‹ Histoire de l'orfévrerie depuis les temps les plus reculés jusqu' à nos joursChapitre 4 sur 42 · La Grèce · texte numérisé non relu

La Grèce

A l'époque de leurs guerres contre les Perses, les splendeurs de l'orfèvrerie n'avaient assurément rien de nouveau pour les Grecs. Les plus anciens monuments de leur littérature attestent qu'ils en connaissaient parfaitement tous les procédés, et si, à cette époque reculée, ils n'y excellaient pas encore par eux-mêmes, ils étaient au moins initiés à toutes ses merveilles par leur commerce avec l'Asie. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire dans Homère la description du bouclier d'Achille, ou dans Hésiode celle de l'armure d'Hercule.

La première occupe une place considérable dans le dix-huitième chant de l'Iliade. Le nombre infini de sujets que représentait ce bouclier, des figures qui s'y mouvaient, au dire d'Homère, ont porté quelques critiques à ne voir là qu'une fiction poétique absolument irréalisable. D'autres ont répondu à cette objection en reconstituant par le dessin l'œuvre merveilleuse décrite par Homère, en groupant artistement en un seul tableau, selon les indications si précises du poëte, la représentation des astres, celle de la terre et de la mer, les luttes sanglantes de la guerre et les pénibles travaux

de la paix, l'image des villes, celle des campagnes avec les troupeaux aux pâturages, etc., etc.

Quelle que soit du reste la part à faire ici à l'imagination du poëte, aucun texte des anciens historiens ne peut servir, mieux que la description du bouclier d'Achille, à nous faire connaître l'état des arts industriels à cette époque. Laissant de côté la variété, la richesse inouie de la décoration, ce qu'il faut surtout remarquer ici, c'est l'emploi simultané des différents métaux: l'or, l'argent, le cuivre, le fer, l'étain, qu'Homère fait entrer dans la composition de son bouclier, et la connaissance qu'il suppose des procédés qui modifient la couleur de ces différents métaux au moyen d'alliages bien combinés, enfin la pratique non moins avancée des procédés de la soudure, de la gravure et de la ciselure. Gela, le poëte n'aurait pu l'inventer et l'art si perfectionné qu'il prête à Vulcain, il fallait bien, quitte à broder ensuite sur ce canevas, qu'il en eût pris l'idée première dans les œuvres de quelques simples mortels.

Il en est de même de la description peut-être encore plus complète qu'Hésiode nous a laissée de l'armure d'Hercule, tout un poëme à peu près exclusivement consacré à la description imaginaire, il est vrai, d'un ensemble infiniment curieux de pièces d'orfèvrerie où l'on voit également les matières les plus diverses et la couleur des métaux artistement variée par d'ingénieux alliages : — Une cuirasse en or de diverses teintes, avec des épaulières en fer, un casque de fer richement orné, des jambières en oiïchalque ou cuivre jaune, un carquois rempli de flèches à la hampe soigneusement polie, une lance d'airain et enfin un bouclier non moins compliqué assurément que celui d'Achille et où l'imagination du poëte accumule à plaisir toutes sortes de sujets empruntés à l'Olympe ou au monde réel.

Ce bouclier, où l'ivoire et lapierre spéculaire se trouvent entremèlésaux plus rares métaux, est tout resplendissant

d'or et de cet alliage d'or et d'argent connu sous le nom d'électre, auquel les anciens attribuaient un éclat supérieur à celui de l'or même. Le centre de l'écu est occupé par une tête de dragon aux reflets bleuâtres, aux yeux étincelants et aux dents blanches. D'innombrables sujets sont groupés tout à l'entour. Là, c'est la mer5 dont l'azur est. figuré par des parties d'étain poli. Des dauphins d'argent, des poissons de cuivre, s'y voient en grand nombre. Ailleurs, c'est la moisson avec ses épis d'or; ailleurs, la vendange avec ses raisins noirs ou blancs, cueillis sur des ceps également en or. Sur les ornements en méplat, se détachent des figures en haut relief, entre autres un Persée tellement détaché de tout le reste, qu'au dire du poëte, il semble ne pas même toucher la surface du bouclier.

Quel art que celui auquel on pouvait attribuer de pareilles œuvres ! Quels orfèvres et quels ciseleurs cela ne suppose-t-il pas !

Il est, du reste, bien évident que c'est aux somptuosités sans égales de l'Asie ou de l'Egypte que s'inspirèrent les premiers poètes de la Grèce. Nous en trouvons même la trace dans l'Odyssée d'Homère, où Hélène reçoit d'Alcandre, reine de Thèbes, une quenouille d'or et une corbeille d'argent du plus magnifique travail.

A cette même Hélène se rattache la poétique tradition oui voulait que sur son beau sein eût été moulée une soupe de la forme la plus pure.

I Si les Grecs étaient, plus que tout, un peuple artiste et amoureux du beau, ils étaient également poètes et amoureux du merveilleux. A toutes choses ils aimaient à donner une origine surnaturelle, et leur imagination transformait volontiers en demi-dieux les premiers bienfaiteurs de f'humanité. Ainsi avaient-ils fait des premiers qui leur apprirent à cultiver la terre. Ainsi firent-ils des premiers qui leur enseignèrent l'art de

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travailler les métaux. De là, toute une pléiade de génies spéciaux, les Dactyles, les Cabires, les Curetés, les Corybantes, les Telchines, dont le culte mystérieux semble avoir prévalu surtout dans l'île de Samothrace. Considérés successivement comme magiciens, comme pontifes et comme demi-dieux, la science reconnaît en eux, à travers le nuage dont la fable les enveloppe, lesjpremiers adeptes de l'industrie métallurgique. Se. . la tradition antique, tous procédaient de Rhée, la mère des dieux, et avaient eu pour point de départ la Phrygie, le mont Ida, cette montagne sainte de l'antiquité païenne.

Mais en voilà bien assez sur les fictions de la poésie et sur celles de la mythologie grecque. Hâtons-nous d'en revenir, sinon aux monuments qui nous font encore défaut, du moins aux témoignages plus précis de l'histoire, lesquels du reste concordent singulièrement avec ceux de la mythologie, du moins quant aux voies par lesquelles l'art qui nous occupe pénétra des rivages de l'Asie jusqu'au sein de la G-rèce. C'est en effet des côtes de l'Asie Mineure, delà Lydie, de la Phrygie, que nous voyons également, au témoignage des historiens, l'art de l'orfèvre se répandre peu à peu dans les îles, puis sur le continent de la Grèce. A Samos, particulièrement, vécut très-anciennement toute une lignée d'artistes célèbres dont les noms sont parvenus jusqu'à nous : Rhœcus d'abord, puis Téléclès son fils, puis son petit-fils Théodore, l'habile orfèvre qui cisela, dit-on, la vigne d'or aux grappes en pierres précieuses trouvée par Cyrus dans le trésor de Sardes.

Ce Théodore, qui vivait environ sept cents ans avant Jésus-Christ, paraît du reste avoir été l'orfèvre favori de Crésus. Hérodote lui attribue une partie des magnifiques pièces d'orfèvrerie que cet opulent et fastueux monarque offrit à l'oracle de Delphes. L'énumération de ces présents, aussi bien que celle des trésors tombés

entre les mains du roi des Perses, à la suite de la défaite de Grésus, justifie pleinement la réputation de richesse légendaire du roi de Lydie. Superstitieux autant que prodigue, celui-ci avait pensé ne pouvoir mieux se rendre favorable le dieu de Delphes que par la grandeur de ses sacrifices et la somptuosité de ses offrandes. Non conteni. d'immoler sur ses autels plus de trois mille bêtes ck Mîtes sortes, de faire brûler en son honneur (prodigalité plus insensée encore) des lits dorés et argentés, des vêtements de pourpre, des vases de métal précieux, Grésus offrit au trésor du temple quatre plinthes d'or affiné du poids de trente-cinq kilogrammes, treize autres en or pâle (ou allié d'argent) du poids de quarantesept kilogr. chacune, un lion d'or pesant cent trente-cinq, un grand cratère d'or de cent treize kilogr., un autre en argent d'un travail exquis, qui passe particulièrement pour avoir été l'ouvrage de l'orfèvre Théodore, quatre muids d'argent, deux bassins pour l'eau lustrale, l'un en or, l'autre en argent, une statue d'or haute de trois coudées, des plats d'argent de forme ronde, des colliers, des ceintures, etc.

Pour plus de clarté, j'ai converti en kilogrammes les talents et les mines en usage chez les Grecs pour indiquer le poids de quelques-unes des principales pièces dont se composait cette offrande. La valeur de celles-là seulement, ramenée au prix de l'or tel qu'il est de nos jours, serait de plus de dix-huit cent mille francs. L'offrande entière, y compris les sacrifices, valait donc certainement trois millions au bas mot.

On peut juger, d'après cette offrande, ce que devaient être, au moment de sa plus grande prospérité, les richesses entassées dans le trésor de Delphes. Mais les trésors de cette valeur provoquent trop de convoitises, sont exposés à trop de causes de ruine pour demeurer longtemps intacts. Les Grrecs eux-mêmes, malgré toute la vénération qu'ils professaient pour ce sanctuaire., ne se

firent pas faute de recourir, dans les grandes nécessités publiques, aux ressources pour ainsi dire inépuisables que leur offrait celui-ci. Les seuls Phocéens, à l'occasion d'une guerre qu'ils eurent à soutenir contre leurs voisins, en retirèrent, pour les faire fondre, une quantité de vases sacrés dont la valeur intrinsèque, estimée alors dix mille talents, peut être considérée comme équivalant au moins à six ou sept millions de notre monnaie. D'autre part, l'incendie du temple occasionna de graves dommages au trésor. On dit qu'entre autres le lion de Grésus y perdit, par la fusion, environ le tiers de son poids. Enfin la plupart des pièces qui avaient fait primitivemont partie de la magnifique offrande du roi de Lydie furent successivement détournées de leur destination pour passer, du moins en partie, dans le trésor des Corinthiens ou dans celui des Glazoméniens.

La Grèce d'ailleurs arrivait alors à ce degré de civilisation où la beauté de la forme acquiert un prestige au moins égal à celui que la richesse de la matière exerce à peu près exclusivement chez les nations barbares. Nul peuple n'y fut plus sensible que les Hellènes. Nul ne poussa plus loin le culte du beau, et à lui appartient la gloire d'en avoir conçu les types les plus parfaits, d'en avoir, le premier, fixé les principes immuables.

Tout en mettant en œuvre l'admirable matière statuaire que leur offraient les carrières de marbre de Paros, les grands artistes de la Grèce ne dédaignèrent pas non plus le travail des métaux précieux. Jamais on ne sut tirer un plus habile parti de l'emploi simultané des matières les plus diverses, la pierre, le marbre, l'ivoire, le bronze, l'or, l'argent, etc.

Sous le nom de statuaire chryséléphantine, les antiquaires ont fait depuis longtemps une classe à part des figures de haut relief, dans la composition desquelle

l'antiquité GRECQUE. 21

l'or, l'argent et leurs divers alliages entraient concurremment avec l'ivoire.

L'œuvre restée la plus célèbre en ce genre est la grande statue de Minerve que Phidias exécuta pour le peuple athénien, œuvre d'orfèvrerie autant que de sculpture proprement dite, puisque, à part la figure et les mains, cette magnifique statue était tout en or repoussé et ciselé.

Voici la description qu'en donne Émeric-David d'après les témoignages les plus authentiques des auteurs anciens :

« La hauteur de la figure était de vingt-six coudées (près de douze mètres). Elle était debout, couverte de l'égide et vêtue d'une tunique taloire descendant jusqu'aux talons. De la main gauche elle tenait sa lance, de la droite une Victoire haute elle-même de près de quatre coudées. Son casque était surmonté d'un sphinx, emblème de l'intelligence céleste; dans les parties latérales étaient deux griffons dont la signification était la même que celle du sphinx, et, au-dessus de la visière, huit chevaux de front s'élançant au galop, image apparemment de la rapidité avec laquelle agit la pensée divine. Les draperies étaient en or, les parties nues en ivoire, à l'exception des yeux formés de pierres précieuses. Sur la face extérieure du bouclier placé aux pieds de la déesse était représenté le combat des Athéniens et des Amazones ; sur la face intérieure, celui des géants et des dieux ; sur la chaussure, celui des Lapithes et des Centaures. Sur le piédestal se voyaient la naissance de Pandore et divers autres sujets. »

Sans parler de la valeur considérable de l'ivoire employé dans de telles proportions, et de celle encore plus grande du travail de l'artiste, il entra dans là composition de ces statues quarante, quelques-uns disent même quarante-quatre talents d'or, ce qui représente à peu

près trois millions à trois millions et demi de notre monnaie.

Ce chiffre, si énorme qu'il soit, n'a rien qui doive surprendre, si l'on songe aux dimensions de la statue. Il est même impossible d'admettre qu'à ce prix tout fui en or pur.

Quoi qu'il en fût, la haute valeur des matériaux employés exposèrent fatalement la statue de Phidias à de grandes chances de destruction, et son auteur luimême aux accusations les plus perfides de la part de la population toujours si soupçonneuse d'Athènes; ce que prévoyant bien, Périclès avait sagement conseillé à Phidias de composer sa statue de telle sorte que la draperie d'or pût se démonter. L'offensante accusation ne manqua pas de se produire; mais on offrit alors au peuple de détacher la partie de métal pour le faire peser, et cette offre seule suffit à calmer les soupçons.

On fixe généralement à l'an 448 avant notre ère l'époque où Phidias exécuta la Minerve du Parthénon.

La reconstitution de cette célèbre statue d'après la description qu'en ont donnée divers auteurs est un problème qui a provoqué, à diverses reprises, la sagacité des érudits. Quatremère de Quincy l'avait restituée en dessin. Un autre archéologue non moins compétent, plus riche et qui sut toujours faire de sa richesse l'emploi le plus libéral et le plus intelligent, M. le duc de Luynes, fit mieux encore. Sur les mêmes données, revues et contrôlées par lui avec le plus grand soin, il fit refaire de toutes pièces une statue aussi semblable que possible à celle de Phidias, moins colossale sans doute que son modèle (trois mètres seulement au lieu de douze), mais analogue quant à la matière, et offrant par conséquent, comme lui, le mélange de l'ivoire et des métaux précieux.

Rien n'a été donné au hasard dans cette restitution. Là où les textes anciens ne pouvaient servir de guide,

Fig. 3. La Minerve du P,

arthénon.

l'érudit, et après lui l'artiste, se sont scrupuleusement inspirés des plus belles œuvres du même art. Le type de la figure même a été emprunté au célèbre camée d'Aspasius que possède le musée de Vienne. Cette figure, les bras, les pieds, la tête de Méduse et le torse de la Victoire, sont taillés dans un ivoire d'une admirable beauté. La tunique, l'égide, le casque et le serpent sont en argent doré à diverses nuances par les procédés de la galvanoplastie. Tous les ornements qui les couvrent ont été exécutés au repoussé sur les dessins de M. de Luynes lui-même. La lance et le bouclier sont en bronze doré.

L'illustre auteur de cette splendide restitution en avait confié toute la partie artistique à un statuaire de grand mérite, M. Simart, qui a su se montrer à la hauteur de sa tâche. Les parties d'orfèvrerie ont été exécutées sous l'habile direction de M. Duponchel.

La statue de Minerve, œuvre de huit années de recherches et de travail, avait coûté, dit-on, près de deux cent cinquante mille francs. Elle figura avec éclat à l'exposition universelle de 1855. Depuis lors elle fait le plus noble ornement du château de Dampierre, résidence habituelle du feu duc.

L'orfèvrerie moderne était presque aussi intéressée que la statuaire elle-même à cet essai de restitution des œuvres d'un art complexe, dont aucun monument n'est parvenu jusqu'à nous. C'est pourquoi je n'ai pas craint de donner place ici à cette digression qui se rattache si étroitement à l'histoire de l'art grec.

La statue de la Minerve du Parthénon ne fut pas du reste la seule œuvre de cette nature que la Grèce dut à Phidias. La sculpture chryséléphantine , où une si large part est faite au talent de l'orfèvre, du ciseleur, était en grande faveur, je l'ai déjà dit, du temps de Périclès. A cette catégorie appartiennent en grande partie les œuvres restées les plus célèbres du grand statuaire

athénien. Son Jupiter Olympien, plus colossal encore que la Minerve du Parthénon (il mesurait environ dixhuit mètres de hauteur), était comme elle en ivoire et en or. Le trône sur lequel il reposait était tout incrusté d'or, d'éhène, d'ivoire et de pierreries, décoré de bas-reliefs et de figures en ronde bosse; et de riches ornements gravés ou ciselés couvraient la draperie, œuvre d'orfèvrerie par excellence, dont était vêtu le Dieu. Enfin c'est également en or et en ivoire que Phidias exécuta sa statue de Vénus Uranie et celle de Minerve Ergané pour la ville d'Élis.

Mais cette ville, ou, pour mieux dire, le célèbre temple de Junon qu'elle contenait, était déjà, depuis plus de cent ans, décoré d'un grand nombre de statues de même nature, exécutées moitié en ivoire et moitié en métal par les sculpteurs-orfèvres Théoclès, Smilis d'Égine et les deux frères Doryclidas et Médon.

Plus anciennement encore, Ganachus avait exécuté de la même façon une Vénus Uranie pour le temple de Sicyone.

La faveur toute spéciale dont la sculpture chryséléphantine paraît avoir joui, du temps de Phidias, survécut également à cet incomparable maître; car, vers la fin du siècle où il vécut (le cinquième avant notre ère), nous trouvons encore deux sculpteurs, Ménechme et Soldas, exécutant en collaboration une Diane Laphiria trèsadmirée de leurs contemporains. Enfin notons ce fait, tout à l'honneur de l'orfèvrerie grecque , qu'un autre grand artiste, Lysippe, qui vivait un siècle environ après Phidias, avait débuté par être orfèvre. Gela prouve surabondamment combien il était fréquent, chez les Grecs, que la main du même artiste fût également habile à sculpter le marbre et à ciseler le métal.

Si, pt orfèvrerie, on veut entendre plus spécialement cette branche industrielle de l'art qui s'attache aux ob-

jets purement usuels ou décoratif, hâtons-nous de dire que la Grèce eut encore de véritables maîtres en ce genre.

Nous avons déjà cité, comme un des pères de l'orfèvrerie grecque , Théodore de Samos, qui fut en même temps architecte et graveur sur pierres fines. Plus tard, du temps de Périclès, à l'époque où l'art grec semble avoir atteint l'apogée de sa perfection, Galamis se fit à son tour une réputation non moins méritée. Les vases d'argent qu'il avait enrichis de bas-reliefs étaient encore très-recherchés à Rome et dans les Gaules, du temps de Néron.

Beaucoup d'autres noms d'orfèvres grecs sont parvenus jusqu'à nous. Parmi les plus célèbres, Athénée cite particulièrement Gimon et Athénoclès, qui excellèrent dans la ciselure, Stratonicus, Myrmécidès de Milet, Gallicratès de Lacédémone, etc.

Pline de son côté cite, mais sans dire l'époque précise où ils ont vécu, Acragas, dont plusieurs œuvres étaient précieusement conservées dans les temples de Rhodes, Ariston et Eunicus de Mytilène, Tauriscus et Stratonicus, de Gyzique, Boethus, Pythéas, Antipater, Posidonius d'Éphèse et Lœdus, originaire de Thrace, qui excellait à représenter les combats.

J'oubliais Mys, dont parlent également nos deux auteurs et dont Athénée, particulièrement, dit avoir vu un magnifique vase représentant divers épisodes du siège de Troie. Une inscription gravée sur ce vase constatait que le dessin en était d'un nommé Parrhasias, et la ciselure, de la main de Mys lui-même.

Les inscriptions étaient assez rares sur les vases d'orfèvrerie grecque. Cependant le même auteur dit avoir vu à Gapoue un autre beau vase d'argent dédié à Diane qui portait pour ornement des vers d'Hom e en lettres d'or.

Homère, et surtout son Iliade, furent les grands in-

spirateurs de l'art grec. Des sujets tirés de ce poème se retrouvent sur une infinité de vases que les antiquaires désignent par ce motif sous le nom générique de vases iliaques. Nous en possédons de beaux exemples dans quelques pièces du trésor trouvé près de Bernay, dans le département de l'Eure, dont j'aurai à parler plus tard.

Quant à la forme des vases grecs, elle fut variée à l'infini, la fertilité de l'imagination s'alliant toujours au sentiment du beau chez ce peuple si admirablement doué pour les arts.

Athénée, qui a traité ce sujet en grand détail, compte plus de soixante-douze espèces de vases, dont quelquesuns, il est vrai, ne sont que de simples variétés d'espèces déjà décrites. Je me bornerai à signaler les principales.

D'abord, et pour mémoire seulement, inscrivons ici le nom des Lebetes, vastes chaudrons ou bassins, qu'en raison même de leurs dimensions , on ne fabriquait guère en argent que pour l'usage du culte dans les temples les plus riches, ou pour celui des souverains les plus fastueux.

Dans l'orfèvrerie de table proprement dite, il faut distinguer les grands vaisseaux destinés à contenir la boisson, et les vases plus petits affectés à l'usage personnel des convives.

Parmi les premiers doivent trouver place les Cratères, grands vases à large ouverture, destinés à contenir l'eau et le vin, que les anciens grecs, tout comme nous, employaient volontiers à l'état de mélange. On fabriquait aussi des vases plus petits pour le vin pur, auquel on donnait le nom d' A crotophor a ou de Cadoi. — Les Œnochoi, ainsi que l'indique leur nom, étaient également, dans le principe, des vases à servir le vin. Mais plus tard ils furent souvent des vases de simple ornement. — Parmi les autres vaisseaux destinés à contenir des liquides, mentionnons encore des Canthares,

vases profonds et à deux anses; — les A mphores, sortes de cruches allongées, sans pied et le plus souvent munies de deux anses, plus ordinairement en terre qu'en métal; — toute une famille de vases larges de panse et au col étroit, désignée sous les noms d: 'Ampoules, de Bancales, à'Aryballoi, etc.; — enfin, et par opposition les uns aux autres, les Psyctères, vases ouverts, de grande contenance, destinés à rafraîchir les boissons, et les Anaphaia, petits vases fabriqués en Crète pour boire chaud.

Quant aux coupes ou bols destinés plus particulièrement à l'usage des convives, le nombre et la variété en étaient également assez grands.

Le premier en date, le plus ancien vase à boire, paraît avoir été la corne, la corne de bœuf d'abord, telle que la nature l'a produite, puis son imitation en terre cuite ou en métal, avec altération plus ou moins prononcée de sa forme. C'est là ce qu'on appelle le Rhyton. A la corne primitive, on ajouta bientôt une, anse; puis peu à peu on élargit sa base en décorant celle-ci de têtes d'animaux, béliers, cerfs, taureaux, etc., ou même de têtes d'hommes et de dieux, de telle sorte que le rhyton put se tenir debout sur une table. Les poteries étrusques nous offrent un grand nombre de vases de cette espèce. On en fabriquait aussi en argent. Eschyle parle de cornes d'argent à l'orifice doré. Quelques-unes de ces cornes avaient près d'une coudée de haut. La dernière mention qu'on en rencontre dans l'histoire est celle du magnifique rhyton, que Trajan trouva parmi les dépouilles de Décébale, la cent troisième année de notre ère.

Les autres vases à boire des Grecs semblent se rattacher presque tous à deux types principaux, le Scyphos et la Coupe.

Le Scyphos se rapprochait plus particulièrement de notre bol. Il n'avait pas de pied.

Quant au Cupellon, à la coupe proprement dite, elle était généralement assez ventrue , ornée de deux anses et montée sur un pied. On en faisait de doubles ou à double fond, nommées A mphicupella, dont une des faces pouvait servir de pied à l'autre. Il y avait aussi des coupes allongées en forme de nefs, que, d'après cela, on appelait Scaphia.

Le Calice était lui-même une sorte de coupe à deux anses, montée sur un pied peu élevé. — Enfin au même groupe doit être également rattaché le Ciborion, dont la forme avait cela de particulier, qu'elle allait en se rétrécissant vers la base.

Inutile de faire remarquer que, sauf quelques légères modifications de formes ,- le calice et le ciborion ont servi de premiers modèles aux vases sacrés de notre culte, encore ainsi nommés aujourd'hui.

Les anciens ne faisaient point usage de bouteilles. C'était à l'aide d'ustensiles spéciaux qu'on remplissait leurs coupes. En général on ne versait pas le liquide ; on le puisait dans les cratères ou les canthares, au moyen de tasses à anses nommées Cyathoi ou de petites aiguières désignées sous le nom à'Epichysis.

En voilà bien long sur la vaisselle de table. Il y en aurait presque autant à dire, si nous devions énumérer également ici toutes les pièces d'orfèvrerie affectées spécialement au culte ou simplement à l'ornementation. Bornons-nous à citer les principales, telles que les urnes , généralement dépourvues d'anses, mais qui cependant en avaient quelquefois, et prenaient alors le nom de Cadiscoi; — les Patères, sortes de plats creux, souvent de grande dimension, et généralement décorés au centre d'emblèmes ciselés en relief1.

1. « Les anciens appelaient emblema des bas-reliefs souvent exécutés sur des plaques mobiles qui s'adaptaient au fond des coupes et pouvaient s'en détacher à volonté. Généralement, ces bas -reliefs

La belle figure ci-jointe, tirée du trésor trouvé à Hildesheim, me fera mieux comprendre.

Les Disques ou plateaux étaient également ornés souvent d'une décoration fort riche, mais d'un moindre relief. J'aurai bientôt à en citer quelques exemples. — Les Phiales, parfois aussi nommées Batia, étaient des espèces de soucoupes destinées aux libations, souvent

Fis. 4. Patère d'IIildesheim.

ornées de deux anses et montées sur un pied très-peu élevé. — Puis venaient les Encensoirs, les Cuillers à encens, les Cochseas ou fourchettes à dépecer les viandes sacrées, etc.

Si à cette longue liste d'objets divers on ajoute les

étaient exécutés au repoussé et ciselés. » (Chabouillet; Catalogue du Cabinet des antiques.)

armes et armures, les couronnes triomphales si fort en usage dans la Grèce, les objets mobiliers tels que cassettes, flambeaux, miroirs, etc. , on restera facilement convaincu qu'un très-large' champ était ouvert à l'industrie des orfèvres grecs. Bien peu de leurs œuvres cependant sont parvenues jusqu'à nous, et il n'est guère aujourd'hui de collection qui puisse se vanter de posséder aucune pièce originale de l'orfèvrerie des grands siècles de la Grèce. Le peu de vases du style grec qui se voient dans nos musées sont généralement d'une époque plus rapprochée de nous et fabriqués, loin de la Grèce, par des artistes grecs, d'origine seulement, établis à Rome et travaillant pour le compte des Romains ou même des Barbares.

Gomme spécimens d'objets de cette nature, il faut citer en première ligne quelques-unes des pièces d'orfèvrerie découvertes, il y a quelques années, à Hildesheim, en Hanovre. Nous en parlerons plus loin avec détail. Mais, quant à présent, n'intervertissons pas l'ordre chronologique.

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