LES GRANDS MAITRES AU XVP SIÈCLE
ous avons interrompu la nomenclature des grands maîtres à l'interrègne pendant lequel Sixte IV, ayant nommé son neveu Pierre Barbe à révêché de Vicence, remplit lui-même pendant trois ans les fonctions de grand maître. Il permit au bout de ce temps de procéder à une nouvelle élection, et les suffrages se portèrent sur le camérier, Pierre Mathei de Capocinis. On ne pouvait faire un meilleur choix. Offert par ses parents à Thôpital de Sainte-Marie dès son jeune âge, le nouveau grand maître était un religieux exemplaire. Son gouvernement, qui dura trente ans (1447-1477), fut également prudent et ferme. On a vu plus haut comment il s'opposa aux tentatives des recteurs de Montpellier. A sa mort, le chapitre choisit, pour lui succéder. Innocent de Flaviis de Rovère^ proche parent de Sixte IV, alors régnant. Au moment de son élection, le nouveau grand maître était à la tète de l'abbaye de Saint-Clément. Son passage dans l'Ordre fut marqué par une protection spéciale et de nom-
2}B us GRANDS MAmtlS AU ZTI*
breuses faveurs accordées par le Souverain Poatife. SfadelV fit aux édifices de Sainte-Marie des réparations fort iBpor* tantes et augmenta ses revenus dans de notables proportions. Plus de vingt bulles*, dont cinq sont insérées au recueil imprimé de TOrdre, témoignent de sa prédilection pour la maison romaine. Par la première, le grand mattre est investi d'un pouvoir absolu ; le gouvernement db toutes les maisons, la direction et le jugement de tous les membres, la collation des hôpitaux, bénéfices, oratoires, prieurés, chapelles, granges, et en général de tous les biens appartenant à TOrdre, lui sont entièrement dévolus *
La seconde bulle de Sixte IV s'exprime en termes encore plus énergiques : le Pape veut et entend que tous et chacun des hôpitaux et lieux charitables, placés sous le vocable du Saint-Bspritj soient dépendants deThôpitalde Sainte- Marie et lui appartiennent, nonobstant toute coutume ou prescription contraires, même anciennes. Ces lieux, hôpitaux et membres, ne peuvent être donnés en titre ou en commende qu'à des frères de l'Ordre, religieux profès, et par la seule volonté du grand maître, qui peut à sa g^uise les révoquer et les renvoyer à leur cloître, toutes les fois qu'il le juge à propos. Nul, parmi les recteurs, particU" lièrement dans les régions ultramontaines, ne doit être assez osé pour prendre le titre de grand maître, nommer des recteurs, vendre les biens des hôpitaux et exercer aucune juridiction ou supériorité quelconque sur d'autres maisons que la sienne propre, à peine d'excommunication et de privation de sa dignité '.
Cette clause était dirigée contre les prétentions du recteur de Montpellier ; mais des mesures aussi rigoureuses, si elles étaient nécessaires contre lui, devaient nuire sin-
* p. Saulnier, p. 44.
* Bulle du i; août 147;. Diptom,^ I, p. 91* ' Bulle du 3j jattvier 1476. Ibid,, I, p. 9$-
gulièrement aux autres commandeurs magistraux. Il était impossible, en eflfet, que le grand maître pût gouverner de Rome toutes les maisons disséminées dans TEurope entière, sans s'exposer à des retards énormes, à des dépenses considérables, sans risquer même souvent de rendre des décisions insuffisamment ou faussement éclairées. Une telle centralisation était excessive pour Tépoque et nous aurons occasion d'en constater les effets pernicieux. Toutefois ce n'est guère qu'à partir du XVI* siècle qu'elle fut appliquée avec la plus grande rigueur, et, même à cette époque, les chefs de provinces eurent toujours une certaine autorité, non seulement sur le spirituel, mais aussi sur le temporel des maisons de leur filiation ; les actes des chapitres provinciaux en font foi.
Sixte IV s'était réservé temporairement, à l'époque où il reconstruisait l'hôpital de Sainte-Marie, la collation de toutes les préceptories de l'Ordre qui viendraient à vaquer, et particulièrement de celle de Rome, à laquelle il avait à cœur de donner un maître doué des qualités nécessaires à la prospérité de cette maison. Innocent de Rovère étant décédé en 1484, le Pontife fit assembler en sa présence tous les frères qui purent se rendre à son invitation et leur restitua le droit d'élire le grand maître. Les termes de sa bulle laissent voir qu'il dirigea le choix des capitulants sur la personne de Pie de Médicis de Rovère^ bénédictin de la congrégation de Sainte-Justine et religieux de l'abbaye de Saint-Paul, qui fut élu à l'unanimité des suffrages '. Le grand maître se montra digne du choix du Pontife. Il en obtint de nombreuses grâces, entre autres la communication à l'ordre du Saint-Esprit de tous les privilèges et prérogatives dont jouissait l'illustre congrégation bénédictine de
* BuUo du 6 février I48;, Ibid.^ I, p. it;.
240 us GKAXDS MATTUS AO ZTI* UkOM
Sainte-Justine, à laquelle il appartenait avant son entrée à Sainte-Marie '.
Constant Guillelmi * (1491-1495), son snooesseur, eut Thonneur de recevoir Charles VIII dans sa maison et de Tinscrire en sa présence au registre des confrères du Saint-Esprit*. Il était auparavant religieux de Sainte- Marie. Gratien de Villeneuve (1495*1497)7 ancien l^at en France et en Allemagne, ne passa que deux années à la tète de V Ordre. Benoit de Senis {1497-1504), Gabriel de Salis de Saona (1505), Albertino de Rovère (1505-1513), étaient étrangers, sauf le second, qui avait rempli pendant dix ans Toffice de camérier. Hilarion de Philippis (1513*1514) avait aussi montré sa capacité dans tous les emplois de la maison de Sainte-Marie. Pendant son court magistère, il eut l'honneur de siéger; avant tous lesgénéraux d'ordres, au concile de Latran, dont il fut Tune des lumières ^ Alexandre de Neronibus (15 14-1526), avant son élévation à la grande maîtrise, était majordome du palais sous Léon X. Ce pape lui permit, ainsi qu'à ses successeurs, de porter les insignes de la prélature et la soutane violette, afin qu'ils pussent faire bonne figure au milieu des familiers de la cour pontificale ^ Trois bulles coufirmatives de ses immunités furent accordées à l'Ordre par Léon X *.
A partir de cette époque^ les grands maîtres ne sont plus généralement des religieux, mais des prélats de la cour romaine, qui considèrent cette charge comme un échelon conduisant à de plus hautes dignités. Cosme Tornabonus (1526), Léonard Bonafide (1526), Charles Arioste (1530),
• Ibid, ; — P. Saulnier, p. 44.
' Pour la série des grands mattreSi voy. Touvrage de P. Saolnîer, chap. VI. ' Voy. plus haut, p. 159.
• P. Saulnier, p. 47.
• Bulle de 1515. Arch, de SainU-MarUin Saxia, lib. rub., f> 214. *Diphmata, I, p. i;5, 140, 14;.
Jeati'Pierre de Sanctis (i 533), François de Landis (i 535) j Alexandre Guidiccioni (1546), firent tous un court séjour à l'hôpital du Saint-Esprit et le quittèrent pour Vépiscopat. Si la dignité de grand maître était rehaussée par ces choix, il est permis de croire que l'Ordre n'eut pas tout à gagner à de si fréquents changements/Jules III en vit les inconvénients ; pour y remédier, il en vint à supprimer la grande maîtrise et à confier l'administration de l'hôpital à un conseil composé de prélats et de laïcs '. Mais l'expérience prouva bientôt que le remède était pire que le mal et Paul IV rétablit le généralat : en effet, supprimer le grand maître, c'était mettre l'anarchie dans l'Ordre. Louis Simoneta (1552), élu sur ces entrefaites, était évêque de Pesaro ; au bout de deux ans, il fut créé cardinal. Après lui vinrent deux protonotaires, Antoine Lomellino (1555) et François Capello (1556), qui ne firent que passer dans cette charge. La maison de Sainte-Marie, l'ordre entier avaient grand besoin d'un grand maître plus stable, qui pût le diriger avec des vues suivies. La Providence le préparait dans la personne de Bernardin Cyrillij d'Aquila (i 556-1 575V
Notaire apostolique et chanoine de Sainte-Marie Majeure, puis recteur de la basilique de Lorette^ dont il fut aussi le premier historien, il était majordome du palais, quand Paul IV le choisit pour gouverner l'Ordre. Il prit aussitôt l'habit et fit profession. Pierre Saulnier fait le plus bel éloge de ce maître : « La maison, dit-il, menaçait ruine en de nombreux endroits : il la restaura si bien, qu'elle paraissait un édifice nouveau ; l'église, ornée par ses soins, faisait l'admiration de tous ; il mit tant de vigilance à faire disparaître les abus, que sa maison paraissait vivre sous une règle nouvelle*. » Il donna la croix à Nicolas Bufalini,
* Bulle du ;o octobre î^sx.Ccmpcndio délit PrùfiUgU, n» 2,
• P. Saulnier, p. Çi.
242 LES GRANDS MAITIIES AU XTI* SdCLE
oncle du cardinal Mazarin, dont le frère Octave avait fait profession dans TOrdre. Mais son œuvre la plus méritoire fut l'impression de la Règle. Il y joignit une lettre, adressée à tous les frères, dans laquelle brillent du plus vif éclat son zèle et son ardente charité; en voici la teneur: « Aux frères de Tordre du Saint-Esprit, en quelques lieux qu'ils soient établis. Bernardin Cjrrilli d'Aquila^ précepteur et maître général du même ordre. Frères bien-aimés, nous vous offrons de nouveau la Règle de notre ordre et les antiques institutions de nos pères, et nous vous exhortons de tout notre pouvoir, selon Tobligation de notre charge et de notre affection, à l'observer exactement, afin que par elle le Dieu tout puissant nous dirige en sa voie, et que, par le secours de son Esprit et par vos prières, ce qui se trouverait affaibli dansTOrdre soit affermi avec Taidedu ciel, ce qui serait malade soit guéri, ce qui serait brisé soit soutenu, ce qui serait déchu soit relevé, ce qui serait perdu soit recherché avec la tendre affection de la charité. Que la vertu du même Esprit ranime parmi nous les pusillanimes, qu'elle ramène les esprits troublés, qu'elle protège et défende ceux qui sont abattus ou languissants ; que sa droite garde toutes nos maisons. Pour moi, qui devrai rendre compte de vous tous et de moi-même, qu'il daigne, par sa miséricorde et vos prières, me prendre en pitié et me faire grâce. Salut à vous tous dans le Seigneur, et que chacun observe ces commandements et ces préceptes de la vie régulière dans la crainte de Dieu. Donné à Rome, en l'hôpital du Saint-Esprit, le premier avril 1564 ". »
Nous ne devons pas oublier le puissant secours apporté au grand maître par un français, nommé frère Nicolas Pierre Cyrille, d'Autun ■. Pendant près de quarante ans, ce saint religieux remplit la charge de prieur, donnant à
* Régula Sacri Ordinis Sancti Spiriius in Saxia,Kottkm, Z564. ' Il avait par affection, pris le nom de son chef»
tous l'exemple de Thumilité, de la pauvreté et de la charité la plus parfaite. Ses hautes vertus lui valurent rafifection de trois papes et Testime de tous les cardinaux; il mourut à Ventrée du XVP siècle '.
Les grands maîtres qui se succédèrent à Sainte-Marie jusqu'à la fin de ce siècle furent Thésée Aldohrandi (1575), Jean-Baptiste Ruino (1582), Antoine Meliori^ d'Aquaviva (1586), Michel Mercati^ Auguste Fivisani (1591). Il s'attachèrent à Tornementation de l'église et à l'agrandissement des édifices ; malheureusement aucun d'eux n'eut un long magistère. Saluste Taurusiy de Monte Pulciano, nous arrêtera plus longtemps. Mais avant d'entreprendre le récit de son gouvernement, nous devons retracer aux yeux du lecteur la situation générale de l'Ordre à cette époque.
Ici, notre tâche d'historien devient plus pénible. Le seizième siècle fut pour l'Europe entière une époque de troubles et de désordres qui faillirent tout submerger. L'autorité de l'Eglise n'était plus écoutée ; minée depuis longtemps déjà par l'influence de légistes imbus d'idées presque païennes, sa tutelle pacifique et bienfaisante était répudiée par les rois ; le Schisme d'Occident vint hâter la marche de l'insubordination générale ; bientôt Luther allait lever l'étendard de la révolte et arracher au manteau royal du Christ un immense lambeau. L'ordre du Saint-Esprit devait nécessairement avoir à pâtir de tous ces troubles ; il en souffrit en effet cruellement ; ses beaux jours étaient passés et la période des épreuves commençait. La discipline, subissant le contre-coup de l'état général des esprits, se relâcha en de nombreuses maisons, et très souvent la révolte prit la place de l'obéissance. Les guerres, les envahissements des mimicipalités, enlevèrent à l'Ordre
^ p. Saulnier, p« 76.
i44 Là GtAXDS MAirUS AO XTÎ* S&CLE
bien des hApttaiix et ces spoliations commencèrent Tcenvre de destruction que devaient achever les calvinistes.
Partout les revenus étaient considérablement diminués. Les quêtes ne pouvaient plus se faire avec r^rularité : tantôt c'étaient les ennemis qui occupaient les le nito ir es où elles devaient se prélever, tantôt les parlements on les évêques en interdisaient la publication. Ajoutez à cela que les terres étaient très souvent laissées incultes ou ravagées par Tennemi ; puis les famines et les épidémies, suites ordinaires des troubles politiques, achevaient de ruiner les maisons, qui se voyaient forcées de contracter d'énormes emprunts pour compenser les pertes que leur causaient ces calamités sans nombre. Souvent aussi les hôpitaux furent soumis aux dîmes et aux impôts comme de simples bénéfices, nonobstant toutes leurs réclamations, fondées sur les déclarations pontificales et royales. Les bulles des papes sont unanimes à proclamer pour les hôpitaux l'exemption de toutes exactions et extorsions de décimes ou autres impositions. François I^ en 1544» François II en 1559, Charles IX en 1562, Henri IV en 1608, etc. *, rendirent des édits analogues, et, malgré tout, les officiers fiscaux parvenaient souvent à extorquer aux pauvres une partie de leur substance.
Il était difficile, dans ces conjonctures, que les œuvre$ de charité et d'assistance hospitalières ne subissent pas une notable diminution. Les pauvres se plaignaient de ne plus trouver un secours aussi abondant ; les magistrats recueillaient ces plaintes et s'en faisaient l'écho ; ce fut le prétexte de leur immixtion dans les affaires de nos hôpitaux. Le parlement de Bourgogne, à la suite d'un édit obtenu par le mayeur et les échevips, ordonna, en 1528, que le produit des quêtes et aumônes, de l'hôpital de Dijon serait confié à
' Diplomaia, M, PP* 10^ 18, a4t 29, etc.
COMMENCEMENT DE LA DÉCADENCE r 24^
des administrateurs pris parmi les échevins et les habitants " . Cette mesure n'était que provisoire, à la vérité, et le patrimoine de la maison demeurait encore entre les mains du recteur; mais c'était un acheminement vers une autre mesure plus radicale. En effet, un arrêt de 1545 ordonna que tous les maîtres et recteurs d'hôpitaux de la ville et du ressort eussent à rendre compte de leur administration par devant la cour suprême ; c'en était fait dès lors de l'indépendance des recteurs du Saint-Esprit. Heureusement, il se trouva souvent des magistrats zélés et charitables, qui, loin de profiter de leur autorité pour nuire aux hôpitaux du Saint-Esprit, s'appliquèrent à seconder les recteurs dans la bonne administration du bien des pauvres. ^
Voyant de près le dévouement des religieux et la dimi-i nution de leurs ressources, en même temps que l'augmentation des misères à soulager, ils défendaient à l'occasion contre d'injustes attaques les maisons, soumises à leur surveillance. Un avocat constatait devant le parlement, en, 1566, le bon accord qui régnait entre les consuls et le recteur régulier de l'hôpital : « Les aumônes faites à, l'hôpital y sont si bien gouvernées, que l'on peut dire qu'en icelui les pauvres y sont tellement reçus et traités que même pour aujourd'hui, en cette saison qui est fort chère, Tonne trouve aucun mendiant en la ville de Dijon *. »
Ce fait, élogieux sans doute pour les magistrats Dijonnais, peut nous porter à croire que des mesures en soi funestes à l'Ordre, furent prises quelquefois par des hommes animés de bonnes intentions et désireux d'assurer l'accomplissement des fondations et le service régulier des pauvres. Il ne pensaient pas que cette ingérence dans les affaires de l'Ordre, après avoir été un instrument de protection entre des niains désintéressées et charitables,
* Diplomata, II, p. 6 ; ^ D. C&imtieX^ Histoire n$. de Vhôpital de Dijon, chtp. IV.
• D. Calmélet, Hist. m*, chap. .IV, . .
246 us ORAIIDS MAmtES AU XTi* SAOLE
pouvait devenir on instrument d'opp r ession en passant à des hommes ambitieux ou mal disposés. Le principe mauvais une fois admis, finit toujours par porter ses fruits, bien que les conséquences funestes en puissent être quelque temps retardées par la bonne volonté de ceux qui rappliquent. Les municipalités, après avoir prétendu surveiller seulement la gestion des biens des h^tanx, ne tardèrent pas à prétendre à la possession même de ces biens, au détriment de TOrdre qui les avait reçus.
Cependant les nombreuses maisons du comté de Bour* gogne se trouvaient dans une situation critique. Les guerres de Charles le Téméraire avaient attiré des bandes armées qui ravageaient cette province en tout sens ; vint ensuite une série d'années improductives qui achevèrent de plonger le peuple dans la plus a£Freuse misère. Après la famine, ce fut le tour de sa trop fidèle compagne, la peste, qui sévit à Besançon, d'une manière en quelque sorte permanente, pendant la première moitié du XVI* siècle. L*hôpital ne tirait presque plus rien des quêtes, interdites à diverses reprises par le parlement ; du reste, la rivalité des Maisons de France et d'Autriche les rendaient le plus souvent impossibles; les terres demeuraient incultes, faute de bras pour les cultiver : on ne faisait face aux dépenses les plus urgentes que par des emprunts fort onéreux. La contagion encombrait l'hôpital. Tant que ses finances le lui permirent, il supporta le fardeau sans se plaindre; mais en 1525, le recteur dut faire des instances pour en être déchargé. La réponse fut une délibération du magistrat qui confiait à deux séculiers la régie du temporel de l'hôpital et limitait le rôle des religieux à la desserte des fondations pieuses. Ce changement d'administration ne créait pas de ressources nouvelles ; un tel état de choses ne pouvait durer longtemps. Les administrateurs municipaux, une fois à l'œuvre, constatèrent facilement que la ruine
trop réelle de l'établissement tenait à de tout autres causes qu'à la prétendue mauvaise gestion des recteurs, et force fut de la décharger du soin des pestiférés, en construisant une maison à leur usage (1528). Les religieux tendaient de plus en plus à restreindre leurs services à l'assistance des enfants, des femmes en couches et des voyageurs. Après diverses oppositions de la commune, qui menaçait de s'emparer de la maison, le recteur, frère Claude BuflFet, se résigna, en 1571, à céder à la ville, avec une dotation convenable, l'hôpital Saint-Jacques, réuni au Saint-Esprit depuis 1436. Au prix de ce sacrifice, il conserva l'administration de sa maison et n'eut plus à admettre que les enfants, femmes et passants non malades, car dès lors les pauvres, les vieillards et les infirmes furent reçus par la ville, à l'hôpital Saint-Jacques *.
Les autres maisons de la province, dépendantes de Besançon, n'étaient pas plus florissantes que celle-ci; partout l'appauvrissement amenait les réclamations et les empiétements des pouvoirs civils. Ainsi le parlement de Dole rendit, le 10 avril 1557, un arrêt de règlement qui introduisait dans le contrôle de l'hôpital de Gray le mayeur et les échevins, en les chargeant de le visiter deux fois par année, de veiller à la conservation de ses titres et à la réparation de ses bâtiments : prérogatives qui étaient en la possession exclusive du recteur Bisontin *.
Cette ingérence de l'autorité civile, quoique louable dans son but, avait, nous l'avons dit, le grave inconvénient de porter atteinte aux privilèges de l'Ordre et d'encourager les prétentions des corps municipaux, qui partout alors tendaient à se rendre seuls maîtres des hôpitaux et de leurs biens.
Il faut bien aussi Tavouer, les rivalités intestines, occa-
* A Castan, Notice, l, p. 166 et sv.
* J. Gauthier, Notice hUt, sur l'hôpital du Saint-Esprit de Gray^ p. 14.
248 LES GRANDS MAITRES AU XVI« SlftCCB
sionnées par les compétitions à la charge de recteur, ne furent pas une des moindres causes de Taffaiblissement de rOrdre et des usurpations séculières. Dès le milieu du quinzième siècle, les grands maîtres romains, s'appuyant sur des bulles qui leur en conféraient le pouvoir *, se réservèrent la nomination non seulement des commandeurs magistraux, mais de tous les simples recteurs. Ils voulaient apparemment resserrer, par cette mesure, les liens de Tobéissance, qu'ils voyaient se détendre. Mais, en cherchant à rendre plus étroite la constitution hiérarchique de l'Ordre •, ils ne parvinrent qu'à en fausser les ressorts et à Tafifaiblir. Les commandeurs magistraux, auxquels avait toujours appartenu la nomination des recteurs subordonnés, protestèrent en nommant de leur côté des sujets qui entraient en lutte avec ceux qui tenaient leur titre du grand maître. Pour comble de malheur, il arrivait fréquemment que des intrigants, le plus souvent étrangers à l'Ordre, se faisaient pourvoir des hôpitaux vacants, au moyen de bulles subreptices, obtenues en cour de Rome comme s'il se fut agi de bénéfices ordinaires, et nonobstant les exemptions que les papes avaient si souvent renouvelées. De là, à chaque vacance, double et quelquefois triple nomination ; l'anarchie et le désordre se seraient introduits à moins.
« L'autorité royale, représentée par le parlement, faisait le plus souvent l'appoint nécessaire pour faire pencher la balance en faveur d'un concurrent, et lui donnait l'investiture et la possession de l'hôpital *. » Ces faits si regrettables se reproduisirent presque à chaque vacance, à partir du XVP siècle.
D'autre part, les funestes libertés^ ou plutôt, selon le
* Bulle de Sixte IV, ij août 147^ Diplom,, 1. p. 9i-
* Leur autorisation était devenue nécessaire, même pour donner Thabit atut postulants. ^Autorisation pour le recteur de Besançon, i$$6. Arch. S, E. m Saxia, lib. O, f» U, etc.)
» J. GàutHicr, of. aï., p^, tj.
mot de Fleury •• les servitudes de l'Eglise Gallicane, inspiratrices ordinaires de la royauté, ne tendaient déjà que trop à ruiner l'autorité du grand maître. Les privilèges et bulles des papes n'étaient valables en France, suivant la doctrine parlementaire, qu'après leur enregistrement au parlement ; il en était de même des publications de quêteset d'indulgences •. Les généraux d'ordres siégeant à l'étranger se voyaient refuser l'exercice de toute juridiction dans l'étendue du royaume et ne pouvaient nommer ni procureurs, ni visiteurs de leuro maisons '.
L'hôpital de Montpellier sut tirer parti de cette situation. Depuis la sentence définitive du cardinal de Lérida (1450), ses recteurs n'avaient plus osé faire grand bruit; ils faisaient confirmer leurs pouvoirs par le grand maître et payaient régulièrement le tribut annuel de trois florins *, comme on peut le constater sur les registres censiers de- Sainte-Marie in Saxia.
Frère Jean Calvet, deuxième du nom, crut le moment venu de rallumer Tancienne querelle. Il fit présenter à Henri II un placet *, dans lequel il prenait le titre de « Général et grand maître de tout TOrdre en deçià les Monts. » Pour revendiquer la primauté et l'indépendance de Montpellier, il s'appuyait sur la bulle d'Innocent III de 1 198 ' et celles d'Honorius III et de Grégoire XI ; mais il avait grand soin de passer sous silence les révocations formelles qui en avaient été faites par Innocent III lui-même, en 1209, par Grégoire IX et Sixte IV. Rappelant les protestations de quatre de ses prédécesseurs, il ne parlait non! plus ni de leur soumission, ni du paiement significatif du tribut annuel. Henri II, alors à Toulouse, donna dans le
* Nouveaux opuscules, p. 156.
* Edit de François !•'« du 12 janvier i$;8, Diplom . II. p. 8.
* Arrêt du parlement de Paris, i^ février xuh Ibid.^p, 9* ' Voir plus haut; chap. III., p. 206.
* Z>f^(oinato, II| p. 1).
350 LS8 GRANDS MAITRHS AU XTI* SliCLE
piège et délivra au commandeur des Lettres Patentes, où il se donne le titre de « Fondateur et Protecteur de Thôpital de Montpellier », et mande au gouverneur de la ville de veiller à ce qu'il ne soit porté atteinte à ses droits*. Hélas ! ce n'était point une sanction de sa révolte, mais bien plutôt une sauvegarde contre la destruction et la ruine, que le commandeur eût dû implorer du roi très-chrétien : quelques années encore, et des nombreuses maisons du midi de la France, il n'allait demeurer que des ruines ! Les Calvinistes se préparaient dans Tombre à leurs sauvages exploits, et déjà ils avaient donné dans d'autres pays la mesure de ce qu'on pouvait attendre d'eux en France.
La première maison qui eut à souffrir des violences du protestantisme fut la maison même de Rome, et elle se ressentit longtemps des atteintes qui lui furent portées.
En 1527, le connétable de Bourbon, traître à sa patrie et à sa foi, marchait sur Rome, à la tète de quarante mille soudards, luthériens forcenés pour la plupart, et le reste, bandits accourus de tous les points de l'Italie. L'assaut fut donné du côté de l'hôpital Sainte-Marie et l'ennemi entra dans la ville par la porte Septimana ou San Spirito, en* clavée dans les bâtiments du Saint-Esprit. On devine le sort de notre hôpital dans une telle catastrophe. Le pillage fut horrible : « Jamais, observe Sismondi, jamais peut-être dans l'histoire du monde une grande capitale n'avait été abandonnée à un abus plus atroce de la victoire ; jamais une puissance armée n'avait été formée de soldats plus féroces, et n'avait plus absolument secoué le joug de toute discipline* ». Pendant neuf mois entiers, la ville étemelle fut livrée sans aucune défense à un ramassis de tout ce que l'humanité déchue peut produire de plus dégradé, à des
* Lettres Patentes du 30 septembre i^U' Diplom,f II« p. X5« ' Histoire des républiques Italiennes^ t. XV, p. 269.
OOMMENCBMBKT DE LA DÉCADBNCB 2$!
êtres dont les passions immondes n'avaient d'égal que le fanatisme sacrilège et la soif de. pillage. C'est ainsi que l'ordre du Saint-Esprit fit connaissance avec le protestantisme. La suite fut digne de ce commencement. Dès les premiers moments, de 1525 à 1530, les maisons de la Suisse furent arrachées à l'Ordre et tombèrent au pouvoir des villes.
En Allemagne, de vingt-cinq maisons florissantes, trois à peine survécurent. Leurs possessions étaient considérées comme biens ecclésiastiques, au même titre que les richesses des évêchés et des abbayes ; elles étaient par conséquent de bonne prise, pour des princes qui ne voyaient dans la Réforme qu'un excellent moyen de remplir leurs trésors et d'assouvir leurs passions. Le célèbre hôpital de Munich demeura debout au milieu de la tourmente. Fondé en 1251 par le duc Othon l'Illustre ; brûlé en 1327 ; rebâti par Louis de Bavière ; enrichi par la munificence des princes et la charité des citoyens, il cessa d'être desservi par nos religieux à une époque inconnue, mais certainement postérieure à la Réforme *. L'hôpital de Wimpfen, réduit par les hérétiques à la dernière extrémité, put se soutenir pendant quelque temps encore, grâce à ses voisins de SteflFansfeld et de Memmingen. Ce dernier fut exceptionnellement favorisé. Les religieux, quoique privés depuis longtemps déjà de la gestion temporelle du bien des pauvres, purent continuer sans entraves à les servir, à célébrer dans leur église l'office du jour et de la nuit, et à faire, au milieu d'une ville en grande partie protestante, toutes les cérémonies du culte catholique, grâce à la sage tolérance des magistrats et à la reconnaissance des habitants. Et lorsque Wimpfen aura succombé à son tour sous de nouveaux coups, nous verrons encore Memmingen, véritable oasis au milieu de l'Allemagne, abriter à la fin du siècle cent malades
' C. Meichelbeck, Hi$i. FrUing,^ t. \h p. 88.
352 LS8 GRilNI]^ MAfnU». AU ZVI* m^CkR
et cinquante enfants confiés aux frères du Saint-Esprit % Dans les pays Scandinaves, les dernières années du XV' siècle avaient été pour TOrdre une époque de rénovation ; il devait cette prospérité à la faveur du roi Christian II, qui, lors d'un pèlerinage à Rome (1474)1 s'était fait iAscrire au nombre des confrères du Saint-Esprit \ Sous l'impulsion royale, plusieurs maisons nouvelles s'étaient même élevées^ comme Faaborg (1477), Odensée (1478),* Matmoë et Nestved (vers le même temps) ^ « Mais ce n'étaient plus que des fleurs d'automne condamnées à périr dans le dur et prochain hiver du protestantisme ; elles ne servirent ^ère qu'à parer le cercueil de l'Eglise catholique dans ces con« trées vouées à l'erreur '. » Les successeurs de Christian^ bien loin d'imiter son exemple, se plurent à détruire les maisons du Saint-Esprit, en même temps qu'ils abandonnaient la foi de leurs pères. Toutefois, ayant affaire à des peuples fort attachés à leur religion, dans des pays dont, la constitution politique était très libérale, ils préférèrent, pour arriver à leur but, la ruse et l'hypocrisie aux moyens violents employés en Allemagne. Voici desf exemples.de la manière dont ils procédaient.
En 1528, Frédéric i*' disposa de l'hôpital de Malmoê au profit des bourgeois de la ville, pour en jouir lorsque les frères du Saint-Esprit, sous la pression des tracasseries de Ja Réforme, l'auraient abandonné. Comme ils demeuraient malgré tout au chevet de leurs malades, une simple accusation de dilapidation, faussement portée par les bourgeois* suffit pour les faire expulser. La même année, le prince qualifia les hospitaliers de Faaborg d'hommes honorables
' Relation de la Visite de Metcjiior de la Vallée, en 1596 ; — Suepia EccUùast. p. ;66, 609, 896; — Holstenius, Codex Regularum, t. V. p. 49$.
• Voy. plus haut, p. i$9i . .
' C'était la seconde maison de l'Ordre dans cette vUIe.
* Daugaard, Des Couvents Danois au moyen-Age. — GalUa Christ. , t. V, p. 4i i^' -
■ Abbé Renard, Hist. de Vhôpital de Neuf château (ms).
COMliCBNCteMËKt DE LA CÉCAlTBNCB l^J
et de vie pure, et leur donna unç égliise paroissiale relevant de la Couronne, avec la charge d'acquitter les fondations royales et de pourvoir les pauvres malades de nourriture, de bière, de vêtements et de tous les soins honnêtes qui
leur sont nécessaires. Deux ans plus tard, il les dépouilla complètement*. — L'hôpital de Copenhague avait été fondé au XIII' siècle et enrichi de dons royaux et populaires, qui fournissaient largement aux besoins des pauvres. Le pre-* inier juin 1529, Frédéric le prit sous sa protection spéciale, avec ses propriétés, ses frères, ses sœurs, ses serviteurs, confirmant expressément les privilèges accordés par ses ancêtres. Mais, dès l'année suivante, le prince hypocrite signait l'ordre de sécularisation *. — La maison d'Aalborg avait, elle aussi, un passé long et glorieux dans les annales de la charité ; soixante ans avant l'introduction du Luthéranisme (1455) elle comptait encore seize religieux et vingtquatre sœurs au service des malades. En 1540, s'ouvrit pour elle la période des malheurs ; église, couvent, asile des pauvres, Frédéric enleva tout et relégua les religieux avec leurs malades dan^ un couvent de Franciscains ; quatre ans plus tard, ce dernier asile fut saccagé par l'armée de Rantzau.
La même année, l'hôpital très florissant d'Aarhus * fut cédé, par lettres royales, à l'évêque luthérien de cette ville ; un peu plus tard (1552^ les frères de Rantzow et de Horsens furent expulsés *. — Le voisinage du château royal avait été longtemps, pour la maison de Ribe^ la source de faveurs princières ; mais il lui devint fatal. Christian II, la trouvant â sa convenance, sécularisa les religieux et s'empara de leur demeure. L'hôpital de Flensborg partagea le même
* Daugard, of, cit., p. 14$, ^07.
* Horger Fr; Rôrd'àm; Les igliits et la Couperets dcCopenhagui du mcyeni^ge^ pp. 207-^9-
t' ' En I4<^) les ireligi«ùx avaient ^établi une imprimerie dans leur hôpital (Daugaard, op. ci7.,p. J89). . :
«Daugard, op. cit., pp. 381, J9$, 398. : ;
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sort en 1551. — L'année 1541 vit la fin de Tantique hôpital d'Odensée ; enfin, en 1570, fut ruiné celui de Rœskilde, création belle entre toutes, où malades, vieillards, pauvres, trouvaient un abri assuré, où, non content d*élever les orphelins, on facilitait aux mieux doués Taccès de l'université de Paris *.
En Suède, tous les hôpitaux du Saint-Esprit, dont qnelques-ims, comme celui de Soederkœping, étaient considérables, sombrèrent dans le naufrage des institutions catholiques *. Le silence de l'histoire au sujet de ceux de Norvège laisse supposer qu'ils eurent un sort aussi lamentable. De ces établissements nombreux et florissants, il n'est resté que les bâtiments en ruine de la maison de Halsnoé, situés dans une île des côtes occidentales du royaume, en tace de la ville de Bergen. Toutes ces fondations du grand ordre hospitalier étaient donc destinées à périr jusqu'à la dernière, sous le joug de fer des princes Danois d'Oldenbourg et des princes Suédois de la dynastie de Vasa, pour qui le luthéranisme fut un moyen d'implanter leur domination tyrannique dans des régions jusqu'alors très attachées à Torthodoxie *.
En France, pour avoir été plus tardive, l'œuvre de destruction fut peut-être plus sanglante que partout ailleurs, lorsque l'heure sonna où nos hôpitaux durent, comme ceux d'Allemagne et du Nord, subir les terribles atteintes du vandalisme sectaire et impie. Les Huguenots préludèrent à leurs sauvages exploits à Nîmes, en 1560, par le pillage de la cathédrale et des autres églises et le sac des couvents. L'année suivante, ce fut le tour du Lan-
' Daugard, op. cii,, pp. 190, 429, 44$ ; — Monter, HisL eccUUast. du Danemark et de la Norvhge, t. II, p. 656.
- ' Eric Wenaerhalom, DUsert, de ord. SpirUm SancU in Saxia. UpsaUe,
' Abbé Renard, op. ciU
guedoc. Nul prêtre romain, écrivait l'un des chefs de l'insurrection, n'oserait se montrer en Gascogne, en Provence, dans le Bas-Languedoc et jusqu'aux Pyrénées; partout les idoles sont abattues *. En 1562, ils mirent le siège devant Montpellier et s'en emparèrent. L'hôpital, situé en dehors des murs, fut leur première victime ; ses richesses furent pillées, l'église renversée, les archives livrées aux flammes, la communauté chassée ou mise à mort, enfin les bâtiments ruinés de fond en comble *. Partout, sous les pas des Huguenots, ces horreurs se renouvelaient; Lyon, Orléans, Blois, Poitiers, Troyes, Caen, Angers, Rouen, Le Mans, les trois quarts de la France, furent impunément mis à feu et à sang par de sauvages sectaires. Six ans plus tard, ce fut le tour de Montauban, de Castres, de Viviers, d'Uzès, de Pont-Saint-Esprit, de Bagnoles, etc. Partout où ils étaient les maîtres, les protestants chassaient lés prêtres, supprimaient les communautés religieuses et renversaient les sanctuaires. De leur propre aveu, les hérétiques mirent à mort, en France seulement, quatre mille religieux, déshonorèrent douze mille religieuses, dévastèrent deux mille églises, détruisirent deux mille couvents et quatrevingt-dix hôpitaux ». Ainsi périrent la plupart des maisons dépendantes de Montpellier, enveloppées, ainsi que leur antique berceau, dans la ruine commune. « Ce terrible, mais juste châtiment de Dieu, la maison de Montpellier se l'était peut-être attiré par les divisions qu'elle avait entretenues au sein d'une famille vouée à la charité ^ »
Seul au milieu de l'Europe, le royaume fortement chrétien
* Lettres de Languet à l'électeur de Saxe, Halle, 1699.
*GaUia Christ, f t. VI, col. 809-810; — Germain , De la charité publique et hospitalière à Montpellier au moxen-âge, p. 25.
' Voy. un article de M. de Gerlache, premier Président de Ul cour de catsation de Belgique, Univers du 15 décembre 18^7.
' Relation, de la YuUe de Melchior de la Vallée.
256 LES GRANDS MAITRES AU XYI* SliCLB
d'Espagne eut le bonheur tle demeurer à Tabri du fléau. Aussi, pendant que notre ordre agonise en tant de lieux, peut-il montrer avec orgueil ses hôpitaux d'Espagne en plein fonctionnement. D'assez nombreuses maisons prirent même naissance à cette époque. Pendant les années 1498 :et 1499, le grand maître délivra les autorisations nécessaires pour fonder des hôpitaux : à Pierre de Portulas, curé de Sainte-Marie de Aragosta^ au diocèse de Lerida * ; à frère Jean de Regio, qui voulait en doter son pays natal, Regio del Canino ; dans le même temps, deux autres furent érigés à Calahorra* et à Burgos *; peu après, l'hôpital des Saints Quirice et Julien % puis celui de Canavezes en Portugal *, étaient agrégés à l'Ordre. Enfin plusieurs monastères de religieuses du Saint-Esprit s'ouvraient àcette époque, parmi lesquels un à Séville • et un autre en Castille, dans lequel la fondatrice, Marie de Anguillar, en^a elle-même \ Dans ces monastères, les religieuses étaient soumises à une règle sévère et observaient la clôture, comme leurs sœurs d'Italie.
N'oublions pas de rapporter un fait tout à l'honneur de notre ordre et de la catholique Espagne. Ce furent les frères du Saint-Esprit qui furent choisis pour apprendre au Nouveau Monde la charité et l'hospitalité chrétiennes. En 1 560, le grand maître Bernardin Cyrilli érigeait un hôpital à Cuscoa, dans le Pérou, et un autre à Mexico •; deux ans après, les villes de San Thomé et de Goa recevaient le même bienfait*. Bientôt enfin Carthagène^ Ciudad de los
' Arch, de Ste Marie in Saxia, Hb. rub., 0> 137 vo (; mai 1498). *Ibid., fo 168.
•/^W., lib. A, fo 12.
*/^W., lib. GG.,ri42.
• Ibid,, Fouillé du XVI» siècle.
• IbU,, lib. J, P> 1Ç8.
-> là,, ibid,
•Ibid., Fouillé du XVIe siècle, P> 75.
• P. Saulnier, p. 10.
Reyes et Saint-Domingue possédaient des colonies d*hospitaliers. Ce furent les derniers rejetons de Tordre du Saint-Esprit ; ils viennent du moins heureusement ajouter un rayon dans le ciel si sombre de son histoire au XVI* siècle.