‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 78 sur 125 · LA · texte numérisé non relu

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vraiment lliôpital avait grand besoin de réfiofsie. Soo personnel se composait de six religieux, qni firent de gnn* des plaintes de leur prienr, firère Désiri des Bceofii ; ces plaintes étaient du reste iqqpuyées par Tèvèque et par toute la ville, et à bon droit. Rien n*étalt en oidre dans la chapelle : les calices rompus, les ciboires rongésde rouille, les ornements en lambeaux, relise toute noircie parla fumée, six belles dodies muettes faute de cnides, tel était le tableau lamentable qui s'offirit aux yeux du vis i t eur ^ Dans l*hôpital, quatorze enfants, sous la garde d*une femme à gages, avaient à peine de quoi se couvrir ; son premier soin fut de leur distribuer des vêtements et de renouveler les draps et les couvertures des lits. Il fit ensuite décorer à ses frais la chapelle et la pourvut de nouveaux ornements.

Mais le plus difficile de sa tAche n^était pas aooompli.Un jour qu'il se disposait à se rendre à Tinvitadon de Tabbé d'un monastère du voisinage, il fut abordé par le recteur, suivi de témoins et d^un notaire, qui lui donna lecture d*un long factum de protestation contre la visite, comme faite sans pouvoirs et nulle par conséquent. Le visiteur se contenta de mettre en pièces la copie qui lui était présentée et de réprimander le notaire, pour s'être prêté à une procédure contre un visiteur apostolique, dont les jugements sont sans appel. Néanmoins, plus inquiet qu'il ne voulait le paraître, il résolut d'attendre, pour terminer la réforme de cette maison, son retour d'Allemagne, espérant que le temps amènerait une détente dans les esprits . Mais avant son départ, il pria l'évêque de veiller pendant son absence au bon ordre de ThApital et lui donna plein pouvoir de prendre en son nom toutes les mesures nécessaires, et même de ne point reculer devant l'incarcération des mutins. La précaution était bonne : quelques jours à peine s'étaient écoulés, que déjà les religieux se soulevaient de nouveau contre leur prieur, etque l'évêque,

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le jugeant incapable de rester plus longtemps à la tète de la maison, se voyait obligé de le mettre au secret.

Ayant donc quitté Toul le 1 7 septembre, accompagné d'un religieux et d'un serviteur, frère Melchior arriva à Strasbourg, puis le 20 à Steffansfeld. Cet hôpitaf, assez considérable, était situé entre Strasbourg et Haguenau, dans une plaine entourée partout d'épaisses forêts. L'hérésie y avait exercé ses ravages, et le plus grand nombre des habitants s'étaientlaissés séduire. Cependant l'hôpital subsistait toujours et se trouvait même dans ime assez bonne situation. Son recteur, frère Henri Groscopff, reçut le visiteur avec empressement. La visite s'accomplit comme à Dijon ; les exhortations pressantes de frère Melchior firent passer dans le cœur du recteur et des quatre frères conventuels le zèle dont il était dévoré. Il entra dans de minutieux détails sur l'office, le chant, le calendrier, la parfaite exécution des fondations de messes et d'anniversaires, qu'il offrit de faire réduire par le Pape, suivant les décrets du concile de Trente, au cas où le personnel de la maison serait insuffisant pour en supporter la charge. L'hôpital était occupé par quatorze enfants au berceau et cinq jeunes filles, employées aux soins de la maison et des enfants, sous la conduite d'une femme âgée et discrète. Le visiteur recommanda qu'on leur Ht apprendre un métier qui leur permit de gagner leur vie plus tard, sans péril pour leur foi et leurs mœurs. Il chargea l'un des frères de leur expliquer la doctrine chrétienne; de plus, tous les dimanches, à la grand'messe, devait avoir lieu une instruction, destinée à prémunir les catholiques contre l'hérésie et à ramener les hérétiques secrets ou déclarés, reçus à l'hôpital ; car tous les hôtes devaient être contraints par le prieur d'assister aux offices du dimanche. Le revenu total de la maison se montait à quatre mille florins Rhénans de deux au ducat d'or de la Chambre, et à 579 quartaux environ de froment; le vin suffisait à peine au quart de la consommation. Les

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dépenses allaient, dans les années ordinaires, à trois mille florins ; mais les malheurs de l'époque les avaient fait augmenter d'une manière considérable, malgré la grrande économie du recteur. Les bâtiments étaient assez somp^ tueuiL, et de très belles dépendances existaient en plusieurs lieux, notamment à Strasbourg. En les visitant, Mèlchior voulut aller donner lui-même quelques encouragements aux religieuses de deux couvents, restés seuls catholiques au milieu d'une population entièrement luthérienne. Depuis longftemps les prêtres n'osaient plus s'aventurera Stras^ bourg en costume ecclésiastique; cependant son audace n'eut pas de suites fâcheuses. Au bout de six semaines d'un séjour utilement employé à faire pénétrer dans toute l'économie de la maison dé Steffansfeld, par son exemple aussi bien que par sa parole, la régularité et la ferveur d'un zèle renouvelé, notre visiteur reprit sa route, le 3 novembre; Cette fois, il se fit accompagner d'une suite plus nombreuse et plus imposante, dans laquelle se trouvaient le prieur de Steffansfeld et deux notaires, dont l'un devait servir d'interprète ; ces personnages ne le quittèrent plus, tant que dura son séjour en Allemagne. La première mai* son du Saint-Esprit qu'ils rencontrèrent, trois jours après le passage du Rhin, fut celle de Wimpfen, ville impériale appartenant au diocèse de Worms. Les habitants étaient à peu près tous luthériens; néanmoins la présence du visiteur et de sa suite fit sensation. A son grand étonnement, le syndic, accompagné des douze prindpaux notables, vint, au milieu de son repas, le complimenter et lui offrir le vin d'honneur, comme à un personnage important.

L'hôpital avait été autrefois conventuel, et les bâtiments en étaient beaux et'commodes ; mais la ville s'était emparée des' salles de malades et de la plupart des revenus ; elle aurait même tout pris sans l'intervention du prieur de Steffansfeld, qui était chargé du service religieux, deimis que la modicité des ressources ne permettait plus d'y

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entretenir un personnel suffisant. Le visiteur régla que le service des fondations se ferait à Steffansfeld, puisque cette maison jouissait des derniers revenus ; il chargea aussi le prieur de procurer un frère prêtre, lorsque des malades catholiques s'y présenteraient; car il n'y laissait qu'un gardien.

Il s'agissait ensuite de traverser la Souabe entière, du nord au midi ,afin de visiter la maison de Memmingen. Il fallut huit jours à nos intrépides voyageurs pour faire ce long trajet, a à travers d'immenses forêts entrecoupées d'un nombre infini de rivières. » Par mesure de prudence, en un pays fort hostile au papisme^ le visiteur avait consenti à dissimuler sa double croix, sur les instances de ses compagnons de route. Après avoir traversé Heilbronn, Essling, Elchingen et Ulm, la petite caravane faisait, le 20 novembre, son entrée dans lavilleimpérialede Memmingen. Là, comme à Wimpfen^ la municipalité avait fait main-basse sur l'administration des revenus, dont elle n'avait laissé qu'une faible partie pour l'entretien du personnel. Frère Melchior fut reçu par le recteur, « vieillard de très haute taille et d'aspect fort rébarbatif, mas imposant et digne ; » il se nommait frère Balthazar Meyer. Après avoir accueilli ses hôtes avec cordialité, il leur fit les honneurs de l'hôpital ; ils y trouvèrent une centaine de malades alités ou d'infirmes. Dans une autre salle bien chauffée, une cinquantaine d'enfants s'appliquaient à des études et à des occupations diverses, en bon ordre, les garçons séparés des filles, sous la surveillance de maîtres et de maîtresses.

Cependant le visiteur ne songeait pas sans inquiétude à la façon dont les autorités, entièrement luthériennes, accueilleraient sa mission. Là encore, la Providence vint le tirer d'embarras ; son arrivée avait fait sensation : le syndic et son conseil se crurent, de même qu'auparavant ceux de Wimpfen, obligés de lui souhaiter la bienvenue, en lui ofirant un vin d'honneur. Les difficultés devaient lut vmk

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du recteur lui-même. Deux frères seulement ae tronvaiént alors à Memmingen ; lés autres étaient occupés dans le voisinage. Frère Melchior demanda qu*on les fit assembler tous dans la maison conventuelle ; le vieillard répoildit d'abord évasivement ; puis peu après, il fit soudain au visiteur sommation d'avoir à quitter les lieux le plus promptement possible, dans la crainte sans doute des dépenses occasioniaées par un séjour prolongé, ou par ipëur d'avoir à se plier, à son âge, aux exigences de prescriptions plus sévères. La ferme attitude de Melchior eut raison des mauvaises dispositions du recteur, et la visite put s'accomplir à la manière accoutumée. Elle s'ouvrit par une messe solennelle du Saint-Esprit, accompagnée de nombreux instruments de musique, dont tous les frères jouaient avec une grande habileté. L'église était fort riche en ornements et en vases sacrés : l'hôpital de Rome même n'en possédait pas de comparables. La maison était tenue sur un pied de discipline très rigide ; le recteur exigeait de son nombreux personnel l'obéissance la plus absolue ; le silence était continuel ; les repas, d'une frugalité voisine de la parcimonie ; défense était faite de sortir sans l'autorisation expresse du prieur ; le premier à l'office du jour et de la nuit, il exigeait de tous la plus grande ponctualité. Du reste, très attentif à procurer à ses religieux le bienfait de solides études, il les envoyait étudier chez les Jésuites, et leur faisait en outre donner une forte culture musicale, entretenue par des exercices quotidiens. La pauvreté la plus stricte régnait chez les religieux ; ils ne possédaient que ce que le recteur jugeait bon de leur accorder : aussi le disait-on très riche.

Il avait fait nommer, en cour de Rome, comme son coadjuteur avec succession, un de ses parents, religieux de la maison, contre l'avis unanime de son chapitre. Devant les réclamations des frères, le visiteur jugea bon d'user de ses pouvoirs ; il fit élire un autre coadjutQur, qu'il intronisa

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