‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 58 sur 125 · PLANCHE VII · texte numérisé non relu

PLANCHE VII

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raîns Pontifes avaient concédé à l'Ordre le pouvoir de l'ériger partout, avec les mêmes privilèges qu'à Rome *.

Les frères usèrent largement de la concession : partout où s'établissait un hôpital, on voyait naître en même temps une confrérie, et les églises du voisinage, jalouses de la posséder à leur tour, formaient bientôt comme une couronne autour de la maison hospitalière. Dans des villages même ou des hameaux qui ne possédaient ni église ni chapelle, on vit la pieuse association se former, prendre en main la garde des intérêts religieux des populations, obtenir des patrons et des ordinaires la construction de chapelles qu'elle entretenait de ses deniers : telle est l'origine constatée d'un certain nombre de paroisses de Franche- Comté. Aux XI Ve et XV« siècles, les confréries paroissiales du Saint-Esprit étaient extrêmement multipliées dans la France entière, grâce aux hôpitaux alors nombreux et florissants*. Les quêteurs, en faisant connaître partout l'Ordre, contribuaient notablement aussi à la propagation de la confrérie. Le clergé paroissial s'empressait d'en favoriser l'établissement, car elle rendait partout d'éminents services, que nous allons bientôt énumérer. Les personnes des deux sexes étaient admises à en faire partie. Une vie honnête et chrétienne, un léger don et une minime cotisation annuelle, étaient les seules conditions requises. Les exercices spirituels consistaient en réunions hebdomadaires ou mensuelles à la chapelle de la confrérie ou à

' C'est ce que rappelle la bulle de Jules III : Et successive ne propter locornm distantiam fidèles ipsi eorum piis desideriis frustrarentur» Confraternitatem cum omnibus et singulis concessionibus, indultis, facultatibus, indulgentiis et peccatorum remissionibus, illius confratribus pro tempore existentibus concessis ad omnia et singula membra, ecclesias et loca tam ab ipso hospitali pro tempore dependentia, quam alia in quibus similes confraternitates per Preceptorem dicti Hospitalis pro tempore existentem, seu ejus commissarios, nuncios vel procuratores pro tempore ad id specialiter deputatos instituerenturet erigerentur, [Predecessores nostri] extenderunt et ampliarunt, etc.

* Voy. à la Quatrième partie, les notices des hôpitaux, — Nous donnons, aux PP, fuiti/.f n» XVI, la liste des nombreuses confréries dont nous avons constaté l'existence dans le Jura seulement.

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Téglise, en processions et messes solennelles aux fîtes principales^ et en services pour les défunts. Tons les confrères assistaient à ces offices, les dignitaires portant les cierges de la confrérie, les autres membres tenant des flambeaux allumés. Le jour delà Pentecôte, fête patronale de la confrérie, ou le lendemain, des agapes firatemelles réunissaient les confrères. Le banquet commun était chose essentielle au moyen-âge dans toutes les associations ; il servait à maintenir dans une intimité qui rapprochait les diverses conditions sociales, Tunion cordiale entre tous les membres. Tout était réglé d'avance dans ces repas, le nombre et la qualité des mets, aussi bien que les prières qui toujours les accompagnaient *. Malheureusement ces banquets finirent par dégénérer en véritables festins, qui enlevaient le plus clair des revenus à leur destination charitable. L'autorité ecclésiastique s'efforça de réprimer ces excès ; elle en vint même, dans les règlements Su XVH* siècle, à supprimer habituellement ces repas '.

' Voici, à titre de curiosité, le menu des banquets de la confrérie de PoUgny d'après un règlement de 1588 :

« Premier. Le jour de feste Pentecoste au diner. La fricassée de -foye de veau en un plat, quatre à quatre, avec un chacun confrère un goubelet, le miolet d*œuf el trois cloz de gerofle dedans ; la pièce de bœuf pour quatre, la moutarde, Thaut côté, ou poitrine de mouton [là u chante le Veni Creator]. A chacun confrère une écuelle de ris, une pomme et un quartier de fromage.

< Led. jour au souper. A un chacun confrère une écuelle d*orchepot de veau bien étouifé, les pieds de môton à la vinaigrette pour quatre, le veau routi, le moton routi, la saulce verde, les pommes et le fromage.

« Le dîner du lendemain qu*on nomme le banquet de la langue de bœuf se fait à la volonté du prieur ou il appelle les sieurs Mayeurs et Eschevins, et autres tels qu'il luy plait.

c Pour le lundi lendemain dud. jour de feste de Pentecôte au souper. La salade de laitues pour quatre; un pigeon et un poulet pour quatre, au lieu de bez chapplé (hAchis) la pièce de bœuf, la moutarde [La prédication par un des Frères Prescheurs], la gelée de couchon, la tartre auxchoz sucrés.

« A chacun desd. trois repas se donne pain, vin et pitance a chacun des clercs

allants à la grande école Les sieurs chanoines sont les premiers servis,

les confrères après, les chapelains et familiers après, et les choriaux les derniers. Les confrères se doivent asseoir en Tordre de leur réception. » — (Ctoalier, Hist, de Poligny, t. Il, p. 670).

* c Ne seront faictz cy après par led. prieur ny aultre aulcune dépense de bouche aud. jours de feste Penthescotte; comme Ton souloit (aire du passée

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Le même jour de la Pentecôte, le conseil ou tous les membres présents élisaient deux prieurs, « les plus idoines et capables, » pour présider les réunions et administrer les biens et revenus de la confrérie ; les prieurs sortants rendaient en même temps un compte exact de leur gestion ; quatre confrères étaient délégués pour faire une vérification rigoureuse des revenus et des dépenses. Les prieurs sortants n'obtenaient quittance qu'après cette vérification *.

La confrérie du Saint-Esprit avait un double objet: l'augmentation des revenus des hôpitaux et l'assistance paroissiale.

Le premier de ces deux buts était atteint par le moyen des redevances annuelles que les confréries payaient, soit à la maison dont elles dépendaient, soit au chef même de l'Ordre. Nous possédons à ce sujet un bon nombre de documents. Souvent, ces redevances étaient assez minimes ; mais, par leur multiplication, elles ne laissaient pas de former un total important. En outre^ partout où existait la confrérie, les quêtes annuelles étaient nécessairement plus fructueuses et les aumônes plus abondantes. Les prieurs étaient les gardiens naturels des troncs et bassins des églises ; ils en remettaient le produit, en même temps que leur prestation, entre les mains du commandeur magistral.

L'ordre entier avait donc grand intérêt à multiplier les associations. Mais les paroisses en tiraient des avantages bien plus considérables encore. La confrérie remplissait, mais sur une plus vaste échelle, un rôle analogue à celui de nos sociétés de Saint- Vincent de Paul. L'assistance des pauvres, la visite des malades et des infirmes étaient les premiers devoirs des confrères*. Une part des revenus

tins s'appliquera tout le revenu à œuvres pieuses. » — Confrérie de Rochefort (Jura), ibis.

• Voy. aux Pièces l'ustif. no^ VII, VIII, IX, les règlements de trois confréries.

* En i$87, année de disette, le Conseil de la vUle d'Arbois décide, entre

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était réservée à cet usage diaritable *. La seconde partie servait à l'entretien de la maison et de la diapeUe de la confrérie. Souvent, dans les campagnes, la confirérie prenait à sa charge tons les firais d*entretien du coite. Dans les ^lises plus riches, elle oontriboait à la décoration, fournissait le laminaire aux fêtes solennelle», fusait oélâxer des offices somptueux, se diargeait de faire venir des pré* dicateurs de renom, etc. Ajoutons enfin que la confirérie contribuait puissamment au maintien de la paix et de la concorde parmi les citoyens ; les r^lements faisaient aux confrères un devoir de soumettre tous leurs différends à l'arbitrage des prieurs et de mettre avec zèle toute leur influence au service de la paix publique *.

On voit par là de quel secours étaient ces pieuses associations pour les lieux où elles étaient établies. Si Ton ajoute que partout les principaux habitants tenaient à honneur d'en faire partie ; que les revenus dont elles disposaient, augmentés chaque année par les dons et les legs des confrères, montaient souvent àdes sommes importantes même dans de simples villages, on comprendra quels services elles devaient rendre, et quelle faveur devait les accueillir.

autres mesures, que pour subvenir aux nécessités des malheureux, la confrérie du Saint-Esprit sera réorganisée. — Bousson de Mairet, Annales (tArhois, p. 209.

* Dans le courant de Tannée 1489, la confrérie d*Arbois distribua aux pauvres de la ville 80 quartaux de froment. — Arch, de Chôp,, E. 194.

' Voy. les règlements transcrits aux PQces justi/catipes.

Les confrénes du Saint-Esprit fonctionnèrent régulièrement jusqu'à la révolution dans la Franche-Comté et la Lorraine, pays où TOrdre sut se maintenir longtemps florissant. — c II est avéré, dit M. Léon Maître, qu'au XVI 1* siècle les confréries tenaient (en Normandie) leurs assemblées comme dans les siècles antérieurs » (Assistance publique dans la Loire Inférieure, chap. VI). — On trouve aussi, dans les archives municipales et hospitalières deTou- Ion et Clermont, des preuves multipliées de leur existence dans ces régions au cours du XVIU* siècle. On peut donc conclure que ces institutions, après être devenues indépendantes de Tordre du Saint-Esprit, continuèrent un peu partout en France leurs exercices pieux et chariubles jusqu'à notre époque. Nous connaissons même dans le Jura deux confréries (à Rochefort et à Vadans) qui ont traversé tous les orages. Ces épaves précieuses de la plus ancienne des institutions de charité sont aujourd*hui de simples congrégations paroissiales, mais qull serait facile de rendre à leurs anciennes observances.

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L'ordre du Saint-Esprit avait ainsi réussi à développer dans des proportions gigantesques ses œuvres de charité ; par l'admirable institution de sa confrérie, il avait résolu, dès le XIII* siècle, le grand problème de l'assistance, non-seulement dans les centres populeux, mais jusque dans les plus humbles hameaux. Ce n'est certes point là un petit honneur I

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