I. BIENS ET REVENUS
'ordre du Saint-Esprit était universel dans sa charité. Son but était de ne laisser aucune souffrance, aucun dénuement sans soulagement et sans remède. La charité, a dit TApôtre, n'a pas à redouter l'excès. Cependant ne peut-on pas se demander si l'élan magnifique de miséricordieux dévouement du fondateur ne l'avait pas entraîné trop loin, en ne lui laissant point assigner de bornes précises au zèle de ses enfants ? Ceux-ci pourraient-ils suffire à la lourde tâche qu'ils assumaient de si grand cœur, et les ressources matérielles ne leur feraient-elles point défaut? Ces considérations, nécessaires dans toute entreprise humaine, ne doivent pas nous préoccuper quand il s'agit d'une œuvre marquée du sceau divin comme celle de Gui de Montpellier. Jamais Dieu n'a manqué aux âmes généreuses dans l'accomplissement des desseins qu'il leur inspire pour sa gloire et l'exercice de la charité ; Gui de Montpellier en fit l'expérience après tant d'autres, et son ordre reçut des marques visibles de la bénédiction de
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la Providence. Tantqu'il sut conserver le trédor de lacharité, les biens temporels, nécessaires à sa mission, ne lui firent point défaut. •
Les biens des maisons de TOrdre se composaient surtout, outre les édifices et leurs dépendances, de propriétés foncières, qui formaient la meilleure partie de leurs revenus.
Jusqu'ici nous n'avons rien dit encore des constructions affectées aux hôpitaux et à lliabitation des religieux ; il est temps de combler cette lacune.
CONSTRUCTIONS DES ÉTABLISSEMENTS. — La plupart des
établissements hospitaliers du Saint-Esprit sont aujourd'hui détruits, et les quelques édifices demeurés debout ont perdu en grande partie leur physionomie primitive, par suite de remaniements successifs ou d'un changement de destination. D'autre part, les anciens inventaires, dont nous avons analysé un grand nombre, sont loin de suppléer au manque d'édifices : ces inventaires, en effet, scrupuleusement exacts et complets en ce qui touche le mobilier, les propriétés et revenus des hôpitaux, sont habituellement muets sur les bâtiments, ou se contentent d'indiquer leur bon ou leur mauvais état d'entretien. Les visiteurs ne songeaient point assurément à l'intérêt qui s'attache aujourd'hui aux rares indications égarées, pour ainsi dire, dans leurs procèsverbaux.
Cependant, en réunissant les renseignements que nous avons pu recueillir et en les comparant à ce que l'on sait des Hôtels-Dieu et maladreriesdu moyen-âge, nous espérons arriver à donner au lecteur une idée assez précise de nos établissements.
Les XI% XII* et XIII* siècles virent s'élever une quantité prodigieuse d'hospices. Presque toutes les abbayes avaient un hôpital dans leur enceinte ; pas de ville, pas de bourg de quelque importance qui n'eût sa léproserie en dehors de ses murs. De plus, les voies romaines, seuls