair. Alors, comme aujourd'hui, l'Etat n'y prétait qu'une attention médiocre ; mais les dévouements particuliers avaient compensé les indifférences officielles : des amis de Part s'étaient rencontrés pour donner un corps à ces projets artistiques, et nous avons montré comment un beau jour de l'année 1847 surgit le Théâtre-National, que la révolution de février engloutit au bout de quelques mois. Toutefois les désordres de la politique n'ont qu'un temps ; aussi, le calme
rétabli, vit-on les essais de centralisation lyrique se produire un peu dans tous les coins de Paris : d'abord au théâtre Beaumarchais, où Ton donna entre autres pièces une œuvre dont le titre semblait se rapporter au but même de l'entreprise : le Vieux Prix de Rome! Puis à la Gaîlé, voire même aux Variétés, avec un petit opéra-comique de Varney, la Quittance de Minuit, dont Commerson et Raymond Deslandes avaient écrit les paroles. Enfin, toutes ces tentatives aboutirent à la création d'une entreprise sérieuse et cette fois définitive: le Théâtre Historique, . fondé par et pour Alexandre Dumas, sur le boulevard du Temple, végétait misérablement; le drame fit place à la musique, et le Théâtre-Lyrique, dirigé par Ed. Seveste, ouvrit ses portes le 27 septembre 1851, avec Mosquita la Sorcière, opéra-comique en trois actes, paroles de Scribe et G. Vaëz, musique de Xavier Boisselot.
Une telle concurrence n'était pas sans danger pour la salle Favart, puisque le nouveau venu avait le droit, refusé ou à peu près à l'Opéra-Comique, de monter des ouvrages joués d'abord à l'étranger et désignés sous le nom de traductions ; puisqu'il pouvait presque à volonté puiser dans le répertoire de rOpéra-Comique, ce qui doublait ses ressources ; puisqu'enfin les succès qu'il obtenait avec les pièces nouvelles diminuaient d'autant ceux que l'Opéra- Comique n'aurait pas manqué d'obtenir avec les mêmes ouvrages. Il est certain que jamais la fortune n'a réparti ses faveurs également entre les deux théâtres, utiles cependant, indispensables presque tous deux : les recettes baissaient chez l'un quand elles montaient chez l'autre, et l'on pourrait constater année par année cette marche régulière.
Comme nous n'écrivons point l'histoire du Théâtre- Lyrique, et que cependant plus d'une fois par la suite il nous faudra y faire quelque allusion, nous avons songé à dresser un tableau qui en résume les grandes lignes. Il comprend : 1° les pièces originales, non point toutes, il est vrai (cette énumération tiendrait trop de place, et lasserait, par sa sécheresse même, la patience du lecteur), mais celles qui ont survécu au temps qui les a vues naître, celles qui ont été accueillies par la province ou l'étranger, celles, en un mot, qui ont assez réussi pour donner en quelque sorte à l'année sa physionomie; 2° tous les emprunts faits au répertoire musical français, c'est-àdire au répertoire de l'Opéra-Comique, à trois exceptions près, Orphée, Iphigénie en Tauride et Charles VI, qui appartiennent à l'Opéra; 3° tous les emprunts faits au répertoire musical étranger, autrement dit les traductions.
Pour compléter ce tableau et lui donner l'intérêt qu'il doit avoir au point de vue spécial qui nous occupe, nous avons marqué d'un astérisque les ouvrages qui, avant ou après cette époque, ont été représentés dans la seconde salle Favart.