PROPRIÉTÉS ET REVENUS I
Quelquefois la coutume ou quelque concession seig^neuriale accordait aux hôpitaux une sorte de dîme appelée droit de Gerberie^ qui consistait dans la possession de la première gerbe de tous les champs de la circonscription \
Des droits de parcours dans les pâturages, d*usage dans les forêts, de sel dans les sauneries, s'ajoutaient au produit des terres.
Les confréries du Saint-Esprit, rayonnant partout autour des hôpitaux, fournissaient un nouvel appoint, par le tribut annuel qu'elles s'engageaient à remettre à la maison qui les avait fondées. En outre, les hôpitaux de l'Ordre avaient le droit de faire apposer des troncs et bassins dans toutes les églises et chapelles de leur ville et de leur voisinage *. Enfin les offrandes et les dons journaliers des habitants constituaient une source de revenus plus aléatoires, il est vrai, mais souvent fort considérables. Au moyen-âge, les testaments de la noblesse contenaient toujours des legs en terre ou en argent aux églises et aux institutions charitables. La [bourgeoisie et le menu peuple ne restaient pas en arrière ; les hôpitaux étaient créés pour eux ; plusieurs avaient eu à bén éficier des soins des hospitaliers ; ils savaient en montrer une reconnaissance proportionnée à leurs ressources. On peutapplîquer à toutes les maisons du Saint-Esprit ces paroles de M. J. Gauthier au sujet de Gray : « Les petites gens, bourgeois ou artisans de Gray, drapiers, selliers, parcheminiers et laboureurs, continuaient à léguer en mourant quelques terres ou quelques meubles à l'asile des pauvres ; la situation de la maison s'améliorait d'autant '. »
* J. Gauthier, Notice sur l*hâp, de Gray^ p. 11.
' c Ils ont droit de placer dans toutes les églises des troncs et de constituer des gardiens pour en prendre soin. Les collecteurs et les gardiens auront le premier rang sur tous les autres, quels qu'ils soient. > Bulle de Grégoire X! (ij7j). (Diplomata, I, p. 66,) etc.
' Notice, p. II.
L'obole du pauvre est quelquefois plus précieuse aux yeux de Dieu que les riches présents des puissants du siècle ; n'était-il pas grand le mérite de cette pauvre femme de Gray qui, au mois de juin 1431, donnait à Thôpital tout son avoir — quelques ouvrées de vigne, — « considérant, disait-elle en son naïf langage, les biens, bontés, curalités, que Ton me fait en Tospital du Saint-Esprit de Grray, auquel je suis et ay estée recehue bien et convenablement selon mon estât et ma maladie, et encore suis-je à présent...., je ne veulx pas encore (encourir) le péchier de ingratitude '. »
Nous n'avons pas de données suffisantes pour apprécier à quelle somme moyenne pouvait monter le produit de ces diverses sources de revenus ; elles variaient selon l'importance des maisons et des villes, et aussi selon les époques. D nous est donc impossible de citer des chiffires précis.
Les maisons conventuelles et chefs de provinces avaient des besoins plus nombreux et plus considérables, par suite de leur personnel plus abondant. Dans ces maisons étaient formés la plupart des novices destinés à peupler les hôpitaux dépendants. Pour subvenir à ces frais, deux sortes de revenus leur étaient spécialement réservés : les quêtes et les redevances des hôpitaux inférieurs.
QUÊTES. — Au moyen-âge, temps de foi vive et abondante en œuvres, Tusage des quêtes était très répandu. Les ordres mendiants n'avaient pas peu contribué à donner à cette forme d'assistance un développement considérable. Malheureusement les abus ne furent pas longs à se produire. Des mendiants paresseux trouvaient fort agréable, au lieu de travailler, de se revêtir d'un costume religieux et de vivre aux dépens de la charité publique. Les quêtes étaient devenues ime véritable industrie. Aussi les évêques, dont
* J. Gauthier, Notice^ Ibid,