‹ Histoire de l'orfévrerie depuis les temps les plus reculés jusqu' à nos joursChapitre 13 sur 42 · FRANCE MÉROVINGIENNE · texte numérisé non relu

FRANCE MÉROVINGIENNE

jourd'hui. Un autre honneur mieux défini qu'obtint encore saint Éloi fut celui de l'épiscopat : ses vertus le firent appeler à l'évêché de Noyon, qu'il occupa pendant de longues années.

Toutes ces dignités ne l'empêchèrent cependant pas de continuer ses chers travaux d'orfèvrerie. Seulement il paraît n'avoir plus travaillé que pour l'Église. Aucune de ses œuvres bien authentiques n'est parvenue jusqu'à nous ; mais beaucoup lui ont survécu assez longtemps pour que nous en possédions encore la liste, ainsi que la description et même le dessin de plusieurs d'entre elles.

Saint Ouen, à qui l'on doit une histoire fort intéressante de la vie du saint orfèvre limousin, parle des nombreux objets qu'il fabriqua à l'usage du roi, et mentionne des bourses ou escarcelles, des ceintures ou autres ornements corporels qu'il enrichissait d'or et de pierreries. Quant à ses œuvres d'orfèvrerie religieuse, saint Ouen cite, parmi les plus importantes, la châsse toute couverte d'or et de pierreries qu'il fit pour saint Martin de Tours, celles de saint Denis, premier évêque de Paris, et d'autres saints du même diocèse, tels que saint Séverin , sainte Geneviève , sainte Colombe ; puis, dans d'autres provinces, les châsses de saint Germain, de saint Julien, de saint Brice, de saint Piat, de saint Quentin, de saint Lucien, de saint Maximin et de saint Lollien.

Saint Eloi ne pouvait manquer de travailler pour la basilique de Saint-Denis, l'église favorite de Dagobert; il fit pour elle une croix d'or haute de plus de cinq pieds, d'un travail exquis et toute couverte de pierreries, qui se voyait derrière le maître-autel.

Dans le diocèse de Limoges, Ghatelard, qui passe pour être le lieu même de la naissance de saint Éloi, se vantait de posséder un calice et une croix de sa main; la cathédrale de Limoges deux chandeliers; Saint-Mar-

tial-lès-Limoges, une croix double dont l'abbé Legros nous a conservé un dessin qui inspire confiance par sa naïveté même. A défaut d'autres monuments d'une authenticité suffisante, je reproduis ici ce dessin, comme donnant un type très-intéressant de l'orfèvrerie reli-

Fig. 16. Croix de saint Éloi.

gieuse au septième siècle dans notre pays. Le filigrane, comme on peut le voir, y joue un grand rôle, employé tantôt en fleurons et en simples ornements, tantôt en bordures, tantôt enfin comme sertissure des cabochons. La cathédrale et l'abbaye de Saint-Victor de Paris, et l'église Saint-Martin de Tournai, se flattaient aussi de

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posséder quelques œuvres de saint Éloi; mais leurs prétentions à cet égard ne paraissaient pas reposer sur des titres bien sérieux. Il n'en était pas de même de l'illustre abbaye de Ghelles, laquelle conservait encore au dix-septième siècle un grand calice dont l'attribution à saint Éloi n'a jamais été sérieusement contestée. Ce calice, plus bas sur son pied, mais de beaucoup plus grandes dimensions que ceux dont on se sert aujourd'hui (il avait en tout vingt-six centimètres), était entièrement en or fin, décoré en couleurs. Cette décoration était-elle en émail, comme on l'a souvent dit, en grenats, pierres dures ou verroteries incrustées? L'aspect de la gravure admet également ces diverses hypothèses. Mais on n'a, en réalité, aucune preuve que saint Éloi ait jamais fait des émaux. L'émaillerie, il est vrai, était pratiquée par les peuples de la partie occidentale des Gaules dès une époque trèsreculée, mais l'émaillerie sur bronze seulement ; et même cette industrie semble avoir disparu de notre pays avant l'époque où vivait saint Éloi. Du moins ne l'y voyons-nous reparaître que quatre siècles plus tard. Pour ce qui est des incrustations de grenats ou de verroteries, c'est tout autre chose. Le grand orfèvre ne pouvait évidemment ignorer les procédés de l'art spécial importé dans les Gaules, depuis plus d'un siècle déjà, par les Franks et les autres peuples d'origine semblable. La gravure nous montre d'ailleurs, à la bordure du calice, des cabochons appliqués sur un cloisonnage triangulaire irrégulier avec incrustations probablement de grenats en tables. Le même travail se retrouve au pied de la croix de Saint-Martial-lès-Limoges.

Si peu d'évêques eurent les talents de saint Éloi, beaucoup d'autres prélats du même temps firent au moins preuve d'un égal zèle et s'efforcèrent d'accroître chacun, selon ses ressources, les riches trésors de leurs églises.

Les successeurs de Dagobert, de leur côté, suivirent volontiers ses traditions de luxe et de libéralité. Nous avons une foule de textes authentiques qui en fournissent la preuve. Mais, les divers objets auxquels ils se rapportent étant détruits depuis longtemps, ce relevé, très-fastidieux par lui-même, ne nous apprendrait rien de plus. Ce que j'ai dit de saint Eloi et des princes qui l'ont protégé, ce que j'ai emprunté à la chronique des évêques d'Auxerre, doit suffire pour donner une juste idée de ce que fut l'orfèvrerie en France sous les rois de la première race.

Ceci m'amène à l'aurore des temps carlovingiens. J'aborderais même immédiatement le règne de Gharlemagne si, dans un monument quelque peu antérieur à son règne, je ne trouvais, appliqué pour la première fois en Occident, un nouveau procédé de décoration de certaines pièces d'orfèvrerie.

J'ai déjà signalé plus haut la splendeur que les orfèvres byzantins surent donner à leurs œuvres par l'habileté avec laquelle ils pratiquaient l'émaillerie. Il était rare que leurs émaux fussent adhérents au corps même de la pièce. Le plus souvent, ils étaient fabriqués et montés séparément, enchâssés dans de petits cadres, des espèces de médaillons pouvant servir de décorations à toutes sortes d'objets. On les employait ainsi de la même façon que les chatons de pierres précieuses. Gela devint, pour les orfèvres byzantins, un objet de commerce considérable. Les orfèvres des autres pays, à qui les procédés de l'émaillerie paraissent avoir été inconnus à cette époque, s'en servaient pour embellir les objets de leur fabrication.

Ainsi s'explique que des émaux, évidemment byzantins, se trouvent parfois encastrés dans des pièces d'une origine occidentale non douteuse.

Or, l'exemple le plus ancien que je connaisse de cha-

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