‹ Histoire de l'orfévrerie depuis les temps les plus reculés jusqu' à nos joursChapitre 19 sur 42 · ITALIE, IX" SIÈCLE · texte numérisé non relu

ITALIE, IX" SIÈCLE

la croix et la bordure du losange renferment les figures, au nombre de nuit à chaque bout, des saints les plus en honneur à Milan. Enfin huit autres figures remplissent les angles restant entre la bordure du losange

Fig. 22. Médaillon du paillotto de Milan.

et celle du rétable lui-même. Ce sont des figures d'anges portant divers attributs.

Mais ce qui donne à l'ensemble du paliotto un éclat sans pareil, c'est la richesse inouïe des bordures, de l'encadrement de tous ces tableaux, de tous ces médaillons. L'or, les pierres précieuses, les perles, les émaux y sont répandus avec une telle profusion et une

telle harmonie, que l'œil en est tout à la fois ébloui et charmé.

En résumé, je n'hésite pas à dire que le paliotto de Milan est le plus admirable monument que nous possédions de l'orfèvrerie chrétienne antérieure à l'an 1000.

Le reste de l'Europe est loin d'avoir rien produit d'aussi parfait. La France seule, dans tout l'Occident, pouvait alors rivaliser avec l'Italie.

L'Allemagne cependant a bien eu aussi ses orfèvres dès les temps les plus reculés. Tacite lui-même parle des vases d'argent que les vieux Germains offraient en présent aux princes et aux ambassadeurs. Mais on ne sait rien de plus de leur industrie.

Quant à l'orfèvrerie des Allemands du moyen âge, le plus ancien monument qu'on en connaisse est un calice du temps de Tassilo, duc de Bavière, dont il porte le nom. Tassilo vivait au huitième siècle.

Dans les dernières années du siècle suivant, l'empereur Arnoul fit de très-riches présents d'orfèvrerie à l'église Saint-Gonéran de Ratisbonne, et fit recouvrir d'or le maître-autel de cette église, ainsi que le ciborium dont il était surmonté et les huit colonnes qui supportaient celui-ci.

L'industrie de l'orfèvrerie paraît avoir été cultivée à une époque très-reculée dans certaines abbayes relevant de l'empire d'Allemagne, notamment dans celle de Saint-Crall, ce célèbre monastère, sanctuaire de science autant que de piété, dont il nous reste encore aujourd'hui une bibliothèque justement renommée pour ses admirables manuscrits. Les arts, comme les lettres, y comptaient de nombreux adeptes. Parmi ceux-ci, il se trouvait jusqu'à des moines orfèvres. Le plus ancien dont il soit fait mention est un nommé Isenric, qui vivait en 823. Sur la limite du même siècle et du siècle suivant, nous trouvons un autre moine de la même

ALLEMAGNE, Xe SIÈCLE. 111

communauté, nommé Tutilo, par qui l'abbé Salomon fit faire une grande croix et un autel (ce qui veut dire un parement d'autel) en or, décorés de pierreries. Enfin plus tard, dans le dixième siècle, un autre parement d'autel en or fut fondé par l'abbé Imsicon, qui paraît y avoir travaillé de ses propres mains.

L'exemple de Saint-G-all trouvait des imitateurs. Ainsi, pour ne citer que celui-là, nous voyons, vers la fin du dixième siècle, un abbé de Reichenau, près Constance, l'abbé Wittego ou Witigo, doter également d'un parement d'autel l'église de ce célèbre monastère.

Mais, chose remarquable, c'est seulement à partir de ce siècle qu'on rencontre quelques mentions de la figure humaine dans la description des œuvres d'orfèvrerie d'origine purement germanique dont parlent les auteurs contemporains. Il est cependant bien difficile d'admettre que cette partie du grand empire de Charlemagne se fût jusque-là si peu ressentie de l'immense impulsion donnée par le grand empereur aux arts de son temps, et de la perfection relative des ouvrages d'orfèvrerie exécutés par ses ordres dans la partie occidentale de ses États. Tout au plus pourrait-on en tirer la conséquence, que je crois vraie, que les orfèvres allemands étaient de beaucoup moins habiles artistes que ceux de France ou d'Italie.

En Angleterre, l'orfèvrerie, à la même époque, ne paraît guère avoir été plus avancée. Nous trouvons bien, au monastère d'Ely, un abbé du nom de Brithnodus qui fit faire, dit-on, vers la fin du dixième siècle, quatre statues de vierges enrichies de pierres fines. Mais un témoignage contemporain nous apprend que ces statues étaient en bois, revêtues seulement de feuilles d'argent.

Évidemment, dans la plus grande partie de l'Europe,

l'orfèvrerie en était encore à ses premiers pas, et, comme la plupart des autres arts, elle ne devait prendre franchement son essor qu'après que le monde aurait franchi cette date si redoutée de l'an 1000.

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