‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 68 sur 125 · EXTENSION DE L*ORDRB EN EUROPE · texte numérisé non relu

EXTENSION DE L*ORDRB EN EUROPE

Pontife, se rendirent à sa merci et offrirent les réparations les plus complètes. Alexandre IV, n'écoutant que les sentiments de la plus tendre charité, pour toute vengeance, obligea ces enfants prodigues à bâtir et à doter, en faveur des pauvres de la cité, un hôpital du Saint-Esprit ; et sur leur promesse, il leva toutes les censures qu'ils avaient encourues par leur longue rébellion. L'hôpital fut bâti, doté d'une somme de dix mille livres de Pise, versées en cinq annuités, déclaré exempt, comblé de privilèges pontificaux et placé à la tète de tous les autres hôpitaux de la ville et du diocèse. Il porta le nom du pontife qui en avait provoqué la création, et les hospitaliers arborèrent dès lors la croix double, de couleur rouge, sur leur robe et leur manteau * .

Un grand nombre de villes Italiennes, de la Lombardie au fond de la Sicile, avaient reçu, avant Pise, des colonies de frères de la colombe^ comme on les appelait alors, ou en reçurent à la même époque. Il nous suffira de citer, entre beaucoup d'autres, l'hospice d'Acquapendente, illustré par le séjour, l'héroïque charité et les miracles de S. Roch " ; ceux d'Anagni, d'Aquila, d'Ascoli, d'Atri, de Casale, de Chieti, de Corneto, de Crémone, de Palerme,dePouzzoles, de Lecco, de Terni, de Florence, de Sinigaglia, deViterbe, etc., dont la fondation remonte au XIIP siècle '.

C'est dans l'hôpital du Saint-Esprit de Palerme que se passa, le lundi de Pâques, 30 mars 1282, un horrible drame, qui le rendit tristement célèbre. Le peuple s'était porté en foule pour assister à l'office de Vêpres, selon la coutume, et gagner les indulgences; le son des cloches de l'église monumentale de San Spirito fut le signal de

^ Ughelli, //a(<a Sacra, t. III, p. 5x9, ^21. • P. Saulnier, p. 66-67.

" Italia Sacra, t. I., p. 820 ; IV, p. 628 ; V, p. ;i6; IX^ p. 91* — Saulnier, p. 81-82. — Voy. aussi les bulles pontificales.

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Thorrible massacre, appelé Vêpres Siciliennes ^c\a\ inonda la Sicile entière du sang français *.

Au XIII* siècle, les provinces septentrionales de TEspagne et le Portugal étaient seuls ouverts à la charité chrétienne. Nos hospitaliers y fondèrent des établissements dont la prospérité fut longue et marquée par de nombreux bienfaits ; les hôpitaux de Porto, de Calata3rud, de Jaën, de Lérida, de Barcelone, de Ségovie, de Valence, de Soria, et bien d'autres encore, envoyèrent des colonies dans les diverses parties du royaume, à mesure que la valeur des rois de Castille et d'Aragon en expulsait les Maures %

En Allemagne, la propagation de l'Ordre ne fut pas moins rapide. A peine le pieux fondateur avait-il rendu le dernier soupir, quand le mouvement commença. Un riche seigneur, du diocèse d'Halberstadt, le comte de Blankembourg, se trouvant à Rome dans les premiers mois de l'année 1208, y avait admiré la parfaite organisation de l'hôpital de Sainte-Marie in Saxia, Il conçut dès lors et communiqua au souverain Pontile son projet de construire dans son pays, près de l'abbaye cistercienne de Saint- Michel, un hôpital semblable, pour y recueillir les malades et les pauvres. Il promit de lui donner dix-huit manses d'excellentes terres, situées à Elikestorp ; plus la dîme dudit lieu, avec l'agrément de l'évèque d'Halberstadt; plus cent marcs d'argent pour les frais de la construction ; à la condition toutefois qu'elle ne serait pas faite en son nom, mais au nom du Pape. Le Vicaire de Jésus-Christ accepta ces offres, en stipulant que la nouvelle fondation dépen-

* Raynaldt, ad ann, 1281. — Chrôn, de. Bernard cTEscbt, chap. LXXXI ; — Conspiration de Jean Prochyia^ éd. du Panthéon littéraire, t. I, p. 745.

* Yoy. les bulles pontificales, Diplom,, I, p. ^5, |6, 41, 42, etc.— Sauloieri p. 8;.

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drait de la maison du Saint-Esprit in Saxia et lui paierait chaque année un cens de deux marcs d'argent.

Innocent III confia à Tabbé de Saint-Michel la mission de faire bâtir, conformément aux desseins du pieux fondateur, le nouvel hôpital, et promit de lui accorder des privilèges, aussitôt qu'il serait terminé et organisé *.

Six mois plus tard, le même pape, comme nous le voyons par ses lettres, avait le bonheur d'approuver et de bénir la fondation d'une nouvelle maison du Saint-Esprit à Vienne. L'auteur de cette œuvre charitable, un certain Gérard, sur la renommée de l'hôpital de Sainte-Marie in Saxia^ patronné d'ailleurs et encouragé par le duc d'AutrichCi s'adressa au souverain Pontife et ofiFrit de remettre aux mains des frères du Saint-Esprit la maison qu'il avait bâtie pour les pauvres danà un faubourg de la ville de Vienne. Il lui assurait une dotation de dix-neuf acres de terres, sur laquelle elle paierait à la maison de Rome une redevance d'un marc d'argent par an. « Disposé à écouter favorablement votre prière et celle du duc d'Autriche, lui écrivait le Pape, nous recevons sous la protection de saint Pierre et la nôtre la dite chapelle, avec toutes ses possessions légitimes, actuelles ou futures, tant ecclésiastiques que séculières, ainsi que les personnes qui l'habitent ; et nous l'annexons à notre hôpital du Saint-Esprit, sous la condition du cens annuel convenu. Nous ordonnons en outre, en vertu des présentes, que cette fondation reste, comme elle l'a été jusqu'alors, sous votre direction, jusqu'à ce que le maître de l'hôpital susdit en dispose comme il le jugera utile, selon Dieu et sa règle *, par lui-même ou par un visiteur.

Nous nous sommes étendu sur les deux fondations précédentes, parce que les lettres du Pontife jettent plus

' Innoc, /// Epist, lib. XI, n* 69, 21 avril Xio8 (Coll. Migne). ^Innoc. in Epist. lib. XI, n«i69, 22 octobre 1208 {ColL Migne).

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d'un rayon de lumière sur la propagation des hôpitaux du Saint-Esprit. On y voit comment la réputation de dévouement de l'Ordre faisait rechercher les frères, soit pour la direction d'établissements déjà existants, soit pour le gouvernement de nouvelles fondations appelées par les nécessités des pauvres. On remarquera aussi avec quelle vigilance le Pape maintient les droits du chef de l'Ordre, en lui laissant l'entière disposition des nouvelles maisons, et surtout en établissant un lien de subordination filiale, au moyen du tribut annuel exigé de tous ses membres. Il est donc avéré que, dès l'origine, il existait dans l'Ordre, entre les personnes et les maisons, une hiérarchie, qui n'a pas peu contribué, sans doute, au maintien de la discipline et de la ferveur pendant plusieurs siècles.

La maison de Vienne révéla bientôt jusqu'en Pologne sa consolante fécondité. L'hospice de Cracovie, fondé dans le voisinage de cette capitale, à Pradnick, par l'évèque Yves, en Ï221, reçut en même temps des frères du Saint-Esprit. Mais comme son fondateur remarquait que sa situation écartée

était préjudiciable à sa prospérité, il résolut de la mettre plus à portée des personnes pieuses et la transféra, vingt ans après (1244), au sein même de la capitale *.

Débordant à son tour comme une ruche laborieuse, la maison de Cracovie envoya deux essaims d'hospitaliers pour desservir les maisons de Sendomir, en 1222, et de Kalisch, en 1283'. L'hôpital de Vienne donna également naissance à plusieurs autres, disséminés dans les contrées germaniques ; mentionnons Glogau, Ratisbonne, Rouffach, Stendal (1255), Kœnigsberg, Stephansfeld. Là, dans sa

* L'historien polonais Albert Basœus, et Saulnier après lui, ont placé en 120 j la fondation de Cracovie. Cette date ne peut être juste'', Thôpital de Cracovie s*étant toujours regardé comme fils de Vienne, lequel remonte à Tannée 1208. C*est ce qui nous a fait adopter la date de 1221, donnée par Hélyot, t. II, p. 217 ; — Xenodockium, par Albert Basseus, reliçienx polonais de l'Ordre, cité par Saulnier, p. i).

* Albert Basœus, dans Saulnier, p. 2.

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maison decampagne, près de Bmmath, le landgrave, Etienne de Wcnt, comte d*£giiishem, bAdt on hospice ponr les vieillards indigents et les enfants trouvés '. ISbércSne de la charité dans TAllemagne du moyen-Age, sainte Elisabeth de Hongrie, jugeant les frères da Saint-Esprit dignes de s*associer à ses œuvres admirables, leur bfttit un hôpital i Eisenach en 1226 *. Nous devons dter aussi avec quelque détail la fondation de la maison de Memmingen, en raison de la glorieuse prérogative qu^elle eut de demeurer seule debout en Allemagne, au milieu des ruines du protestantisme : hommage précieux rendu au zèle et au dévouement de ses membres ! « Sachent tous, dit Tacte de fondation (novembre 12 10), que moi, Henri de Vhissenhom, voué général de la province de la Haute-Souabe, mû de dévotion au Saint-Esprit et pressé par la charité, du consentement volontaire et mûrement délibéré d^Hedwige mon épouse^ puisque nous avons le malheur de n'avoir pas d'héritiers^ j*ai construit, en vue du salut de nos âmes, de celui de nos ancêtres et de tous les fidèles, un hôpital situé dans la vallée, devant la porte de la cité de Memmingen, au diocèse d*Augsbourg. Cet hôpital, je Tai donné aux frères du Saint-Esprit de Rome, en le remettant entre les mains de frère Etienne, qui en est le premier précepteur ou maître *. »

Le comte, en effet, investit frère Etienne de Rome, comme on l'appelait, des insignes de la double supériorité claustrale et hospitalière de son Hôtel-Dieu. Mais ce religieux, venu de Sainte-Marie in Saxia^ exerça peu de temps les fonctions de sa charge ; deux ans plus tard, il échangeait les travaux de cette vie contre le repos de

* Sâulnier, p. a, 8a ; -« Jacques de Kœnigshoven, Chronique de Sirashourf, Chap. III, p. 194; — Baquol, V Alsace ancienne et moderne^ }*éd , 1865, p. 78. < Montalembert, Hist. de sainte Elisabeth, chap. XIII. ' Holstenius, Codex regularum, U V» p. 499 et sqq.

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l'éterilité. Le cens annuel dû par le nouvel hospice, en signe de dépendance envers la maison-mère de Rome, était de sept besans d'or *.

Ce fut en 1251 seulement que la ville de Munich eut son hôpital du Saint-Esprit ; mais il devint fort célèbre dans la suite. Le duc Othon le fit construire et le dota magnifiquement ; il y employa les droits d'octroi perçus à Tune des portes de la ville. Onze ans plus tard (1262), une bulle d'Urbain IV le mit sous la protection du S. Siège et l'exempta de toute dîme. En 1270, Conrad II, évéque de Frisingue, fractionnant cette maison de Munich, en établit à Landshut une colonie, qu'il rendit indépendante et enrichit de privilèges •.

Fulda, la ville de S. Boniface, ouvrit aussi pour les pauvres et les nécessiteux de tout genre un établissement du Saint-Esprit, de 127 1 à 1290, sur l'initiative du princeabbé. Avant 1250, un autre avait été bâti à Wimpfen*. Précédemment encore, à des dates rapprochées, des hôpitaux avaient été créés à Worms, hors de la porte lie Spire *, à Groningue dans le Wurtemberg, à Pforzheim dans le diocèse de Spire, à l'entrée de la Forêt-Noire et en dififérentes autres villes allemandes, telles que Hœxter (12 18), Neumarkt, Stettin, Herlingshausen, Francfortsur-le-Mein *. Mais cette terre hospitalière nous a retenu trop longtemps ; hâtons-nous de poursuivre notre route.

Dès le XIII* siècle, les glaces de la Scandinavie ont connu l'ordre du Saint-Esprit : « Les frères de la Colombe

* Suipia eccles,t 1669, p. 609-612 ; ^ Arch, de Vévichè (fAugsbourg, Catal. des £piques,

* Carl. Meichelbeck, Hist. Frising.^ 1739, t. II, p. 74-88.

* En 1250, un bourgeois fait donation d'une propriété| sous la clause qu'elle serait inaliénable (Holstenius, loc. cit,),

* Schannat, Hist. Episc. WormaUscensis, 1794, t* h P* ^7*

■ HOrter, Tableau des institutions et des mœurs au moyen-âge, t. II, p. 49^-502 ; «- Suevia eccles,, pp. h^» 3^7f 564, ^65, 89O, 877.

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et les Priants du Saint-Esprit », tels étaient les beaux noms sous lesquels ils étaient connus dans ce pays *. De 1250 à 1300, neuf de ces établissements de charité abritaient déjà en Danemark les pèlerins et malades pauvres, ainsi que les autres personnes trop infirmes pour aller chercher leur nourriture de maison en maison •. A leur tète brillèrent, par les noms de leurs fondateurs et la richesse de leur dotation : et Thôpital de Rœskilde, fondé et doté avant 1253 par Tévêque Jacques Erlandsen' ; et l'hôpital de Copenhague, fondé avant 1296 par un autre évêque de Rœskilde, sur la place où Téglise du Saint-Esprit subsiste encore ; et l'hôpital d'Odensée, qu'entourèrent dès lors son église, un grand cimetière et la maison du prieur ; le sanctuaire et les reliques du grand patron du Danemark, S. Canut, y attiraient des pèlerins venus de tous les pays Scandinaves ; enfin, l'hôpital de Ribe en Jutland, qui nous apparaît, à la fin du XIII* siècle, desservi par une double communauté de frères et de sœurs du Saint-Esprit*. Si nous étudions les fondations faites dans les pays plus septentrionaux encore, la Suède et la Norvège, nous voyons ces régions de glace inondées, elles aussi, par les rayons bienfaisants de la charité. « Ce soleil des âmes et des pauvres, comme celui du firmament, ne laisse rien échapper à sa chaude influence*^. » L'hôpital de Sœderkœping dut son existence à Svantepulk et à sa femme Bénédicte^ sœur de la reine Catherine et belle-sœur du roi Eric-le- Bègue. Ces souverains moururent sans postérité (1250) ;

* Eric Wcnnerhalem, Dissert, de ordint Spiritus SancH in Saxia de Urbe, Upsflliœ, 1791, § IV ; — Pontoppidan, Annales Eccles, Dan,, t. I, p. 517; — Horger Fr. Rordam, Les églises et couvents de Copenhague au moyen-âge. Copenhague, 1859-X863.

> Engelstoft, HisL des paroisses d'Odensée^ 1852; Bist, d^Odensée, 186^

> Monter, Hist, eccles. du Danemark et de laNorvhge^X. II, p. 656.

* Engelstoû, op, cit. — Daugaard, Des coutrents Danois au moyen-âge, Copenhague, 18)0, p. 190, 429 ; — Horger Fr. Rordam, op» cit.

* Ps. XVIII ; TAbbé Renard, Hist. ms. de Vhôp. de Neufchâteau, chap. VU,

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