‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 41 sur 125 · OBLIGATIONS BT PÉNALITÉS II · texte numérisé non relu

OBLIGATIONS BT PÉNALITÉS II

s'étaient-ils pris de paroles, on les frappait de verges et de courroies sur les épaules nues, devant les frères assemblés K Si c'était un des frères qui avait reçu l'outrage, le coupable était conduit à travers la maison jusqu'au dehors à coups de verges et congédié avec son salaire*. L'eflEusion du sang, dans les querelles entre serviteurs, était punie de même : on chassait honteusement le coupable et on lui retenait même ses gages '.

Si l'on ajoute à cet aperçu rapide de la règle les pénitences analogues, appliquées à tous les autres délits, comme le vol, la communication avec les hérétiques, etc., on aura une idée suffisamment complète du code disciplinaire de Tordre du Saint-Esprit. La pénitence y était soigneusement proportionnée aux fautes. Les châtiments corporels étaient réservés aux serviteurs. Les peines pour les frères consistaient seulement en jeûnes et en mortifications de l'amour propre ; la réclusion et l'expulsion n'étaient employées qu'à la dernière extrémité et pour les fautes les plus graves. « Il nous est donc impossible de ne pas admirer ici un caractère de mansuétude qui signale la règle de Gui, et qui contraste étrangement avec les habitudes encore pleines de rudesse du XII* siècle *. »

En fait, la répression devait être assez rarement nécessaire ; car le législateur avait pris tous les moyens pour la rendre inutile. S'inspirant du grand Code monastique de saint Benoît, il avait établi comme premier moyen de réforme la correction fraternelle.

Lorsqu'un frère se trouvait témoin d'une faute, il cornmençait par en reprendre l'auteur secrètement et sans en parler à personne. Un premier avertissement ne suffisant

* Régula, c LXXXV.

*Ibid., c LXXXII.

* /Wi., c. LXXXV.

* Mgr Panlinier, p. 65.

Il8 RÉGIME INTÉRIEUR DE L'ORDRE

pas, il le réitérait en présence de trois frères. Si le frère coupable s'amendait, on s*en réjouissait en bénissant Dieu de son retour. Ce n'est qu'à la dernière extrémité qu'il était dénoncé au maître * .

Celui-ci examinait en chapitre le délit et les preuves apportées. L'accusateur imprudent, qui n'apportait que des preuves insuffisantes, subissait lui-même la peine du délit dont il avait chargé son frère •.

C'est ainsi que tout, dans le nouvel ordre, avait été prévu par le prudent législateur. Les charges et la responsabilité des supérieurs, les devoirs des inférieurs, les obligations imposées à tous, les peines mêmes réservées aux fautes, tout est fixé d'avance dans la règle du Saint-Esprit, monument plein de sagesse et de prudence, où la sévérité et la douceur, l'autorité et la charité se fondent et se tempèrent dans un accord plein d'harmonie. Le succès de l'œuvre de Gui de Montpellier est dû à sa constitution si sage. Aussi, tant que la règle sera en honneur, TOrdre se maintiendra prospère ; dès que la règle perdra de son empire, l'Ordre commencera à dépérir. Il ne nous sera que trop facile de le constater.

» Régula, c. XXIV, LV.

• Ibid.j c. LVI

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