LES GRANDS MAITRES, DU XIII* AU XV* SIÈCLE
lence par nos prédéœsseurs, était parvenu à un tel degré de renommée, grâce à son observance parfaite, que de toutes parts accouraient de grandes multitudes de personnes, qui toutes y étaient secourues en leurs nécessités. Mais depuis, à cause des guerres et de Tabsence de nos prédécesseurs, nous avons trouvé, à notre élévation, ses édifices en ruine, ses revenus presque entièrement perdus ; la rég^ularité anéantie à tel point, que l'hospitalité n'était,pour ainsi dire, plus exercée ; les domaines en friches et aliénés en grande partie ; les quelques religieux et serviteurs qui y restaient, sans zèle et sans activité ». Une situation si lamentable était bien faite pour toucher le Pontife. Il se mit à Tœuvre sans perdre de temps : « Avec Taide de Dieu, nous avons relevé les bâtiments, réformé les religieux, augprnenté le nombre des serviteurs et des ministres des pauvres, récupéré et augmenté les possessions et les revenus, non sans beaucoup de peines et de grandes dépenses. Mais gfrâces au Seigneur, nous avons réussi avec tant de bonheur, que jamais le concours des pauvres n'a été si grand, le service fait avec plus de diligence, l'hospitalité mieux observée'. » La confrérie attira ensuite son attention ; il la rétablit entièrement sur de nouvelles bases, afin qu'elle pût de nouveau rendre à l'Ordre les éminents services qu'il était en droit d'en attendre '.
Pierre Barbo, neveu d'Eugène IV, était alors grand maître. Avait-il reçu cette charge de la main du Pape, cela est probable, car il n'appartenait pas à l'Ordre et ne fit profession qu'après sa nomination *. Quoi qu'il en soit, ce grand maître n'apportait pas à ses fonctions tout le zèle désirable, «distrait apparemment par le tumulte des affaires qui ont coutume d'accabler les neveux des Pontifes. » Des
* Bulle d'Eugène IV, Diplomata, t. I, p. 76.
• Ibid.
' Ce fut le premier exemple d'un grand mattre pris en dehors de j'Ordré {Saulnierf p. 42).
plaintes arrivèrent jusqu'à l'oreille du Pape. Jaloux de la prospérité de son hôpital, Eugène nomma son neveu à l'évèché de Vicence et prit lui-même, pendant quelque temps, la direction de la maison, faisant toutes les fonctions d'administrateur et de grand maître. Pierre Barbo devint plus tard cardinal et enfin, en 1466, pape sous le nom de Paul II. On avait donc pu voir, dit Saulnier, cette chose étonnante : l'un, de Souverain Pontife, devenu grand maître ; l'autre, de grand maître devenu Souverain Pontife '. L'ordre du Saint-Esprit doit beaucoup à Eugène IV, qui, ainsi qu'on vient de le voir, lui donna des marques d'un rare attachement. Les historiens attribuent au même pape l'initiative de l'assujettissement de l'Ordre à la règle de saint Augustin. Le sens et la portée de cette mesure ont été mal compris. Après les désordres de toutes sortes, introduits par les guerres et les dissensions civiles dans l'hôpital de Sainte-Marie, le Pape avait senti le besoin de ramener les frères à l'observance exacte de la régularité. Supprima-t-il la règle de Gui, imposée à l'Ordre par Innocent III et suivie pendant près de trois cents ans ? Les faits s'opposent à cette conclusion, ainsi que nous l'avons montré plus haut, en exposant la règle. L'appellation de « membres de l'ordre de Saint-Augustin », donnée à nos religieux par Eugène IV et ses successeurs, était en usage longtemps auparavant et n'indique aucunement que des modifications sérieuses aient été apportées à cette époque à la constitution de l'ordre du Saint-Esprit.
* p. Saulnier, p. 42.
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