La couronne de Charlemagne
périal de Vienne en Autriche, monument authentique, à coup sûr, et du plus haut intérêt, mais où néanmoins les archéologues croient reconnaître les traces de quelques restaurations subséquentes.
Il en est de même de son épée, que nous possédons à Paris. Le pommeau et la garde semblent être les deux seules parties vraiment authentiques.
S'il était magnifique dans ses habits d'apparat, Charlemagne ne l'était pas moins dans la décoration de ses nombreux palais. Il y accumulait à plaisir les objets les plus rares et du plus grand prix. Particulièrement dans celui d'Aix-la-Chapelle, qu'il bâtit pour en faire sa principale résidence, il avait déployé un luxe sans égal. Les colonnes, apportées de Ravenne, étaient du marbre le plus rare, et le mobilier était le plus somptueux qu'on pût rêver à cette époque. On y voyait, entre autres choses, une table d'or, dont la partie supérieure, était divisée en trois compartiments circulaires représentant l'image de la terre telle qu'on la connaissait alors, le mouvement des astres et celui des planètes. Deux autres tables en argent massif représentaient le plan de Rome et celui de Gonstantinople. Gharlemagne, à sa mort, légua les deux dernières à l'église Saint- Pierre de Rome, et à la cathédrale de Ravenne. Quant à la table d'or, elle échut à Louis le Débonnaire; mais, après celui-ci, son fils Lothaire ne se fit pas scrupule de la mettre en morceaux pour en faire des largesses à ses partisans.
Gharlemagne fit de nombreux dons d'orfèvrerie aux principales églises de son vaste empire. Une vieille tradition affirme qu'il fit présent à vingt-quatre abbayes différentes d'autant de reliquaires présentant, chacun d'eux, la forme d'une lettre de l'alphabet. Cette tradition n'est rien moins que prouvée; toutefois il faut dire qu'un inventaire du trésor de la Sainte-Chapelle de Paris, en 1480, mentionne, sans en dire la provenance, deux pièces de vermeil ornées de pierreries en forme d'M; qu'une bulle du douzième siècle fulmine l'excommunication contre des voleurs qui avaient dérobé à l'abbaye de Rrioude un reliquaire en forme de C, et qu'enfin, aujourd'hui même, on conserve dans le trésor de l'ancienne abbaye de Conques (Aveyron) un reliquaire se rapprochant de la forme de l'A, que dans le pays l'on
FRANCE CARLOVIXGIENNE.
a toujours désigné sous le nom <¥A de Charlemagne. J'enjoins ici la figure, parce que, en tous cas, c'est une fort belle et fort ancienne pièce d'orfèvrerie. Quelques parties, telles par exemple que la traverse du bas, ont été ajoutées postérieurement, quelques ornements
Fig. 20. A de Charlemagne.
rapportés; mais les parties principales, c'est-à-dire les deux montants et l'espèce d'ombilic qui les réunit sont bien de travail carlovingien.
A sa mort, dit-on, Charlemagne voulait que les trésors qu'il avait accumulés fussent répartis entre les
vingt métropoles de son empire. Mais l'église, qu'il s'était plu à enrichir de préférence à toutes les autres, était celle d'Aix-la-Chapelle, sa résidence favorite et dernière. La construciion et la décoration de cette église fut une des affaires qu'il eut le plus à cœur. Sur tous les autels, sur tous les murs intérieurs brillaient l'or et l'argent. C'était un luxe inouï de vases sacrés, de reliquaires, de lampes, de candélabres, de vêtements sacerdotaux, etc. Mais il en reste bien peu de choses aujourd'hui, parmi les auxres richesses accumulées postérieurement dans cette église.
Charlemagne, selon sa volonté expresse, fut enterré à Aix-la-Chapelle, dans un caveau ménagé à cet effet sous le dôme de la nouvelle cathédrale. Son corps embaumé, revêtu d'habits magnifiques et de tous les attributs de sa souveraine puissance, y fut placé sur un trône d'or. Un évangile magnifiquement relié en matières précieuses était placé sur ses genoux. Sa main s'appuyait sur un sceptre, et devant lui était suspendu un bouclier d'or.
Tant de richesses tentèrent la cupidité de ses successeurs. Othon III, qui le premier viola sa sépulture, se contenta, il est vrai, de lui prendre la croix d'or qu'il portait au cou; mais peu après Frédéric Barberousse, qui fit canoniser Charlemagne, pensant sans doute que celui-ci devait dorénavent se contenter de la gloire céleste, ne se fit pas faute d'enlever de sa tombe tous les objets de valeur qui pouvaient s'y trouver.
Cependant l'orfèvrerie conserva toute sa splendeur sous les successeurs de Charlemagne. Louis le Débonnaire particulièrement parait y avoir consacré des sommes considérables. Tous les historiens du temps constatent la grande valeur des trésors qu'il avait amassés et la magnificence dont il faisait preuve en toute occasion. Il combla de présents le pape Etienne IV, qui l'avait sacré lors de son avènement, et le roi des Danois, Harold, qui vint avec sa femme recevoir le baptême au-