ITALIE, XV" SIÈCLE
expirée, les œuvres des sept concurrents devaient être soumises à un jury de trente-quatre membres choisis parmi les peintres, les sculpteurs et les orfèvres les plus en renom. Enfin, comme dernière garantie de bonne justice, il fut décidé que le verdict de ce jury serait rendu en public, chacun de ses membres devant motiver son opinion à haute voix.
A la suite de cette épreuve, le jury restait indécis entre trois concurrents, Brunelleschi,ç;Donatello et Grhiberti. Alors se produisit un incident qui fait également honneur au génie de G-hiberti et au caractère de ses illustres rivaux : Brunelleschi et Donatello, s'étant consultés entre eux, reconnurent la supériorité de leur jeune émule et s'effacèrent devant lui. Ce n'est certes pas là une des pages les moins glorieuses de l'histoire des arts en Italie.
L'exécution de la première porte occupa Ghiberti pendant vingt ans. Il entreprit la seconde en 1428 et y travaillait encore en 1446. Mais il va sans dire que, pendant ce long laps de temps, il produisit beaucoup d'autres œuvres d'art moins considérables. Non-seulement il fit des statues restées célèbres, telle que celles de saint Jean, de saint Matthieu et de saint Etienne pour l'église d'Or-san-Michele de Florence, des basreliefs pour le baptistère de Sienne et la grande châsse en bronze doré de saint Zanobie ; mais même il n'abandonna jamais son premier état, l'orfèvrerie. En 1419 il recevait du pape Martin V la commande d'un bouton de chape et celle d'une mitre d'or ornée de huit figures ciselées en relief; et, vingt ans plus tard, en 1439, il exécutait pour Eugène IV une œuvre d'orfèvrerie encore plus riche, une autre mitre d'or, dont le poids considérable (quinze livres) était encore augmenté par celui de cinq livres et demie de pierres précieuses. On y voyait d'un côté le Christ, et, de l'autre, la sainte Vierge au mileu des anges, les quatre évangélistes, etc.
Cependant les Florentins n'avaient pas dit leur dernier mot relativement au baptistère. Rien ne leur semblait assez beau pour ce monument de leur prédilection. Il avait désormais des portes sans pareilles, un parement d'autel incomparable. Mais déjà, malgré toute sa splendeur, ce parement ne leur suffisait plus. En 1476 la corporation des marchands décida de le compléter en enveloppant les deux bouts de l*autel d'un ornement pareil, divisé en quatre panneaux de même grandeur.
Heureux pays et heureux temps où il n'y avait qu'à choisir parmi les maîtres pour compléter de pareils chefs-d'œuvre ! Les nouveaux panneaux ne devaient le céder en rien aux premiers. L'un d'eux (la Nativité) fut confié à Pollaiuolo, un autre (la Décollation de saint Jean) à Verocchio, les deux derniers à Bernardo di Genni, à Salvi et Francesco, c'est-à-dire aux plus grands orfèvres (les deux premiers surtout) que possédât alors l'Italie. C'était toute une nouvelle génération d'artistes formés à la grande école de ceux dont j'ai déjà parlé. Pollaiuolo était né en 1426, Verocchio en 1432, Bernardo di Cenni probablement vers la même époque, puisqu'il était élève de Ghiberti en 1451, et Salvi ne pouvait guère être leur aîné, attendu qu'il vivait encore en 1514. C'était donc à des artistes parvenus à toute la maturité de leur talent qu'était confié l'achèvement de l'autel Saint-Jean.
Le grand livre de la corporation des marchands, conservé encore aujourd'hui à Florence, contient une foule de détails curieux sur l'exécution de cet admirable travail. Le panneau de Pollaiuolo fut payé quatre cent quatre-vingt-sept florins et une livre, celui de Bernardo quatre cent soixante-quinze florins et deux livres, celui de Verocchio trois cent quatre-vingt-dix-sept florins et vingt et une livres, et celui de Salvi trois cent quatrevingt-quatre florins et douze livres. Le poids des pan-