‹ Histoire de l'Opéra-Comique; la seconde Salle Favart [par] Albert Soubiés et Charles MalherbeChapitre 25 sur 29 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

MEYERBEER A L'OPÉRA-COmQUE

L'Etoile du Nord.

Ce n'est pas sans raison que nous groupons sous ce titre, Meyerbeer à V Opéra-Comique, les trois années dont nous relatons Thistoire. Une œuvre capitale s'impose en effet et demeure le point lumineux de celte époque : VEtoile du Nord, représentée le 16 février. Remarquons en outre qu'une même physionomie paraît commune à ces trois années, comme aux trois précédentes, d'ailleurs, et permettrait presque d'ajouter en sous-titre : ou la réussite des petits ouvrages. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur le tableau suivant :

Ouvrages nouveaux

ïota

en :

1 acte. . . .

2 actes. . . .

3 actes. . . .

Or, de ces onze pièces en un acte, quatre se sont maintenues assez longtemps au répertoire, savoir : les Trovatelles, les Sabots de la Marquise, le Chien du jardinier et Maître Pathelin. Les pièces en deux actes ont, au contraire, échoué toutes les trois. Pour les six pièces en trois actes, une seule a réussi, celle de Meyerbeer.

En réalité tout est éclipsé par elle, et l'importance de ce fait caractéristique justifie l'étude que nous lui consacrons au début du présent chapitre : car ce n'est plus une simple victoire, c"est un pas décisif dans la voie nouvelle où s'engage le vieux genre de l'opéracomique. Quant aux reprises , elles deviennent moins fréquentes ; pendant la période qui nous occupe on ne remettra guère à la scène que des ouvrages en quelque sorte appartenant au répertoire courant, le Pré aux Clercs, les Diamants de la Couronne, les Mousquetaires de la Reine : deux seulement n'avaient pas été joués depuis dix ans, Jean de Paris et Zampa; tous avaient déjà figuré sur l'affiche de la seconde salle Favart.

Si l'on voulait écrire une monographie complète de VEtoile du Nord, il faudrait remonter au 7 décembre 1844. Ce jour-là on inaugurait à Berlin le nouveau Théâtre Royal, construit pour remplacer Tancien qu'un incendie avait détruit, comme celui même dont nous racontons ici l'histoire. A cette occasion, Meyerbeer avait composé un opéra en trois actes intitulé le Camp de Silèsie ; puisse une œuvre semblable venir au monde à l'heure, hélas! indéfiniment retardée, où la troisième salle Favart renaîtra de ses cendres ! Le succès fut tel qu'on joua bientôt l'ouvrage à Vienne sous le litre de Vielka, et qu'il fut question de le monter à Paris. Nous avons raconté

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comment, en 1845, la commission des auteurs avait protesté, déniant à l'Opéra-Comique le droit de représenter les traductions. Scribe et Meyerbeer n'étaient pas gens à s'embarrasser pour si peu ; ils devaient trouver le moyen de tourner la difficulté. Scribe écrivit sur la musique, ou à peu près, un poème nouveau, et Meyerbeer refit un nombre de morceaux assez grand pour donner à l'ensemble le caractère de la nouveauté : ainsi les apparences étaient sauvées.

Mais ce tour de passe-passe agitait encore l'opinion en 1853 comme en 1845, et c'est sans doute pour répondre à ces controverses de presse que la Revue et Gazette musicale publiait les lignes suivantes : « L'ouvrage dont il est question n"est nullement le Camp deSilésie : c'est une œuvre complètement neuve, poème et musique. Seulement, dans le premier tableau du second acte, on a intercalé quelques morceaux inédits du Camp de Silésie. Mais le premier et le troisième actes, ainsi que le deuxième tableau du second acte, ne contiennent que de la musique entièrement nouvelle. » Et c'est le journal de Brandus, éditeur de Meyerbeer, qui avait parlé ainsi ! Certes, le livret n'avait de vieux que son intrigue, s'il est vrai que Scribe l'ait empruntée à une certaine Henriette deM'i'^Raucourt, jouée à la Comédie-Française, le 1" mars 1782; n'avait-il pas déjà pris le sujet de la Favorite dans le Comte de Comminges, dont l'auteur était contemporain de M'" Raucourt ! mais pour Meyerbeer, point de doute possible. L'Etoile du Nord renfermait un certain nombre de morceaux du Camp de Silésie, par exemple, au premier acte, la ronde bohémienne « Il sonne et résonne » ; au second acte, l'introduction et la plus grande partie du

célèbre finale ; au troisième acte, enfin, le trio delà voix et des flûtes. A défaut de ces indications précises un fait suffirait seul à démontrer la situation délicate dans laquelle se trouvait l'éditeur et l'inanité de ses appréciations : c'est que le jour où se leva l'Etoile du Nord, on n'entendit plus parler du Camp de Silésie, la partition complète n'en fat même jamais gravée, et en dehors du théâtre de la Cour qui possède le manuscrit ayant servi aux représentations, on n'en connaît qu'une seule et unique copie appartenant à M. Spoelberg de Lovenjoul, l'érudit bibliographe belge.

Quant à VEtoile du Nord, qui, détail amusant, avait failli s'appeler VEtoile polaire et avait même été annoncée un instant sous ce titre plus froid que brillant, elle obtint un succès immédiat, complet et retentissant. Tous les interprètes étaient de premier ordre, et les plus petits rôles avaient trouvé en de grands artistes des interprètes remarquables et dévoués ; il suffit de rappeler Battaille, Mocker, Jourdan, Hermann-Léon, M'^ ' Caroline Daprez, Lefebvre, Lemercier et Decroix ; l'orchestre et les chœurs avaient remarquablement fonctionné sous la direction énergique de Tilmant; enfin, la mise en scène et la décoration faisaient vraiment honneur à Tintelligence artistique du directeur. Aussi, l'empressement du public fut-il extraordinaire. Une indisposition de Mil' Duprez mit huit jours d'intervalle entre la deuxième et la troisième représentation ; mais depuis ce moment jusqu'au 28 juillet, où la pièce atteignit sa soixante-quatrième représentation, VEtoile du iVoî-cZ fut jouée régulièrement trois fois par semaine, et même quatre par exception. Le 16 octobre, après une interruption causée pai le congé annuel de Bat-

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