‹ Histoire de l'orfévrerie depuis les temps les plus reculés jusqu' à nos joursChapitre 14 sur 42 · FRANCE CARLOVINGIENNE · texte numérisé non relu

FRANCE CARLOVINGIENNE

tons d'émail ainsi employés est un petit reliquaire du huitième siècle donné à la cathédrale de Sion par un de ses évêques mort en 790, l'évêque Althéus qu'on dit avoir été l'oncle de Gharlemagne. L'une des faces du reliquaire, que nous reproduisons ci-dessous, représente la sainte Vierge et saint Jean, deux figures en relief du dessin le plus grossier, accompagnées d'inscriptions en lettres latines. La face opposée a pour toute décoration trois chatons d'émail cloisonné, dont les deux plus grands sont sertis dans une étroite bordure en métal de forme quadrilatérale irrégulière. Le troisième est un petit médaillon circulaire. Rien déplus simple que cette monture et que la manière dont les

Fig. 18. Reliquaire de Sion. — Émaux cloisonnés de la face postérieure.

chatons sont appliqués sur la surface plane du reliquaire.

Tout le prix de cette décoration résidait évidemment dans la valeur des émaux, objet d'importation encore fort rare à cette époque dans l'ouest de l'Europe. Par eux-mêmes, ceux-ci n'avaient pourtant pas beaucoup d'intérêt. Les plus grands renferment chacun deux figures de saints en buste, lesquelles ne se distinguent par aucun attribut particulier. Tout ce qu'on peut dire, c'est que les personnages ainsi représentés ont la tête ornée du nimbe et portent chacun un livre dans les plis de leur manteau. Ce pourraient bien être les quatre évangélistes.La cinquième figure, à peu près semblable

aux autres, n'est pas mieux caractérisée; mais ce qui les rend toutes remarquables à un égal titre, c'est la naïveté toute primitive de leur exécution. Les personnages sont de face, quatre d'entre eux parfaitement identiques. Leurs visages sont en émail blanc, tous les traits indiqués par le cloisonnage, le nez dessiné par deux simples filets de métal sans indication de narines, les yeux formés de deux petits ovales en émail plus foncé. En un mot, c'est l'enfance de l'art, et, je le répète, le plus ancien exemple que je connaisse de l'emploi de ces chatons d'émail dans l'orfèvrerie occidentale. A part même cette circonstance, un objet'd'art à date certaine du huitième siècle est quelque chose d'assez rare pour que le petit reliquaire de Sion se recommande particulièrement à l'attention des curieux.

Mais nous arrivons enfin à l'époque où une véritable aurore se fait à la suite des longues ténèbres dans lesquelles l'Europe semble avoir été ensevelie pendant les temps mérovingiens. Le grand empereur d'occident, Gharlemagne, s'avance, puissant et magnifique, génie extraordinaire pour son temps, qui, partout ouvrant des écoles, encourageant les lettres et les arts, semble îaloux de joindre à la gloire de ses armes toutes les gloires de la civilisation.

L'orfèvrerie n'est pas oubliée par lui; un de ses capitulaires ordonne qu'il soit établi des orfèvres dans toutes les juridictions de son empire.

D'une simplicité qui allait presque jusqu'à la rudesse en ce qui concernait sa propre personne, Gharlemagne aimait néanmoins à s'entourer de toutes les splendeurs du rang suprême. Dans les occasions solennelles, nous apprend son historien Éginhard, il ne manquait jamais de revêtir un costume éblouissant d'or et de pierreries. Les plus riches broderies ornaient son manteau qu'une agrafe d'or rattachait sur sa poitrine. Sur sa tête il portait un diadème constellé d'émeraudes, de saphirs,

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d'agates et de perles. Ses brodequins eux-mêmes étincelaient de pierreries, et sa main portait, en guise de sceptre, un bâton terminé par une pomme d'or richement ciselée.

La couronne de Gbarlemagnc, dont nous donnons ici la figure, est actuellement conservée dans le Trésor im-

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