FRANGE CARLOVINGIENNE
tourer l'autel de bas-reliefs d'argent, en y joignant dix grands chandeliers et trois couronnes. Après lui, les évêques Héribald et Vasa enrichissent leur cathédrale d'un grand nombre de vases d'or et d'argent. Puis, à Reims, l'archevêque Hincmar renferme les reliques de saint Rémy dans une châsse entourée de douze figures d'évèques. A Angers, un évêque mort en 877, le bienheureux Perpetuus, marchant sur les traces de saint Éloi, fabrique de ses propres mains deux châsses en forme d'édicules ou de petites églises, pour renfermer des reliques. Il passe pour le premier qui ait appliqué les procédés de la fonte à la fabrication des pièces de ce genre.
Les abbés, de leur côté, n'étaient pas en reste. Pendant que Saint-Denis regorgeait de richesses dues à la munificence royale, Angilbert, abbé de Saint-Riquier, favori de Gharlemagne, entreprenait la reconstruction de son monastère et décorait le lieu saint avec un luxe extrême. L'autel était de marbre rare avec un parement d'or et d'argent réhaussé de pierreries, surmonté d'un ciborium de mêmes matières, auquel étaient suspendues une couronne et une croix d'or. Six colonnes de bronze, ornées d'or et d'argent, formaient une sorte de jubé au devant du sanctuaire, dont le pourtour était décoré de dix-sept arcades , entre lesquelles étaient suspendus des vases d'argent.
Vers le même temps, Ansegise, abbé de Saint- Wandrille, enrichissait son abbaye et celle de Luxeuil d'une foule de vases sacrés de grande valeur, parmi lesquels il faut citer un superbe calice à anses, orné de pierreries, plusieurs calices d'argent avec figures en relief, et un parement d'autel en argent, également historié.
Bégon, de son côté, dotait l'abbaye de Conques en Rouergue de nombreuses pièces d'orfèvrerie, dont quelques-unes, chance bien rare, sont parvenues jusqu'à nous. C'est à lui que le savant auteur de la description
du trésor de Conques, M. Darcel, attribue une statue en or de sainte Foy, haute de quatre-vingt-cinq centimètres, qui est certainement la pièce la plus importante de ce trésor pour la richesse et la beauté du travail. Je la reproduis ci-contre d'après M. Darcel, à raison de l'intérêt qui s'y attache, bien que son origine carlovingienne soit à mes yeux plus que douteuse.
Je pourrais citer en bien plus grand nombre les abbés et les prélats qui contribuèrent à l'immense éclat que jeta, pendant ce siècle, l'industrie de l'orfèvrerie ; mais cette énumération trop longue deviendrait fastidieuse et n'ajouterait rien à ce qui précède.
Je me contenterai, en finissant ce chapitre, de nommer, d'après Augustin Thierry, deux orfèvres normands, du nom d'Othon, dont l'un vivait du temps de Guillaume le Conquérant et l'autre dans le siècle suivant ; et, d'après M. Labarte, trois autres orfèvres français, Odulfus, moine de Saint-Riquier, Bernelinus et Bernuinus, chanoines de Sens, que mentionnent les chroniques de cette époque.