FRANCE CARLOVINGIENNE
près de lui. Dans l'inventaire, qui nous a été conservé, des présents qu'il fit à ce dernier, nous voyons figurer un diadème et une ceinture flexible ornés de pierreries, un large collier, un cercle d'or tordu pour le cou, des bracelets, etc. Puis, comme équipement de guerre, nous trouvons des poignées d'épée en or, en argent, en ivoire, des ceinturons ornés de pierres précieuses, des éperons d'or, etc.
Parmi les objets précieux dont se composait à cette époque la chapelle des empereurs, des rois ou de leurs puissants vassaux, nous voyons citer souvent des autelsreliquaires revêtus de lames d'or ou d'argent, de cristal ou d'émail.
Les autels ainsi mentionnés étaient le plus souvent de petits autels portatifs que les princes, presque toujours guerroyants de cette époque, portaient avec eux en campagne, pour que leurs chapelains pussent au besoin leur dire la messe en quelque lieu qu'ils s'arrêtassent. C'était d'ordinaire une simple pierre consacrée, d'assez petite dimension, engagée dans une pièce de bois revêtue d'orfèvrerie et très-richement décorée. Ils n'avaient, le plus souvent, pas de pied, et se posaient sur une table ou un meuble quelconque. L'usage s'en perpétua jusque vers le quatorzième siècle. On en connaît plusieurs encore aujourd'hui existants, notamment en Allemagne, à la cathédrale de Bamberg, à Trêves, dans les musées de Berlin, de Darmstadt, de Hanovre, et chez nous, dans le trésor de l'église de Conques, qui en possède deux. L'un de ceux-ci pourrait bien être de travail carlovingien.
L'usage de recouvrir les livres saints de riches reliures avec des ornements en orfèvrerie se répandait également de plus en plus. Il y en a de fort anciennes. J'ai déjà cité l'évangéliaire de Monza, qui date du huitième siècle. La Bibliothèque nationale de Paris et le Louvre en possèdent plusieurs autres fort beaux, dont quel-
HIGT. DE L?ORFÉVRERIE. 7
ques-uns datent de l'époque carlovingienne. L'un d'eux (musée du Louvre), dont on n'a malheureusement qu'une plaque isolée, est orné d'un bas-relief en or, représentant l'ange et les saintes femmes au sépulcre du Christ. Il est entouré d'une bordure mince, entre deux filets perlés, toute chargée d'inscriptions en lettres grecques, ce qui ne-laisse guère de doute sur son origine byzantine. Un autre, encore plus intéressant pour nous en ce qu'il est complet et de travail occidental, est connu sous le nom de Bible de Charles le Chauve. Par lui-même et par sa reliure d'orfèvrerie , ce manuscrit est un des plus précieux que nous possédions.
Au nom de Charles le Chauve se rapporte également le souvenir des magnifiques présents qu'il fit à l'église de Saint-Denis lorsqu'il en devint abbé, et parmi lesquels figuraient en première ligmB un triptique d'or (plus tard converti en rétable), enrichi d'une telle profusion de pierreries que la simple énumération de celles-ci occupait quatorze pages de l'inventaire de l'abbaye; puis un grand reliquaire, dans la composition duquel étaient entrés dix-neuf marcs d'or et quatorze marcs pesant de pierres fines; enfin le célèbre vase bachique, conservé aujourd'hui au Cabinet des antiques sous le nom de coupe des Ptolémées. La coupe est antique, mais sa monture est de travail carlovingien.
Des ateliers, une école d'orfèvrerie, existaient même à l'abbaye de Saint-Denis, tant cette industrie était alors en honneur. Les prélats, les abbés de tous les grands monastères, rivalisaient de magnificence avec les rois et les princes. Entre les premiers, les évêques d'Auxerre suivaient la glorieuse tradition de leurs prédécesseurs. En l'an 800 l'évêque Aaron, qui avait accompagné Charlemagne en Italie, fait élever au-dessus du grand autel de sa cathédrale un ciborium d'or et d'argent, à l'instar de ceux qu'il avait vus à Rome. Angilelmus, mort en 828, donne à son église un grand crucifix d'or, fait en-