‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 57 sur 125 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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|N même temps qu'il fondai t Tordre du Saint-Esprit, Gui de Montpellier eut l'inspiration féconde de lui adjoindre une institution qui devait augmenter notablement et ses ressources et son influence. Le premier peut-être dans l'Eglise il conçut le projet de ces associations de personnes pieuses, qui, sans se lier par aucune règle religieuse ni aucun vœu, consacrent une partie de leur temps à des œuvres d'assistance et de charité. Nous savons d'une manière certaine à quelle époque fut fondée la confrérie du Saint-Esprit : elle remonte à l'origine même de l'Ordre. Nous ne connaissons pas d'association de ce genre qui puisse par des titres sûrs faire remonter sa naissance à la fin du XII® siècle. La confrérie du Confalon, réputée la plus ancienne de Rome, fut approuvée par Clément IV en 1264*, c'est-à-dire plus de soixante ans après l'érection de celle de Sainte-Marie inSaxia, Celle-ci en eflFet se trouve citée dans la troisième bulle d'Innocent III, de l'année 1204: « Nous voulons, écrit le Pape, que les

* Elle avait pour but le rachat des captifs.* Voy. l'Abbé Jouhanneaud, Dict. des indulgences, confréries et associations catholiques (Coll. Mignc), p. 26^

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receveurs ou collecteurs de vos oonfiréries soient placés sous la protection de saint Pierre et la nôtre, sauf le droit de leur seigneur, et que leur paix ne soit point troublée. Nous décrétons aussi que quiconque sera reçu dans votre confrérie, s'il arrivait qu'à sa mort Téglise paroissiale à laquelle il appartient se trouvât en interdit, la sépulture ecclésiastique ne lui soit point refusée '. n

Dès cette époque, comme cette citation le démontre évidemment, la confrérie du Saint-Esprit était en plein fonctionnement, avec ses collecteurs et son organisation complète, non seulement à Rome, mais en beaucoup d'autres lieux. 11 y a plus, car nous sommes en mesure d'affirmer qu'elle existait à Montpellier avant que Gui ne vint se fixera Rome, et que par conséquent son institution remonte au berceau même de l'Ordre. La preuve nous en est fournie par le fait de son existence à 3larseille antérieurement à Tannée 1189, époque où les confrères fondèrent l'hôpital de cette ville *. Il est donc permis de croire que dès l'origine, chaque hôpital avait pour annexe indispensable une confrérie. Aussi la règle se préoccupet-elle de fixer l'ordre et la cérémonie des admissions. Un chapitre spécial expose : comment on doit accorder société à ceux qui la demandent. « Lorsque, lit-on, quelqu'un demandera à être associé aux frères et désirera se recommander à leurs prières, il se présentera au chapitre et se prosternera contre terre, pendant que le prieur ou

un autre prêtre récitera sur lui les prières suivantes

Cela fait qu'on lui accorde la société en lui faisant toucher

* Decernimus insuper ut receptores fraternitatum vestrarum salvo jure dominorum suorum in beati Pétri et nostra protectione consistant, et pace in terris in quibus fuerint potiantur. Simili etiam modo sancimus, ut quicumque in vestra fuerit fraternitate receptus ; si forsan parochialts ecclesia, cujus ipse parochianus extiterit, a divinis fuerit officiis interdicta, eumque mort contigerit, ipsi sepultura ecclesiastica non negetur, nisi excommunicatus vel nominatim fuerit interdictus.(Di/?/om. I, p 7).

* Voir à la troisième partie la notice de cet hôpital.

l'Evangile et Tétole, avec ces paroles : nous vous donnons société avec nous, par la participation à toutes nos prière s et au mérite de nos œuvres de charité. Les assistants répondent : Deo gratias. Ensuite le nouveau confrère recevra de tous les frères le baiser de paix et on inscrira son nom sur le livre de la confrérie *. »

A vrai dire, c'est là tout ce que nous connaissons de la confrérie dans les deux premiers siècles ; les bulles pontificales et les autres documents concernant l'Ordre ne font guère alors que constater son existence, sans entrer dans les détails de son organisation. Nous savons seulement qu'elle tenait une place distinguée à la tète des œuvres paroissiales. La noblesse et la riche bourgeoisie tenaient à honneur de se faire inscrire sur le registre des confrères et de s'associer aux bonnes œuvres de l'Ordre.

Les quelques renseignements qui nous sont parvenus permettent toutefois de juger que son organisation était dès lors de tout point semblable à celle des temps plus récents. A partir du XV« siècle les documents abondent et nous révèlent très clairement toute son économie. Deux Papes se montrèrent à cette époque les restaurateurs zélés de la confrérie, dans son siège de l'hôpital romain ; ce furent Eugène IV (1446) et Sixte IV (1477). Leurs bulles, en nous faisant connaître la confrérie de Sainte-Marie in Saxia, nous découvriront en même temps l'organisation de toutes les autres, qui n'étaient que les membres, ou plutôt l'extension et le développement de la première.

Eugène IV, en montant sur le trône pontifical, trouva la ville de Rome encore couverte des ruines occasionnées par le long séjour des Papes à Avignon et par l'anarchie qui en avait été la suite. L'hôpital du Saint-Esprit n'avait pas été épargné. Les bâtiments ruinés, les revenus anéantis, les vastes domaines en friche ou perdus, et par une conséquence

* Régula, c. IV. Qualitcr societas nostra pctentibus detur.

I>6 CONFRÉRIE DU SAlNT-fiSFRlT

trop naturelle. Thospitalité supprimée presque totalement par suite du petit nombre des frères : telle était la situation lamentable de cette institution si chère aux Papes. Eugène IV s'efforça de lui rendre son ancienne splendeur. Dans une bulle du 25 mai 1446, après s'être félicité du succès de ses efforts, il continue en ces termes :

« Au nombre des meilleurs soutiens du renom de cet hôpital, et comme Tune de ses principales ressources, nos prédécesseurs avaient institué et enrichi d'insignes largesses spirituelles une confrérie célèbre, à Tusage des personnes des deux sexes, dont les noms se trouvent encore inscrits sur des livres très anciens .

« Nous donc, qui, dès les premiers temps de notre élévation, avons pris un soin très exact des hôpitaux et de ceux qui les gouvernent ; afin de ne rien omettre de ce qui peut contribuer à Tomement et à la gloire de cette maison ; et aussi dans le but d'augmenter ses ressources par les aumônes d'un grand nombre de fidèles, attirés au moyen de faveurs de choix : voulant marcher sur les traces de nos prédécesseurs, nous restaurons cette confrérie presqu'entièrement interrompue depuis de longues années. A toutes personnes ecclésiastiques ou laïques des deux sexes, qui se feront recevoir de ladite confrérie et inscrire sur ses registres, en versant la somme de trois florins d'or à leur réception et chaque année un gros de dix au florin, entre les mains du camérier ou de ses députés, fious accordons les privilèges suivants, à savoir :

« Tous les prêtres que les nouveaux confrères choisiront pour confesseurs, auront pouvoir de leur accorder la rémission entière de tous leurs péchés, à l'article de la mort, s'ils s'en confessent avec un cœur contrit.

« De plus, en vertu de notre présente concession, ces confesseurs pourront, dans les deux mois qui suivront la réception des confrères et une fois seulement pour leur vie, leur donner Tabsolution pleine et entière de tous leurs

péchés, crimes et excès, même des cas réservés au Saint- Siège. Ils auront soin toutefois de leur imposer une pénitence convenable, afin que notre indulgence ne leur facilite point le retour à leurs égarements. »

Le Pape ajoute, en faveur des pauvres, qu'ils pourront être reçus malgré l'impossibilité de solder la cotisation ; qu'ils n'auront seulement pas droit à l'absolution plénière ^

On voit par les paroles d'Eugène IV, que la confrérie était depuis longtemps célèbre, grâce aux nombreux privilèges dont l'avaient favorisée ses prédécesseurs. Nous possédons en effet une bulle d'Urbain V, qui, près d'un siècle auparavant, lui concède aux mêmes conditions les faveurs que celui-là ne fit que renouveler. Seulement, il y avait joint une disposition spéciale, inspirée par les circonstances : les revenus de la confrérie devaient être partagés en deux parts, dont la première serait réservée à l'entretien des hôpitaux de l'Ordre, et la seconde au soutien des Croi* ses de Terre-Sainte*.

Le registre dont parle Eugène IV, et sur lequel devaient être inscrits les noms des confrères, existe encore aux archives de l'hôpital du Saint-Esprit de Rome. C'est un beau manuscrit petit in-folio en parchemin.

Les premières pages, ornées d'initiales à miniatures, sont occupées par la bulle d'Eugène IV. Viennent ensuite les noms des nouveaux confrères, et en premier lieu celui du Pape, écrit de sa propre main, avec promesse d'une subvention de 200 ducats pendant sa vie et looo après sa mort. Dix cardinaux, suivant l'exemple du Pontife, ont signé • après lui, et promis annuellement dix ducats. Les exemples sont plus efficaces que les exhortations : bientôt abondent les signatures d'archevêques, d'évêques^ de membres de la cour pontificale, de personnages illustres et princiers.

* Voy. le texte de la bulle : Diplomaia, l, p. 77.

* Bull« du }i mars ij68. Diplom., l, p. 59.

Trente ans plus tard, Sixte IV, non content d^avoir fait réédifier entièrement Thôpital de Sainte-Marie, voulut donner à TOrdre une autre marque de sa sollicitude, en érigeant à nouveau la confrérie. Une longue bulle, insérée par son ordre au livre de Tassociation, renouvelle tous les privilèges accordés par ses prédécesseiurs et en ajoute de nouveaux. Dans cette nouvelle forme, la cotisation n'est plus fixée, elle est laissée à la libéralité de chacun. L'empereur, les rois et les reines, les princes et les seigneurs, les patriarches, archevêques, évéques, abbés, grands maîtres, communautés religieuses, reçoivent la faculté de se faire inscrire par procureur, sans être tenus de se présenter en personne.

Après avoir confirmé les privilèges antérieurs, le Pontife accorde aux confrères éloignés de Rome la participation aux indulgences des Stations de la Ville-Sainte et des bénédictions papales. Pour augmenter Téclat de la pieuse association, il donne à l'église de l'hôpital des reliques insignes : un bras de S. André, une articulation de la main de S. Paul, un doigt de Ste Catherine, enfermés dans des reli quaires d'argent et d'or enrichis de pierres précieuses. Ces reliques étaient destinées à être portées à la procession du lundi de la Pentecôte, à Tissue de laquelle le Pape devait, autant que possible, célébrer la messe pontificale. Ce jour-là, tous les fidèles qui visitaient l'église gagnaient une indulgence plénière et les confrères pouvaient recevoir l'absolution générale.

La sollicitude du Pontife s'étendit jusqu'aux funérailles des confrères. Suivant ses ordres, deux draps funèbres, qu'il avait donnés lui-même, devaient servir à leurs obsèques ; l'un, plus riche, réservé aux nobles, l'autre au commun des confrères. Seize membres de l'association, portant des torches et quatre chandeliers d'argent, devaient accompagner le corps jusqu'à la tombe. Un service funèbre devait être célébré à la mort de chaque associé ; et tous

les jeudis, une messe dite pour les membres vivants et défunts

Sixte IV termine en recommandant avec les plus vives instances l'hôpital et la confrérie du Saint-Esprit à toute la sollicitude de ses successeurs, les priant surtout de ne point les donner en commende, sous peine de consommer de nouveau la ruine d'institutions si nécessaires '.

A l'exemple d'Eugène IV, il signa de sa propre main au registre de la confrérie et écrivit quelques lignes pour confirmer la bénédiction apostolique et tous les privilèges de sa bulle *. Vingt et un cardinaux souscrivirent après lui ; à leur tète étaient Guillaume d'Estouteville, archevêque de Rouen, et Julien de la Rovère, neveu du Pape et protecteur de l'Ordre. Dès lors et pendant deux siècles, les pages se couvrent des noms les plus illustres. Henri VII, roi d'Angleterre, se fait inscrire (1494) avec la comtesse de Richemond sa mère et la reine Elisabeth ; Marguerite de Bourgogne, fille de Charles le Téméraire, se fait porter, peu de temps avant sa mort tragique, par l'évêque de Cambrai, Henri de Berghes, qui inscrit en même temps le duc Adolphe de Clèves et son fils, ainsi que le comte Engelbert de Nassau. Ce sont ensuite Alphonse d'Aragon, duc de Calabre, inscrit pendant un séjour qu'il fit à Rome en 1484; Charlotte, reine de Chypre (7 mars 1478); Charles VIII, roi de France, que le grand maître inscrit en sa présence (4 juin 1495) avec sa suite, dans laquelle on distingue les deux évêquesjean et Louis d'Amboise, Imbert de Batarnay, le comte de Fézensac, etc ; — Jean et Christine de Danemark et Christian leur fils (1503); Jacques IV d'Ecosse (1503) ; Sigismond, archiduc d'Autriche {1478) ; l'empereur Maximilien(i483) ; Blanche Marie, impératrice des Romains (1503); les familles souveraines de Bavière, de Clèves, de

* Bulle du 21 mars 1477^ Diphmata, l, p. 99.

' Le 21 mai 1478.

l6o CONFRÉRIB DU SAnfr-UPUT

Thuringe; la reine de Pologne (1495) ; le grand maître de Prusse; enfin le roi Louis XII (17 mars 1506) ^ Nous passons les grandes familles italiennes, qui toutes 7 eurent des représentants. Il nous est impossible de citer toutes les maisons illustres qui ont voulu figurer sur la liste de notre confrérie * ; on peut dire sans exagération que cette liste est comme un tableau où Ton trouve réunies toutes les gloires du XV et du XVI* siècle.

Les privilèges de la confrérie étaient trop nombreux pour que nous puissions les rapporter tous dans le détail ; il faudrait pour cela citer 1 es bulles aussi élogieuses qu^é* tendues de Nicolas IV, Clément IV, Léon X, Clément VII, Paul IV, Pie IV, Innocent VIII, et particulièrement Jules III'. C'étaient des indulgences plénières et partielles ; la participation aux privilèges des stations de Rome, des bénédictions papales, des grands pèlerinages, même de celui des Lieux-Saints ; la faculté de choisir un confesseur avec pouvoir d'absoudre une fois dans la vie de tous cas réservés, de dispenser des serments et des vœux à peu d'exceptions près, et ^grâce plus importante encore, dans un temps ou beaucoup de seigneurs n'étaient justiciables que de leur conscience) le pouvoir poiu" tous les frères de l'Ordre d'imposer des compensations à leurs pénitents coupables d'injustices et tenus à restitution.

Nous l'avons dit, la confrérie *du Saint-Esprit n^existait pas seulement à Rome ; elle avait le don de se multiplier en étendant partout d'innombrables rameaux. Les Souve-

* Liber eonfraicrnitatis SancH Spiritus (Arch. de l*h6p. du S. Esprit de Rome, no j5).

' Voy. les noms cités dans le Diplomata ,1, 76, 98 et dans Saulnier, p. 106-108.

Le dernier nom historique inscrit sur le ms est celui de la reine d Italie, Marguerite de Savoie, qui dans une visite au célèbre hôpital, en 1879, voulut donner cette marque d'intérêt à la grande institution des Papes.

' Bulle du jo octobre 1552 et non pas du aa janvier 1555, ainsi que le dit Saulnier, p. 51, 109. Elle ne se trouve pas dans le Diploauûaf mais bien dans le Compendio dtlUPriviUggL Viterbe, 1584.

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