XVIII»-XIX* SIÈCLES JJJ
diatement, elles ne tarderaient pas à Têtre. Il fallait se prémunir, afin de n'être pas pris au dépourvu. Mgr de Chamon, évêque de St Claude, songeait alors à fonder dans son diocèse une congrégation de sœurs enseignantes, pour les écoles des campagnes; il jeta les yeux sur notre communauté, qui reçut avec bonheur ses ouvertures à ce sujet. Le principal obstacle venait de la commission administrative de Thospice, qui s'opposait à toute admission de novices, sous prétexte de ne point augmenter les charges, qui incombaient au département. Fortes d'une décision ministérielle, les sœurs passèrent outre et établirent un noviciat, en ayant soin toutefois de n'en laisser aucune charge au budget de l'hospice, et dès l'année 1846, elles se trouvaient en mesure d'accepter la direction de la salle d'asile de Poligny et de plusieurs écoles communales importantes.
Enfin, le 19 juin 1854, ^^ arrêté préfectoral retira à la communauté la propriété de l'hospice qui appartenait à l'ordre du Saint-Esprit, de par la volonté même des fondateurs, et le réunit à l'Hôtel-Dieu de la ville.
A Neufchâteau, cette même interdiction opposée à la formation de jeunes novices s'était terminée également, après un long procès, par la dépossession des religieuses, en 1842. Elles se retirèrent proche de la ville, au village de Rouceux, dans la maison paternelle de leur supérieure, augmentée d'un nouveau bâtiment. Là elles purent, mais au prix de privations sans nombre, ouvrir un noviciat, donner asile à quelques vieillards ou infirmes et continuer à visiter les malades de la ville.
Les sœurs de Poligny, dépossédées elles aussi, durent songer à se créer un établissement. Le 22 juin 1854, Mgr Mabille, évêque du diocèse, bénit solennellement la première pierre d'une nouvelle maison, et quatre ans après, la communauté y trouvait un asile vaste et parfaitement aménagé.
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' Devenues libres et indépendantes de tonte senritndé administrative^ nos deux communautés ont pu se développer à leur aise et prendre une importance de jour en jour plus considérable.
Aujourd'hui, la maison-mère de Rouceux comprend plus de soixante sœurs professes. Cinq d'entre elles ont été rappelées, en 1 852 , à la direction de l'hôpital de Neufchâtcau par la municipalité, revenue à des sentiments plus équitables et mieux entendus ; elles desservent en outre six autres hospices, et plusieurs maisons nouvelles ne tarderont pas à se fonder. La maison de Poligny a pris une extension plus grande encore, en raison de la plus grande variété des œuvres auxquelles elle se consacre. Ses cent vingt religieuses tiennent un pensionnat et des écoles florissantes dans la maison-mère, à laquelle est annexé un orphelinat, dû aux libéralités de Mgr Mabille, et où quarante orphelines sont élevées gratuitement. Elles desservent les hôpitaux des villes de Morez et Nozeroy, l'asile départemental des vieillards, à Lons-le-Saunier ; vingt-cinq écoles primaires leur sont confiées, et partout ces institutrices dévouées consacrent leurs instants de repos à la visite et à l'assistance des malades à domicile.
C'est ainsi que le nom et l'esprit de l'ordre fondé par Gui de Montpellier revit dans ses derniers rejetons. L'ordre du Saint-Esprit, suscité par la Providence, était venu à son heure, en cette époque du moyen-âge où la foi catholique fleurissait et s'épanouissait en œuvres de toutes sortes à la surface de la terre. Dans cet immense et magnifique concert des vertus chrétiennes, soit actives, soit contemplatives, il devait représenter la charité agissante, l'amour du prochain pauvre, souffrant et délaissé ; il devait être l'instrument prédestiné pour disséminer à travers le monde le feu divin sorti du cœur même de Notre-Seigneur. Et nous avons vu dans cette histoire comment il s'était magnifiquement