‹ Histoire de l'orfévrerie depuis les temps les plus reculés jusqu' à nos joursChapitre 27 sur 42 · XIV0 SIÈCLE · texte numérisé non relu

XIV0 SIÈCLE

Ces mêmes princes, ces mêmes grands seigneurs, mangeaient avec leurs doigts, tout comme les héros d'Homère et comme on le fait encore aujourd'hui en Orient. « Les cuillers », dit quelque part M. de Laborde, « les cuillers sont aussi anciennes que la soupe. » Quant aux fourchettes, c'était encore un objet d'un usage tout nouveau et fort peu répandu au quatorzième siècle. La première mention qu'on en rencontre se trouve dans un inventaire d'Edouard Ier d'Angleterre à la date de 1297, et encore ce monarque n'en possédait-il qu'une seule. La reine Clémence de Hongrie en 1328 possédait trente cuillers et une fourchette. Jeanne d'Êvreux avait soixante-quatre cuillers contre une seule fourchette, toujours une seule. Gela s'explique en ce que, dans le principe, les fourchettes, objets d'un luxe et d'une recherche très-raffinés, n'avaient pas du tout la même destination qu'aujourd'hui. On ne s'en servait pas alors pour manger la viande, la volaille ou le poisson. Elles étaient exclusivement réservées à des usages plus délicats, à manger certains fruits, par exemple. Ainsi Ton trouve dans l'inventaire de Pierre Galveston, favori d'Edouard II, qu'il possédait trois fourchettes pour manger poires. Un peu plus tard, Charles V alla jusqu'à la demi-douzaine : trois fourchettes d'argent, et trois dorées. Mais à quoi servaient-elles? A faire des grillades de fromage au sucre. A la fin du siècle, la duchesse d'Orléans en avait une dont elle se servait pour manger des rôties au vin ; et le duc de Bourgogne en avait une autre en cristal emmanchée d'or, avec laquelle il mangeait ses fraises. Les fourchettes devinrent peu à peu moins rares ; mais il se passa bien encore deux siècles avant qu'elles n'entrassent dans les usages ordinaires de la table.

Les nombreux inventaires qu'on possède aujourd'hui montrent que les ducs de Bourgogne, de Berry, de Normandie et d'Orléans (pour ne parler que des princes

français) avaient accumulé, chacun de leur côté, des richesses considérables. Le duc d'Orléans particulièrement, le mari de la belle Valentine de Milan, était d'une prodigalité sans bornes. Simon Allais, son orfèvre à Paris, reçut en une seule fois dix-huit mille neuf cent quatre-vingt-dix-sept livres tournois pour fourniture de joyaux et autres objets d'orfèvrerie en or et en argent destinés à être donnés en étrennes.

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