‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 13 sur 125 · LA CHARITÉ AVANT LE XIII* SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA CHARITÉ AVANT LE XIII* SIÈCLE

mère, soit dans les prieurés, et son peuple, composé des moines laïcs. Mais comme les églises étaient obligées de nourrir leurs pauvres et de construire des hôpitaux, de même aussi les monastères, véritables églises, durent remplir ce devoir. Les conciles étaient très attentifs à le leur rappeler ; on y trouve de nombreux canons réglant Thospitalité qui devait s^exercer tant dans les abbayes d'hommes que dans celles de femmes. Les capitulaires donnèrent force de loi à ces prescriptions et les Af/,s^/ Dominici veillaient à leur exécution d'une manière toute spéciale ^

Pour être complet, nous devons citer aussi les hospices fondés en très grand nombre par les « saints Irlandais », et destinés à abriter et recevoir leurs compatriotes, qui, d'humeur très voyageuse*, se rendaient en foule à tous les pèlerinages du monde entier, sans craindre les extrémités ni du froid ni de la chaleur'. Mais dès le temps de Charles le Chauve, ces hospices^ comme beaucoup d'autres, étaient ou ruinés ou détournés à d'autres usages \

On le voit, c'est dans les églises d'une part, dans les monastères de l'autre, que s'exerçait à cette époque l'hospitalité ; et lorsque les rois ou les particuliers fondaient des hospices, les évéques en prenaient de droit la direction. Une lettre de saint Grégoire nous apprend que l'hôpital, fondé à Autun par la reine Brunehaut et son petit-fils Théodoric, était dirigé par un abbé, et par conséquent desservi par une communauté de clercs \ Cinquante ans auparavant, Childebert, en fondant l'hôpital de Lyon, reconnaissait bien le droit des évéques, lorsque, pour assurer

* Capit. (801) tx lege Longoh,^ XXVIII. Baluz., i. col. ^^5.— CapiU Missisdom, (851), cap. I. Ibid., II. col. 5a.

• s. Cr e^.Reg., ij,8.

• Valafr. Strab., Vita S. Galli, 1. 2, c. 46.

' Vita 5. Mariani abb, Ratisb., n,2 de 5co<rs« ^ Ducange, v» ScoH.

* Ducange, ibid.

l6 INTRODUCTION

la durée de sa fondation, il faisait décréter par le concile d'Orléans (549) : « que jamais aucun prélat de Téglise de Lyon ne pourrait retenir par devers lui ou transférer à sa propre église les dons provenant des souverains susdits et de la charité des fidèles. » Les mêmes prélats devaient veiller « à ce que, des préposés zélés et craignant Dieu s'y succédant toujours selon le but de la fondation, le soin et le nombre des malades, l'accueil des pèlerins y subsistât perpétuellement sans aucune atteinte*. »

Les hôtelleries et hôpitaux n'avaient déjà plus alors la destination unique et précise que nous leur avons vue auparavant. Ainsi l'hôpital de Lyon est appelé XenodO" chium dans le texte précédent, et pourtant il recevait non seulement les voyageurs, mais les malades et les pauvres. Toutefois les hôtelleries des monastères servaient à peu près uniquement à héberger et loger les passants et les pauvres *.

Nous pensons avoir suffisamment démontré, par les exemples cités ci-dessus, que l'autorité ecclésiastique eut la direction des maisons de charité dans le bas moyen-âge comme dans les premiers siècles. Il nous serait facile de multiplier les citations; mais nous avons hâte d'arriver enfin à la dernière phase de l'histoire de la charité.

Page 1