‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 12 sur 125 · LA CHARITÉ AVANT LE XIII* SIÈCLE II · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ AVANT LE XIII* SIÈCLE II

Nysse comparait à une ville celui que saint Basile avait élevé à Néocésarée * ; plus de six cents infirmiers étaient sans cesse occupés au soin des malades à Alexandrie, du temps desaint Athanase*. L'hôpital fondé à Rome par sainte Fabiola rivalisait de splendeur avec les plus célèbres de l'Orient ».

Après cette revue rapide des établissements charitables éclos sous la féconde initiative de TEglise, jetons un coup* d'œil sur leur gouvernement. Toutes ces maisons relevaient de la juridiction des évéques, qui du reste les avaient fondées pour la plupart ; l'Etat n'avait aucune part à leur direction et les lois civiles n'intervenaient que pour sauvegarder les droits des évêques. Une loi d'Honorius et de Théodose dit en propres termes que le choix des infirmiers d'Alexandrie « est laissé à la volonté du très vénéré prélat d'Alexandrie S » Les évéques choisissaient eux-mêmes les administrateurs et les serviteurs des hospices. S. Ambroise plaçait un prêtre à la tête de celui de Milan *. L'historien de saint Jean Chrysostôme rapporte qu'il fit construire plusieurs hôpitaux, ceux qui existaient jusqu'alors étant devenus insuffisants ; qu'il plaçait à leur tête deux prêtres choisis parmi les plus pieux et leur adjoignait des médecins, des cuisiniers et aides subalternes. Aucun de ces aides ne devait être engagé dans le mariage *. Les six cents infirmiers chargés du service des hospices d'Alexandrie, au temps de saint Basile, devaient, eux aussi, demeurer dans le célibat, afin d'être plus libres dans l'exercice de leur pieuse vocation.

Qui ne verrait, dans ces pieux laïcs, entièrement à la

* Greg. Nyss. In laud, fratr'u Basil,

* Cod. Th€od.,\, i8.

' s. Hieron. Ep. 84.

* Cod. Theod,, I. 18.

* S. Ambros. Ot Officiis, 3, 5»

* Pallad. DiaL, Cap, 8.

r4 INTRODUCTION

Les conciles et les capitulaires Carolingiens rappellent constamment les évèques à l'exercice de Thospitalité ; les conciles de Reims (813), de Paris (829), d'Aix-la-Chapelle (836), etc., leur commandent d*avoir toujours à leur table des indigents. Les curés de la campagne étaient tenus àThospitalité comme les évèques. Hérard, archevêque de Tours, la leur recommande de la façon la plus pressante * ; Hincmar renouvelle les mêmes ordres ;il veut que les pasteurs prennent le plus grand soin des pauvres, des infirmes, des orphelins et des voyageurs, qu'ils les reçoivent à leur table et leur donnent l'hospitalité *.

Telle était la règle et voilà pourquoi on vit s'élever avec le temps, près des basiliques cathédrales, de vastes hospices, qui étaient comme les dépendances des maisons épiscopales.

Ces hospices se multiplièrent en même temps que l'apostolat fondait de nouvelles églises. Les différents quartiers des villes eurent aussi leurs maisons charitables, établies dans les titres ou régions et desservies par le clergé de ces circonscriptions '. Partout donc où il y eut un siège épiscopal, il y eut au moins un hospice. Dans les villes et les bourgs moins importants, à mesure que se fondèrent les paroisses, avec un clergé fixe et sédentaire, ces paroisses eurent aussi leurs maisons de secours, car elles se modelaienik en tout sur l'église épiscopale *.

N'oublions pas ici le rôle important des grands établissements monastiques. A l'époque Carolingienne, le monastère était constitué comme une véritable église, avec son chef, l'abbé, ses clercs pour le service divin, soit à l'église-

* Herardi Capit., c. 18, 108.

* Hincm., c. 9, 10.

' Ideoque placet ut in singulis civitatibus et monaateriis, juxta modum rerum hospitale ordinetur advenientium. Conc. Aix-la-Chap, (8^6)^ c. i, ^

* Voy. sur le développement des églises paroissiales et monastiques» l'ouvr. de D. Gréa : De C Eglise et de sa divine constitution, p. 151 et sv.

Page 1