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La reconnaissance cependant était Lien la moindre des vertus de ce brave monarque. La conscience de l'histoire a depuis longtemps flétri son ingratitude envers Jeanne d'Arc. Sa conduite à l'égard du financier Jacques Cœur, qui lui avait rendu les plus signalés services, ne lui fait assurément pas plus d'honneur. Jacques Cœur passait pour l'homme le plus riche de son temps. Gela suffit pour assurer sa perte. Le roi, bien entendu, se réserva une large part dans les dépouilles du proscrit, et l'on assure qu'il se refit ainsi une vaisselle d'argent au moins aussi somptueuse que celle dont il avait été obligé de se défaire en des moments de gêne et de pénurie.
Si Charles YII s'appropriait sans grands scrupules le bien de ses sujets, cela ne l'empêchait pas, dans d'autres occasions , de pousser la magnificence jusqu'à la prodigalité. Ainsi en 1458, comme une ambassade hongroise était venue à Tours lui demander officiellement la main de sa fille pour le roi Ladislas, ce dernier étant mort subitement, Charles VII ne laissa partir les ambassadeurs qu'après les avoir comblés de présents consistant particulièrement en une riche vaisselle dorée et des coupes d'or remplies de monnaies de même matière, le tout estimé à plus de vingt mille écus d'or.
Louis XI, lui, ne passa jamais pour prodigue; cependant il faisait parfois des vœux. Dans les moments d'extrême embarras , il se laissait aller à promettre quelque riche présent à un saint en qui il avait confiance, à charge par celui-ci de lui venir en aide. C'est par suite d'un vœu de cette espèce, qu'il donna à l'abbaye de Saint-Denis, pour renfermer certaines reliques, un grande châsse d'argent en forme de ville fortifiée. (La ville représentée était, dit-on, la Q-uerche). C'est également ainsi qu'en 1476 il consacra cent marcs d'argent à faire fabriquer par François Gimbert, orfèvre au Puy, une niche d'orfèvrerie pour la Vierge noire de
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cette ville, et qu'à plusieurs reprises il fit de riches présents à l'église Notre-Dame-de-Cléry-, pour laquelle il avait, comme on le sait, une grande dévotion. Enfin à l'église Saint-Martin-de-Tours il avait donné une belle grille d'argent pour entourer les grandes châsses et les principaux reliquaires.
A part cela, Louis ne se montra jamais très-somptueux. Si son père avait prodigué les ornements d'or aux manches de sa huque, lui se contentait de simples images en plomb attachées à son chapeau.
Charles VIII, si son règne eût été plus long et si toutes ses ressources n'avaient été absorbées par ses expéditions lointaines, semblait devoir se montrer un monarque plus magnifique. Les chroniques de son temps nous ont conservé le souvenir d'un beau groupe de figures d'or servant de pied à une croix, qu'il fit fabriquer en 1490 par Lambert Haultemont , orfèvre parisien. Ce groupe représentait la sainte Vierge et la Madeleine aux pieds du Christ.
Gn connaît beaucoup d'autres noms d'orfèvres français du quinzième siècle; mais la plupart de ces noms ne se rattachent à aucune œuvre connue, de sorte qu'ils peuvent très-bien avoir appartenu à d'obscurs artisans qui ne jouissaient pas même en leur temps de la moindre réputation. Il serait donc tout à fait sans intérêt d'en donner ici la liste entière. Je me contenterai de mentionner un petit nombre de ces orfèvres, que leur clientèle princière ou quelque autre circonstance particulière peuvent faire considérer comme ayant tenu la tête de leur profession.
Au commencement du siècle , nous trouvons d'abord Herman Roussel avec le titre d'orfèvre et valet de chambre du roi, Hans Crost ou Croist, attaché au duc d'Orléans avec ce même double titre, et un autre orfèvre de Paris, Aubertin Boislefèvre, qui travaille aussi pour ce dernier prince en 1414. Puis nous voyons Gril-
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hert Jehan, Martin Hersant, orfèvres de Charles VII, et Guillaume Janson, de Paris, qui à ce titre joint celui de valet de chambre du roi. Pendant le temps que sa mauvaise fortune l'oblige à résider en Berry ou en Touraine, Charles VII, que les malheurs du royaume et sa propre misère ne peuvent détourner des futilités du faste, fait encore travailler deux orfèvres de Bourges, Guillaume Chenu et Pierre Piettement, puis Lubin de Queux, orfèvre à Loches.
Les orfèvres ordinaires de Louis XI, au commence ment de son règne, étaient Etienne Halièvre, Jean Fernicle et Jean Barbier. Il employa aussi Pierre Baston en 1469. Enfin en 1490 Jean Galant avait le titre d'orfèvre du roi Charles VIII, qui vers cette époque confia aussi, comme nous l'avons vu, un important travail à Lambert Haultemont.
J'ai déjà donné les noms des principaux orfèvres employés par le bon roi Bené, tant en Provence qu'en Anjou. La liste de ceux qui travaillèrent pour la cour de Bourgogne n'est assurément pas moins longue. Nuls princes ne furent plus fastueux que ces Bourguignons. Leurs comptes et inventaires, publiés et analysés avec un rare talent par M. de Laborde, abondent en descriptions intéressantes qui prouvent que leur trésor d'orfèvrerie ne le cédait en richesse à aucun autre. En offrir ici le résumé, après tous les détails que j'ai donnés sur l'argenterie de plusieurs autres princes, serait tomber inutilement dans de fastidieuses redites. Contentons-nous de constater que ce penchant à la magnificence fut tout à fait héréditaire chez les ducs de Bourgogne. Leur autorité , on le sait , s'étendait alors bien au delà des limites de la Bourgogne proprement dite : elle embrassait une grande partie du nord de la Frarce actuelle, le Brabant, les deux Flandres, etc., de sorte que nous voyons travailler pour eux presque autant d'orfèvres étrangers que de français.
Parmi les Français, nous trouvons en 1411 Jean Yillain, de Dijon, qualifié d'orfèvre et valet de chambre du duc. Un peu plus tard, la même double qualification est donnée à Jehan Mainfroy, et enfin à Gérard Loyet, qui vivait du temps de Charles le Téméraire. Quoique le nom de ce dernier ait une consonnance française , il y a lieu de douter que l'orfèvre qui le portait fût établi en France ; car c'est pour une église de Liège que nous le voyons travailler en 1462. Un autre, Jean Leflamenc, bien qu'établi à Paris , porte un nom qui pourrait le faire supposer d'origine flamande , supposition d'autant plus admissible qu'à cette époque l'orfèvrerie flamande était très-florissante. La même hypothèse pourrait tout aussi bien s'appliquer à Hance ou Hans Groist, l'orfèvre du duc d'Orléans, de qui j'ai parlé ci-dessus.
Les Flandres avaient dans ce temps-là un commerce florissant. Gand et Bruges en étaient les deux villes les plus importantes ; chacune d'elles possédait des orfèvres en grand renom. Les seuls comptes des ducs de Bourgogne contiennent les noms de quinze orfèvres établis à Bruges. Les plus habiles d'entre eux paraissent avoir été Louis LebJasère, qui fut, dit-on, l'ami du peintre Hemmeling, et Jean Pentin qui travaillait pour le duc Philippe le Bon. Mais , de tous les orfèvres flamands, celui qui est resté le plus célèbre est Corneille de Bonté, originaire de Breda, qui vint s'établir à Gand en 1472 et fut élu sept fois doyen de sa corporation. On possède encore différents ouvrages de lui, particulièrement la boîte aux saintes huiles que nous reproduisons ci-contre, et un bel écusson en argent doré représentant la ville de Bruges sous la figure allégorique d'une jeune femme assise sous un baldaquin dont les draperies sont relevées par deux chevaliers en armure; à ses pieds est un lion qu'elle caresse, et plus bas7 deux autres lions soutiennent l'écu de Flandre. Cet écusson, fait, dit-on, pour orner la livrée des tambours de ville,
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se voit encore dans la collection de l'hôtel de ville de Gand.
Les comptes des ducs de Bourgogne mentionnent également un certain nombre d'orfèvres de Tournai, de
Fig. 35. Boite aux saintes huiles.
Douai, de Mons, de Malines, de Gand, de Liège, de Lille, et dix-sept pour la seule ville de Bruxelles. Cette longue nomenclature serait ici sans intérêt. Je me bornerai à nommer le Bruxellois Henry le Backer, qui fit
en 1456, pour le comte de Charolais,un superbe groupe pour pied de croix , représentant le Christ entre sa sainte Mère et le disciple bien-aimé, ayant à ses pieds le comte et la comtesse présentés par leurs saints patrons.