‹ Histoire de l'Ordre Hospitalier du Saint-EspritChapitre 83 sur 125 · DE FRÈRE MBLCHIOR DE LA VALLÉE · texte numérisé non relu

DE FRÈRE MBLCHIOR DE LA VALLÉE

culpé ; il àe contenta d'exhorter instamment ce dernier à changer de vie et à prendre plus de soin du bien des pauvres, dont il répondrait devant Dieu au jour du jugement. Tout) dans cette ruine, n'était cependant pas imputable au recteur; car peu auparavant, les magistrats l'avaient obligé à brûler ou à jeter à la Saône les lits, draps, couvertures et tout ce qui avait servi aux pestiférés, ainsi que l'attestèrent des témoins dignes de foi.

Continuant sa route, le visiteur arriva à Dijon, où le grand maître lui avait écrit de passer de nouveau, afin de s'assurer si certains articles de la réforme, auxquels il tenait beaucoup, avaient été insérés dans son acte de visite. Il ne put entrer dans l'hôpital : la peste était toujours maîtresse de la ville ; les portes de l'hôpital avaient été fermées et deux sœurs y soignaient les pestiférés ; déjà quatre des religieux avaient payé leur dévouement de leur vie. Le recteur demeurait en dehors de la maison avec trois sœurs. Il eût été souverainement imprudent de s'attarder à Dijon ; frère Melchior se mit en devoir de terminer au plutôt sa mission, en retournant à Toul.

Une aventure qui aurait pu avoir des suites graves, lui advint à trois lieues de cette ville : deux soldats Bourguignons, du parti d'Espagne, le dévalisèrent, lui et son serviteur, et lui enlevèrent son cheval. Fort heureusement le gros de la troupe les suivait de près ; l'officier, qui était italien, après un long interrogatoire, lui fit rendre ses bagages et le laissa aller ; cette fois encore il en fut quitte pour la peur ; mais il eut soin de prendre, pour se rendre à Neufchâteau, une route moins fréquentée. Frère Philippe Luzurier était prieur de l'hôpital de cette ville et le gouvernait avec un grand talent; il fallait toute son industrie pour le relever de ses ruines. Afin de ne point augmenter ses dépenses, le visiteur se contenta d'une visite sommaire et laissa au commandeur de Besançon le soin de parfaire la réforme. Comme les prieurs de toutes les

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maisons soumises à Besançon se rendaient dans cette ville tous les ans au chapitre général de la Pentecôte, frère Melchior avait chargé le commandeur de donner lecture de son acte de visite et d'en faire prendre copie à tous ses subordonnés, en tenant la main à son exécution dans toute la province. Enfin le visiteur rentra à Toul la veille de la Toussaint 1597. Il recommanda de nouveau sa chère maison aux bons offices de l'évêque et des autorités civiles, et le 5 novembre, « il dit, non sans un serrement de cœur, un suprême adieu aux pénates paternels 1 et prit la route d'Italie. Son voyage avait duré un an et quatre mois.

Accomplie au milieu de périls de toutes sortes, que la guerre ou la peste, et souvent les deux fléaux à la fois, semaient sous ses pas, la mission de frère Melchior de la Vallée ne fut pas aussi complète qu'il l'eût désiré. Néanmoins elle contribua certainement, pour une bonne part, à conserver, dans les maisons qu'il vjsita, l'esprit de l'Ordre et la discipline hospitalière, que nous verrons fleurir jusqu'à la fin dans les Bourgognes et la Lorraine.

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